Hebdos: retour à l’équilibre

Une heureuse nouvelle est tombée aujourd’hui: 21 titres de TC Média passent aux mains d’Icimédias, faisant doubler d’un seul coup le nombre de publications ayant trouvé preneur depuis la mise en vente, ce printemps, de 93 médias. Une nouvelle qui, à l’époque, était plutôt inquiétante pour l’avenir de l’information régionale et pour les centaines d’emplois en jeu.

Compte tenu du marasme entourant la survie économique des médias, le fait qu’à peine un peu moins de la moitié des périodiques aient déjà été vendus, quasiment à la pièce, est une excellente nouvelle en soi, bien que dans certains cas, d’importants sacrifices ont du être faits pour maintenir les titres en vie. En outre, l’acquisition d’Icimédias est, de loin, la plus importante en termes du nombre de titres cédés.

Chez TC Média, on m’expliquait hier que d’autres discussions avaient cours avec d’autres acheteurs potentiels. L’intérêt est là, a-t-on souligné.

Les quelque 50 titres restants trouveront-ils tous preneur? C’est difficile à dire, à l’heure actuelle.

Mais ça augure bien.

On revient donc graduellement à l’équilibre qui existait avant 2010, période marquant le début de la « guerre des hebdos » que se sont livrés Québecor et TC Média pendant environ trois ans, c’est-à-dire un retour à une certaine hétérogénéité de la propriété des titres, entre les mains d’un plus grand nombre de plus petits propriétaires.

Des plus petits propriétaires, certes, mais qui sont d’abord des gens des régions reprenant le contrôle sur leur information locale. Des actionnaires qui connaissent la valeur sociale et démocratique de leurs médias fraîchement acquis et qui démontrent la ferme intention de défendre ce qu’ils considèrent être une institution dans leurs communautés respectives.

La quête de l’intérêt public et le désir de bien desservir son milieu semblent donc prendre du gallon aux côtés de la recherche de profit , qui semblait guider ceux qui tiraient les ficelles durant la guerre des hebdos, et ce, sans toutefois sacrifier la quête de la rentabilité, entreprise privée oblige.

Malgré toute leur bonne volonté, ces nouveaux propriétaires de presse réussiront-ils à tirer leur épingle du jeu, sachant que Sun Média, puis Québécor se sont défaits de ces avoirs car ils n’étaient plus rentables?

Il serait surprenant que les prix des publicités, qui avaient chuté en raison de la compétition des deux géants, remontent pour atteindre les tarifs d’autrefois. Et puis, bon nombre d’annonceurs  ont depuis choisi de placer leurs billes dans les Google et Facebook de ce monde.

Mais qui sait si cette profession de foi pour un contenu local et pour une gestion de proximité n’est pas l’une des clés de voûte qui ramèneront enfin les annonceurs au bercail…

Tout cela en autant que l’indépendance des journalistes soit respectée et qu’on les protège des pressions, tant commerciales que politiques, que certains pourraient être tentés d’exercer. En ne faisant plus partie d’un grand groupe, le rapport de force change.

C’est donc collectivement qu’il faudra s’assurer que les possibilités d’entrave au travail des journalistes régionaux, souvent des équipes très réduites, soient limitées.

La profession doit aussi outiller ceux-ci en mettant à leur disposition des ressources et de la formation qui leur permettront de s’acquitter de leur tâche avec plus d’aisance, mais aussi un réseau de contacts qui, au-delà de leur seul média, leur permettra de retrouver ce rapport de force qui les rendait moins vulnérables au sein d’un grand groupe de presse.

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Médias en mutation: comment freiner la crise?

J’ai assisté hier (le 27 septembre), à l’Université Concordia, à une conférence organisée par la Fondation pour le journalisme canadien et portant sur l’avenir des médias. Animée par le journaliste de Radio-Canada Gérald Fillion, Une constante mutation: quelles seront les prochaines étapes pour les médias? a permis des échanges très intéressants entre les cinq panélistes invités à se prononcer sur les causes de la crise des médias et sur de potentielles solutions pour freiner celle-ci. Résumé.

Au Canada, depuis 2010, le tiers des médias a disparu, a rappelé d’emblée l’animateur. Le modèle d’affaires actuel de plusieurs médias ne leur permet plus d’être viables, a-t-il aussi indiqué, alors que les revenus publicitaires les désertent au profit d’Internet et des plateformes numériques, les médias sociaux tels que Google et Facebook. Ajoutons à cela une crise de confiance du public envers les institutions démocratiques, médias inclus: la recette est là pour accentuer l’hécatombe.

Or, l’exode des revenus vers Facebook et Google seraient davantage un symptôme de la crise qu’une de ses causes, nuance Colette Brin, professeure titulaire du Département d’information et de communication de l’Université Laval et directrice du Centre d’étude sur les médias. L’information fait face à un double problème, précise-t-elle, un problème de financement et un problème de crédibilité. Le numérique est l’un des marchés où les gens sont les moins disposés à payer pour le contenu qu’ils consomment parce que la gratuité y est étendue. Ces géants du Web sont, de par leur présence incontournable sur la Toile, des partenaires obligés des médias traditionnels, dit-elle.

Vice-président principal de Radio-Canada, Michel Bissonnette abonde en ce sens. Environ 25% des visites des plateformes de Radio-Canada proviennent de Google, et tout autant de Facebook, estime-t-il. « Si on ne nourrit pas la bête, on se priverait de cet achalandage » relève-t-il.

Le nouveau propriétaire du Voir et de l’Actualité, Alexandre Taillefer, qualifie la situation d’alarmante. « Nous sommes des junkies par rapport à Facebook et Google. La seule façon de corriger le tir, c’est par un sevrage », prône-t-il. À ses yeux,  le refus d’Ottawa de taxer Netflix et compagnie envoie un message clair que l’équité n’existe pas.

