Publié dans communication, En région, Fonction média, Information, Journalisme, journalisme citoyen, Journaux papier, Médias, Relations publiques

Un bulletin municipal ne remplacera jamais un journal

Dans l’édition de ce matin de La Voix de l’Est, ma collègue Cynthia Laflamme signe un texte portant sur une pétition ayant cours dans la municipalité de Saint-Armand.

Un article d’information locale comme il s’en fait tous les jours, dans presque toutes les régions du Québec.

Une citation de la mairesse de l’endroit, a toutefois capté mon attention:

« Pour le reste des commentaires, il y aura un message dans la Voie municipale. Je préfère que mes citoyens voient le message dans la Voie municipale plutôt que dans le journal. »

Bref, à Saint-Armand, le conseil municipal préfère informer ses citoyens via son bulletin municipal et éviter de s’adresser aux médias lorsque c’est possible. Notons que plus haut dans l’article, la directrice générale de Saint-Armand a confié à ma collègue qu’elle ne répondait pas aux questions des journalistes à moins d’avoir eu l’autorisation préalable des élus.

Entendons-nous bien: les journalistes sont des citoyens comme les autres. Personne n’est obligé de leur répondre, ils n’ont pas de pouvoir d’enquête comme un policier ou un juge. Mais les journalistes, parce qu’ils sont des citoyens comme les autres, représentent ces citoyens. Ils posent des questions au nom des contribuables à ceux qui les représentent et  qui leur sont redevables.

C’est pour cela qu’il faut nuancer la notion de bulletin municipal, ou de journal municipal, qui est un journal sans en être vraiment un.

Dans les faits, un bulletin municipal répond à la définition d’un média, qui se veut une plateforme accessible à un public donné pour y partager des informations, bref de la diffusion de masse. S’il est sur support papier, alors oui, c’est un journal.

Mais les prérogatives d’un bulletin municipal diffèrent largement de celles d’un média d’information, en ce sens où le premier sert aussi d’outil promotionnel et politique, voire idéologique (le mot propagande est un peu trop fort, quoi que dans certains villages, il serait approprié), alors que le second doit, par sa nature même, vérifier l’information, la remettre en contexte et la remettre en question afin de lui donner un sens plus large, dénué de partisanerie, au profit de l’intérêt public. C’est la définition même de ce qu’on appelle « l’objectivité journalistique », qui est plutôt, à mon avis, une neutralité dans le traitement de l’information en ce sens où il n’y a aucun partis pris.

Un bulletin municipal, c’est un média produit et diffusé par l’organisation qui est à la source même de l’information, c’est-à-dire l’appareil municipal.

De plus en plus, on remarque que les municipalités gèrent leurs communications publiques non plus comme la transmission d’informations d’intérêt public au bénéfice de leurs citoyens, mais plutôt comme le feraient des entreprises privées qui ont un département de marketing: la municipalité devient une compagnie qui fait la promotion de ses nombreux services en moussant la qualité de vie qui en résulte, le tout pour convaincre la population qu’il fait si bon vivre chez nous qu’on doit non seulement y demeurer, mais venir s’y installer (et payer des taxes foncières…)

C’est pour cette raison que vous ne voyez que de bonnes nouvelles dans les bulletins municipaux, hormis des bris d’aqueduc et des avis de travaux qui sont, somme toute nécessaires. Parfois, un maire signera un mot pour répondre à une controverse ou à une couverture journalistique qui, à son avis, était trop négative ou orientée, bref qui n’a pas repris mot pour mot le message que la Ville voulait faire passer.

Sans filtre journalistique, il manque la distance et la critique nécessaire pour prendre acte des informations transmises dans leur contexte et sans leur enrobage de relations publiques.

Tout ça m’a rappelé une chronique récente  d’Isabelle Hachey dans La Presse + , où elle parlait du bulletin Mirabel vous informe, financé à même le retrait des avis publics de la municipalité dans les hebdomadaires L’Éveil et Nord info.

Deux passages me frappent:

Selon le maire, les hebdos exercent « un certain monopole au niveau de la diffusion de l’information ». Parfois, ils ne publient rien sur des projets que la mairie veut faire connaître.

Désormais, Mirabel n’a plus à passer par ce filtre désagréable. Mieux, la Ville contrôle à la virgule près l’info distribuée dans les foyers des citoyens – et ce, aux frais de ces derniers.

Tout ça en plus d’interdire la distribution des Publi-sac sur son territoire, seul véhicule pour les hebdomadaires indépendants. Le Mirabel vous informe est pour sa part livré par la poste aux citoyens.

Il est tout à fait possible d’avoir un ou plusieurs bulletins municipaux cohabiter avec des médias d’information indépendants sur un territoire donné. Même que les premiers sont souvent des sources d’information pour les seconds, qui vont plus loin en approfondissant la nouvelle.

Mais jamais les premiers ne pourront remplacer les seconds.

Autrement, qui écope? Les citoyens. Et par la bande, la démocratie.

Publié dans communication, Fonction média, Information, Journalisme, journalisme citoyen, Le Web, Médias, sensationnalisme, viral

Liberté de presse, ma précieuse

Chronique publiée dans La Voix de l’Est, le samedi 4 mai

Chaque année, le 3 mai marque la Journée internationale de la liberté de presse. Malheureusement, celle-ci se porte plutôt mal, ces temps-ci.

