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Pour des solutions durables pour sauvegarder l’information régionale

La Commission parlementaire sur l’avenir des médias d’information a débuté hier à l’Assemblée nationale. J’ai eu l’immense honneur d’être la toute première à témoigner des solutions possibles pour endiguer la crise des médias.

Vous pouvez lire des comptes rendus ici, ici et ici.

Vous pouvez également regarder la vidéo de mon allocution, suivie de la période de questions http://www.assnat.qc.ca/fr/video-audio/archives-parlementaires/travaux-commissions/AudioVideo-81507.html?fbclid=IwAR1zE96Dy4WjdaEdO8j3bECOUhAZZIw_naszTxo_56OUuwsDB-JeWjDYOIQdes parlementaires, ici.

Et voici le texte intégral que j’ai lu au Salon rouge:

« Monsieur le président,

Mesdames et messieurs les parlementaires, membres de la commission

Je vous remercie de m’avoir invité à témoigner  dans le cadre de ce mandat d’initiative sur l’avenir des médias.

Il va sans dire que l’urgence d’agir n’est plus à prouver : au cours de la dernière décennie, au moins une cinquantaine de médias d’information, particulièrement dans la presse écrite régionale, ont disparu de l’écosystème médiatique québécois. On recense la perte de plus d’un emploi de journaliste sur 10, mais aussi de près de la moitié de tous les postes dans les entreprises de presse. Et il y a à peine une semaine, mon monde a passé bien près de s’écrouler.

Cette hémorragie n’est pas en voie de s’arrêter, bien au contraire. À l’heure actuelle, ce sont presque tous les médias d’information québécois qui risquent de disparaître, avec de lourdes et irréversibles conséquences pour la démocratie si rien n’est fait pour les soutenir. Et, le cas échéant, ce sont des villes, voire des MRC toutes entières, et des pans complets de vos circonscriptions qui deviendront des déserts médiatiques, des lieux où se déroulent tout plein de choses mais dont personne ne parlera.

Aux prises avec une crise financière sans précédent, ces médiascherchent à se réinventer, à trouver une manière de traverser la tempête avant de faire naufrage. Je peux personnellement témoigner de nombreux efforts effectués par les artisans des quotidiens de Groupe Capitales Médias, mais aussi d’autres journaux, pour garder la tête hors de l’eau. Mais la recette magique n’a pas encore été découverte. Comme disait la publicité : si ça existait, on l’aurait!

Si les médias se trouvent à un carrefour déterminant de leur avenir, leur pertinence, elle, n’a pas à être à nouveau établie, et ce, bien que leur vocation mercantile soit en contradiction avec leur mission de servir l’intérêt public.

Dans leurs milieux respectifs, les médias jouent un rôle social, démocratique, économique et culturel de premier plan, le tout en étant les témoins de ce qui se déroule dans des centaines de communautés réparties dans plusieurs régions du Québec.

Les nouvelles technologies d’information ont permis l’avènement de ce qu’on appelle l’économie du savoir : or, jamais il n’est question, grâce à celles-ci, d’une démocratie par le savoir.

En ce sens, les médias d’information sont un rempart indispensable à la désinformation pour remettre les pendules à l’heure et pour permettre aux citoyens de faire un choix éclairé sur une pléthore d’enjeux publics. Surtout, afin d’obtenir un son de cloche équilibré, il est primordial que les citoyens aient accès à une diversité de sources d’information, qui ne traitent pas toujours de ces enjeux de la même manière et en faisant appel à des intervenants différents.

Les retombées locales des médias ne se mesurent pas toujours de manière tangible, mais elles existent. Des études réalisées en Amérique du Nord ont démontré que dans les communautés où les médias se sont éteints, les coûts des contrats publics octroyés étaient plus élevés qu’ailleurs, signe qu’il n’y avait pas de « chien de garde de la démocratie » pour surveiller la gestion des deniers publics; que le débat politique est davantage polarisé et que moins de personnes s’impliquent activement dans la vie publique ou se portent candidates à des postes électifs.

En région, ce constat est encore plus frappant. Les grands médias n’ont pas les ressources et l’espace pour traiter de tout ce qui se déroule hors des grands centres. Il faut donc qu’une nouvelle soit hors normes pour qu’elle se fraie un chemin jusqu’à eux. Pourtant, de nombreuses initiatives locales méritent d’être soulignées et de faire parler d’elles. Des injustices et des drames doivent aussi être dénoncés et c’est plus souvent qu’autrement via les médias locaux que ces cris se font d’abord entendre.

N’oublions pas non plus que les médias sont des acteurs de construction identitaire locale, des adjuvants à la cohésion sociale et une agora populaire où s’échangent les idées. En décrivant les initiatives locales et en laissant la place à des débats, en rappelant des moments et personnages marquants de l’histoire locale et en usant de référents propres à la région, les médias posent les balises d’une identité et d’une culture qui caractérise leurs communautés d’ancrage.

À la suite de la publication de mon essai Extinction de voix, j’ai eu l’occasion de visiter plusieurs régions du Québec pour parler d’information locale non seulement avec des journalistes du coin, mais aussi avec des citoyens se sentant concernés par l’avenir de leurs médias locaux.

Plusieurs constats ont émergé de ces rencontres, démontrant des constantes d’une région à l’autre : d’une part, la population, en général, est certes attachée à son ou ses médias d’information, mais elle ne comprend pas qu’il y a péril en la demeure. Elle prend ses journaux et ses stations de radio et télévision communautaires pour acquis et ne comprend pas que ceux-ci sont aux prises avec une crise économique sans précédent. Et pour cause : les questions et les affirmations m’étant parvenues du public m’ont fait réaliser que celui-ci peine à distinguer les différents genres journalistiques, par exemple différencier un article factuel d’une chronique d’opinion, de même que les différentes propriétés médiatiques ainsi que les publics visés. Certaines personnes croient encore qu’il faut payer pour faire l’objet d’un reportage journalistique. Il serait possible d’endiguer cette confusion grâce à des initiatives en éducation aux médias, qui permettraient aux citoyens d’apprendre à mieux consommer ceux-ci. L’éducation aux médias doit aussi être offerte aux élus, dont certains ont encore aujourd’hui une mauvaise perception ou une méconnaissance du rôle du journaliste. Cela donne lieu à des entraves à la liberté de presse, mais aussi au droit du public à l’information. La transparence, dans certains lieux, est hermétique et vise d’abord à maintenir une image plutôt que d’informer.

On pourrait donc se laver les mains et laisser la loi du marché dicter l’avenir des médias d’information. Que les plus innovants et ceux ayant le plus de moyens survivent, et tant pis pour les autres.

Mais l’entrée en jeu de joueurs étrangers auxquels les règles du jeu ne semblent pas s’appliquer a créé un déséquilibre inquiétant dont il faut se préoccuper. Advenant la disparition des médias, dont les revenus publicitaires ont été vampirisés par ces fameux GAFA, ce ne sont ni Facebook, Google et compagnie qui enverront des journalistes professionnels couvrir les séances des conseils municipaux ou enquêter sur de nombreux sujets d’intérêt public.

Ajoutons à cela le fait que moins d’une personne sur dix paie désormais pour s’informer, ce qui a pour effet d’occulter le fait que l’information a un coût à produire, mais aussi une valeur.

Collectivement, nous avons oublié la valeur du journalisme et nous nous sommes détournés de sa mission première, croyant à tort qu’ici, au Québec, la liberté de presse et l’accès à l’information étaient acquis pour toujours.

La situation se résume bien simplement : désormais, les médias d’information financent à grands frais la production de reportages d’intérêt public, mais ils ne peuvent plus compter sur les revenus publicitaires ou les revenus d’abonnement d’autrefois pour y parvenir. Connaissez-vous beaucoup d’entreprises qui parviendraient à survivre dans de telles circonstances?

Le cœur du problème est un peu là : tout le monde est pour la sauvegarde de l’information, mais personne ne veut payer pour.

