De la représentativité des médias

Cette décision du Conseil canadien des normes de radiotélévision (CCNR) stipule que Jean-François Mercier avait le droit de se moquer d’une femme obèse sans enfreindre un code de radiodiffusion.

Si l’anecdote traite plutôt des normes de diffusion dans un média donné, elle m’a fait réfléchir sur un thème connexe, que je résumerai par la suivante:

Les personnes en surplus de poids ont tout autant le droit d’être l’objet de mauvaises blagues que celles qui sont minces (tant que la blague n’est pas gratuite et dirigée de façon haineuse).

Bref, la discrimination, en humour comme dans les médias, n’a pas sa place.

Les médias ont comme fonction d’être représentatifs de la population dans sa globalité et doivent, dans la mesure du possible, contrer la construction de stéréotypes et de préjugés dans le contenu qu’ils présentent. Ils doivent donc illustrer les groupes ethniques, les différentes orientations sexuelles, tous les groupes d’âges, les deux sexes (et pourquoi pas toutes les nuances entre les deux!) et les différentes morphologies, par exemple.

Cette fonction des médias a pour rôle de nous aider, en tant que public, à nous faire une construction juste de la diversité qui nous entoure, mais aussi à être plus tolérant. L’apparition de plus en plus fréquente de personnages homosexuels, autistes ou souffrant d’un handicap, par exemple, illustre ce désir des médias, et des créateurs de contenu, de se conformer à cette réalité.

Comme l’indique cet essai fort intéressant sur le sujet (en Belgique toutefois), cette représentativité ne doit pas que se manifester dans les thématiques abordées par les médias; elle s’illustre également par la mise de l’avant d’acteurs issus de diverses origines, corpulences, milieux et j’en passe.  La compétence ne fait pas de discrimination.

Maintenant, il est un tout autre débat à savoir si cette tirade utopique se reflète réellement dans le contenu de nos médias…

Malgré le souci de représentativité des médias dans leur tendance à illustrer les perceptions dominantes de la société, les médias d’ici et d’ailleurs demeurent conservateursdans leur tentative de représenter cette dernière adéquatement, car ils ne cherchent pas à bousculer l’ordre établi. Je cite ici un extrait de cet article de l’Institut numérique:

Ils peuvent très bien relayer servilement la vision des dominants sans recevoir d’ordres, de consignes ou d’argent pour cela, simplement parce qu’ils y sont poussés par une série de logiques sociales, parmi lesquelles : l’homogénéité sociale et “ethnique” dans le recrutement des journalistes qui se traduit par une homogénéité des habitus, des préjugés, des références culturelles et politiques ; le formatage idéologique réalisé par les écoles de journalisme ; l’urgence de l’agenda médiatique, qui rend difficile le temps de la réflexion, de la remise en question des préjugés ou de la vérification des « informations » et de leurs sources ; et enfin les logiques de marché : […] recherche de l’audimat, […] sensationnalisme, […] mimétisme et […] surenchère ».

Les perceptions sociétales issues des médias constituent donc deux côtés d’une même médaille, empruntés l’un et l’autre tant par les journalistes que par les créateurs de contenus. L’un et l’autre contribuent ainsi à la vision globale qu’une population se fait d’elle-même, comme un reflet dans un miroir légèrement déformant.

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