Le plus récent classement mondial de la liberté de presse, dévoilé il y a deux semaines par l’organisme Reporters sans frontières (RSF), nous apprend qu’il y a de moins en moins de pays jugés « sûrs » pour les journalistes, c’est-à-dire où ces derniers peuvent accomplir leur travail à l’abri d’entraves. Surtout, RSF affirme que « la haine des journalistes a dégénéré en violence ».

Une affirmation qui s’est une fois de plus confirmée lorsque, dans la nuit du 18 au 19 avril dernier, la journaliste Lyra McKee a été atteinte mortellement par les balles d’un tireur.

Ça ne s’est pas déroulé au Censurekistan, mais en Irlande. Un pays qui se situe au 15e rang des pays les plus sûrs pour les journalistes dans le monde, sur un classement qui hiérarchise 180 états souverains.

Sans surprise, l’Arabie saoudite, où a été assassiné le journaliste Jamal Khashoggi et où est toujours détenu Raif Badawi, se situe en queue de peloton, à la 172e place du classement. Il n’y a qu’au Djibouti, en Chine, en Syrie, au Soudan, au Vietnam, en Érythrée, en Corée du Nord et au Turkménistan que la situation est encore plus dramatique, des pays qui, dans certains cas, sont rarement sur le radar de la presse internationale.

Le décès de Lyra McKee s’ajoute donc à celui de huit autres représentants de médias tués depuis le début de l’année. Plus de 330 autres sont actuellement emprisonnés, parfois simplement pour avoir posé une question ou émis une opinion qui dérangeait.

On n’est pas mieux

Il est toutefois faux de penser que ce n’est que dans ces contrées lointaines, où la démocratie peine à régner, que les journalistes sont maltraités.

Selon RSF, c’est en Amérique où les conditions d’exercice du journalisme se sont le plus dégradées au cours de la dernière année.

Pensez-vous que parce que les journalistes nord-américains ne meurent pas, qu’ils peuvent faire leur travail en toute quiétude ? Détrompez-vous.

Même s’il fait bonne figure à la 18e place du classement — le même rang qu’il occupait l’an dernier —, le Canada pourrait faire mieux. Et même le Québec, où il existe tellement d’exemples d’entraves à la liberté de presse que j’en ai écrit un livre !

Dans plusieurs régions, des élus expulsent encore des journalistes de séances publiques sous prétexte que leur présence est intimidante pour les citoyens. On les empêche de filmer ou d’enregistrer les réunions du conseil municipal, quand on ne les boycotte tout simplement pas.

Des organisations intimident et menacent des journalistes parce que ceux-ci creusent là où ça leur fait mal. Ils punissent des médias en retirant leurs publicités, privant les journalistes des moyens d’enquêter, quitte à ce que le média finisse par disparaître.

Il y a également toute la question de la protection des lanceurs d’alerte, des gens qui, en transmettant des informations d’intérêt public aux journalistes, souhaitent contribuer à l’endiguement de problématiques dont ils sont témoins, mais qui font l’objet de représailles par les organisations éclaboussées par ces révélations.

Plus au Sud, les États-Unis ont dégringolé pour une troisième année d’affilée, atteignant la 48e place. En 2013, la « plus grande nation du monde » autoproclamée était 32e au classement.

Cette diminution coïncide avec l’élection d’un président qui n’hésite pas à qualifier de « fake news » toute actualité qui le dépeint de manière négative ou qui ne sert pas ses intérêts. Un président qui n’a pas hésité à qualifier les journalistes « d’ennemis du peuple » et à cautionner tacitement les actes de violence commis à leur endroit en ne condamnant pas ceux-ci sur la place publique.

Donald Trump, comme son émule ontarien Doug Ford, juge les médias d’information inutiles, lui qui préfère contourner tout filtre journalistique pour livrer un message à son avantage.

Le droit du public à l’information ? Un détail dans lequel on ne s’empêtre plus trop trop par les temps qui courent.

On s’en fout, quoi !

Pourquoi en sommes-nous rendus là ? C’est si simple et si complexe à la fois.

D’une part, il y a la désinformation. La propagation de fausses nouvelles ou d’informations biaisées notamment à travers les médias sociaux, mais aussi par des messagers qui ont un intérêt à vouloir duper et diviser les masses.

L’être humain a la fâcheuse tendance à croire systématiquement ce qui le conforte dans les opinions qui sont déjà ancrées profondément en lui, alors qu’il doute et se méfie davantage d’informations qui, au contraire, le confrontent. Pire encore, certaines personnes se foutent de la véracité des faits qu’ils partagent, parce que de toute façon, ceux-ci reflètent leur pensée.

Et puis, il y a l’indifférence.

Beaucoup de gens, même s’ils n’endossent pas les menaces formulées à l’endroit de journalistes — je dirais même à l’endroit de n’importe qui — ne les dénoncent pas et n’en font pas de cas.

Nous tolérons malheureusement la violence davantage qu’autrefois, et celle-ci, surtout psychologique et verbale, est beaucoup plus pernicieuse.

On parle d’intimidation, surtout de cyberintimidation. Pour certains, recevoir un courriel haineux fait partie de leur routine de travail. On les dénigre parce qu’on n’aime pas les propos rapportés dans un reportage ; on les insulte parce que leur face ne nous revient pas. Et si la journaliste est une femme, celle-ci est encore plus susceptible d’être attaquée sur son apparence ou son intelligence.

