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Faits alternatifs.TV : pourquoi cela devrait vous inquiéter (plus)

On le sait: plus rien de ce que le président américain Donald Trump et son administration font ne nous surprend. Plus rien n’a de sens, mais l’humanité toute entière est devenue si habituée à ce que l’impensable soit fait qu’on ne fait que hausser les épaules, même quand des droits fondamentaux sont bafoués.

On le sait aussi: Trump n’aime pas les journalistes. Enfin, il n’aime pas les journalistes qui ne sont pas complaisants à son égard. C’est pourquoi les nombreuses attaques répétées du président contre la presse américaine, biaisée selon lui quand elle ne publie pas ce qu’il souhaite, ont culminé la semaine dernière par l’expulsion de la Maison-Blanche de trois médias jugés « hostiles » par l’élu: les chaînes CNN et MSNow ainsi que le magazine Politico.

Pour justifier cette décision inédite, Trump a affirmé que ces médias étaient « corrompus » et une « menace à la sécurité nationale » des États-Unis. Les entreprises de presse frappées par la mesure n’ont pas perdu une seconde: les voilà qui poursuivent l’administration pour atteinte à leurs droits, mais aussi à la Constitution, document fondateur de la République, par laquelle la liberté de presse est consacrée comme découlant de la sacro-sainte liberté d’expression.

En guise de solidarité, d’autres médias ont décidé de boycotter la couverture de la Maison-Blanche, privant ainsi l’homme le plus puissant du monde de ce dont il a besoin pour exister: de la visibilité.

En réponse à cette poursuite, Trump a nié s’en prendre à la liberté de presse, affirmant plutôt s’en prendre à ces fameuses « fake news », un terme galvaudé depuis maintenant une décennie par quiconque n’est pas d’accord avec ce que rapportent des médias. Parce que oui, en cette époque où les « faits alternatifs » existent, il est possible de nier la réalité en tirant sur le messager, et ce, en quasi toute impunité.

Puis, en riposte et sans surprise, le président Trump a annoncé le lancement de la chaîne Trump.TV pour couvrir ses déclarations, ses points de presse et tout événement qui le concerne à titre de président des États-Unis d’Amérique. De la même manière qu’il avait créé Truth Social (ironiquement nommé) après avoir été banni des grands réseaux sociaux pour certaines déclarations liées aux attaques du 6 janvier 2021 au Capitole.

Voici donc un énième épisode dans la télé-réalité de l’ex-vedette de The Apprentice, où la seule « vérité » qui vaille est la sienne. À défaut de contrôler les médias, donc, le président les écarte au profit des siens, qui rapportent évidemment les faits tels que lui les perçoit.

Et tout cela est véritablement dangereux pour la démocratie américaine. J’espère que je ne vous l’apprends pas. L’enjeu est beaucoup plus grand que le travail des journalistes personnellement visés par l’interdiction.

Retour à Politique 101. Une société démocratique est constituée de trois piliers: l’exécutif (le gouvernement), le législatif (la chambre qui vote les lois) et le judiciaire (qui assure le respect et l’application de ces lois). Les médias et les journalistes sont officieusement considérés comme un 4e pouvoir puisque leur rôle fondamental est de surveiller l’exercice du pouvoir par les trois autres piliers au nom de la population. On leur donne ainsi le surnom de « chiens de garde de la démocratie ».

L’exercice libre du journalisme, particulièrement en politique, est une manière pour la population de s’assurer que ceux qu’ils élisent les représentent à bon escient et veillent à leurs intérêts. C’est un rempart au despotisme et à la dictature.

Ainsi, lorsqu’on souhaite s’en prendre à la démocratie, les médias sont parmi les premières cibles du régime. On attaque leur crédibilité, on coupe leur financement (lorsqu’ils bénéficient de subsides publics) et on entrave leur travail. Pourquoi? Pour limiter la surveillance des médias, mais aussi pour semer le doute dans l’esprit des citoyens.

C’est la même chose pour les fausses nouvelles: parfois, l’objectif de ceux qui les créent n’est pas de vous faire croire à une histoire invraisemblable, c’est plutôt de vous faire douter de toute source d’information que vous consultez, y compris les institutions officielles. Cela permet à des esprits mal intentionnés d’asseoir leur pouvoir petit à petit dans la confusion la plus totale.

On sait déjà que les informations qui seront rapportées à Trump TV, hormis la simple diffusion de points de presse, par exemple, seront favorables à l’administration en place. On pourra ainsi comparer la nouvelle chaîne à certains médias d’État qu’on retrouve dans des dictatures, et dont le seul objectif est de présenter une image positive des dirigeants en place pour les maintenir au pouvoir.

La guerre que livre l’administration Trump, aussi bien celle-ci que la précédente, envers les médias, n’est pas nouvelle. Les insultes lancées ici et là par le président ou ses officiers à des journalistes – particulièrement des femmes -, ou bien le fait qu’il ait récemment laissé les reporters de la Maison-Blanche en appât dans Air Force One à la suite d’une potentielle menace à sa vie, démontre qu’il n’en a que faire du quatrième pouvoir.

Une seule vérité compte pour lui, et c’est la sienne. Une couleuvre que vous devrez avaler pour vivre heureux dans le Trumpland, qui ne sert que Trump lui-même.

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