Selon lui, le déplacement des audiences vers le numérique n’a pas diminué le nombre de consommateurs de l’information. Il souligne toutefois que les relations entre les média et leurs publics ne sont pas toutes égales, c’est pourquoi il faut plutôt monétiser les audiences au lieu de dépendre d’annonceurs.

Guy Crevier, éditeur de La Presse +, croit pour sa part que le problème réside dans le fait que plusieurs médias n’ont tout simplement pas les moyens de financer leur transition vers des plateformes plus performantes et attirantes pour les annonceurs. « Ce qui étonne, c’est que malgré l’apport historique considérable et de qualité des médias à la démocratie, ceux-ci sont encore incapables d’obtenir l’attention du gouvernement pour se financer », a-t-il déploré.

Le directeur du Devoir, Brian Myles, est d’avis que l’État doit intervenir pour soutenir les médias, essentiels à la démocratie. Il s’agit aussi de la question de la diversité des voix. Tout en dénonçant le « manque d’appétit » de Patrimoine Canada pour régler le problème, il déplore que le gouvernement ait diminué ses investissements publicitaires du trois quarts dans les médias imprimés, pour les tripler ensuite dans le numérique.Il souligne toutefois l’effort du ministre de la Culture du Québec Luc Fortin, qui est le premier à reconnaître l’importance des médias en mettant une (modeste) somme disponible pour certains projets.

D’un autre côté, affirme Colette Brin, on ne peut pas récompenser une industrie qui ne se réinvente pas. L’argent hypothétiquement issu d’une quelconque taxation des géants du Web devrait servir à améliorer la couverture journalistique des communautés mal desservies, une recommandation parmi plusieurs à figurer dans le rapport Le miroir éclaté, auquel elle a collaboré.

Myles ajoute que l’industrie de la publicité a un examen de conscience à faire par rapport au placement des publicités. Certes, la clientèle souhaite aller vers le numérique, mais faut-il pénaliser les entreprises d’ici? À ce sujet, une suggestion du public à l’effet de créer un type de placement publicitaire local – un peu dans la lignée des placements financiers écoresponsables et socioresponsables – a été lancée.

Michel Bissonnette croit que l’union fera la force. Il perçoit le rôle de la société d’État – qui flirte avec la possibilité d’abandonner la publicité – comme étant un partenaire des médias privés, afin d’offrir des contenus complémentaires, mais de grande qualité.

« On a besoin de s’aider entre nous, pour qu’on passe tous à travers », a-t-il lancé en fin d’entretien. Les autres panélistes ont approuvé. Il y aura du pain sur la planche pour les acteurs de l’industrie, qui devront se concerter et se faire, à nouveau, entendre d’une seule voix pour assurer leur avenir.

Comme je l’ai mentionné plus tôt, ce fut une soirée d’échanges des plus pertinents et bien ancré dans l’actualité – la ministre Joly dépose incessamment sa politique culturelle, qui doivent être déçus d’être écartés.

Un seul bémol: je remarque de plus en plus que lorsqu’on aborde la question de l’avenir des médias, on s’attarde beaucoup au contenant, et un peu moins au contenu. Une information de qualité a été abordée brièvement au cours de la soirée. L’Eldorado du numérique figure parmi les préoccupations les plus importantes des patrons de presse, mais même si une aide est fournie pour financer la transition vers le numérique, encore faut-il que les moyens demeurent pour embaucher ou pour maintenir en poste, à tout le moins, des journalistes.

Un véhicule somptueux, à la fine pointe de la technologie, et attirant pour des annonceurs, ne vaudra rien sans un contenu riche et de qualité. Contenu qui, faut-il le rappeler, demeure notre raison d’être…

Une initiative en éducation aux médias

En introduction à la soirée, Michel Cormier, directeur général de l’information à Radio-Canada et membre du conseil d’administration de la Fondation, a annoncé un partenariat entre celle-ci et l’organisme CIVIX pour la mise sur pied d’un programme d’éducation aux médias: Actufuté.

On profitera de Vote étudiant, pour rencontrer des étudiants dans les établissements post secondaires afin de les outiller pour faire la distinction entre les vraies et les fausses nouvelles.

En tout, 1,5 million d’élèves canadiens du primaire à l’université seront rencontrés dans le cadre de ce programme financé à hauteur d’un demi million de dollars par nul autre que… Google.

Jugement contre LaDose.ca : petite victoire, grand enjeu

Cette semaine, la Cour supérieure a tranché en faveur de plusieurs quotidiens (Le Soleil, La Presse et Le Devoir) contre la plateforme Web La Dose.ca. Ces médias réclamaient de la Cour une injonction interdisant au site de reproduire des extraits de certains articles, dont les titres et les leads (le premier paragraphe – crucial – d’un article de nouvelle), afin de générer du trafic et, conséquemment, des revenus. Un second site appartenant au même propriétaire, LaDose.pro, proposait pour sa part un service de veille médiatique payant basé sur un principe similaire.

Pour citer le collègue Jean-François Néron:

Le cœur du litige est l’interprétation de l’article 3 (1) de la Loi sur le droit d’auteur. «Le droit d’auteur sur l’œuvre comporte le droit exclusif de produire ou reproduire la totalité ou une partie importante de l’œuvre, sous une forme matérielle quelconque, d’en exécuter ou d’en représenter la totalité ou une partie importante en public et, si l’œuvre n’est pas publiée, d’en publier la totalité ou une partie importante […]»

Les demanderesses allèguent que le titre et le lead sont une «partie importante» de l’article (l’œuvre). Ils en  constituent en quelque sorte le cœur et leur importance doit être considérée sur une base qualitative plus que quantitative.