Comme si c’était devenu impossible, même chez nous, d’avoir un débat d’idées sans automatiquement attaquer l’autre et conclure que c’est un imbécile parce qu’il ne pense pas comme nous.

Comme société, on vaut mieux que ça.

Je suis la première à l’admettre d’emblée : les journalistes, et les médias par la bande, sont loin d’être parfaits et imperméables à l’erreur. Certains pratiquent ce noble métier avec beaucoup de rigueur alors que d’autres ont l’éthique plutôt élastique.

Le devoir d’informer et l’intérêt public doivent être notre seul phare à travers le brouillard de la désinformation. Mais le respect, qu’on soit au Québec ou à Tombouctou, ne devrait jamais être optionnel.

Publié dans communication, En région, Fonction média, Information, Journalisme, journalisme citoyen, Journaux papier, Le Web, Médias, Publicité

Médias et territoires: l’un ne va pas sans l’autre

Si les dernières années ont été impitoyables pour l’industrie des médias, particulièrement en région, ceux-ci n’en demeurent pas moins très importants pour les communautés.

En effet, les médias et les régions sont indissociables notamment parce qu’ils se nourrissent l’un l’autre. Un média sans territoire n’a pas d’auditoire ni de matière à traiter: une région sans information est dénuée de son identité.

Voilà le constat de plusieurs conférenciers, y compris moi-même, lors du forum Médias et territoires: regards sur les médias locaux et régionaux, organisé vendredi dernier par le Centre de recherche sur le développement territorial de l’Université du Québec à Chicoutimi.

Le journalisme a toujours été une pratique urbaine, par tradition, mais il est désormais très important dans les régions, a souligné la professeure Colette Brin, directrice du Centre d’Étude sur les médias de l’Université Laval.

Le CEM a tenté, au fil des années, de recenser les médias situés dans toutes les régions du Québec. Malheureusement, les différents répertoires et banques de données étaient incomplets, compliquant le travail des chercheurs.

Entre 2012 et 2017, les dépenses publicitaires ont chuté de 13.29% dans la télévision, de 52,78% dans les quotidiens, de 41,67% et de 45,59% dans les hebdos et les magazines, alors qu’elles sont demeurées stables dans la radio, avec une croissance de 0,34%, et qu’elles ont explosé dans les médias en ligne, une hausse marquée à 121,56%. Globalement, la part de marché des publicités numériques chez les GAFA a cru de 10% entre 2014 et 2017,

Tout cela alors que les Canadiens sont peu enclins à payer pour s’informer. Les chiffres du CEM révèlent qu’à peine 9% ont déboursé pour consulter des contenus en ligne, la plupart étant âgés de moins de 35 ans.

Du point de vue des contenus, Mme Brin a indiqué que les thèmes abordés par les médias sont généralement en phase avec l’agenda des annonceurs, en ce sens où les sujets où les intervenants sont moins susceptibles d’acheter de la publicité se retrouvent moins souvent traités.

Mme Brin est en désaccord avec l’hypothèse selon laquelle il faut laisser les médias traditionnels s’éteindre pour permettre l,avènement de nouveaux médias. Elle compare le tout à la politique de la terre brûlée et est d’avis qu’il y aura toujours un besoin pour une information professionnelle de qualité.

L’information pour s’enrichir collectivement

Ex-président du Conseil de presse du Québec, le professeur Raymond Corriveau, de l’Université du Québec à Trois-Rivières a tenu à recentrer le débat dans une perspective citoyenne. En ce sens, il rappelle que les médias ne sont pas la seule source d’information à laquelle peut s’abreuver la population, mettant à mal la logique commerciale des entreprises de presse.

« Pourquoi le droit à l’information, qui est fondamental, est-il redevable au profit de quelques actionnaires? » demande-t-il. Ce faisant, les assises de l’information sont problématiques, dans une perspective citoyenne.

L’expert parle d’un important lobby des entreprises de presse pour expliquer pourquoi les recommandations émises au terme de 19 commissions d’enquête, tournées et rapports révélant d’importantes lacunes informationnelles n’ont jamais été appliquée. Il déplore que les entreprises de presse cherchent à faire du profit avec l’information, qui doit plutôt servir le bien commun en encourageant la prise de décisions éclairées.

Si les problèmes ne se rendent pas dans l’espace public, il y a peu de chances que ceux-ci soient relevés par les décideurs qui peuvent les résoudre, ajoute M. Corriveau, qui prêche pour une meilleure éducation aux médias dans l’optique de générer une citoyenneté responsable.

Des médias décimés

La crise des médias, et particulièrement des médias locaux, ne date pas d’hier, a relevé le président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec Stéphane Giroux. Déjà, rapporte-t-il, le sujet était d’actualité au début des années 1990.

Le journaliste déplore que l’information locale ait perdu 50% de son ampleur récemment alors que les conditions de travail des journalistes restants se précarisent. « C’est donc 50% de chances de plus qu’aucun journaliste ne couvre un conseil municipal, un événement, ou qu’un journaliste enquête sur quelque chose », a-t-il déclaré.

Du même souffle, ce sont les fausses nouvelles qui occupent désormais le vide laissé par l’information sérieuse. « Moins il y a de couverture médiatique sérieuse et plus il y a de fausses nouvelles, moins la démocratie se porte bien », dit-il.