Or, le simple libre-marché ne peut s’appliquer dans l’industrie de l’information, car celle-ci n’est pas un produit qui peut être sous-traité ailleurs pour moins cher. Le fruit du travail des journalistes n’est pas un simple produit de consommation comme tant d’autres qui pourrait être remplacé s’il disparaissait : l’information est un bien public dont bénéficie la société toute entière, car elle sert la démocratie en présentant une diversité de points de vue autour d’enjeux qui concernent toute une communauté.

S’il est donc une seule chose que vous devez retenir de mon témoignage, c’est que la pérennité de ce bien public dépend des efforts de la communauté toute entière pour le faire survivre. C’est donc pour vous demander, à titre d’élus, de préserver l’information régionale québécoise, que je m’adresse à vous aujourd’hui.

Le débat entourant la survie des médias d’information s’est longuement attardé sur le virage numérique à entreprendre : nous avons beaucoup entendu parler du contenant transportant les nouvelles, mais très peu du contenu lui-même. Je considère plutôt que le véhicule importe peu, en autant que les contenus qui s’y trouvent sont pertinents. Papier ou numérique, un média d’information trouvera sa pertinence dans la qualité de ses reportages, de ses enquêtes journalistiques et des analyses que ses artisans en tireront.

Ainsi, je recommande à la Commission d’étudier la possibilité d’établir des crédits d’impôt sur les masses salariales des médias, qui pourraient encourager ceux-ci à embaucher et à investir dans leurs salles de rédaction plutôt que d’effectuer des compressions, avec pour impact direct une augmentation de la couverture journalistique, particulièrement au niveau local. La reconnaissance de l’information journalistique en tant que produit culturel pourrait également assujettir celle-ci aux différentes mesures fiscales qui existent déjà; il ne suffirait que de bonifier les enveloppes existantes pour ne pas pénaliser les actuels bénéficiaires de ces programmes.

Évidemment, j’encourage le gouvernement du Québec à poursuivre ses investissements publicitaires dans les médias d’information québécois afin de donner l’exemple aux entreprises privées qui les ont délaissés au profit des GAFA : il m’apparaît contradictoire de prêcher pour l’achat local sans être conséquent à ce sujet.

Je lance aussi l’idée de créer un fonds dédié au financement de reportages d’information d’intérêt public, un fonds auquel auraient accès tous les médias généralistes québécois, tout en respectant leur indépendance journalistique. Je propose par exemple que l’accessibilité à l’aide financière issue de ce fonds soit proportionnelle au contenu original et local produit par chaque média sous forme de retour sur investissement. Le fonds pourrait aussi être géré par un comité indépendant et chapeauté par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec.

Membres de la commission, vous avez le pouvoir, et le devoir dis-je, de maintenir l’un des piliers de notre démocratie. Vous devez vous élever au-dessus du débat partisan et mettre en place des mesures qui soutiendront les médias d’information, peu importe à qui ceux-ci appartiennent, et surtout, peu importe leur taille, en autant qu’ils continuent leur mission de servir l’intérêt public. Car qui, à l’heure actuelle, pourrait répondre à cette prérogative sur les médias disparaissent?

Vous devrez toutefois agir vite. Plus le temps passe, et plus la précarité des médias s’accroît. Si rien n’est fait à court terme, cela représenterait une atteinte importante au droit du public à l’information, au droit du public d’avoir accès à une pluralité de sources et de points de vue.

Ne laissez pas des régions sombrer dans le noir. »

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Le sociofinancement est-il la bouée de sauvetage des médias?

Le sociofinancement a la cote. Que ce soit pour lancer un produit ou démarrer une entreprise, amasser des fonds pour les sinistrés d’un drame, pour payer des soins de santé ou pour réaliser le rêve d’un enfant malade, toutes les raisons sont bonnes pour solliciter la générosité d’inconnus en ligne dans l’espoir d’avoir suffisamment de dons pour concrétiser son projet.

Il semble même que le sociofinancement soit devenu une avenue pour certains médias québécois, qui, a-t-on besoin de le rappeler, sont aux prises avec une crise majeure de revenus qui menace leur existence.

Dans un texte daté de 2015 sur le site Infopresse, Frédéric Rondeau, qui rappelait alors que Ricochet et Nouveau Projet étaient nés du sociofinancement, affirmait qu’il s’agissait d’une « initiative inattendue » n’ayant toutefois rien « d’inhabituel ». Le texte mentionnait que les campagnes de sociofinancement n’étaient que des solutions temporaires pour la survie des médias; si c’est bel et bien le cas, force est d’admettre que dans l’état actuel des choses, il n’existe pas encore de porte de sortie à long terme.

La semaine dernière, le comité chargé d’analyser les mesures d’aide aux médias mises de l’avant par le gouvernement fédéral a dévoilé son rapport comprenant plusieurs recommandations. Son premier constat affirme que les mesures proposées ne suffiront pas à elles seules à endiguer le problème.

Bref, le sociofinancement et la sollicitation de dons par les lecteurs, à condition que ces dons puissent être récompensés par un reçu d’impôt si Ottawa assouplit les mesures en place, peut compenser en partie l’exode des revenus publicitaires.

Déjà, au cours de la dernière année, des initiatives ont permis de rallier un certain appui.

Il y a quelques jours, Le Soleil annonçait que la campagne de sociofinancement pour permettre la production d’une nouvelle saison de l’émission Québec, réveille!  sur les ondes de CKIA était en voie d’être un succès.  Il reste encore huit jours à la campagne pour lui permettre d’atteindre la barre des 30 000$.

En septembre dernier, c’est le média hyperlocal Pamplemousse qui a pu reprendre ses activités grâce à la contribution populaire. (AJOUT: cela n’a toutefois pas été suffisant pour assurer sa survie à long terme.) Rappelons que la plateforme montréalaise avait dû mettre la clé sous la porte, faute de financement. Le directeur du média, Stéphane Desjardins, avait à l’époque écrit un vitriolent éditorial pour semoncer les annonceurs locaux, qui n’ont pas suffisamment soutenu l’initiative.

Plus tôt cette année,  Le Devoir a annoncé avoir renoué avec la rentabilité pour une deuxième année consécutive. Le média peut également compter sur l’appui de ses fidèles abonnés et des donateurs à la fondation Les Amis du Devoir, où par un don, il est possible de soutenir la mission du quotidien.

Tout cela porte à croire que le modèle utilisateur-payeur est encore celui qui permettra aux médias d’informations d’exister. C’est logique: ceux qui continuent de s’informer devraient payer pour les contenus qu’ils consomment.

Or, le contexte actuel fait en sorte que ceux qui paient toujours pour s’informer le font aussi pour tous les autres qui ne déboursent pas un sou, ce qui ne suffit pas à financer la production et la diffusion d’information.

À l’heure actuelle, moins d’un Canadien sur dix paie pour s’informer auprès d’un média professionnel d’information.

Bref, ce sont (souvent) les mêmes âmes généreuses, qui ont compris la valeur sociale de l’information, qui se retrouvent à financer celle-ci pour le bénéfice de toute la communauté.

Il y a des limites à exploiter la même vache à lait.

Ceux qui financent volontairement l’information le font parce qu’ils jugent celle-ci importante, d’une manière ou d’une autre.

L’information est un bien public en ce sens où elle permet à tous les citoyens d’être mieux éclairés sur plusieurs enjeux touchant la société. Elle contribue à chacun de faire des choix plus judicieux et d’avoir accès à une pléthore d’arguments pour établir les bases de toute décision.

En partant de ce postulat, pourquoi son financement ne relève uniquement que de quelques milliers de personnes? Ne devrait-il pas être l’affaire de tous?

Poser la question, c’est un peu y répondre, à mon avis.

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Avis publics: le droit du public à l’information écope

Il n’y a rien d’étonnant à ce que la Ville de Montréal envisage de retirer ses avis publics des journaux imprimés sur son territoire, et ce, dès septembre.