Pour sa part, la défenderesse est plutôt d’avis qu’ils doivent être accessibles au public et que cette question doit être entendue devant un juge chargé de trancher le litige sur le fond.

L’argument de s’approprier les nouvelles pour les partager au nom de l’intérêt public n’a pas été retenu étant donné que LaDose tirait un revenu de cette appropriation.

Ce faisant, La Dose contrevenait à l’esprit de la Loi sur le droit d’auteur, a tranché le juge. Celui-ci estime qu’il n’est pas juste que la plateforme puisse tirer un revenu en utilisant, sans autorisation, le contenu, intégral ou en partie, des médias sans que ceux-ci n’en bénéficient aussi financièrement.

Cette victoire peut sembler bien petite, puisque La Dose n’est qu’un parmi de nombreux autres sites usant du même stratagème pour s’enrichir sans débourser pour créer du contenu, que ce soit via des abonnements ou par des revenus publicitaires générés par l’achalandage des Internautes. Certaines plateformes « vampires », comme le tristement célèbre SiverTimes, se trouvent hors du Canada et font fi de nos lois. Et que dire du combat que mènent les médias de partout dans le monde, cherchant une solution à l’exode de leurs revenus vers des géants du Web tels que Google et Facebook, qui tirent des millions de dollars en profits grâce à la libre-circulation de contenus pour lesquels ils n’ont pas payé un sou?

Il n’en demeure pas moins que l’enjeu, lui, est gros, puisqu’il crée un nouveau précédent qui permettra aux médias de faire respecter leurs droits et leur propriété intellectuelle. Peut-être que cette décision amènera des munitions aux contentieux qui tentent de contrer cette vampirisation du contenu numérique…

Le jugement confirme que la disponibilité des contenus ne signifie pas que les plateformes médiatiques sont un buffet « All you can eat » pour ceux qui souhaitent s’enrichir sans investir dans l’information.

La décision rappelle donc essentiellement que cette dernière coûte quelque chose à produire et que ceux qui la produisent doivent être les bénéficiaires des retombées dudit produit.

Comme elle est intangible, immatérielle, on oublie trop souvent le temps et les ressources investis pour construire la nouvelle. Comme si le fait de ne plus avoir de support physique, comme un journal ou un magazine, rendait ce qu’il contient gratuit.

Car rappelons-le une énième fois, la rémunération « en visibilité » ne sauvera pas l’industrie des médias, tout comme elle ne mettra jamais de pain sur la table des pigistes.

Dans tous les cas, la décision de cette semaine est une excellente nouvelle pour les médias, car elle réaffirme la valeur d’un droit d’auteur, à condition de s’entendre sur QUI est l’auteur…

L’information régionale, qu’ossa donne? (2017)

Samedi dernier s’est déroulé le tout premier forum montérégien L’Information régionale, qu’ossa donne? organisé par la FPJQ-Montérégie. Un projet sur lequel j’ai planché pendant deux ans en compagnie des autres administrateurs de la section et qui s’est concrétisé grâce à un travail d’équipe formidable.

La rencontre s’est tenue au Centre communautaire de Saint-Bruno-de-Montarville, avec l’objectif de voir échanger journalistes, patrons de presse, observateurs et membres du grand public.

Voici un (très bref) résumé de la demi-journée, forte en réflexions intéressantes.

Sur le rôle de la presse régionale:

Ex-journaliste, la députée caquiste de Montarville, Nathalie Roy, rappelle que les médias sont le contrepoids au pouvoir, même si bon nombre d’élus ne comprennent pas le travail des journalistes. Ceux-ci peuvent poser des questions que certains députés ne peuvent poser.

« J’avais plus de pouvoir dans ma liberté de parole quand j’étais animatrice et journaliste que depuis que je suis députée », affirme celle qui perçoit dans son propre rôle celui d’aider les médias à bien s’acquitter de leur tâche.

Aux yeux de Brenda Shanahan, députée libérale fédérale dans Châteauguay, les médias régionaux permettent à des acteurs ne disposant pas d’une tribune sur le front national de s’exprimer.  La radio et la télévision communautaires ont un rôle de premier plan pour informer, souligne-t-elle.

Des propos qui ont trouvé écho chez ceux de la mairesse de Sainte-Julie et présidente sortante de l’Union des municipalités du Québec, Suzanne Roy. Celle-ci a déploré l’effritement du nombre de voix régionales, qui se traduit par un partage de contenus de moins en moins local. Parce qu’ils s’y reconnaissent moins, il n’est pas étonnant que les gens consultent de moins en moins leurs hebdomadaires, a-t-elle soutenu. Pour pallier au problème, il importe de recréer un lien de proximité avec le public, croit l’élue.

Ce lien a d’ailleurs été transformé avec l’apparition des médias sociaux, a soutenu le maire de Saint-Bruno-de-Montarville, Martin Murray.  « On peut pousser notre information directement, sans intermédiaire. Le journaliste vient poser un certain nombre de nouvelles importantes, qui s’incarnent de façon différente », note-t-il.

Sur le projet de loi 122: 

Le projet de loi, dont un des articles pourrait libérer les municipalités de diffuser leurs avis publics dans les médias imprimés, privant ceux-ci de plusieurs dizaines de milliards de revenus et menaçant de fermeture certains titres.

Les invités n’étaient toutefois pas sur la même longueur d’onde face à la mesure.