Et les géants du Web, qui ont décimé les médias en vampirisant presque tous leurs revenus publicitaires, voient aujourd’hui le problème qu’ils ont créé. « Facebook veut créer une plateforme pour les nouvelles locales, rappelle Giroux, inquiet pour l’avenir. Mais il ne peut pas la remplir, parce que des nouvelles locales, il n’y en a plus assez. »

Des irréductibles

Malgré ces constants alarmants, il en existe encore pour croire à une information régionale de qualité, et ils sont venus témoigner de leur expérience.

Marlène Claveau et Stéphanie Gagnon en savent quelque chose. Les deux femmes d’affaires ont repris trois hebdomadaires mis en vente par TC média. Le petit conglomérat médiatique qu’est devenu Trium Média se porte extrêmement bien, à en croire le dynamique duo.

Heureusement.

Les médias communautaires n’étaient pas en reste avec des présentations de Amélie Hinse, directrice de la Fédération des télévisions communautaires autonomes du Québec, et de Martin Bougie, directeur général de l’Association des radios communautaires du Québec.

Organismes à but non lucratif ne vivant pas de publicité, les médias communautaires comblent au meilleur de leurs moyens le vide laissé par la disparition des médias locaux commerciaux. Leur auditoire est beaucoup plus grand et vaste qu’on ne pourrait le croire, et dans certaines régions qualifiées de déserts médiatiques, ils ne représentent parfois que la seule source d’information disponible aux citoyens.

Pour M. Bougie, l’accès à l’information locale est un enjeu collectif. « Il faut que collectivement, on réclame d’être bien informés et qu’on s’interroge sur la manière de s’offrir ce service », a-t-il dit.

En après-midi, des représentants de médias nationaux présents en région ont partagé leur vision de l’avenir de l’information.

Pour Virginie Lamontagne, agente de coordination, production régionale Côte-Nord pour la Fabrique culturelle de Télé-Québec, il est primordial que les gens se reconnaissent dans leurs médias.

Le directeur général des services régionaux de Radio-Canada, Jean-François Rioux, estime que l’absence de pluralité des sources d’information dans les communautés est un problème fondamental pour la démocratie . Le contrôle de l’information

Enfin, le président directeur général de Groupe Capitales Médias, Claude Gagnon, a plaidé que l’information ne pourra pas être perpétuellement gratuite. La population doit reprendre conscience de la valeur de l’information et payer pour, autrement les médias tels qu’ils sont actuellement sont appelés à disparaître.

Publié dans communication, Fonction média, Information, Journalisme, journalisme citoyen, Journaux papier, Le Web, Médias

Campagne électorale: quelles mesures pour les médias?

Il y a près d’un mois, en tout début de campagne électorale, j’ai tenté d’interpeller les partis politiques afin de connaître leurs propositions afin de freiner la disparition des voix médiatiques régionales. À ce jour, je n’ai malheureusement pas obtenu de réponse de qui que ce soit.

C’est qu’un billet de l’ami Mickaël Bergeron, chroniqueur au Voir, a mis en lumière une énième fois les disparités salariales entre journalistes, selon le média qui les emploie et la région où ils travaillent.

Raphaëlle Corbeil, une amie pigiste, a pour sa part lancé un vibrant cri du cœur sur Facebook, dénonçant que l’aide aux médias soit complètement absente de la campagne électorale.
https://www.facebook.com/plugins/post.php?href=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2Fraphaelle.hc%2Fposts%2F10160829138420623&width=500

Mon réflexe a été de lui répondre que tant et aussi longtemps que les médias assureront une couverture mur à mur de la campagne, les politiciens ne verront pas que le feu est pris…

En temps normal, les journalistes s’abstiennent de commenter les enjeux électoraux et se contentent de les rapporter.  J’ai néanmoins pris quelques minutes pour jeter un œil aux différentes mesures proposées par certaines formations politiques.

Tous s’engagent à faire de l’État une structure plus transparente et à prôner un meilleur accès à l’information. J’ai choisi de me concentrer sur l’aide directe aux médias.

PLQ: un pas de fait, mais ensuite?

J’ai cherché sur le site Internet du Parti libéral du Québec et arpenté sa plateforme électorale, je n’ai rien trouvé qui concernait les médias d’information dans les engagements actuels. (Si jamais vous pouvez m’indiquer où ça se trouve, il me fera plaisir de corriger le tir.)

Il faut dire que pendant qu’il était au pouvoir, le parti a fini par mettre en place quelques mesures pour aider les médias. Il suffit de penser à la loi sur la protection des sources journalistiques, qui découle directement de la Commission Chamberland et un montant supplémentaire de 1,5 million de dollars dans le budget de fonctionnement de la Commission d’accès à l’information.

En aide directe aux médias, notons une enveloppe de 36,4 millions de dollars sur cinq ans pour encourager la transition numérique, soutenir les médias communautaire et un soutien transitoire pour aider les entreprises de la presse écrite à respecter leurs obligations en matière de recyclage, un soutien financier de 150 000$ à l’Association de la presse francophone et une offre de prêts de 10 millions de dollars et de 526 000$ à Groupe Capitales Médias et au Devoir. Dans le dernier budget, on retrouvait aussi une aide supplémentaire de 64,7 millions de dollars pour aider les médias écrits à effectuer une transition vers le numérique.

