Médias

Le PLQ à la chasse aux sources

Malgré une mise en demeure du Parti Libéral du Québec (PLQ) et une menace de poursuite à la suite d’un reportage explosif faisant état de textos compromettants sur l’investiture du chef Pablo Rodriguez et de certaines activités partisanes du parti, Le Journal de Montréal persiste et signe dans son travail d’enquête.

Cette fois, le quotidien de Québecor a publié un article à propos d’un entrepreneur ayant possiblement servi de prête-nom pour des dons soutenant la candidature de M. Rodriguez. On apprend dans le reportage que des promesses ont été faites en échange d’un don. Des allégations graves, qui démontreraient des malversations, et qui font aussi mal, sinon plus, que les messages textes diffusés deux semaines auparavant et dans lesquels on découvrait qu’une députée de la CAQ et une autre du PLQ avaient discuté d’obtenir des votes en contrepartie d’un « brownie », à savoir 100$.

C’est d’ailleurs pour connaître comment ils ont pu obtenir l’identité des deux correspondantes que le PLQ voudrait poursuivre Le Journal de Montréal. Dans une déclaration qui semble contradictoire, Pablo Rodriguez a toutefois précisé qu’il ne voulait pas que le nom des sources soit dévoilé, mais plutôt comprendre comment les journalistes s’y sont pris pour découvrir le pot aux roses.

C’est tout comme…

Si la formation politique n’a pas encore mis sa menace à exécution, elle devrait savoir que ce sera difficile d’obtenir gain de cause.

S’en prendre à un média réputé et établi comme Le Journal de Montréal est périlleux : il faut être convaincu que le travail a été mal fait ou que les journalistes ont été manipulés pour espérer l’emporter.

Or, le bureau d’enquête et le bureau parlementaire du média comptent des journalistes expérimentés, épaulés par d’autres professionnels. Ils ont assurément vérifié l’identité et la crédibilité de leurs sources avant de publier, tout comme la véracité des fameux messages textes, que le PLQ croyait initialement faux ou truqués.

Ne pas se livrer à ces vérifications d’usage et par précaution relèverait de l’amateurisme, et il n’en est pas question ici. Si Le Journal est sorti avec cette histoire, c’est qu’il avait des preuves béton, du moins, c’est ce que commandent les règles de l’art du journalisme.

En outre, la déontologie journalistique pose trois conditions pour assurer l’anonymat et la confidentialité aux sources d’information. Si ces trois conditions ne sont pas réunies, il n’est pas possible de consentir à ne pas les nommer. Ainsi, il faut :

  • Que la personne soit la seule, ou une des seules, à disposer d’une information;
  • Que cette information est d’intérêt public et que le fait de ne pas la dévoiler est plus dommageable pour la société que de la garder secrète;
  • Que cette personne soit à risque de subir des représailles si son identité est dévoilée.

Il faut donc que les informations recueillies et validées par l’équipe du Journal soient solides pour que le tout ait été publié.

Ironie

De plus, comme l’a souligné le chroniqueur politique Antoine Robitaille avant moi, il est ironique de voir que le PLQ souhaite poursuivre un média d’information pour connaître ses sources (humaines et matérielles – cela inclut donc toutes les notes et les méthodes journalistiques utilisées), alors qu’il formait le gouvernement lorsqu’une loi protégeant davantage les sources journalistiques a été adoptée, en 2018.

Cette loi, dont le pendant fédéral est entré en vigueur l’année précédente, est venue cimenter le droit du public à l’information et le journalisme d’intérêt public.

En effet, avant son entrée en vigueur, quand un journaliste ou un média étaient poursuivis devant les tribunaux pour révéler l’identité de leurs sources d’information confidentielles, c’était aux défendeurs de faire la preuve irréfutable que ces informations devaient demeurer secrètes. Ils devaient alors démontrer que l’intérêt public des informations révélées par ces sources, qui risquaient gros à parler, était plus grand que le fait d’ignorer leur réelle identité.

Depuis que la loi existe, ce fardeau est renversé; c’est le poursuivant, donc l’entité qui souhaite que l’identité des sources soit révélée, qui doit démontrer l’intérêt public d’identifier ces sources.

La loi a été mise à l’épreuve des tribunaux une première fois avec la poursuite de Marc-Yvan Côté contre Marie-Maude Denis. Après plusieurs rebondissements, la Cour suprême a tranché en faveur de la journaliste. Un soulagement.

Envisager de poursuivre un média qui expose au grand jour des informations d’un grand intérêt public ou qui font état d’un mauvais fonctionnement des institutions, ça revient à tirer sur le messager.

Si le Parti libéral du Québec estime que les fameux textos sont frauduleux, qu’il en fasse la démonstration. Et si son objectif est de savoir qui en sont les auteurs, qu’il enquête par ses propres moyens.

Les journalistes ne sont à la solde de personnes. Leur travail doit être effectué en toute indépendance, et c’est pour cela qu’ils ne sont pas les informateurs de qui que ce soit.

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