Information: le prix à ne pas payer

La Fédération professionnelle des journalistes du Québec a récemment fait une sortie publique, dénonçant une situation survenue sur le territoire de la municipalité de Chambly, sur la Rive-Sud de Montréal.

Cas surréaliste à la FPJQ cette semaine. La ville de Chambly exigeait de l’équipe de l’émission d’affaires publiques « Une pilule, une petite granule » diffusée à Télé Québec qu’elle paie pour pouvoir interviewer une résidente chez elle à Chambly.
Le règlement 2012-1269 impose des frais de 500$ par jour pour 1 à 5 véhicules stationnés sur la voie publique à l’occasion de «tournages de films». Des fonctionnaires municipaux ont considéré que le véhicule des journalistes stationné devant chez la dame entrait dans cette catégorie.
Une intervention de la FPJQ a permis d’éviter dans ce cas-ci cette confusion entre le cinéma et le journalisme. Mais la FPJQ devra suivre de près la situation, car Chambly semble vouloir revoir sa réglementation pour étendre au journalisme les exigences qu’elle pose aux films de fiction.

En connaissant les prémisses de la réglementation, on peut comprendre pourquoi la Ville envisager charger des frais à Télé-Québec puisqu’une équipe de tournage s’est rendue sur son territoire. Or, contrairement au tournage d’un film, qui dure quelques jours, voire plusieurs semaines, il est rare qu’une simple entrevue nécessite la fermeture de rues ou entrave la circulation plus que quelques heures. Ce, si elle entrave effectivement ladite circulation, car la rue n’a pas été fermée, l’entrevue se déroulant dans la résidence de la personne interrogée.

Sans remettre en question les intentions des employés municipaux qui ne voulaient qu’appliquer le règlement, il serait impensable de mélanger journalistes et artisans du cinéma. Certes, tous deux utilisent des équipements semblables, mais leur mission est différente. Le cinéma sert à des fins de divertissement, le journalisme, à des fins d’information. Là se trouve la nuance qui donne un ton rocambolesque à l’anecdote rapportée par la FPJQ.

Si la citoyenne accepte de rencontrer les médias pour partager certaines informations, c’est son choix et son droit. Une municipalité, ou quelconque instance, ne peut, par une facturation donnée, dans le cas qui nous intéresse, nuire d’une quelconque façon le droit d’expression d’un individu. Car le journalisme s’appuie sur la gratuité et l’accès libre à l’information.

Espérons que la Ville de Chambly, et n’importe quelle autre municipalité, ne songe pas sérieusement à facturer un genre de prix d’entrée aux médias pour la couverture d’un événement quelconque. Cela créerait un dangereux précédent et entraînerait une problématique éthique discutable.

En cas de situation d’urgence, les municipalités enverraient-elles une facture à tous les médias qui se présentent sur place pour faire connaître l’évolution de l’événement en direct? À l’inverse, les journalistes devront-ils payer des frais pour couvrir une annonce municipale, sur invitation de la Ville?

Il y a fort à parier que si une telle mesure venait à entrer en vigueur, les médias boycotteraient immédiatement l’instance qui en a eu l’initiative. La qualité de l’information et surtout, la couverture locale, en souffriraient énormément.

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