Depuis les changements apportés à la Loi sur les cités et villes et au Code municipal qui permettent aux villes de limiter la diffusion de leurs avis publics à leur site Internet, en  2017, plusieurs dizaines de municipalités québécoises ont retiré leurs avis publics des journaux imprimés.*

Déjà, quelques arrondissements de la Ville avaient pris une telle décision. C’est notamment le cas de LaSalle, de l’arrondissement Sud-Ouest, de Rosemont-La Petite Patrie, d’Anjou, d’Outremont, de Mercier Hochelaga-Maisonneuve, de Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, de Verdun et de Pierrefonds Roxboro.

On affirme réaliser ainsi une économie annuelle de 350 000$, que Montréal considère comme étant « des frais considérables » dans ce sommaire décisionnel disponible en ligne. Or, sachant que le budget global de la métropole québécoise est de plus de 5,7 milliards de dollars, « l’économie considérable » réalisée représentera en fait à peine 0,0061348 % des dépenses de l’appareil municipal montréalais.

Dans certains cas, cette solution était bien simple et la seule applicable: il n’existait plus de média imprimé sur leur territoire leur permettant de se conformer à la loi. Dans d’autres, comme à Montréal, on évoque une économie d’argent qui, plus souvent qu’autrement, est inférieure à 1%  du budget global de fonctionnement, qu’elle qu’en soit son ampleur.

Des peanuts, en bon français, qui démontrent que le retrait des avis publics des journaux papier relève davantage de l’idéologie que d’un souci financier.

Un autre argument avancé par les municipalités est que les citoyens ont tous accès à toute l’information directement sur leur site Web. Or, la proportion de citoyens qui consulte ces sites, du moins sur une base régulière et dans l’optique volontaire de prendre connaissance des avis publics, est minime.  Il est aussi faux de croire que les citoyens vont se ruer massivement en ligne pour les lire. Et ça, c’est si les avis publics sont faciles à trouver une fois sur le site Internet de la municipalité, car plusieurs portails sont loin d’être conviviaux.

Le seul argument valable avancé par Montréal est la souplesse que permet une diffusion en ligne plutôt que sur support papier, notamment en raison des tombées rigides des journaux et des erreurs qui peuvent être corrigées en quelques clics et en quelques secondes à peine. Mais contrairement à ce qu’on y mentionne, ça n’est pas « offrir un meilleur service aux citoyens ».
Pas quand la diversité des sources d’accès à l’information s’en trouve affectée.

Car il y a fort à parier que moins de gens seront au courant des différentes initiatives municipales maintenant qu’ils ne les verront plus en feuilletant un journal. Il y a là un danger réel pour le droit du public à l’information, même si les villes se prétendent plus transparentes.

Au fait, plusieurs projets pourraient être dorénavant adoptés sans opposition si personne ne prend le temps d’aller sur les sites Internet des villes pour consulter toute la liste des avis publics en vigueur…

Lorsque le règlement de Montréal sera adopté et appliqué cela signifiera que les deux villes les plus importantes de la province, car Québec avait fait de même, auront retiré leurs avis des journaux imprimés. Certes, les mairies et administrations de ces villes sont bien couvertes par des journalistes, ce qui n’est pas nécessairement le cas dans des municipalités de moindre ampleur.

Une autre Ville d’importance au Québec , Laval, n’est pas encore passée à l’action, mais s’était montrée favorable à la mesure dans son mémoire à propos du projet de loi 122, à l’époque.

Il est particulièrement préoccupant que ce mouvement de retraits des avis publics croit alors même que les médias d’information s’enfoncent de plus en plus profondément dans une crise financière qui menace leur survie, particulièrement en région.

Bon nombre de représentants de l’industrie, moi y compris, sont d’avis que les gouvernements doivent offrir un soutien financier, à tout le moins temporaire, aux entreprises de presse afin qu’elles parviennent à redéfinir leur modèle d’affaires, devenu désuet par l’exode des revenus publicitaires vers des entreprises numériques américaines qui ne paient pas d’impôts au Canada ou au Québec.

Ensemble, les montants que ne toucheront plus les journaux par le retrait des avis publics représentent des centaines de milliers, voire des millions de dollars. Des sommes qui ne pourront plus être investies dans la production d’informations d’intérêt public locales: s’ils comptent souvent pour moins de 1% des budgets des villes, ces montants représentent parfois le salaire d’un, voire de deux ou trois journalistes, qui en région peuvent constituer une salle de nouvelles toute entière.

On ne se le cachera pas; les avis publics représentaient, d’une certaine façon, une subvention déguisée aux médias. Et ce n’est pas le rôle des municipalités de garder des entreprises (de presse) privées en vie. Par contre, les villes bénéficient assurément de la présence de médias sur leur territoire, ne seraient-ce parce que ceux-ci contribuent à la vitalité de la vie en communauté en informant la population de ce qui s’y passe. D’autant plus, bien heureux sont les élus lorsqu’on rapporte leurs bons coups et leurs initiatives.

Mais n’oublions pas une chose: l’information, les nouvelles, ne sont pas un produit de consommation comme les autres. Elles revêtent un caractère essentiel à la démocratie et sont en fait un bien public.

Je connais personnellement certains élus qui, conscients de ce fait, choisissent sciemment de continuer à publier leurs avis publics dans des journaux locaux, reconnaissant l’importance que ceux-ci ont dans leur communauté.

Et c’est tout à leur honneur.

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* Voici la liste de toutes les municipalités ayant fait le choix de retirer leurs avis publics des journaux imprimés. C’est un recensement personnel et non exhaustif, alors si vous en connaissez qui n’y figurent pas, n’hésitez pas à me faire parvenir les informations!

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Médias: le syndrome du survivant

Œuvrant dans des médias fragilisés, les travailleurs de l’industrie de l’information sont aux prises avec le syndrome du survivant, a affirmé Chantal Aurousseau, professeure au Département de communication sociale et publique à l’Université du Québec à Montréal, lors d’une présentation offerte dans le cadre du Bureau fédéral de la Fédération nationale des communications, mardi matin à Québec.

Cette notion date de la période d’après Guerre et a été diagnostiquée auprès de survivants de l’Holocauste. Or, ce syndrome d’ordre psychiatrique est également observé en milieu de travail dans des entreprises gérant la décroissance ou opérant des transformations majeures, explique la chercheure.

Le phénomène se produit généralement chez des employés dont la relation avec leur travail est profondément chamboulée par ces changements, poursuit-elle. Augmentation de la charge de travail pour compenser le départ, volontaire ou non, de collègues; diminution de l’importance accordée aux détails et à l’éthique de travail; plusieurs conséquences de ces transformations du milieu et de la nature du travail sont susceptibles d’amener, chez certains travailleurs, une remise en question du sens à accorder à leur travail.

Ces changements peuvent aussi redéfinir le rapport de force entre les employés et leurs supérieurs, en minant la reconnaissance des efforts, en dégradant les conditions de travail et en créant chez plusieurs en sentiment d’impuissance ou un sens de la fatalité par rapport à la situation: la crise des médias est perçue comme étant immuable et sans issue. À force de voir des collègues perdre leur emploi et d’assister à la disparition d’autres médias, les travailleurs atteints du syndrome du survivant se demandent quand ce sera leur tour, comme si c’était quelque chose d’inévitable.

Mme Aurousseau énumère les symptômes les plus couramment observés chez les « survivants »: angoisse, colère, démotivation, sentiment de culpabilité (pour ne pas avoir pu empêcher la situation et pour être encore à l’emploi de l’entreprise, contrairement à d’anciens collègues), diminution marquée de l’engagement par rapport à son travail, perte du sens du travail, anxiété et un sentiment d’incompréhension, voire d’indifférence, de la part de ses supérieurs.

Le tout, si cela se généralise dans le milieu de travail, contribue à un marasme ambiant pouvant miner considérablement la productivité de l’équipe de travail.

En réaction, certains travailleurs sont portés à quitter leur emploi même s’ils ne sont pas menacés de le perdre dans l’immédiat (sentir la soupe chaude); d’autres pourraient sombrer dans une déprime ou s’absenter plus régulièrement du travail; enfin, d’autres démontreront une plus grande résistance au changement (méfiance).