Aussi, le parti s’engage à appliquer la TVQ sur les transactions effectuées en ligne.

Mais comme ces engagements sont répartis sur plusieurs années, il est possible qu’un autre parti, s’il prend le pouvoir, décide de rediriger les fonds vers d’autres enjeux qu’il juge plus important.  Rien actuellement ne laisse présager que le PLQ souhaite poursuivre sur sa lancée. Aucune proposition ne vient soutenir les médias au-delà de ce qui avait déjà été annoncé. Cela constituait un bon début, mais était nettement insuffisant pour sortir certains médias de la crise.

CAQ: une commission parlementaire non partisane

Je n’ai rien trouvé portant précisément sur l’aide aux médias sur le site de la Coalition avenir Québec (encore une fois, qu’on me corrige si l’information existe, je me réjouirai de l’ajouter ici).

Cela étant dit, dans un article publié par Le Nouvelliste, François Legault  » propose la tenue d’une commission parlementaire non partisane qui va se pencher sur le financement étatique. » Il se prononce toutefois contre les « ententes à la pièce » du gouvernement libéral, qui selon lui entraîne des risques de conflit d’intérêts.

Nous voici donc à un point où les deux partis susceptibles de prendre le pouvoir lundi prochain n’ont pas grand chose de concret à proposer. À moins qu’ils ne poursuivent l’engagement déjà pris par le gouvernement sortant.

PQ: des médias au service de la culture québécoise distincte

Pas plus tard qu’aujourd’hui, le Parti québécois s’est engagé à réduire de 20 % les publicités que le gouvernement achète auprès des joueurs comme Facebook et Google.

Toutefois, ni le mot « information » ni le mot « média » ne figurent dans la plateforme électorale du Parti québécois.

Dans son programme daté d’octobre 2017 (qu’on peut consulter ici), on  décèle toutefois quelques mesures pour venir en aide aux médias, particulièrement hors des grands centres.

Dans l’optique de contribuer à la croissance économique et démographique des régions,  le parti de Jean-François Lisée propose d’ « assurer la quantité et la qualité du contenu informationnel en région, notamment par des appuis financiers aux médias locaux et régionaux ».

Dans son programme, le PQ fait aussi état de son désir de « soutenir le développement d’une information locale et régionale diversifiée et de qualité », en établissant diverses mesures fiscales pour maintenir des journalistes en emploi. et en misant sur la création de coopératives de presse. Le parti propose aussi de mettre sur place des « carrefours de l’information » en orbite des bureaux régionaux de Télé-Québec, qui chapeauterait du même coup un réseau d’information régionale en continu dont les contenus pourraient être exportés à l’étranger.

Ces quelques idées ne sont cependant pas chiffrées et n’ont pas été abordées durant la campagne électorale. Il reste encore quelques jours: candidats péquistes, combien votre parti envisage-t-il d’investir dans les médias locaux et régionaux pour assurer la qualité du contenu journalistique?

Ce qui est intéressant, c’est que le Parti québécois s’engage à soumettre les géants du Web, comme les commerces en ligne, à la taxe de vente du Québec. Ce faisant, on pallierait à une partie de l’iniquité pénalisant les médias d’information québécois, qui sont privés d’une part de revenus auxquels ils ont droit sur la création de contenus.

Le parti suggère également de créer le conseil des médias et des communications du Québec (CMCQ), qui remplacerait le CRTC si le Québec deviendrait souverain. Sa vocation serait de défendre la langue française dans les différents médias, mais aussi d’assurer « la liberté de communication en exerçant un pouvoir de régulation dans l’intérêt du public ».

Cette dernière formulation m’apparaît un peu nébuleuse. Qui déterminera ce qui relève de l’intérêt du public? L’État n’a pas à s’ingérer dans les décisions rédactionnelles des médias.

QS: des médias pour développer l’esprit critique

À l’image du Parti québécois, Québec solidaire propose quelques mesures pour soutenir les médias. On peut consulter la plateforme électorale du parti ici.

Il y est clairement stipulé que « le rôle des médias est essentiel pour produire une information crédible, vitale pour la démocratie.  » Pour les soutenir, le parti s’engage à adopter « des mesures immédiates, fiscales et autres, pour apporter un soutien provisoire aux médias d’information durant la période de transition numérique ». Une attention toute particulière serait apportée aux médias alternatifs et indépendants de même qu’aux médias locaux et régionaux.

Le parti de gauche compte aussi mettre sur pied des états généraux qui étudieraient les différents modes de financement des médias d’information et les avenues à entreprendre pour assurer leur pérennité. En autant que ça mènerait quelque part…

Dans son programme politique, QS réaffirme son intention de soutenir les médias « qui diffusent de l’information et des analyses touchant les enjeux locaux et régionaux ». Le parti compte également mettre sur pied des programmes d’éducation aux médias pour former l’esprit critique de la population.

D’ailleurs, à l’instar du PQ, Québec solidaire s’engage à « taxer équitablement les acteurs de l’industrie numérique ».

Encore une fois, ces enjeux ne sont pas chiffrés. De plus, on ne trouve nulle part de définition pour établir ce que sont des médias alternatifs et indépendants. Où tracerait-on la ligne?

CAPQ: Le journaliste fonctionnaire

Il y a quelques semaines, quelqu’un dans mon réseau a partagé cette proposition du Parti Citoyens au pouvoir du Québec (anciennement le Parti  Sans parti – Citoyens constituants). Prenez le temps de bien lire.

