Médias

Info et IA: qui doit faire la part des choses?

Dans une décision publiée le 8 avril dernier, le Conseil de Presse du Québec a statué que les sites de nouvelles, qui reprennent essentiellement les produits journalistiques de médias d’information pour en proposer un remâché réalisé avec de l’intelligence artificielle ne pouvaient pas être considérées comme des plateformes journalistiques.

Cette décision, qui s’est fondée sur le cas du Journal de Sherbrooke, mais aussi sur celui de Montreal Minute, vient clarifier une frontière à ne pas franchir quant à l’utilisation de l’intelligence artificielle.

Quelques faits saillants de la décision:

Par définition, l’IA se nourrit de contenu déjà existant, elle ne peut pas aller sur le terrain et elle n’a aucune conscience. Dans ce contexte, l’IA est l’antithèse du journaliste.

[…]

Bien que les journalistes et les médias soient libres d’utiliser l’intelligence artificielle pour les appuyer dans leur travail (tout en respectant la déontologie qui se rattache à l’utilisation de l’IA), la démarche journalistique doit être le fruit d’un travail humain. L’IA peut être utilisée en appui dans le processus de production de la nouvelle, mais le contenu journalistique doit être créé par une personne qui comprend la déontologie et qui est capable de raisonnement et de discernement.

Dans le cas de JournaldeSherbrooke.com, il est impossible de conclure à une démarche journalistique, en raison de son utilisation avouée de l’intelligence artificielle à des fins de rédaction et de production de la nouvelle. Sans compter que l’essentiel de l’information mise en ligne sur le site Web n’est pas du contenu original.

[…]

L’utilisation d’avatars, de pseudonymes et de faux profils de journalistes par JournaldeSherbrooke.com est donc incompatible avec la notion de servir le public; on est plutôt ici dans une démarche de tenter de l’induire en erreur.

Pour toutes ces raisons, le site Web JournaldeSherbrooke.com ne peut être considéré comme un média d’information tel que défini par le Conseil de presse du Québec.

Fait à noter, depuis le dépôt d’une plainte contre le Journal de Sherbrooke, le propriétaire de celui-ci a embauché des individus pour réaliser des reportages à visage découvert et sans l’intelligence artificielle.

Le propriétaire et fondateur du Journal de Sherbrooke, Tim Gaudreau, est convaincu de faire les frais d’une campagne de salissage de la part des médias traditionnels qui ne voudraient pas voir en lui une compétition solide. Gaudreau pense que la réponse épidermique des médias établis face à l’arrivée du Journal de Sherbrooke en est une de peur plutôt que d’un réel souci de bien informer le public.

Dans une réaction un peu dure à suivre, il s’indigne:

Où se situe la cohérence ? Si nous avions été reconnus comme un média d’information, ces mêmes acteurs auraient-ils dénoncé cette reconnaissance avec la même vigueur ? Fort probablement. Et maintenant qu’une étiquette tant espérée nous est associée, l’indignation persiste. Cette contradiction soulève une question légitime : s’agit-il réellement d’un débat sur la nature du journalisme… ou d’une dynamique où la cohérence cède la place à des intérêts concurrents ? Dans ce contexte, l’acharnement observé apparaît difficile à dissocier d’une logique de concurrence plutôt que d’une volonté rigoureuse de rapporter les faits.

[…]

Dans tous ces cas, l’intelligence artificielle ne remplace pas le professionnel. Elle vient soutenir, accélérer et enrichir son travail. Pourquoi le journalisme semble-t-il être le seul domaine où la révolution de l’intelligence artificielle comme outil de support est traitée comme un sacrilège, comme une faute impardonnable ?

Est-ce la crainte de voir des médias indépendants accéder aux mêmes leviers et subventions que les médias populaires maintenus sous respirateur artificiel ?

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Il est important de souligner que tout en stipulant que les plateformes de nouvelles crées de toutes pièces avec l’aide de l’intelligence artificielle ne sont pas des médias journalistiques, le Conseil de presse refuse d’évaluer des plaintes qui les concerne.

Bref, ces plateformes échappent à toute forme d’autorégulation ou même de régulation en ce qui a trait à la qualité et la véracité des informations qui sont y publiées.

Malgré tout, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec s’est réjouie de la mise en garde du Conseil de presse.

À cet effet, mon confrère Mickaël Bergeron se demande alors à qui revient la responsabilité de protéger le public de la désinformation.

En effet, si l’industrie reconnaît que ces plateformes ne font pas du journalisme dans les règles de l’art, le public, lui, peut être confondu. Les contenus ont l’apparence et la structure de reportages journalistiques, mais ce qui fait la valeur du journalisme est la démarche en coulisses, en amont de la livraison.

S’est-on contenté de relayer des informations, ou a-t-on pris le temps de creuser, de vérifier, de confronter?

J’abonde dans le sens de mon confrère. Si le public ne sait pas qu’il est en présence de faux journalistes, comment pourra-t-il faire la différence?

Le journalisme n’est pas un titre professionnel protégé, rappelons-le. Mais au coeur de ce métier se trouve une démarche et une intention de bien informer le public. Et ça, ça ne s’improvise pas.

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