Dans certains milieux, l’individualisme devient un réflexe de survie. On assiste au chacun pour soi, au sauve-qui-peut, qui rend difficile la mobilisation collective.

Selon la professeure, l’apparition de ces symptômes traduit l’échec de l’opération de restructuration de l’entreprise. Elle traduit également le bris du contrat psychologique existant entre l’Employeur et l’Employé, une transaction comportant une force de travail en échange de conditions de travail optimales.

Ainsi, appliqué dans le milieu de travail, le syndrome du survivant est d’abord et avant tout un problème de gestion et non pas un problème mental, comme un épuisement professionnel ou une dépression. La négation de cette réalité par les patrons ne ferait qu’amplifier ces symptômes, soutient Mme Aurousseau.

Ses recherches l’ont aussi amenée à conclure que les hommes et les travailleurs dans des postes de gestion ou professionnels sont moins susceptibles d’être affectés par le syndrome que les employés de soutien et les femmes.

Il serait facile de rejeter toute la faute sur les épaules des patrons, mais certains d’entre eux n’ont pas de contrôle sur la situation et sont aussi anxieux face à l’avenir, nuance la professeure.

La culture d’entreprise et l’attitude des gestionnaires sont toutefois cruciales pour mitiger le problème. La première solution serait de reconnaître les erreurs de gestion ayant mené à l’apparition des symptômes du syndrome. Or, rares sont les patrons qui souhaitent remettre leurs décisions en question ou qui peuvent admettre tout de go que la direction prise n’était pas la meilleure.

Quiconque a œuvré dans une salle de presse  au cours de la dernière décennie a déjà été témoin de la situation dépeinte par Mme Aurosuseau.

Le fait est que les médias sont aux prises avec une crise de revenus et leur existence même est menacée. Or, personne n’a encore trouvé la « recette gagnante » qui permettrait aux entreprises de presse de stabiliser la situation.

Nous traversons une période difficile, car la manière de communiquer l’information est en train de se redéfinir. Beaucoup de joueurs ont déjà quitté ces navires qui prennent l’eau.

Mais l’information en tant que tel? On aura toujours besoin d’être informés, peu importe la manière. Du journalisme professionnel et rigoureux sera toujours nécessaire au bon fonctionnement de la démocratie.

Ne désespérons pas. De grâce.

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Pourquoi le journalisme doit être payé à sa juste valeur

Un membre de mon réseau de contacts a fait circuler ce matin une offre d’emploi pour un journal mensuel distribué dans la région de Québec.

Cette publication locale était à la recherche d’un nouveau journaliste rédacteur en chef, dont les principales tâches seraient de réaliser des entrevues et d’écrire des reportages, de couvrir l’actualité locale, de prendre des photos, de mettre les textes en ligne, d’assurer le montage du journal sur son support papier une fois par mois et de gérer la page Facebook du média.

Le candidat recherché devait avoir une bonne connaissance du français (surtout que l’offre d’emploi contenait des fautes élémentaires), mais aussi du journalisme, en rédaction, de la photographie et de l’univers technologique du journal.

L’offre d’emploi fait état d’une charge de travail équivalente à 25 ou 30 heures par semaine. Le salaire offert? 24 000$ par an, soit environ 462$ par semaine, avant impôt. À 30 heures par semaine, cela représente un salaire horaire de 15,40$, à peu près, , mais dans ce genre de média, il n’est pas rare que les journées soient plus longues, surtout si l’équipe de rédaction est réduite…

C’est peu, mais un salaire de cet ordre est régulièrement offert dans les médias communautaires ou les plus petits médias régionaux. Pourquoi? Parce qu’il n’est pas possible d’offrir davantage, d’autant plus que les revenus publicitaires se font de plus en plus rares. Mais aussi parce qu’il se trouve toujours quelqu’un pour accepter de travailler sous de telles conditions, ne serait-ce que pour gagner un peu d’expérience. Ou pour le plaisir de la chose.

La situation dont il est question ici illustre très bien les nombreux défis auxquels sont confrontés les petits médias régionaux, mais aussi les médias communautaires.

Ceux-ci ont peu de moyens, mais plein de bonne volonté.

Cela amène parfois et bien malgré eux quelques entorses à l’éthique et la déontologie journalistiques, notamment lorsque les besoins viennent compromettre la nécessaire indépendance entre le travail rédactionnel et les tâches publicitaires du média, qui lui permettent de survivre.

Dans le cas qui nous intéresse, l’offre d’emploi stipule que la personne embauchée aura à gérer les pages Facebook de certains clients du journal, donc des annonceurs. Il est aussi spécifié que « certains contrats » pourraient s’ajouter à la tâche pour bonifier la rémunération. S’agit-il de rédaction de publireportages?

Aussi, d’autres médias offrent des emplois peu rémunérés à temps partiel, ce qui permet aux journalistes d’avoir une autre occupation. Encore là, il y a le piège d’occuper une fonction incompatible avec le métier de journaliste.

Malheureusement, la difficulté des médias d’information, particulièrement les plus petits, à se financer adéquatement grâce à la publicité qui consiste souvent en leur seul revenu en amène plusieurs à devoir « tourner les coins ronds », pour reprendre l’expression d’un collègue.

Or, lorsqu’il est question d’éthique et de déontologie journalistique, absolument rien ne justifie des entorses de ce genre, pas même des raisons économiques.

Une responsabilité sociale a un coût

D’ailleurs, pourquoi cette profession devrait-elle être bien, voire mieux rémunérée, compte tenu des déboires actuels de l’industrie de l’information? D’abord parce que celle-ci est un bien public d’une grande importance pour la démocratie, on ne le dira jamais assez.

Ensuite, parce que pour exercer la profession de journaliste professionnel, il faut souvent détenir un diplôme universitaire. Dans certains petits médias en région ou dans le communautaire, cette exigence est plus souple, mais dans les grands médias, un baccalauréat au minimum est requis. Pourtant, les journalistes font partie des diplômés universitaires les moins bien rémunérés, et gagnent souvent moins bien payés que des professionnels ayant des diplômes professionnels ou techniques.

Mais surtout, le fait de rapporter des faits publics et d’avoir un réel pouvoir de contribuer à changer les choses en informant la population, vient avec une énorme responsabilité sociale. Une erreur peut détruire une carrière, un manquement éthique ou déontologique est une faute grave. Le fait de vérifier les faits et de les revérifier avant de les rapporter publiquement est une notion centrale se trouvant au cœur du métier de journaliste.

Il ne faut rien prendre à la légère, car notre travail a des conséquences importantes dans la vie de plusieurs personnes.

La (bonne) information a un prix

Même si on la retrouve gratuitement sur Internet, la qualité de l’information a un prix. Les patrons des médias peuvent tenter d’économiser ici et là, viendra toujours un point de rupture où ces coupures affecteront la qualité des contenus.

Des articles qui ne seront pas faits et dont l’espace sera occupé par un communiqué non traité dans le journal. Moins de temps alloué à une enquête, moins de sources sondées pour un reportage. Des photographies de moindre qualité, car le journaliste devra prendre lui-même ses photos, en même temps qu’il assiste à un événement, après qu’on ait remercié le photographe professionnel. Un texte moins peaufiné parce que la charge de travail du journaliste a augmenté lorsqu’on a mis à pied son collègue.

Malheureusement, la situation économique actuelle des médias d’information, petits et grands, est loin d’aller en s’améliorant. Je termine donc ce billet avec quelques questions histoire de lancer la réflexion.

Comme public, que désirons-nous? Une information de qualité, variée et d’intérêt public?  Si ce n’est pas nous, qui doit payer pour celle-ci?

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Liberté de presse, ma précieuse

Chronique publiée dans La Voix de l’Est, le samedi 4 mai

Chaque année, le 3 mai marque la Journée internationale de la liberté de presse. Malheureusement, celle-ci se porte plutôt mal, ces temps-ci.

Le plus récent classement mondial de la liberté de presse, dévoilé il y a deux semaines par l’organisme Reporters sans frontières (RSF), nous apprend qu’il y a de moins en moins de pays jugés « sûrs » pour les journalistes, c’est-à-dire où ces derniers peuvent accomplir leur travail à l’abri d’entraves. Surtout, RSF affirme que « la haine des journalistes a dégénéré en violence ».