J’ai d’énormes réserves quant à certaines suggestions du parti, qui plutôt que de « libérer » les journalistes, provoqueraient l’effet contraire.

Comme pour les députés, élire un journaliste ne garantirait automatiquement pas sa compétence sur un autre candidat, et encore moins son indépendance. Aurait-il un minimum de formation pour travailler dans les règles de l’art? Comment s’assurer que le journaliste respecterait les normes éthiques et déontologiques qui assurent la qualité de son travail? De plus, comment pourrait-il rapporter certaines nouvelles sur le gouvernement si c’est celui-ci qui le paie en totalité? Oserait-il mordre la main qui le nourrit? Et s’il le fait, y aurait-il des conséquences?

Pire encore, le parti suggère que le mandat d’un journaliste pourrait être suspendu (dans la publication originale, on utilise le terme « rappelé ») par un référendum populaire. Sur quelle base autoriserait-on un tel référendum? Par les temps qui courent, il est devenu beaucoup trop facile de dire qu’une nouvelle « fausse » parce qu’on n’est pas d’accord avec les faits qui y sont présentés ou l’angle choisi.

De plus, contraindre un média à accorder un espace à des contenus donnés, c’est une fois de plus limiter son indépendance. Et si on exige un espace ou de la visibilité dans un média en contrepartie d’un montant d’argent, il s’agit d’une publicité et non d’un reportage.

En somme, les journalistes, s’ils étaient élus comme le propose Citoyens au pouvoir, seraient beaucoup plus vulnérables qu’ils ne le sont actuellement et beaucoup moins indépendants.

On me dira qu’il est vain de décortiquer la proposition farfelue d’un parti qui a peu de chances de l’emporter aux prochaines élections, et donc de mettre cette idée en application. Or, ce que ce genre de proposition démontre, c’est qu’il existe un pan de la population qui se méfie des médias professionnels, qui ne comprennent pas de quelle manière travaillent les journalistes et, surtout, qui croient que l’indépendance des médias et la liberté de presse, c’est le fait de pouvoir diffuser n’importe quoi, n’importe comment.

Il y a donc tout un travail d’éducation à faire.

PVQ: un Fonds des médias pour l’information

Par curiosité, j’ai aussi jeté un œil du côté du Parti vert du Québec. Dans la plateforme électorale du parti, on retrouve la mention suivante:

« Au Québec, les journaux locaux sont de de moins en moins nombreux. Les médias nationaux ont imposé des compressions importante (sic) qui laisse les citoyen-ne-s avec de moins en moins d’informations de qualité. Cette réalité, provoquée par une baisse des revenus de publicités dans l’ère numérique doit être adressée par l’état (sic). Le Parti Vert du Québec appui(sic) la mise en place d’un fond (sic) des médias qui servira a (sic) subventionné (sic) les médias locaux et nationaux qui offrent de l’information de qualité au citoyen-ne-s. »

Encore là, la proposition n’est pas quantifiée. Mais l’intention y est.

Rien  du côté du Parti conservateur du Québec, mais je ne suis pas surprise, étant donné la propension de la formation politique à se retirer le plus possible de la gestion des entreprises.

En bout de ligne, certains partis ont de belles intentions quand vient le temps de penser aux médias. Reste à voir si le tout se concrétisera réellement…

Publié dans En région, Fonction média, Information, Journalisme, journalisme citoyen, Médias

Échos des Assises: faire vivre une info locale au national

Les régions intéressent-elles encore Paris? Telle était la question à laquelle ont tenté de répondre des panélistes dans le cadre des 11e Assises internationales du journalisme de Tours, en France. *

À entendre parler ces personnalités de l’écosphère journalistique française, il suffisait de troquer le mot « Paris » pour « Montréal » et le portrait était un copié-collé de ce qui se déroule actuellement au Québec.

Françoise David, cheffe du service des régions de France 2 (à ne pas confondre avec l’ancienne députée de Québec solidaire!) l’admet d’emblée: un sujet d’actualité n’est pas traité avec le même intérêt « quand on sait qu’il est destiné au bulletin national; nos centres d’intérêt sont différents à Paris que dans les régions. » Un constat que confirme Frédéric Vézard, directeur adjoint des rédactions du Parisien: ce sont l’intérêt national de l’information et son caractère exemplaire ou inusité qui déterminent si une dépêche sera reprise ou non.

Il existe cependant un réel échange entre les deux niveaux d’information; le national peut aisément demander le traitement d’une nouvelle aux productions régionales, par souci d’économie, mais celles-ci peuvent aussi proposer leurs dépêches les plus susceptibles d’intéresser toute la France. La « résonance » plus large du sujet ou le fait qu’on puisse tirer une leçon de celui-ci, indépendamment de sa situation géographique, est déterminante, relève Mme David.

Selon Jacques Trentesaux, président et co-fondateur de Médiacités, le fait que ce soit les patrons de presse parisiens, pour la plupart, qui choisissent ce qui est retenu pour le national ne dessert pas la nouvelle adéquatement, notamment parce que ceux qui prennent la décision connaissent mal les régions. « Et donc, on ne choisit pas selon les bons critères. La nouvelle n’est pas jugée à sa juste valeur », dit-il. Qui plus est, en imposant ce qui est d’actualité et ce qui est le plus important, ces joueurs dominants obligent les autres médias à suivre, pour éviter d’avoir manqué la nouvelle.  Le système actuel n’aurait  comme résultat que d’affaiblir les salles de rédaction régionales avec pour conséquence de rendre la presse nationale « plus parisienne » que jamais. « En position de faiblesse, il est plus difficile de s’imposer », déplore-t-il.

