Si Foglia m’était conté…

[Voici ici l’intégral de l’article publié dans La Voix de l’Est]

Lettré. Matou. Cycliste. Athée. Indépendantiste. Indigné. Olympien. Moraliste. Styliste. Libertaire. Tant de facettes de Pierre Foglia qu’explore le Granbyen d’origine Marc-François Bernier dans son essai Foglia l’Insolent.

Un projet fort important pour l’auteur, qui a oeuvré comme journaliste pendant une vingtaine d’années, dont à La Voix de l’Est au tournant de la décennie 1980, avant d’entreprendre une carrière universitaire à titre de professeur titulaire de la Chaire de recherche en éthique du journalisme à l’Université d’Ottawa. «C’est un livre auquel je pensais depuis environ cinq ou six ans, affirme-t-il. J’avais commencé à l’élaborer, à en faire un plan, mais j’ai eu d’autres projets entre temps. Je m’y suis consacré à temps plein depuis le printemps 2013.»

M. Bernier l’admet d’emblée, il admire Pierre Foglia, avec qui il partage une passion pour le vélo, mais aussi un «regard critique sur la société et sur la liberté d’expression». «On ne consacre pas quelques années de travail à quelqu’un qu’on n’aime pas. Il a pris toute la liberté possible dans le ton et dans ses propos. J’ai voulu rendre compte des aspects les plus marquants de son oeuvre et de sa personnalité. Et si c’est un livre qui est admiratif de son œuvre, l’exercice n’a rien de complaisant», assure-t-il.

Foglia, le cohérent

Le principal intéressé a fourni à l’auteur certaines précisions pour la rédaction de son essai, mais celui-ci s’articule uniquement autour des textes publiés depuis les années 1970.

Analyse exhaustive des propos tenus par l’Armandois dans les quelques 4300 chroniques qu’il a signées, ce septième ouvrage signé Bernier décortique le propos de Foglia en une vingtaine de thématiques, dont certaines s’imposaient d’elles-mêmes. Il aborde son enfance en France, son arrivée à Montréal, en passant par l’Algérie, de même que ses débuts comme typographe, qui l’ont mené à La Presse, sans oublier les combats sociaux et les grands idéaux qui ont animé sa plume.

Le texte n’est toutefois pas une biographie, prévient son auteur, mais plutôt un bilan de près de quatre décennies de carrière. «Si ça avait été le cas, j’aurais abordé le sujet autrement, explique-t-il. C’est un essai sur l’ensemble de son œuvre, même s’il a parlé de lui à travers ses chroniques.»

«Je voyais une cohérence dans son œuvre, au fil des années, et j’ai décidé de la mettre en évidence, poursuit-il. C’est la mise en contexte d’un discours dispersé sur quarante ans, mais qui est demeuré fidèle à lui-même.»

Foglia, l’incomparable

À la lecture de l’ouvrage, truffé de savoureuses citations et qui compte plus de 350 pages, on comprend comment Foglia est devenu au fil du temps une figure quasi mythique et incontournable du journalisme québécois, jouissant d’une latitude dont très peu, sinon aucun, peuvent se vanter d’avoir eu droit.

«Foglia a inventé une façon de faire la chronique qui n’existait pas auparavant. Avant lui, la chronique d’humeur était plus soft. Il a brassé la cage avec sa vulgarité, car c’est un provocateur. Il a décoincé de beaucoup la langue journalistique.»

«On sait que d’autres chroniqueurs s’essaient [au style], quand on écoute certaines radios. Il y en a qui ne se gênent pas pour dire n’importe quoi. Mais la différence avec Foglia, c’est qu’il y avait toujours un propos derrière ce qu’il disait. Ses mots véhiculaient toujours une pensée plus profonde.»

Pour cette raison, l’auteur ne croit pas qu’un autre Foglia vienne un jour au monde dans les grands médias d’aujourd’hui. «Il n’a pas d’héritier [journalistique] et il n’y en aura pas. Il y a d’excellents chroniqueurs, mais Foglia est unique en son genre, et il a livré ses propos de façon unique, et aucun autre journal ne laisserait autant de liberté, [comme La Presse l’a fait avec lui]», croit M. Bernier.

«Aujourd’hui, ce serait beaucoup plus difficile pour lui d’écrire certaines choses, car il serait honni. Ça monterait aux barricades.»

AJOUT: Foglia l’Insolent, ma critique

Foglia l’Insolent se lit comme un roman. C’est un ouvrage très structuré qui n’a rien des essais parfois pompeux ou très théoriques que nous servent certains universitaires.

Au contraire, les néophytes découvrent et les connaisseurs redécouvrent Foglia, en retournant à l’essentiel et à ce qui a fait de lui un chroniqueur des plus appréciés, mais aussi détesté par certains.

L’exercice est intéressant, parce qu’il condense, le temps de quelque 350 pages, quarante ans de travail et de chroniques. Les grands thèmes, épars pendant toute la carrière de Foglia, apparaissent une fois les propos réunis et démontrent l’évolution, à travers la cohérence comme le souligne Bernier, de la pensée du journaliste. D’ailleurs, l’auteur, dont j’apprécie énormément le travail et les réflexions, n’essaie pas d’interpréter le propos du chroniqueur; il le laisse parler à travers des citations.

Quelques passages s’entrecoupent et se ressemblent inutilement, mais ceux-ci sont peu nombreux et n’encombrent pas la lecture du livre. On devine aussi le travail titanesque auquel a du se livrer M. Bernier , non seulement pour la lecture de tous les billets recensés, mais pour le classement et l’analyse qui ont suivi.

Bref, Foglia l’Insolent s’avère être un bel hommage, une manière de dire merci à un homme qui a laissé sa marque.

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