Appropriation des contenus en ligne: rendre à César ce qui est à César

Plus tôt cette semaine, un photographe professionnel, lauréat du prix Pulitzer, a rejeté l’offre d’un grand réseau de nouvelles qui souhaitait utiliser certains de ses clichés en lui attribuant le crédit. Le photographe, insulté de voir qu’une entreprise multimillionnaire ne lui offre même pas de lui payer l’utilisation des images dont il est l’unique propriétaire, a refusé, sans manquer d’écorcher l’entreprise.

Un phénomène pas si nouveau, mais qui est de plus en plus dénoncé par les professionnels approchés. On le constate même dans des offres de stage ou d’emploi, où on précise désormais qu’il n’y aura aucun salaire de lié au travail accompli, mais qu’à tout le moins, le candidat retenu gagnera de l’expérience et peut-être une référence, voire un véritable emploi si les astres sont alignés. Cela rejoint un point abordé plusieurs fois auparavant sur ce blogue: la visibilité n’apporte pas de pain sur la table. Un petit vidéo sympathique sur le sujet ici.

On peut aussi affirmer que cette visibilité peut, à terme, amener des contrats rémunérés, mais il ne semble pas normal qu’on offre de plus en plus à des professionnels établis de reprendre leur travail sans autre compensation dans un contexte où on compte faire des gains grâce à ce contenu. Et la situation économique précaire des médias ne peut justifier à elle seule cette approche radine dissimulée derrière un désir d’informer.

Évidemment, le média doit créditer sa source. C’est la moindre des choses de rendre à César ce qui est à César. Mais ce n’est pas toujours assez.

On remarquera aussi que le phénomène, sans être exclusif au domaine des médias, est plus fréquent dans l’appropriation de contenus, particulièrement en ligne. Peu de gens auront le culot d’entrer dans un magasin en s’emparant d’un article, promettant de dire à tous qu’il provient de cette boutique, et de quitter sans payer, comme on n’irait pas manger gratuitement dans un restaurant sous prétexte qu’on recommandera à tous nos amis d’aller y prendre un repas.

À ce sujet, je vous invite à lire ce billet de blogue de François Dominic Laramée. Une réflexion toute simple, mais ô combien pertinente sur l’utilisation « gratuite » de contenus par des médias qui, rappelons-le une énième fois, sont des entreprises de presse recherchant les profits, et ses conséquences.

Cela m’amène à réfléchir sur le fait qu’il arrive régulièrement que les médias professionnels utilisent les photos publiques diffusées sur les médias sociaux dans leurs reportages. Je parle ici de contenu créé ou diffusé par monsieur ou madame Tout-le-Monde, des contenus qui ne sont pas le fruit de sa profession.

Si le contenu partagé n’a pas un accès restreint à certains utilisateurs, nous considérons qu’il peut être repris, crédit inclus, sans autre forme de rémunération. Et encore, l’auteur du contenu n’est pas toujours avisé.

Comme la Toile est peu réglementée, voire pas du tout, il n’y a que l’éthique qui guide l’utilisation que nous faisons des contenus y étant diffusés. Est-il juste de déduire que parce que quelqu’un partage une photo sur Facebook, par exemple, que cette même personne donne un consentement tacite à ce que cette photo se retrouve dans les médias traditionnels? Est-ce que d’attribuer le crédit à l’auteur original du contenu est suffisant pour justifier la prise de possession dudit contenu? D’invoquer l’intérêt public est-il suffisant pour se l’approprier? Et est-ce que le contenu repris est toujours d’intérêt public, d’ailleurs?

Ces questions méritent d’être étudiées. En même temps, comme la pratique a cours depuis quelques années, il serait difficile de renverser la vapeur.

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