Nathalie Roy, elle, reconnaît que la mesure menace la survie financière de certains médias, ajoutant que la CAQ prendrait position afin de maintenir l’obligation des villes à publier des avis publics dans les journaux, car cela aide les médias à survivre. « Les gens doivent savoir ce qui se passent dans leur communauté », ajoute la députée de Montarville, qui perçoit l’étude du projet de loi comme une opportunité de se questionner sur les façons de conserver les journaux locaux,.

Les élus municipaux sont d’un autre avis. Bien qu’en faveur de la survie des médias locaux, ceux-ci allèguent que le financement des médias ne relève pas d’eux exclusivement.

« Est-ce que c’est la responsabilité des villes, à elles seules, de financer les médias? Peut-on obliger les autres palliers de gouvernement à faire de même? » demande Suzanne Roy.

« La crise des médias ne peut pas relever uniquement des municipalités. Notre rôle n’est pas de supporter financièrement des médias, c’est de rejoindre de la façon la plus complète possible les citoyens quand on a une information à leur communiquer », a renchéri Martin Murray.

Sur la captation vidéo et l’enregistrement des séances: 

Là aussi, les opinions ont divergé. Si les journalistes présents se sont tous, ou presque, prononcé en faveur de l’enregistrement des séances, les élus, eux, étaient plus réticents. Ceux-ci plaident pour un encadrement plus serré et ce, afin de limiter les dérapages, comme le cas de Sainte-Marie-Madeleine.

« Les journalistes, contrairement aux citoyens, ont un code de déontologie; ils ne font pas n’importe quoi avec les captations qu’ils font des séances », dit Suzanne Roy.

« Les assemblées publiques ne doivent pas devenir un cirque ou se retrouver dans certaines émissions satyriques, qui ridiculisent les élus », renchérit Martin Murray, ajoutant que des citoyens peuvent être intimidés par la présence de journalistes.

Pierre Saint-Arnaud, journaliste à la Presse canadienne, a toutefois souligné que le Commissaire aux plaintes du MAMOT a récemment rendu une décision permettant aux citoyens de filmer les séances publiques.

Le combat est toutefois loin d’être gagné…

Sur la notion de proximité entre les journalistes et leurs sources:

Trop proches de leurs sources, les journalistes en région? Pour plusieurs patrons de presse,  la proximité tient davantage d’une force que d’une faiblesse.

Un des moteurs du succès des médias locaux, c’est la proximité avec ses lecteurs, ses sources d’information. Il faut toutefois tracer la ligne entre intérêt privé et intérêt public, dit Marc Gendron, directeur de l’information à La Voix de l’Est.

Plus encore,  les médias ultra locaux font partie de la communauté, soutient Éric Aussant, de TC Média. « En étant journaliste, on participe activement à la vie de cette communauté », avance-t-il.

Comme journal, on veut avoir la nouvelle. On n’attend pas nécessairement la conférence de presse, même si les décideurs voudraient qu’on attende la coupe de ruban, note Jean-Luc Lorry, journaliste au Courrier de Saint-Hyacinthe. D’où l’importance de prendre soin des sources sur le terrain.

Bien qu’une certaine proximité avec les sources pourrait mener à des situations où surviennent de potentiels conflits d’intérêts, la déontologie et le professionnalisme des journalistes servent de rempart, note Philippe Clair, propriétaire de l’hebdomadaire Les Versants. « La crédibilité du média relève de l’épaisseur du mur avec les annonceurs et le contenu. La crédibilité du contenu est garante de la survie des médias », ajoute-t-il.

Médias à l’abandon: le triomphe du capitalisme

On sentait que c’était imminent. C’est maintenant officiel. TC Média (Transcontinental) annonce la mise en vente de ses titres québécois et de l’Ontario, à l’exception de quelques-uns, dont le journal Les Affaires.

Cette décision d’affaires a-t-elle un lien avec la future adoption du projet de loi 122, qui libérera les municipalités de leur obligation à publier leurs avis publics dans des médias imprimés locaux? Rappelons-le, la mesure, si elle est retenue par les élus de l’Assemblée nationale, portera un grand coup aux finances des journaux régionaux, qui tirent une bonne partie de leurs revenus des avis publics.

Déjà, la semaine dernière, le groupe s’était délesté de 28 publications dans les Maritimes; l’an dernier, c’étaient les titres de la Saskatchewan.

Actuellement, TC Media emploie environ 1000 personnes dans ses journaux locaux et régionaux québécois.

Qui voudra des hebdos?

Rappelons qu’une purge avait eu lieu en 2014 avec la fin de la guerre des hebdos que s’étaient livrés Québécor et Transcontinental. Une trentaine de journaux avaient été mis en vente; moins de la moitié ont survécu en bout de ligne.

L’occasion s’était présentée il y a trois ans, la revoici. Mais qui voudra acheter un, voire plusieurs, hebdomadaires?

À l’époque, j’avais déjà émis certaines craintes face à la situation, des inquiétudes qui refont surface aujourd’hui:

Or, ce n’est pas d’acheter un média qui coûte cher, c’est de le faire rouler et de le faire prospérer. Et, contrairement à d’autres actifs, la valeur marchande des publications semble diminuer sans cesse.

Qui voudra se porter acquéreur d’une ou plusieurs de ces publications? Qui prendra le risque financier de faire survivre ces hebdomadaires alors que l’industrie des médias au Québec, au Canada et même ailleurs dans le monde semble en crise?

Steve Faguy dresse ici une liste intéressante des (non) acheteurs potentiels. Sa réflexion rejoint la mienne, en tous points.

Certes, plusieurs journaux trouveront preneur, espérons-le. De petits groupes de presse pourraient acquérir quelques titres, à condition qu’ils aient les reins assez solides pour les faire vivre. Des particuliers pourraient aussi tenter la grande aventure. Mais ceux-ci connaîtront-ils, au préalable, le rôle d’un média d’information? Sauront-ils se porter garants d’une information objective et de qualité?

