Médias

Résister à la colonisation numérique

S’il n’en tient qu’au président élu Donald Trump, le Canada deviendrait le 51e État américain. Blague-t-il ou est-il sérieux dans son souhait à peine dissimulé de dominer l’Amérique du Nord?

Une chose est certaine, la souveraineté culturelle du pays est déjà mise à mal par l’hégémonie des géants du Web, et si rien n’est fait pour les encadrer, leur domination pourrait s’étendre à d’autres sphères de notre société, quoi que, c’est peut-être déjà fait…

C’est pour nous prévenir que le journaliste émérite et ancien directeur de l’information à Radio-Canada Alain Saulnier a repris la plume, deux ans après avoir publié Les barbares numériques.

Dans Tenir tête aux géants du Web, l’auteur reprend les grandes lignes de son argumentaire précédent, déçu, mais pas surpris que très peu ait été fait en deux ans pour contrôler les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft et compagnie), rebaptisé GAMAM pour tenir compte du changement de nom de Facebook en sa maison-mère Meta.

En début d’ouvrage, Saulnier rapporte les suites et retombées de son essai précédent, qui visait justement à protéger la souveraineté culturelle du Québec et du Canada, dont la population anglophone est assimilée à vitesse grand V par les produits numériques et culturels américains.

Il a toutefois réalisé que l’omniprésence des géants numériques dans nos vies et d’autres sphères de notre société rendait son combat encore plus urgent.

Il faut faire plus : défendre notre souveraineté numérique, notre démocratie et rétablir l’autorité de l’État de droit, plaide Alain Saulnier.

Disposant de revenus plus grands que le PIB de certains petits pays combinés, ces entreprises numériques ont un pouvoir suffisamment grand pour influencer des élections, le comportement des consommateurs et, pire encore, polariser l’opinion publique, semant le chaos et la division dans des nations étrangères qui se battent à armes inégales, la lenteur des administrations et des changements législatifs ne pouvant (presque) rien contre l’évolution fulgurante des technologies.

Saulnier rappelle que derrière ces plateformes soit-disant gratuites se cache un prix cher payé : le troc de nos données personnelles en échange de contenus divertissants mais insipides; une influence politique indue qui a même mené Elon Musk, apôtre de la liberté d’expression et de la désinformation, aux portes de la Maison-Blanche.

Sans surprise, l’auteur réitère que les GAMAM n’ont pas pour objectif d’informer et de renforcer les liens entre leurs utilisateurs : leurs propriétaires sont plutôt en quête de pouvoir et de profits record – les passages sur les revenus des barbares numériques et leurs efforts en lobbying sont particulièrement intéressants-, sans égard aux conséquences de ce qui se déroule sur ces plateformes, leur laxisme à intervenir devant la désinformation et les débordements en étant la preuve flagrante.

Qu’on le veuille ou non, les géants numériques sont désormais les propriétaires du futur et de la modernité. Ils nous imposent leur technologie. Les États n’ont qu’à suivre le défilé de leurs innovations.

L’auteur revient sur la tentative du Canada de mettre les GAMAM au pas, avec l’adoption de la loi C-18 et de ses tristes suites – dont le blocage des nouvelles canadiennes sur les plateformes de Meta.

En réponse à cette domination, il faut tenir bon, soutient Alain Saulnier, convaincu que les GAMAM sont la plus grande menace pour l’avenir de la langue française en Amérique.

Pas pour rien, alors que l’auteur fait partie des membres fondateurs de La Nouvelle Place, un projet de réseau social 100% québécois.

Alain Saulnier a aussi proposé d’abolir le crédit d’impôt sur les publicités achetées sur les plateformes numériques étrangères, une suggestion endossée par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec lors du plus récent congrès.

Reste à voir si la Chambre des communes, qui sera saisie de la question, tranchera à ce sujet.

On l’espère, avant qu’il ne soit trop tard.

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