Il existe une forme de snobisme à l’égard des journalistes qui travaillent dans les régions, ajoute M. Trentesaux: ils sont perçus ou bien comme des journalistes en apprentissage qui monteront à l’échelon national lorsqu’ils auront atteint un certain niveau de potentiel, ou bien ils sont des journalistes de seconde classe. Quand on sait que les médias français embauchent aussi des correspondants locaux, c’est-à-dire des citoyens n’ayant aucune formation en journalisme, dont le rôle est de préparer des dépêches sur des sujets jugés plus triviaux… À cela, M. Vézard ajoute que les journalistes eux-mêmes contribuent à ce système stéréotypé en intégrant inconsciemment qu’il fallait toujours viser les grandes boîtes. Think big, ‘sti!

De l’autre côté, soutient le journaliste régional chez Les Échos Stéphane Frachet, les reporters en région sont perçus par plusieurs acteurs locaux comme un faire-valoir, une voie d’accès facile à la visibilité des nouvelles nationales.

Il a été reconnu que les moyens, et le temps, manquent aux journalistes en région pour réaliser des enquêtes plus poussées.

En dépit de ces constats, nos cousins français ont peut-être trouvé une manière d’éviter l’extinction des voix locales. Comme les médias nationaux et régionaux travaillent en réseau, les reportages sur les régions ont davantage de chances d’être reprises dans les grands bulletins et journaux.

Les intervenants ont reconnu que ce réseau est essentiel pour la survie de ces médias et des emplois de journalistes. Le journaliste basé en région joue un rôle primordial et, comme c’est le cas chez nous, a une connaissance terrain de loin supérieure à celle d’un journaliste national, ce qui apporte toujours une profondeur supplémentaire, souligne M. Trentesaux. Mieux, ce journaliste sait immédiatement quels intervenants sont les mieux placés pour réagir, souligne Mme David. Ainsi, plutôt que de parachuter un journaliste du national dans une province ou une commune pour traiter du sujet, on reconnaît l’expertise de celui qui est déjà sur place.

Et si on s’en inspirait un peu?

*Ma participation aux Assises est possible grâce à une aide financière de Les Offices jeunesse internationaux du Québec.

Publié dans communication, Fonction média, Information, Journalisme, journalisme citoyen, Médias, Publicité, Relations publiques

Publicité native: crédibilité à vendre

Dans le cadre d’un projet de recherche, Mikaëlle Tourigny, étudiante à la maîtrise en communication à l’Université de Sherbrooke, s’est attardée aux dilemmes professionnels et éthiques auxquels sont confrontés les journalistes face à la publicité native.

Pour expliquer le recours de plus en plus fréquent à cette pratique publicitaire, où des textes commandités revêtent le style et la signature graphique de reportages éditoriaux, la jeune chercheure a campé son travail au cœur des transformations que subit actuellement la profession.

Selon Tourigny, le contexte professionnel du journalisme est instable: le métier n’est pas reconnu légalement, il n’est pas encadré par un ordre professionnel, il n’existe pas de cursus unique pour devenir journaliste et le métier repose sur plusieurs codes déontologiques différents.  Ce faisant, n’importe qui peut se prétendre journaliste, les revenus et la sécurité d’emploi varient grandement d’un individu à l’autre, et très peu de règles définissent l’exercice de la profession.

Ajoutons à cela un « flou de l’éthique journalistique », avance Mlle Tourigny, qui s’ajoute à un phénomène de déresponsabilisation ayant débuté il y a quelques décennies et relevé par Armande St-Jean.

Ces deux facteurs combinés, en plus d’un essor fulgurant des nouvelles plateformes numériques, ont donc mis la table à l’avènement de contenus hybrides, notamment parce que tant du côté rédactionnel que du côté publicitaire, on a tenté d’être présent partout malgré le fractionnement des publics vers ces différentes plateformes.

« La publicité native est le symptôme de ce déséquilibre », a affirmé la conférencière, rappelant toutefois que l’hybridation de la publicité et de l’information ne date pas d’hier.

Mais parce que cette pratique émergente, où la promotion est abordée d’un point de vue journalistique, n’est ni encadrée ou définie de manière définitive, tout semble permis, Far West style (un commentaire ici totalement éditorial de ma part, mais assumé). À un point tel que la publicité native connaît une expansion fulgurante.

Selon des statistiques rapportées par Mikaëlle Tourigny, les investissements en publicité native étaient d’environ 5 milliards d’euros en 2005, une somme qui aura plus que quintuplé en 2018, où on prévoit que 28 milliards d’euros auront été déboursés dans ce type de promotion. « Aux États-unis, environ les trois quarts des médias d’information optent pour la publicité native », indique l’étudiante.

On ne peut aborder le sujet de la publicité native sans mentionner le malaise que ressent bon nombre de journalistes face à la pratique. Plusieurs ont le sentiment de vendre leur crédibilité au plus offrant, une crédibilité qui perd de sa valeur une fois qu’elle a servi à mousser les intérêts commerciaux d’un annonceur. Certains estiment que la publicité native les détournent, eux, mais aussi le public, de la mission fondamentale du journalisme qui est de rapporter une vérité objective, à l’abri des pressions de toutes sortes.