Dans la dépêche, on indique également que les journaux qui ne trouvent pas preneur pourraient être encore édités par Transcontinental. D’accord, mais pour combien de temps? Il va de soi que si l’entreprise souhaite tant se départir de ses titres, qu’elle n’entretiendra pas ses invendus pendant des années, tel un boulet.

En outre, on apprend que « Transcontinental souhaite conclure des ententes avec les acheteurs potentiels pour l’impression et la distribution des journaux vendus. » Ainsi, TC ne souhaite plus éditer ses titres, mais espère que les acheteurs de ses produits lui confient des tâches encore lucratives pour lui.

L’art de déléguer les dépenses en conservant une part de profits, quand on sait que, dans le papier, l’impression et la distribution constitue souvent la plus grande portion des coûts de fabrication.

Ajouter l’insulte à l’injure

Vous aurez compris que je ne suis pas vraiment optimiste quant à la suite des choses. À mes yeux, le président et chef de la direction du groupe, François Olivier a ajouté l’insulte à l’injure en déclarant, dans un communiqué que « la vente de ces actifs à des acteurs locaux représente la meilleure avenue pour contribuer à la pérennité de la presse locale et favoriser une plus grande proximité avec les annonceurs et les communautés desservies ».

Comment cette mise en vente, quand on se doute que ce ne sont pas tous les titres qui seront rachetés, constitue-t-elle une contribution à la pérennité de la presse locale, quand on sait que des voix s’éteindront en région?

En décembre dernier, le même individu, avait affirmé que « bien que son secteur des médias joue un rôle ‘’important’’ dans la société, il n’est pas ‘’essentiel’’ à sa stratégie. »

Considérant l’importance de l’entreprise dans l’industrie de l’information régionale, quel message cette déclaration envoie-t-elle aux employés de ses nombreuses salles de presse?  m’étais-je alors demandé.

Que c’est la rentabilité qui compte, peu importe la vocation. Que l’intérêt public que sont sensés servir les médias n’a que peu d’importance dans l’univers capitaliste dans lequel ils évoluent. Au diable le droit du public à l’information si nous ne pouvons pas nous enrichir grâce à lui, avais-je alors réfléchi.

Et c’est exactement ce qui se produit aujourd’hui. Le triomphe du capitalisme, où la rentabilité prime sur la mission idéaliste  du produit. Paradigme éternel des entreprises de presse privées, qui doivent jongler avec ces deux éléments.

La conclusion de cette mise en vente pourrait donner lieu à un jour très sombre pour l’information régionale. Car c’est surtout par les hebdomadaires que les citoyens vivant hors des grands centres arrivent à s’informer.

J’espère me tromper.

Les quotidiens et les hebdos dans dix ans : halte à la temporalité

Les médias imprimés existeront-ils toujours dans dix ans? Telle était l’objet d’un avant-midi de réflexion portant sur la question aux Assises du journalisme à Tours*, et dont le constat principal fut qu’il serait bien difficile de spéculer sur une décennie alors qu’on ignore ce qu’il adviendra de nos journaux d’ici un ou deux ans.

Plusieurs intervenants sont toutefois d’accord : en raison de leurs plateformes numériques, les médias imprimés devront tôt ou tard laisser tomber la notion de périodicité qui les caractérisent encore aujourd’hui.

« Le problème, c’est que nous sommes encore basés sur une périodicité, souligne Marc Mentré, de l’organisme Journalisme et Citoyenneté. Ce cycle de vie correspond-il encore à quelque chose? »

« Les quotidiens sont d’abord et avant tout des marques, des marques qui travaillent 24 heures sur 24 », soutient Stéphane Frachet, journaliste aux Échos.

« Il faut se demander si un hebdomadaire est quelque chose qui sort une fois par semaine ou si c’est quelque chose qui est lu une fois par semaine? » s’interroge Cyril Petit, rédacteur en chef du Journal du dimanche.

Se recentrer sur l’auditoire

« Ça n’a plus beaucoup de sens de parler de quotidiens, car nous sommes désormais des éditeurs de l’information dénués de temporalité », a renchéri Vincent Preygène, directeur général de WAN-IFRA, l’association mondiale des journaux et des éditeurs de l’information.

Le vrai problème, souligne-t-il ensuite, réside dans le fait que les entreprises de presse se concentrent actuellement sur le support alors qu’ils devraient chercher à créer des liens avec leur auditoire.

Celui-ci suit sur le numérique, mais pas le financement des annonceurs, ce qui créé un déséquilibre financier pour les entreprises de presse. Or, depuis 2015, les abonnements constituent encore la principale source de revenus des médias, mais les entreprises de presse semblent travailler davantage pour leurs annonceurs que pour leur public, déplore Preygène.

Cette obsession de la plateforme épuise les journalistes, soutient David Carzon, qui manquent de temps et d’énergie en raison des compressions subies par les salles de presse depuis les dernières années. « Sortir un journal tous les jours relève du miracle maintenant », affirme le directeur adjoint de Libération.

Pire encore, ces baisses d’effectifs se répercutent sur la qualité du produit offert, et le public n’est pas dupe. « On a perdu de vue les questions les plus importantes. Quel est notre rôle? Quelle est notre plus-value? Qu’est-ce qu’on apporte à la société? » demande-t-il. « C’est d’abord le contenu qui doit être déterminé. Après, on se demandera comment le distribuer. »

Renforcer les marques

Une voie d’avenir concernant le multiplateforme réside dans une meilleure utilisation de chacune, lesquelles n’ont pas toutes les mêmes usages. « Si on jette des articles dans le vide en espérant qu’ils retrouvent les lecteurs, ça ne fonctionnera pas », note Carzon.

