Médias

Schématiser les journalismes

Ancien journaliste et professeur titulaire au Département de communication de l’Université d’Ottawa, Marc-François Bernier a publié ce printemps son dernier ouvrage, Les journalismes, aux Presses de l’Université Laval. J’ai eu le plaisir de le recevoir à ce sujet dans le cadre d’une soirée discussion organisée par la FPJQ Montérégie il y a de cela environ trois semaines.

Bien que très académique dans sa présentation, Les journalismes constitue un ouvrage de référence qui intéressera assurément la relève journalistique, mais qui aura aussi sa pertinence au sein du grand public qui peine parfois à départager les différents types de contenus médiatiques.

Pour l’auteur, il existe plusieurs nuances dans la création d’information et plusieurs visées bien distinctes, ce qui l’a amené à schématiser plusieurs types de journalisme, dont le respect des normes éthiques et déontologiques de la profession varient grandement. En ce sens, Bernier établit et détaille une caractérisation des différents genres journalistiques, mettant en lumière les éléments qui les distinguent les uns des autres. Grâce à un graphique plutôt simple, il positionne les journalismes sur un genre d’échiquier.

« Qu’arriverait-il si on envisageait de parler des journalismes afin de mieux tenir compte de l’éventail de leurs déclinaisons et distinctions, de leurs visées et fonctions, de leurs pratiques, de leurs motivations, de leurs spécialités, genres et modes de narrations? » demande l’auteur pour qui certains types de journalismes sont presque contraires les uns vis-à-vis les autres et ce, même s’ils « cohabitent » au sein d’un même média.

Il s’agit donc des journalismes informatifs, tels l’enquête et le reportage; des journalismes persuasifs, dont l’éditorial, la chronique ou même le journalisme militant; des journalismes de divertissement, qui incluent la couverture des arts et spectacles, les contenus de type « style de vie » de même que le journalisme sportif; enfin, il y a les journalismes de promotion, c’est-à-dire ceux qui visent à vendre, comme le publireportage ou la publicité native. C’est sans compter toutes les zones floues qui existent et qui perdurent aux extrémités de chacun de ces journalismes et qui rend parfois leur identification plus difficile pour le néophyte.

Le point le plus intéressant de cette catégorisation est èa mon avis lorsque Marc-François Bernier aborde la question du journalisme engagé, une nouvelle forme de journalisme émergeant des luttes sociales des dernières années, où le journalisme ne sert plus à informer, mais à convaincre. Ce n’est pas nécessairement une nouvelle tendance en soi, mais celle-ci est nettement observable depuis quelque temps. « Il ne peut se distinguer de la propagande que par sa prétention à s’appuyer sur des faits », souligne d’ailleurs l’écrivain.

Une nuance importante alors qu’on voit pulluler en ligne de nombreux blogues et plateformes qui se prétendent des médias d’information, mais qui en bout de ligne, visent davantage à servir les intérêts idéologiques de leurs créateurs plutôt que d’alimenter un débat sain au sein de la démocratie.

Intéressant cette micro vision de notre métier, nous qui avons tendance a mettre tous les médias et tous les journalistes dans le même panier. quelqu’un qui s’interroge sur le métier y apprendra peu, mais l’ouvrage représente une bonne entrée en matière pour quiconque souhaite approfondir ses connaissances sur la profession et devenir un meilleur consommateur d’information.

Dans son volume, l’auteur dresse un bref historique des mutations qui ont touché le métier et qui ont mené à l’écosystème journalistique qu’on connaît maintenant. La multiplication des plateformes et des préoccupations citoyennes a mené à la spécialisation des journalistes afin qu’ils approfondissent ces enjeux. Bernier fait notamment référence à la question environnementale, une thématique qui prend de plus en plus d’espace médiatique au fur et à mesure que les changements climatiques et leurs effets sont documentés,

Certes, le modèle proposé par le professeur en est un évolutif: si la schématisation proposée est suffisamment exhaustive pour couvrir tout l’éventail des nuances journalistiques, la proportion qu’occupera chacune dans un média, elle, changera au fil des tendances.

Évidemment, la désinformation et les fausses nouvelles ne font pas partie de ce modèle, bien qu’il s’agisse de contenus qui prennent de plus en plus de place sur les différentes plateformes et tribunes. Mais on sort du schéma du journalisme aussitôt qu’on délaisse l’intérêt public et les faits vérifiés, rappelle M. Bernier.

Il est aussi intéressant de se questionner sur une possible hiérarchie entre ces différents journalismes qui cohabitent puisqu’au sein même de la profession, certains regardent les autres de haut en jugeant qu’ils informent moins bien le public.

Ceux qui suivent Bernier le connaissent comme un critique sévère et exigeant des médias, dont il espère qu’ils se démontrent à la hauteur de la responsabilité qu’incombe leur rôle social. Il rappelle également que même si le 4e pouvoir a le devoir de surveiller l’exercice des trois premiers, c’est le public, commodément appelé 5e pouvoir, qui est juge de la qualité des journalismes.

Marc-François Bernier, Les journalismes. Publié aux Presses de l’Université Laval

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