Une affirmation qui s’est une fois de plus confirmée lorsque, dans la nuit du 18 au 19 avril dernier, la journaliste Lyra McKee a été atteinte mortellement par les balles d’un tireur.

Ça ne s’est pas déroulé au Censurekistan, mais en Irlande. Un pays qui se situe au 15e rang des pays les plus sûrs pour les journalistes dans le monde, sur un classement qui hiérarchise 180 états souverains.

Sans surprise, l’Arabie saoudite, où a été assassiné le journaliste Jamal Khashoggi et où est toujours détenu Raif Badawi, se situe en queue de peloton, à la 172e place du classement. Il n’y a qu’au Djibouti, en Chine, en Syrie, au Soudan, au Vietnam, en Érythrée, en Corée du Nord et au Turkménistan que la situation est encore plus dramatique, des pays qui, dans certains cas, sont rarement sur le radar de la presse internationale.

Le décès de Lyra McKee s’ajoute donc à celui de huit autres représentants de médias tués depuis le début de l’année. Plus de 330 autres sont actuellement emprisonnés, parfois simplement pour avoir posé une question ou émis une opinion qui dérangeait.

On n’est pas mieux

Il est toutefois faux de penser que ce n’est que dans ces contrées lointaines, où la démocratie peine à régner, que les journalistes sont maltraités.

Selon RSF, c’est en Amérique où les conditions d’exercice du journalisme se sont le plus dégradées au cours de la dernière année.

Pensez-vous que parce que les journalistes nord-américains ne meurent pas, qu’ils peuvent faire leur travail en toute quiétude ? Détrompez-vous.

Même s’il fait bonne figure à la 18e place du classement — le même rang qu’il occupait l’an dernier —, le Canada pourrait faire mieux. Et même le Québec, où il existe tellement d’exemples d’entraves à la liberté de presse que j’en ai écrit un livre !

Dans plusieurs régions, des élus expulsent encore des journalistes de séances publiques sous prétexte que leur présence est intimidante pour les citoyens. On les empêche de filmer ou d’enregistrer les réunions du conseil municipal, quand on ne les boycotte tout simplement pas.

Des organisations intimident et menacent des journalistes parce que ceux-ci creusent là où ça leur fait mal. Ils punissent des médias en retirant leurs publicités, privant les journalistes des moyens d’enquêter, quitte à ce que le média finisse par disparaître.

Il y a également toute la question de la protection des lanceurs d’alerte, des gens qui, en transmettant des informations d’intérêt public aux journalistes, souhaitent contribuer à l’endiguement de problématiques dont ils sont témoins, mais qui font l’objet de représailles par les organisations éclaboussées par ces révélations.

Plus au Sud, les États-Unis ont dégringolé pour une troisième année d’affilée, atteignant la 48e place. En 2013, la « plus grande nation du monde » autoproclamée était 32e au classement.

Cette diminution coïncide avec l’élection d’un président qui n’hésite pas à qualifier de « fake news » toute actualité qui le dépeint de manière négative ou qui ne sert pas ses intérêts. Un président qui n’a pas hésité à qualifier les journalistes « d’ennemis du peuple » et à cautionner tacitement les actes de violence commis à leur endroit en ne condamnant pas ceux-ci sur la place publique.

Donald Trump, comme son émule ontarien Doug Ford, juge les médias d’information inutiles, lui qui préfère contourner tout filtre journalistique pour livrer un message à son avantage.

Le droit du public à l’information ? Un détail dans lequel on ne s’empêtre plus trop trop par les temps qui courent.

On s’en fout, quoi !

Pourquoi en sommes-nous rendus là ? C’est si simple et si complexe à la fois.

D’une part, il y a la désinformation. La propagation de fausses nouvelles ou d’informations biaisées notamment à travers les médias sociaux, mais aussi par des messagers qui ont un intérêt à vouloir duper et diviser les masses.

L’être humain a la fâcheuse tendance à croire systématiquement ce qui le conforte dans les opinions qui sont déjà ancrées profondément en lui, alors qu’il doute et se méfie davantage d’informations qui, au contraire, le confrontent. Pire encore, certaines personnes se foutent de la véracité des faits qu’ils partagent, parce que de toute façon, ceux-ci reflètent leur pensée.

Et puis, il y a l’indifférence.

Beaucoup de gens, même s’ils n’endossent pas les menaces formulées à l’endroit de journalistes — je dirais même à l’endroit de n’importe qui — ne les dénoncent pas et n’en font pas de cas.

Nous tolérons malheureusement la violence davantage qu’autrefois, et celle-ci, surtout psychologique et verbale, est beaucoup plus pernicieuse.

On parle d’intimidation, surtout de cyberintimidation. Pour certains, recevoir un courriel haineux fait partie de leur routine de travail. On les dénigre parce qu’on n’aime pas les propos rapportés dans un reportage ; on les insulte parce que leur face ne nous revient pas. Et si la journaliste est une femme, celle-ci est encore plus susceptible d’être attaquée sur son apparence ou son intelligence.

Comme si c’était devenu impossible, même chez nous, d’avoir un débat d’idées sans automatiquement attaquer l’autre et conclure que c’est un imbécile parce qu’il ne pense pas comme nous.

Comme société, on vaut mieux que ça.

Je suis la première à l’admettre d’emblée : les journalistes, et les médias par la bande, sont loin d’être parfaits et imperméables à l’erreur. Certains pratiquent ce noble métier avec beaucoup de rigueur alors que d’autres ont l’éthique plutôt élastique.

Le devoir d’informer et l’intérêt public doivent être notre seul phare à travers le brouillard de la désinformation. Mais le respect, qu’on soit au Québec ou à Tombouctou, ne devrait jamais être optionnel.

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La guerre des hebdos, cinq ans plus tard

Voilà bientôt cinq ans qu’a pris fin cette fameuse « guerre des hebdos » qui a profondément transformé le visage de la presse locale au Québec. Une soirée à ce sujet a eu lieu lundi soir à Chambly en marge de la Semaine de la presse et des médias organisée par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, donnant lieu à des échanges fort intéressants. Résumé.

D’abord, qu’est-ce que la guerre des hebdos? On pourrait croire qu’il s’agit de l’âge d’or des hebdomadaires au Québec, en raison d’un nombre de titres inégalé dans toutes les régions de la province, ou presque. Or, il s’agit plutôt d’une période à la fois sombre et faste pour l’information locale.

Tout a débuté au tournant des années 2010 lorsque Québecor, avec sa division Sun Media, a choisi d’acquérir de nombreuses publications indépendantes et de faire concurrence à TC Média (Transcontinental), non pas dans l’optique d’offrir davantage d’information aux citoyens, mais pour dominer le marché de la distribution au moyen du Sac Plus, en opposition au Publi-Sac de TC. Bref, l’objectif était de distribuer le plus grand nombre de circulaires possibles, et pour rendre ce sac publicitaire attrayant, valait mieux y mettre un journal.

Bref, pour être compétitif, Sun Media a fait dramatiquement baisser le prix des publicités, parfois jusqu’à 60% dans certains marchés. Mais cette guerre d’usure, quand on sait qu’il y avait un très grand nombre de journaux à se partager le même bassin d’annonceurs, n’aurait pu durer bien longtemps.

Et c’est en 2014 que Sun Media s’est avoué vaincu, cédant du même coup ses hebdomadaires à TC Media qui, jusqu’alors, avait créé des alliances avec des publications indépendantes ou ouvert d’autres journaux pour occuper le territoire et solidifier son propre réseau de distribution. Le Bureau de la concurrence a autorisé la transaction, mais a exigé que plusieurs titres soient revendus pour éviter des monopoles dans certains secteurs. Résultat: une vingtaine d’hebdomadaires n’ont pas survécu à la guerre des hebdos.