« La marque (du média) est concrète, note Carzon. Il faut que le lecteur sache que c’est nous qui avons produit le contenu qu’il consulte, et que ce contenu est en phase avec les valeurs de notre marque. »

Preygène abonde en ce sens. « Le lecteur n’est pas fidèle parce qu’il n’a pas conscience de la marque qui produit les contenus qu’il consomme », résume-t-il.

Les hommes vont plus loin. Pour eux, la marque d’un quotidien doit être représentative du « sens », donc de la raison d’être du média lui-même, son engagement vis-à-vis des lecteurs. « Dans dix ans, sera-t-on encore sur papier ou entièrement numérique? Sera-t-on gratuit ou payant? Demeurera-t-on généraliste ou serons-nous spécialisé? Irons-nous vers la vidéo ou pas? Peu importe ce qu’on choisira de faire, il faut que ça ait du sens », a clamé David Carzon.

D’ailleurs, a complété Preygène, la personnalisation du contenu en symbiose avec la marque, sera ce qui permettra, à terme, de convertir les consommateurs de ces contenus en lecteurs gratuits à des abonnés payants.

« On ne peut pas avoir d’abonnés payants si on n’a pas d’abord une offre gratuite intéressante pour les attirer. Mais si on ne commence pas à s’y pencher rapidement, on se tire dans le pied en continuant d’offrir un print payant et le même contenu gratuitement online, souligne Éric Mettout, directeur adjoint de la rédaction chargé du numérique à L’Express. C’est une erreur historique d’avoir permis la gratuité, mais encore plus de ne pas avoir tout balancé sur le numérique plus tôt. »

Médias sociaux : monter à bord du train

Les médias ont par ailleurs complètement raté le train avec l’arrivée des médias sociaux, il y a près d’une décennie. Plutôt que de d’abord les utiliser comme moyen d’échanger avec leurs publics, ils s’en sont servis comme d’un canal de diffusion unilatéral.

« Il faut repenser la relation avec le lecteur, et comprendre qu’elle s’effectue dans les deux sens. Le lecteur doit sentir qu’il a du poids », rappelle Carzon.

Valeur ajoutée

À terme, pour à la fois cimenter la relation avec les auditoires et pour donner une valeur ajoutée aux marques médiatiques, les entreprises de presse doivent valoriser leurs contenus. Cela passe par l’abandon de certains contenus moins « payants » et par l’automatisation de certains processus qui libéreraient des journalistes pour aller sur le terrain.

Dans un autre ordre d’idées, la concentration de la presse semble inévitable aux yeux de Preygène. Comme les investissements publicitaires dégringolent, que des abonnés quittent au profit de plateformes gratuites et que 80% des revenus de la publicité sont désormais captés par les géants du Web, il faut se consolider et trouver des substituts à cette absence de recettes, estime-t-il.

Les compressions dans les salles de presse devraient toutefois ralentir, puisqu’un seuil critique a été atteint. « Nous sommes rendus à un point où on ne peut plus couper », croit M. Preygène.

« Il faut se recentrer sur notre rôle, qui doit d’être utile et être plaisants à lire, indique Jean-Pierre Vittu de Kerraoul, PDG de Sogemedia. Nous nous devons d’avoir une capacité éditoriale suffisante pour offrir un bon contenu. »

* Ce voyage a été réalisé grâce à une aide financière de Les Offices jeunesse internationaux du Québec.

2007-2017 : le grand bouleversement

Avant de se pencher sur le virage de l’information dans dix ans, les Assises du journalisme à Tours* ont jugé bon de faire un bilan sur l’évolution des médias au cours de la dernière décennie.

Cette période en a été une d’expérimentation, estime-t-on plus que tout. Plusieurs innovations ont vu le jour, se sont éteintes, ont survécu. L’échec fait partie de l’expérimentation d’ailleurs.

Selon plusieurs observateurs, l’arrivée des médias sociaux et des téléphones intelligents a complètement révolutionné la manière de créer, de diffuser, mais surtout de consommer l’information, avec ses avantages et inconvénients.

En revanche, la popularité de certains nouveaux sites d’information, exclusivement en ligne et appelés pure players par l’industrie, ne se dément pas, et est bon signe pour les médias. « On a réussi à casser le sentiment de fatalité à l’endroit des médias, a expliqué Pierre Haski, cofondateur de Rue89, un pionnier du genre. On a prouvé que le journalisme et l’information sont loin d’être morts. »

Aux yeux de Géraldine Mulhmann, professeure et journaliste, l’avènement d’Internet représentait une opportunité sans précédent pour raconter des histoires, ce qui pour elle est le rôle fondamental des journalistes. « Le narratif permet le factuel », a-t-elle souligné.

Le smartphone est la première porte d’entrée vers l’information en France, a-t-on appris. Or, même si le numérique gagne en popularité à une vitesse fulgurante, le papier demeure encore la source de revenus la plus importante pour les médias qui œuvrent sur les deux plateformes, a indiqué Jacques Rosselin, entrepreneur et créateur de Courrier international, qui dirige également l’École de formation en journalisme. Bernard Poulet s’était ainsi trompé en annonçant la mort du journal imprimé.

De plus, malgré les difficultés financières de la presse, les grandes marques (titres) demeurent les sites d’information les plus fréquentés, signe de leur standing et de leur crédibilité auprès du public.

L’apparition des blogues au milieu des années 2000 a aussi permis de renverser le modèle d’affaires des médias. Jusqu’alors un canal de communication à sens unique, ils sont devenus des tribunes permettant un dialogue entre journalistes et lecteurs, permettant des contenus plus riches et représentatifs de chaque couche de la société.

