Parlons campagne!

Il est plutôt rare qu’on traite du fonctionnement des médias en campagne électorale; on ne s’intéresse qu’au traitement qu’ils accordent aux candidats, aux partis et à leurs actions et déclarations. Ceci étant dit, en moins d’une semaine, quelques nouvelles ici et là sont venues impliquer les médias dans la campagne, un peu plus qu’à l’ordinaire.

Il n’y a qu’à penser à la première ministre Pauline Marois qui, en annonçant le début de la campagne électorale, a refusé de répondre aux questions des journalistes présents.

De son côté, le parti Option nationale a fait paraitre un communiqué hier, dans lequel il traite de son désir de mettre sur pied un Conseil des communications du Québec.

Cette missive a toutefois été un coup d’épée dans l’eau, alors qu’on apprenait en même temps que le (ex??) grand patron de Québécor, Pierre-Karl Péladeau, était candidat pour le Parti Québécois dans Saint-Jérôme.

Selon Influence Communication, la nouvelle faisait d’ailleurs partie du top 3 des actualités les plus consultées et traitées, tous médias confondus, au Canada aujourd’hui. Le mot-dièse #PKP était le troisième le plus utilisé au Québec durant la dernière semaine, précédé par #qc2014.

Mais revenons donc à Option nationale. Ainsi, le parti désire instituer un comité qui réglementerait et superviserait les communications au Québec.

« Son premier mandat sera de mettre sur pied une commission indépendante qui se penchera sur la concentration des médias au Québec et formulera des recommandations au gouvernement  »  peut-on lire dans le communiqué. Le parti indique que la liberté de presse est intimement liée à la liberté du peuple. ON poursuit en disant que « la concentration et la convergence des médias nuisent à la qualité, à la diversité et, surtout, à l’intégrité de l’information, laquelle ne devrait jamais être détournée du service public ».

Cela est certes vrai, mais il faudrait que l’organisme chargé de chapeauter les activités des médias et de ses propriétaires demeure entièrement indépendant du gouvernement, et non qu’il lui rende des comptes. C’est cette indépendance qui assure un traitement juste, neutre et objectif de l’information.

Le communiqué suggère ensuite certaines mesures pour améliorer la qualité de l’information au Québec, par l’entremise de ce Conseil des communications.

La première est l’adoption d’une meilleure politique d’accès à l’information par la réforme de la loi d’accès à l’information. La Fédération professionnelle des journalistes milite déjà en ce sens, et il va de soi que cette loi doit être améliorée.

La seconde est la mise en place d’une carte interactive démontrant les différents traitements de demandes d’accès à l’information par instance publique. Personnellement, je crois que cela n’aiderait pas la cause; il faut dénoncer, point, et ne pas comparer les institutions entre elles.

La troisième serait de mettre en place « des bases de données ouvertes, performantes et compréhensibles, qui seraient accessibles à la population ». Cette intention est malheureusement si imprécise qu’il m’est difficile de la commenter. Déjà, tout citoyen peut faire une demande d’accès à l’information, au même titre que les journalistes. Ces derniers jouent également un rôle important dans la vulgarisation et la diffusion de l’information.

Ce qui est intéressant du communiqué se retrouve dans la quatrième proposition, où Option nationale indique vouloir étudier avec la FPJQ et l’AJIQ la possibilité de créer un ordre professionnel pour les journalistes, « afin de nous assurer que la concentration et la convergence des médias ne menacent pas la liberté journalistiques. Une séparation claire est nécessaire entre le travail de rédaction d’un journal et les intérêts de son propriétaire. »

La création d’un statut professionnel pour les journalistes a déjà fait l’objet de maints débats. La FPJQ avait abordé le sujet au début des années 2000, Dominique Payette (oui, celle-là même qui m’a enseigné le journalisme et qui est aujourd’hui candidate au PQ) avait relancé le débat en 2009, et l’AJIQ y est en faveur.

Un statut de journaliste professionnel empêcherait également n’importe qui de rapporter maladroitement de l’information, et assurerait de ce fait un « sceau » de qualité du travail et des reportages journalistiques en amenant une série de règles déontologiques strictes et peut-être même des conséquences à un manquement professionnel, ce que le Conseil de presse du Québec ne punit pas. Les journalistes professionnels jouiraient de plus de crédibilité.

Pour d’autres, comme les syndiqués du Droit en 2011, le statut professionnel ne réglerait pas les problèmes récurrents auxquels font face les journalistes. Pourtant, il permettrait entre autres d’assurer de meilleures conditions de travail aux journalistes, surtout pour les pigistes et ceux qui ont un statut précaire. Ils seraient plus forts ensemble pour s’attaquer aux vrais problèmes que sont la concentration de la presse, la convergence et un mauvais accès à l’information.

Enfin, le communiqué se conclut comme suit:

Option nationale souhaite que le gouvernement indépendant que se sont donnés les Québécoises et les Québécois travaille en toute transparence pour le bien être de son peuple et de sa prospérité. Il n’y aura donc pas de média spécifique qui parlera au nom du gouvernement, mais des médias qui critiqueront et rapporteront ce que le gouvernement fait au nom de son peuple , a conclu Sol Zanetti.

Au risque de le décevoir, c’est déjà ainsi que les choses fonctionnent.

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