Julie Voyer (Gravité Média) et Charles Michaud (Topo Local) - Photo Denis Germain
Julie Voyer (Gravité Média) et Charles Michaud (Topo Local) – Photo Denis Germain

Cinq ans plus tard, que reste-t-il de ces publications? La question a été posée à Marie-Andrée Prévost, présidente éditrice de Viva Média, Julie Voyer, présidente-directrice générale de Gravité Média et à Charles Michaud, ancien vice-président des Journaux régionaux chez Québecor (2006 à 2012)  et cofondateur de Topo Local, à Saint-Jérôme.

Force est d’admettre que la guerre commerciale que se sont livrés les deux grands joueurs a laissé des traces profondes dans l’industrie de l’hebdomadaire, a soutenu d’abord Mme Prévost. « Deux titans qui se livrent une guerre avec des poches sans fonds, ça dévalue un produit. Ça a mené au syndrome du magasin à un dollar », constate-t-elle.

Pourtant, ajoute-t-elle, les travailleurs des hebdomadaires devaient continuer de faire leur travail. La baisse du coût des publicités a fait mal à tous les joueurs, mais surtout aux médias indépendants qui demeuraient en place et qui ont été pris, malgré eux, au centre de ce combat. « Le représentant sur le terrain, qui doit vendre ses pages la moitié du prix, il perdait la moitié de sa commission aussi », rappelle-t-elle.

Le retrait successif des deux grands joueurs – TC Media s’étant défait de tous ses hebdomadaires entre 2017 et 2018 – envoie par ailleurs le message que les hebdomadaires ne sont plus une voie d’avenir. « Mais ceux qui demeurent dans cette industrie-là veulent encore tirer leur épingle du jeu,  indique Mme Prévost. Les gens ont acheté l’idée que les journaux, c’est fini. »

Pour sa part, Julie Voyer, qui avait eu pour mandat de TC Media de lancer plusieurs hebdomadaires en peu de temps pour contrer l’offensive de Québecor, affirme que les baisses de tarifs publicitaires survenues durant la guerre des hebdos – qu’elle juge « sans pitié », n’ont pas encore été rattrapées. « On a beau vouloir faire évoluer les tarifs, on ne peut pas revenir au montant que c’était avant. Les annonceurs ne sont plus prêts à payer ce prix-là », note-t-elle.

Charles Michaud, qui a agi comme colonel pour Sun Media pendant cette guerre, le reconnaît: « Les prix actuels s’apparentent dans certains cas à ceux de 1995 ». Et les deux mastodontes qui se sont affrontés étaient bien au fait des cicatrices que laisserait leur affrontement sur le terrain une fois celui-ci terminé.

Selon lui, la véritable crise des hebdomadaires a débuté bien avant la guerre des hebdos, au tournant des années 1980. C’est lorsque les publications ont cessé d’être vendues sur abonnement ou en kiosque qu’elles ont perdu la partie. En laissant aux publicitaires le soin de leur offrir leurs revenus et en s’intégrant au Publi-Sac, les hebdomadaires ont intégré l’industrie de la distribution, devenant ainsi vulnérables aux pressions économiques et mettant à mal leur indépendance journalistique.

Des communications plus que de l’information

Les trois intervenants s’accordent pour dire que les Villes gèrent de plus en plus leurs communications comme des entreprises, investissant davantage en relations publiques qu’en journalisme.

L’embauche de responsables de communication ou de relationnistes, dans les municipalités, est un phénomène somme toute assez récent mais de plus en plus important, où le contrôle de l’information vise à projeter une image positive des municipalités plutôt que d’informer réellement la population.

« Les équipes de communications comme à la Ville de Saint-Jérôme comptent plus de gens que notre équipe de journalistes », souligne à juste titre Charles Michaud, déplorant du même coup que pour des questions de salaire, plusieurs journalistes choisissent de passer du côté obscur de la force.

La loi 122, qui permet depuis deux ans aux municipalités de se soustraire à l’ancienne obligation de diffuser leurs avis publics dans un journal imprimé, a aussi de fâcheuses conséquences sur le droit du public à l’information, sans compter que souvent, ces avis et les explications en séance publiques relèvent d’un jargon incompréhensible pour la plupart des gens.

« Il va falloir que les citoyens revendiquent l’information », croit M. Michaud.

L’avenir réside-t-il dans le numérique?

Ayant mis sur pied un média local entièrement numérique, M. Michaud continue de croire en la nécessité d’une information de proximité de qualité. Mais à ses yeux, l’avenir ne réside pas dans les formats imprimés. « Les carottes sont cuites, a-t-il affirmé fermement. Je ne vois pas de plan d’affaires actuellement qui serait capable de faire vivre, à moyen ou long terme, de l’information sur un support en papier. »

Les autres panélistes sont en désaccord avec ce constat. « Je crois énormément au papier, a souligné Julie Voyer. Il faut effectivement revoir notre modèle d’affaires pour optimiser l’expérience du lecteur et diversifier notre offre, mais c’est encore possible d’avoir des journaux imprimés en croissance. »

De plus, relève-t-elle, son entreprise a reçu énormément de plaintes après qu’elle ait diminué le tirage du Courrier du sud, l’hebdomadaire de l’agglomération de Longueuil. Signe que les citoyens sont extrêmement attachés à l’édition papier de leur journal.

Marie-Andrée Prévost se dit elle aussi optimiste. « L’hebdomadaire gratuit est encore la vraie de vraie et la seule information totalement gratuite pour le lecteur, rappelle-t-elle. Pour consulter les nouvelles sur Internet, il faut avoir accès à un ordinateur, une tablette ou un téléphone intelligent, en plus de payer une connexion à Internet. »

Marie-Andrée Prévost, Viva Média - Photo Denis Germain
Marie-Andrée Prévost, Viva Média – Photo Denis Germain

La présidente et éditrice estime même que le virage numérique vers lequel le gouvernement dirige les journaux revient à « se jeter dans la gueule du loup ». « C’est un système qui n’est pas contrôlé et dans lequel il y a beaucoup trop d’iniquités », plaide-t-elle.

Elle croit toutefois que pour tirer leur épingle du jeu, les éditeurs d’hebdomadaires devront un jour où l’autre reprendre le pouvoir sur leur mode de distribution, particulièrement alors qu’un mouvement d’opposition au Publi-Sac commence à se faire entendre. Pour sa part, Viva Média a racheté des boîtes de distribution appartenant au Washington Post pour y disposer ses journaux sur le territoire.

« Ce qui me fait peur, explique-t-elle, c’est que les éditeurs prennent tous les risques en faisant imprimer et distribuer leurs journaux. Je suis convaincue que d’ici cinq ans, beaucoup d’éditeurs de journaux vont faire ce que j’ai fait. On n’a plus le luxe de payer pour des copies qui prennent directement le chemin du recyclage. »

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Médias et territoires: l’un ne va pas sans l’autre

Si les dernières années ont été impitoyables pour l’industrie des médias, particulièrement en région, ceux-ci n’en demeurent pas moins très importants pour les communautés.

En effet, les médias et les régions sont indissociables notamment parce qu’ils se nourrissent l’un l’autre. Un média sans territoire n’a pas d’auditoire ni de matière à traiter: une région sans information est dénuée de son identité.

Voilà le constat de plusieurs conférenciers, y compris moi-même, lors du forum Médias et territoires: regards sur les médias locaux et régionaux, organisé vendredi dernier par le Centre de recherche sur le développement territorial de l’Université du Québec à Chicoutimi.

Le journalisme a toujours été une pratique urbaine, par tradition, mais il est désormais très important dans les régions, a souligné la professeure Colette Brin, directrice du Centre d’Étude sur les médias de l’Université Laval.

Le CEM a tenté, au fil des années, de recenser les médias situés dans toutes les régions du Québec. Malheureusement, les différents répertoires et banques de données étaient incomplets, compliquant le travail des chercheurs.