Ce journalisme participatif a également permis, dans certains cas, de renforcer la confiance du public envers les médias.

Dérapages

Or, le tout a fini par déraper parce que les opérateurs de médias sociaux et les entreprises de presse n’ont pas prévu que ces plateformes deviendraient des champs de bataille idéologiques, relève Haski, qui qualifie le Web de « fachosphère ». L’existence des trolls est la défaite idéologique, technique et éditoriale des médias face aux plateformes sociales. Muhlmann parle même d’une « machine d’opinion incontrôlable ».

Agnès Chauveau, directrice déléguée à la diffusion et à l’innovation à l’Institut national de l’audiovisuel, explique que parmi les transformations profondes provoquées par le Net, la déhiérarchisation de l’information a déstructuré le débat public. Celui-ci est maintenant déterminé par les réseaux sociaux et les algorithmes qui régissent ceux-ci.

Ont également proliféré les fausses nouvelles et informations erronées, poison auquel on croyait que la vérification et la rectification seraient l’antidote.

Les nouvelles technologies ont par ailleurs précipité le traitement de l’information, rendant celle-ci plus à risque d’être erronée et surtout, superficielle. Cette dictature du direct, du réactif et de l’instantané a modifié profondément les conditions d’exercice du métier et change le rapport au réel, indique Muhlmann.

Fondateur du magazine papier trimestriel XXI, Patrick de St-Exupéry croit au slow news et se méfie des nouvelles technologies en raison de leur caractère éphémère. Il qualifie de « ruée vers l’or » l’empressement des entreprises de presse à se précipiter sur chaque nouvelle plateforme sans se questionner si elles parviendront ainsi à rejoindre leur public. « La technologie n’est pas le journalisme, a-t-il dit. Le journalisme, est-ce le papier ou l’écran? Non. Pendant dix ans, nous avons réduit le journalisme aux technologies, aux canaux de communication, tout ça plutôt que de valoriser davantage le contenu. »

Haski abonde dans ce sens. « Il y a la nécessité de mettre le journalisme au cœur de nos pratiques en choisissant l’outil qui nous semble le plus approprié pour le faire », a-t-il affirmé.

Le mythe de la gratuité

Le concept de la gratuité a été vivement vilipendé par les intervenants du panel. « À partir du moment où on entre dans la logique de la gratuité, l’information n’a plus de valeur », a clamé Patrick de St-Exupéry, qui croit que les médias sont arrivés à la fin du cycle de la gratuité, une « idée folle » selon lui.

« L’information a une valeur; elle le fruit d’un travail, de compétences. Elle est destinée à un auditoire, à une clientèle. Ce n’est pas rien », a-t-il martelé.

D’ailleurs, la monétisation des contenus passe de moins en moins par la publicité, ont souligné plusieurs intervenants. Ce serait faire fausse route de croire encore qu’information et publicité sont indissociables pour survivre.

Pour être viables, les médias devront être financés par leurs auditoires, indique Mme Chauveau, ce qui obligera les plateformes à offrir du contenu à valeur ajoutée.

* Ce voyage a été réalisé grâce à une aide financière de Les Offices jeunesse internationaux du Québec.

Le profit vs. la raison d’être

Le grand patron de TC Transcontinental ne se doutait pas qu’une simple déclaration au milieu d’une longue allocution allait susciter un tel tollé.

Plus tôt cette semaine, François Olivier affirmait que « bien que son secteur des médias joue un rôle « important » dans la société, (…) il n’est pas « essentiel » à sa stratégie. »

Une déclaration reprise par Julien Arsenault de La Presse canadienne, ici.

Certes, il n’a pas été question pour TC de se défaire de ses titres médiatiques – l’entreprise a d’ailleurs récemment acquis les publications économiques du groupe Rogers-, mais plutôt que comme ceux-ci représentaient une très faible part des revenus de l’entreprise, qu’ils n’étaient plus indispensables à son succès économique.

Et pour preuve, rapporte Arsenault:

Au cours de la dernière année, l’entreprise a licencié plus de 100 personnes, notamment au Québec, en fermant des journaux en Saskatchewan et dans les Maritimes ainsi qu’en éliminant des postes de représentants publicitaires. De plus, son journal spécialisé Les Affaires passera de 42 à 28 numéros par année. Au cours de l’exercice 2016, le déclin des recettes s’est poursuivi dans le secteur médiatique de Transcontinental. Elles ont fléchi de 17,1 %, ou 64,3 millions, pour s’établir à 312,3 millions.

Entre vous et moi: si j’étais journaliste pour TC, je serais perplexe. Certains ont carrément interprété ces propos comme une invitation à regarder ailleurs…

Quel message cette déclaration envoie-t-elle aux employés?

Que c’est la rentabilité qui compte, peu importe la vocation. Que l’intérêt public que sont sensés servir les médias n’a que peu d’importance dans l’univers capitaliste dans lequel ils évoluent. Au diable le droit du public à l’information si nous ne pouvons pas nous enrichir grâce à lui.

Ce n’est certainement pas ce que voulait dire M. Olivier lorsqu’il a pris la parole, j’en conviens. Mais comme bon nombre de patrons de presse, il est d’abord un gestionnaire: plus que les textes, ce sont les chiffres qui suscitent son intérêt.

Ce qui est aussi ironique, c’est que TC Média, avec d’autres partenaires tels que Groupe Capitales Médias et Le Devoir, pour ne nommer que ceux-là, font des représentations auprès de Québec dans l’espoir d’obtenir une aide financière sur cinq ans pour les aider à assurer une transition vers le numérique.

En affirmant que ses médias d’information ne sont pas « essentiels » à l’avenir de son entreprise, M. Olivier s’est-il tiré dans le pied? Poser la question, c’est y répondre.

