L’heure est aux bilans pour Florian Sauvageau. Après une prolifique carrière qui s’étend sur plus de six décennies, cet ancien journaliste du Soleil et de Radio-Canada, cofondateur du programme de journalisme à l’Université Laval et du Centre d’études sur les médias s’interroge : y a-t-il vraiment eu un âge d’or du journalisme au Québec? Et celui-ci est-il révolu? Quel rôle occupent maintenant les journalistes dans une société où ils n’ont plus le monopole de l’information?
Telles sont les questions auxquelles il tente de répondre dans son plus récent essai, Ce que j’ai appris du journalisme, paru fin août aux Éditions Somme Toute Le Devoir.
Si sa carrière sert de filigrane au récit de plus de soixante-dix ans de journalisme dans la province, et parfois plus précisément dans la capitale, Florian Sauvageau ne se met pas en vedette dans son essai. À travers moults entretiens et documents d’archives, le professeur émérite de mon alma mater – dont je n’ai pas eu le privilège de recevoir les enseignements -fait plutôt parler d’autres artisans de l’information qui ont assisté, voire œuvré, à de grandes avancées du journalisme… mais aussi à des obstacles.
Le volume se décline principalement en deux actes. Le récit s’articule d’abord autour de luttes de pouvoir dans les salles de rédaction, de l’ingérence des patrons, des médias qui changent de mains et du passage des femmes des pages féminines aux sections générales, entre autres. La liberté de presse et l’indépendance journalistique sont au cœur de cette première partie.
La seconde s’intéresse au journalisme d’enquête et à son histoire dans les médias québécois. Florian Sauvageau retrace certains reportages ayant dérangé, mais surtout mis en lumière le rôle essentiel des journalistes dans les affaires publiques. Pour l’auteur, il ne fait aucun doute : c’est par l’enquête que le journalisme est à son meilleur.
À la toute fin, un troisième acte se faufile discrètement à la table des matières : l’avènement de l’intelligence artificielle. Florian Sauvageau dédie un bref addendum à l’éléphant dans la pièce, perçu comme un tremplin par certains et par une épée de Damoclès par d’autres.
« L’IA crée chez les uns des espoirs d’innovation importants, mais suscite chez d’autres de grandes inquiétudes », relève Florian Sauvageau, qui donne la parole à plusieurs acteurs à ce sujet.
Au terme de ma lecture, je me suis souvenue la question introductive de Sauvageau : y a-t-il vraiment eu un âge d’or du journalisme? La réponse est négative : le journalisme a connu plusieurs âges d’or, et force est d’admettre qu’il pourrait y en avoir d’autres dans le futur, pour peu que ceux qui croient au rôle fondamental de la fonction dans la société continuent de se battre pour la faire vivre.
Peu seront surpris d’apprendre qu’on ne trouve pas la panacée à la survie du journalisme dans les pages de Sauvageau. Comme bien d’autres avant lui, et probablement après lui, on en revient au constat que si une recette miracle pour sauver la profession face aux nombreux phénomènes qui la bouleversent au gré du temps existait, elle aurait été mise en place bien avant.
Mais toujours est-il que Ce que j’ai appris du journalisme demeure une formidable leçon d’histoire sur les idéologies à la base du métier et sur ce qui l’a façonné dans la deuxième moitié du XXe siècle.
Parce que si on ne peut pas toujours savoir où on s’en va, il est sain de se rappeler d’où on vient.


