Un autre type de « journalisme clandestin »

Il y a quelque temps, je m’interrogeais sur le caractère éthique d’une pratique journalistique qui consiste à provoquer la nouvelle. Ce que j’appelle le « journalisme clandestin » donne parfois matière à réfléchir, étant donné qu’il présente une réalité provoquée. Comment peut-on être certains de son existence telle que rapportée puisque celui qui se veut l’observateur neutre et objectif prend part activement à la nouvelle?

Je vous entretenais récemment du cas où un journaliste prenait l’identité d’une jeune femme ou d’un jeune adolescent dans le but d’attirer des cyberprédateurs.

On se rappellera aussi du cas d’un journaliste qui se serait fait passer pour un policier afin d’obtenir des informations d’une jeune fille dans le cadre d’un reportage sur le suicide d’une adolescente victime d’intimidation. En plus de faire face à des accusations criminelles, il fait également l’objet d’une poursuite au civil.

L’éthique journalistique l’énonce: c’est tromper une source que de ne pas s’identifier comme un journaliste si ses propos seront repris dans un média. Contrairement à l’enregistrement des appels téléphoniques, qui ne requiert que le consentement d’un des interlocuteurs, la diffusion des propos d’autrui requiert l’autorisation de l’émetteur. Comme le stipule l‘article 4 du code de déontologie de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, « les journalistes exercent leur métier à visage découvert, en s’identifiant comme journalistes. » Le sous article 4b) précise notamment que dans le cas de sources peu familières avec la presse, les journalistes doivent également préciser que leurs propos peuvent être rendus publics, leur laissant ainsi le choix de répondre ou non à leurs questions.

Le guide indique aussi dans quel contexte l’information peut être obtenue de manière clandestine, à savoir que cette information est d’intérêt public, qu’elle ne peut être obtenue autrement par des moyens légitimes et que les dommages encourus par certaines personnes à la suite de sa divulgation sont moindres que les bénéfices qu’en retirera la société. Ainsi, le fait de « provoquer » la nouvelle ou d’obtenir des informations sans s’identifier comporte aussi sa part d’avantages.

Alors que mon premier billet condamnait la méthode où le journaliste sert d’appât, abordons aujourd’hui un autre cas de reportage clandestin, où contrairement au premier exemple, le journaliste répond à quelqu’un qui, sans le savoir, l’appâte.

Dans l’exemple retenu ici, le journaliste a répondu à des annonces affichées par des individus offrant leur service de rédaction de travaux académiques, une pratique illégale. La nuance est simple: encore une fois, la personne faisant l’objet du reportage aurait tout de même offert ses services à quelqu’un d’autre et aucun facteur extérieur, surtout pas le journaliste, ne l’a incité à le faire.

Les rôles sont donc inversés et le journaliste devient un acteur plutôt passif dans la nouvelle. Ainsi, l’information recueillie de la sorte peut effectivement témoigner d’une situation que sous le couvert journalistique officiel, existe réellement et n’a pas été induite par le journaliste. Ce dernier n’a eu qu’à poser ses questions pour obtenir les réponses.

Malgré tout, cette technique en demeure une de dernier recours. La confiance du public envers les journalistes demeure essentielle à la liberté de presse.

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Une réflexion sur “Un autre type de « journalisme clandestin »

  1. Pingback: Marie-Ève Martel

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