Voilà donc une énième démonstration du problème fondamental des entreprises de presse: le profit vs. la raison d’être. Comment espérer poursuivre la mission quand celle-ci est constamment compromise par les résultats financiers? Quand l’épée de Damoclès de la rentabilité motive ses orientations?

On le sait: l’information n’est pas sexy. Le divertissement l’est. Certains médias parviennent à jongler avec ces deux types de contenus, la rentabilité de l’un compensant pour le coût de l’autre.

Mais de grâce, n’attendons pas que l’information soit en voie d’extinction avant de se souvenir de son utilité…

Correspondances à la relève

Récemment, la FPJQ-Montérégie recevait la journaliste d’expérience Josée Boileau, qui vient de faire paraître son essai Lettres à une jeune journaliste. La vidéo de cette rencontre se trouve ici.

J’ai eu le plaisir de lire le court ouvrage. Mme Boileau met le doigt  sur les bobos du journalisme, mais souligne aussi à gros traits l’idéalisme qui attire toujours la relève vers cette profession, un idéalisme qu’il faut conserver pour survivre dans un métier parfois sans pitié pour ceux qui l’exercent.

Dans le ton de la confidence, évitant toute condescendance, l’auteure dresse un portrait réaliste et juste de la réalité des médias. À un point tel qu’on réalise que la fameuse « crise » des médias semble dater depuis toujours et qu’elle accompagne les journalistes au quotidien alors que le métier évolue à vitesse grand V. « Quand je suis arrivée, personne n’embauchait, se souvient-elle. Ce n’était pas un métier d’avenir. » Ça vous sonne une cloche?

Défaitiste, Mme Boileau? Pas du tout. Optimiste, même. Malgré la réalité morose qui peut teinter notre vision du métier, une fois les deux pieds dedans, l’auteure convainc ses lecteurs que l’aventure en vaut encore la chandelle, ne serait-ce que pour la mission de service public qui doit motiver les journalistes, dont l’allégeance doit se tourner vers le public.

Beaucoup plus aurait pu être dit au cours de ces correspondances à la relève, mais l’auteure a choisi de se concentrer sur les enjeux propres au métier de journaliste, bien qu’elle aborde brièvement d’autres réalités, telle la conciliation travail-famille.

Bref, Lettres à une jeune journaliste constitue une excellente introduction à celle ou celui qui s’intéresse au journalisme. Mais le livre peut aussi intéresser les plus expérimentés qui y trouveront de quoi entretenir leur flamme.

Régions: la transparence « Saran Wrap »

Hier, la FPJQ, section Outaouais, dénonçait l’exclusion de cameramen et de journalistes de TVA Gatineau-Ottawa et de Radio-Canada Ottawa-Gatineau d’une rencontre tenue plus tôt cette semaine avec le premier ministre du Québec, Philippe Couillard.

« La rencontre, tenue en marge d’une annonce en matière d’éducation et de santé, visait à donner aux médias régionaux l’occasion de discuter des enjeux touchant la région », peut-on lire dans le communiqué.

Comme journaliste, on ne peut s’empêcher de sourciller. Celui qui nous avait promis, à son élection de 2014, d’être « le gouvernement le plus transparent de l’histoire », a la transparence plutôt élastique. Ou hermétique, pour citer le collègue Martin Guidon. Aurait-on affaire à un premier ministre Saran Wrap?

La volonté d’entretenir les médias d’enjeux locaux est fort louable; il est également tout aussi louable de laisser la parole aux plus petits joueurs; ça l’est un peu moins de tenir des antennes régionales à l’écart sous prétexte qu’elles sont affiliées à un média national.

Cela démontre la méconnaissance du premier ministre et, par affiliation, du gouvernement, du paysage médiatique québécois. Un média n’est pas un réseau, et l’inverse est aussi vrai.

Comme la section régionale de la FPJQ l’énonce, cette méconnaissance est surtout nuisible pour les publics en région, particulièrement ceux qui ne s’informent que par la télévision.

Une opération de communication a toujours intrinsèquement un de ces deux objectifs: diffuser une information qui nous avantage et/ou tenter de distraire les médias d’une information qu’on aimerait bien camoufler car elle nous désavantage.

Comme le cabinet a convoqué cette rencontre pour traiter d’enjeux régionaux, on considère que le gouvernement souhaitait faire bonne figure dans son engagement envers lesdits enjeux et transmettre de l’information importante à la population locale.

Alors, en excluant certains médias, ne se tire-t-il pas dans le pied dans sa quête de rejoindre le plus grand nombre de personnes possibles pour faire passer son message?

Outre cette maladresse, que l’équipe du premier ministre a promis de revoir à l’avenir, quelque chose me chicote. Comment les autres journalistes ont-ils réagi devant l’expulsion de leurs collègues?

Comme je n’étais pas là, je ne peux pas présumer de ce qui s’est produit ensuite.

Mais j’ai pour dire que quand il n’y a pas d’exclusivité à avoir, la solidarité journalistique est de mise.

Et si les journalistes, en soutien à leurs collègues, avaient boycotté la rencontre? Et s’ils avaient refusé d’y prendre part tant que les exclus n’étaient pas bienvenus?

Certes, il faut des couilles pour tenir ainsi tête à une source, d’autant plus importante que c’est le premier ministre lui-même. On comprend aussi que les impératifs des médias, qui sont d’avoir la nouvelle à tout prix et de ne rien laisser filer entre les mains de la concurrence, compliquent grandement un tel coup d’éclat.

Mais en ne réagissant pas au sort d’un collègue, le rapport de force entre les médias et leurs sources s’affaiblit.

À cogiter.