Entre 2012 et 2017, les dépenses publicitaires ont chuté de 13.29% dans la télévision, de 52,78% dans les quotidiens, de 41,67% et de 45,59% dans les hebdos et les magazines, alors qu’elles sont demeurées stables dans la radio, avec une croissance de 0,34%, et qu’elles ont explosé dans les médias en ligne, une hausse marquée à 121,56%. Globalement, la part de marché des publicités numériques chez les GAFA a cru de 10% entre 2014 et 2017,

Tout cela alors que les Canadiens sont peu enclins à payer pour s’informer. Les chiffres du CEM révèlent qu’à peine 9% ont déboursé pour consulter des contenus en ligne, la plupart étant âgés de moins de 35 ans.

Du point de vue des contenus, Mme Brin a indiqué que les thèmes abordés par les médias sont généralement en phase avec l’agenda des annonceurs, en ce sens où les sujets où les intervenants sont moins susceptibles d’acheter de la publicité se retrouvent moins souvent traités.

Mme Brin est en désaccord avec l’hypothèse selon laquelle il faut laisser les médias traditionnels s’éteindre pour permettre l,avènement de nouveaux médias. Elle compare le tout à la politique de la terre brûlée et est d’avis qu’il y aura toujours un besoin pour une information professionnelle de qualité.

L’information pour s’enrichir collectivement

Ex-président du Conseil de presse du Québec, le professeur Raymond Corriveau, de l’Université du Québec à Trois-Rivières a tenu à recentrer le débat dans une perspective citoyenne. En ce sens, il rappelle que les médias ne sont pas la seule source d’information à laquelle peut s’abreuver la population, mettant à mal la logique commerciale des entreprises de presse.

« Pourquoi le droit à l’information, qui est fondamental, est-il redevable au profit de quelques actionnaires? » demande-t-il. Ce faisant, les assises de l’information sont problématiques, dans une perspective citoyenne.

L’expert parle d’un important lobby des entreprises de presse pour expliquer pourquoi les recommandations émises au terme de 19 commissions d’enquête, tournées et rapports révélant d’importantes lacunes informationnelles n’ont jamais été appliquée. Il déplore que les entreprises de presse cherchent à faire du profit avec l’information, qui doit plutôt servir le bien commun en encourageant la prise de décisions éclairées.

Si les problèmes ne se rendent pas dans l’espace public, il y a peu de chances que ceux-ci soient relevés par les décideurs qui peuvent les résoudre, ajoute M. Corriveau, qui prêche pour une meilleure éducation aux médias dans l’optique de générer une citoyenneté responsable.

Des médias décimés

La crise des médias, et particulièrement des médias locaux, ne date pas d’hier, a relevé le président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec Stéphane Giroux. Déjà, rapporte-t-il, le sujet était d’actualité au début des années 1990.

Le journaliste déplore que l’information locale ait perdu 50% de son ampleur récemment alors que les conditions de travail des journalistes restants se précarisent. « C’est donc 50% de chances de plus qu’aucun journaliste ne couvre un conseil municipal, un événement, ou qu’un journaliste enquête sur quelque chose », a-t-il déclaré.

Du même souffle, ce sont les fausses nouvelles qui occupent désormais le vide laissé par l’information sérieuse. « Moins il y a de couverture médiatique sérieuse et plus il y a de fausses nouvelles, moins la démocratie se porte bien », dit-il.

Et les géants du Web, qui ont décimé les médias en vampirisant presque tous leurs revenus publicitaires, voient aujourd’hui le problème qu’ils ont créé. « Facebook veut créer une plateforme pour les nouvelles locales, rappelle Giroux, inquiet pour l’avenir. Mais il ne peut pas la remplir, parce que des nouvelles locales, il n’y en a plus assez. »

Des irréductibles

Malgré ces constants alarmants, il en existe encore pour croire à une information régionale de qualité, et ils sont venus témoigner de leur expérience.

Marlène Claveau et Stéphanie Gagnon en savent quelque chose. Les deux femmes d’affaires ont repris trois hebdomadaires mis en vente par TC média. Le petit conglomérat médiatique qu’est devenu Trium Média se porte extrêmement bien, à en croire le dynamique duo.

Heureusement.

Les médias communautaires n’étaient pas en reste avec des présentations de Amélie Hinse, directrice de la Fédération des télévisions communautaires autonomes du Québec, et de Martin Bougie, directeur général de l’Association des radios communautaires du Québec.

Organismes à but non lucratif ne vivant pas de publicité, les médias communautaires comblent au meilleur de leurs moyens le vide laissé par la disparition des médias locaux commerciaux. Leur auditoire est beaucoup plus grand et vaste qu’on ne pourrait le croire, et dans certaines régions qualifiées de déserts médiatiques, ils ne représentent parfois que la seule source d’information disponible aux citoyens.

Pour M. Bougie, l’accès à l’information locale est un enjeu collectif. « Il faut que collectivement, on réclame d’être bien informés et qu’on s’interroge sur la manière de s’offrir ce service », a-t-il dit.

En après-midi, des représentants de médias nationaux présents en région ont partagé leur vision de l’avenir de l’information.

Pour Virginie Lamontagne, agente de coordination, production régionale Côte-Nord pour la Fabrique culturelle de Télé-Québec, il est primordial que les gens se reconnaissent dans leurs médias.

Le directeur général des services régionaux de Radio-Canada, Jean-François Rioux, estime que l’absence de pluralité des sources d’information dans les communautés est un problème fondamental pour la démocratie . Le contrôle de l’information

Enfin, le président directeur général de Groupe Capitales Médias, Claude Gagnon, a plaidé que l’information ne pourra pas être perpétuellement gratuite. La population doit reprendre conscience de la valeur de l’information et payer pour, autrement les médias tels qu’ils sont actuellement sont appelés à disparaître.

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Un filtre journalistique nécessaire

Il ne faut pas se surprendre de voir le premier ministre ontarien Doug Ford déclarer que les médias traditionnels sont inutiles et que grâce aux réseaux sociaux, il n’est plus nécessaire de passer par des journalistes pour transmettre son message à la population.

On parle quand même d’un élu qui a mis sur pied sa propre chaîne de nouvelles sur les réseaux sociaux pour présenter ses actualités sans filtre journalistique.

D’ailleurs, Ford est loin d’être le premier politicien à croire que les journalistes sont désormais inutiles, voire nuisibles, à la bonne transmission des informations.

Donald Trump en est l’exemple le plus flagrant, mais c’est aussi le cas de plusieurs conseils municipaux québécois, et même ailleurs au pays, en Amérique du Nord et dans le monde. Rappelons que des dizaines de municipalités québécoises ont retiré leurs avis publics (et le financement qui vient avec) de journaux locaux, sous le couvert de la loi 122 adoptée en mars 2018, sous prétexte que l’information serait directement accessible sur le site internet de la municipalité.

Certes, pour communiquer le nouvel horaire des collectes des matières résiduelles ou du recyclage, il est vrai qu’on peut informer directement la population. Mais certaines informations méritent d’être analysées et questionnées, c’est pourquoi le filtre journalistique est essentiel dans bien des cas.

De plus en plus d’élus, tous paliers confondus, adoptent des stratégies de communication similaires à celles d’entreprises privées, c’est-à-dire que les communications publiques doivent servir à mettre en valeur l’image de marque de leur gouvernement plutôt que de transmettre des informations au bénéfice de la population.

Comme les journalistes remettent en question et en contexte certaines affirmations, soulevant des contradictions ou présentant le tout sous un angle différent que celui qu’ils souhaitent ces élus, ceux-ci n’apprécient pas de ne pas avoir plein contrôle sur le message, c’est pourquoi ils préfèrent utiliser des voies alternatives, qu’ils considèrent comme étant directes.

Cette façon de faire est une tactique de relations publiques, tout simplement. Elle permet à l’émetteur d’informations de présenter celle-ci de la manière qui lui convient le mieux, qui le fait le mieux paraître. Mais cela ne signifie pas que l’information est présentée de la manière la plus susceptible d’informer le public et à lui faire connaître les tenants et aboutissants d’une décision: les aspects plus controversés de celle-ci pourraient être atténués ou carrément occultés, les bénéfices pourraient être amplifiés, etc.

Rappelons que la seule manière de transmettre une information dans un média crédible sans que celle-ci ne soit traitée par un journaliste a un nom, et surtout un prix: la publicité.

Doug Ford déplore que les médias traditionnels « coupent et tordent » l’information qui leur est présentée. Mais c’est le rôle des journalistes, qu’on appelle souvent les chiens de garde de la démocratie, voire le quatrième pouvoir, d’exiger des comptes aux élus au nom des gens qui les ont portés au pouvoir.

De vouloir contourner ce pan de la société ne relève pas nécessairement de la malhonnêteté intellectuelle et ne signifie pas toujours que les élus ont quelque chose à cacher; mais l’analyse de l’information par des journalistes est nécessaire non seulement pour permettre à des citoyens de comprendre plus facilement le message des décideurs, mais aussi pour avoir toute l’information nécessaire pour s’en faire une opinion juste.

Disons simplement que le filtre journalistique, s’il est pour plusieurs une plaie, est un mal nécessaire pour les élus, mais d’un grand bénéfice pour la masse.

Ceux qui n’ont rien à cacher ne s’en formalisent pas.

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Budget fédéral: un bon début, mais rien d’acquis

Ça y est. Le gouvernement fédéral a dissipé mardi l’incertitude qui régnait depuis plusieurs semaines sur les mesures d’aide annoncées pour soutenir la presse écrite.

Plusieurs craignaient que le gouvernement ne recule sur son engagement ou que les bottines ne suivent pas les babines aussi loin que promis. En effet, bien qu’il ait annoncé en novembre dernier la création d’un crédit d’impôt sur la masse salariale des salles de rédaction, d’un crédit d’impôt sur les abonnements numériques à un média d’information canadien de même que la possibilité pour les médias constitués en organismes à but non lucratif de recevoir des dons philanthropiques, des mesures sensées totaliser 595 millions de dollars sur cinq ans, on n’avait plus eu de nouvelles à ce sujet, ce qui laissait croire à certains qu’Ottawa ferait marche arrière devant les remontrances des Conservateurs qui accusent le gouvernement libéral d’acheter les médias en voie des prochaines élections.

Heureusement, le budget déposé hier par Bill Morneau à Ottawa tient ses promesses.

Le crédit d’impôt sur la masse salariale, que plusieurs espéraient de l’ordre de 35%, sera finalement de 25%, jusqu’à un salaire maximal de 55 000$. C’est un bon début et cela devrait permettre aux entreprises de presse de maintenir des emplois permanents dans les salles de rédaction, à défaut d’embaucher davantage.

Surtout, les entreprises de presse en région, qui emploient peu de journalistes dont le salaire est généralement inférieur à ceux des grandes villes, pourront en profiter. Cela n’améliorera probablement pas la situation à court ou moyen terme, mais il s’agit d’une avenue intéressante pour tenter de stopper l’hémorragie. Pensons-y: si deux journalistes gagnent 40 000$ annuellement dans un hebdomadaire, les crédits d’impôt que pourrait toucher leur patron pourrait financer la moitié du salaire d’un troisième journaliste. Et ainsi de suite.

Comme les salaires admissibles ne concernent que les employés qui travaillent à temps plein (plus de 26 heures par semaine) sur une longue période (plus de 40 semaines par année), les pigistes sont de facto exclus de la mesure. Cela fera en sorte que les employeurs devront se tourner vers le personnel en place, quitte à embaucher, pour se prévaloir de cette mesure.

Celle-ci défavorise néanmoins les journalistes indépendants, qui ne voient aucune mesure bonifier leurs conditions de travail déjà très précaires. Rappelons que les tarifs au feuillet n’ont pas augmenté depuis nombre d’années et que rien ne régit les contrats de rédaction. Compte tenu du fait que de nombreux journalistes ayant perdu leur emploi à la suite de compressions budgétaires et que plusieurs se sont tournés vers la pige pour éviter de quitter le métier, le tout n’améliore en rien leur sort.

L’autre mesure concerne les crédits d’impôt de 15% pour les abonnements numériques. On a d’abord appris que celui-ci serait temporaire, soit pour les années 2019 à 2025 et qu’il serait plafonné à 75$ par an. La nature temporaire de ce crédit l’exclut d’emblée comme solution durable pour soutenir les médias.

La suggestion n’est pas mauvaise en soi, mais ce ne sera pas suffisant pour sauver les médias. Déjà, les ménages investissent de moins en moins pour s’informer. Un ménage canadien sur dix paie pour ses nouvelles, nous apprenait une dépêche de Canada News Report. Il est fantaisiste de croire que les gens vont se mettre à payer pour quelque chose qu’ils obtiennent gratuitement en ligne depuis près de deux décennies. Ce serait tenter de remettre la pâte à dents dans le tube.

La dernière mesure touche les dons que pourront recevoir les médias de la presse écrite qui, en contrepartie, pourraient émettre des reçus d’impôt. Déjà, au budget de 2018, le gouvernement fédéral avait ouvert la porte à la philanthropie pour soutenir les journaux, et ce, quelques semaines à peine avant que La Presse n’amorce sa transition en tant qu’organisme à but non lucratif.

Comment donc réintéresser la population afin de l’amener à s’abonner ou à faire des dons de charité et donc, de débourser volontairement pour soutenir un média? Ces mesures auraient pu s’accompagner d’une aide financière pour déployer des programmes d’éducation aux médias d’un océan à l’autre, afin de faire prendre conscience à la population quels rôles jouent les médias dans une société démocratique et quelle importance ils revêtent dans leurs milieux respectifs.

Des critères à définir

L’incertitude quant aux mesures annoncées régnait notamment parce que Patrimoine Canada, qui devait donner suite à ces engagements, n’avait pas mis sur pied le comité d’experts chargé de déterminer les critères pour rendre les entreprises de presse éligibles à une aide financière. Aucune instance n’a été consultée, jusqu’à présent, sur les balises à établir.

Mardi, on a appris que pour se prévaloir de l’une ou plusieurs des trois mesures, les médias devaient correspondre à ce qu’on considère comme une « organisation journalistique canadienne admissible ». Cela implique que le média doit être possédé par des intérêts canadiens et opérer sur le territoire canadien.

Ce qui cloche, c’est qu’on insiste sur la création de certains contenus. Originaux et d’actualité, certes, mais en excluant d’emblée tous les médias spécialisés dans le sport et les arts, on insinue que ces secteurs d’actualité sont moins importants et qu’ils ne servent qu’à « promouvoir des intérêts » d’une ou plusieurs organisations. Pourtant, il y a matière à parler d’actualité et à faire enquête dans ces domaines aussi.  Les médias qui bénéficient déjà d’une aide via le Fonds canadien des périodiques sont aussi exclus d’emblée.

Néanmoins, un comité devra tout de même être formé pour examiner le tout et proposer des corrections.

Pour s’assurer de maximiser la portée de ces mesures, le gouvernement devra aussi songer à réinvestir dans les médias écrits en termes de publicité.

Rappelons qu’entre 2005 et 2015, les investissements publicitaires du gouvernement fédéral dans les médias de la presse écrite sont passés de 2,7 milliards$ à 1,4 milliard de dollars, alors que ceux sur des plateformes numériques ont décuplé, passant de 562 millions de dollars à 5,6 milliards. Les GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple) de ce monde accaparent désormais environ 80% du marché publicitaire numérique.

On ne peut prétendre de réellement soutenir une industrie si, de l’autre côté, on continue d’alimenter celle qui la vampirise.

Enfin, rappelons que la sauvegarde des médias n’est pas que l’affaire du gouvernement fédéral. Les entreprises de presse doivent constamment innover pour demeurer pertinentes. Les citoyens doivent aussi faire leur part.

Maintenant, même si on peut se réjouir de savoir les médias enfin entendus, on ne peut crier victoire tout de suite. Il est possible que ces mesures ne se concrétisent pas à temps pour la prochaine campagne électorale, et un autre parti porté au pouvoir aurait le droit de reléguer ces engagements aux oubliettes.

Le travail de sensibilisation doit donc se poursuivre afin que tous réalisent qu’une information de qualité est un bien public.