« Le journalisme n’est pas un publicitaire, il est journaliste, a rappelé Tourigny. La publicité native peut représenter un bris du contrat social entre celui-ci et les citoyens, car il doit se placer comme représentant de ceux-ci. »

D’autres journalistes n’ont pas le choix de se prêter à l’exercice. L’imposition de la publicité native est parfois présentée de façon pernicieuse, ce que Mikaëlle Tourigny appelle la double contrainte du sauveteur et du naufragé (de la profession).

D’abord, on tente de convaincre les journalistes qu’ils parviendront à sauver leur profession en adhérant au modèle d’affaires de la publicité native. En permettant la survie financière du média, il assurera la sienne, mais aussi celle de l’industrie de l’information. Car qui dit revenus, dit avenir.

Ensuite, le journaliste découvre sa nature de naufragé.  En acceptant de sauver sa profession par la publicité native, le journaliste dénature son métier. Il ne peut donc pas gagner. « Il a le sentiment de brader les impératifs de liberté, de vérité et de responsabilité (sociale) qui caractérisent la profession », élabore Tourigny, qui rappelle que « lorsqu’il est question de crédibilité de l’information, l’apparence de conflit d’intérêts est autant, sinon plus dommageable que le conflit d’intérêts lui-même. »

Cette présentation a été offerte dans le cadre du 85e congrès de l’ACFAS, tenu cette semaine à l’Université McGill.

Publié dans En région, Fonction média, Information, Journalisme, journalisme citoyen, Journaux papier, Le Web, Médias, mobile, Relations publiques

L’information régionale, qu’ossa donne? (2017)

Samedi dernier s’est déroulé le tout premier forum montérégien L’Information régionale, qu’ossa donne? organisé par la FPJQ-Montérégie. Un projet sur lequel j’ai planché pendant deux ans en compagnie des autres administrateurs de la section et qui s’est concrétisé grâce à un travail d’équipe formidable.

La rencontre s’est tenue au Centre communautaire de Saint-Bruno-de-Montarville, avec l’objectif de voir échanger journalistes, patrons de presse, observateurs et membres du grand public.

Voici un (très bref) résumé de la demi-journée, forte en réflexions intéressantes.

Sur le rôle de la presse régionale:

Ex-journaliste, la députée caquiste de Montarville, Nathalie Roy, rappelle que les médias sont le contrepoids au pouvoir, même si bon nombre d’élus ne comprennent pas le travail des journalistes. Ceux-ci peuvent poser des questions que certains députés ne peuvent poser.

« J’avais plus de pouvoir dans ma liberté de parole quand j’étais animatrice et journaliste que depuis que je suis députée », affirme celle qui perçoit dans son propre rôle celui d’aider les médias à bien s’acquitter de leur tâche.

Aux yeux de Brenda Shanahan, députée libérale fédérale dans Châteauguay, les médias régionaux permettent à des acteurs ne disposant pas d’une tribune sur le front national de s’exprimer.  La radio et la télévision communautaires ont un rôle de premier plan pour informer, souligne-t-elle.

Des propos qui ont trouvé écho chez ceux de la mairesse de Sainte-Julie et présidente sortante de l’Union des municipalités du Québec, Suzanne Roy. Celle-ci a déploré l’effritement du nombre de voix régionales, qui se traduit par un partage de contenus de moins en moins local. Parce qu’ils s’y reconnaissent moins, il n’est pas étonnant que les gens consultent de moins en moins leurs hebdomadaires, a-t-elle soutenu. Pour pallier au problème, il importe de recréer un lien de proximité avec le public, croit l’élue.

Ce lien a d’ailleurs été transformé avec l’apparition des médias sociaux, a soutenu le maire de Saint-Bruno-de-Montarville, Martin Murray.  « On peut pousser notre information directement, sans intermédiaire. Le journaliste vient poser un certain nombre de nouvelles importantes, qui s’incarnent de façon différente », note-t-il.

Sur le projet de loi 122: 

Le projet de loi, dont un des articles pourrait libérer les municipalités de diffuser leurs avis publics dans les médias imprimés, privant ceux-ci de plusieurs dizaines de milliards de revenus et menaçant de fermeture certains titres.

Les invités n’étaient toutefois pas sur la même longueur d’onde face à la mesure.

Nathalie Roy, elle, reconnaît que la mesure menace la survie financière de certains médias, ajoutant que la CAQ prendrait position afin de maintenir l’obligation des villes à publier des avis publics dans les journaux, car cela aide les médias à survivre. « Les gens doivent savoir ce qui se passent dans leur communauté », ajoute la députée de Montarville, qui perçoit l’étude du projet de loi comme une opportunité de se questionner sur les façons de conserver les journaux locaux,.

Les élus municipaux sont d’un autre avis. Bien qu’en faveur de la survie des médias locaux, ceux-ci allèguent que le financement des médias ne relève pas d’eux exclusivement.

« Est-ce que c’est la responsabilité des villes, à elles seules, de financer les médias? Peut-on obliger les autres palliers de gouvernement à faire de même? » demande Suzanne Roy.

« La crise des médias ne peut pas relever uniquement des municipalités. Notre rôle n’est pas de supporter financièrement des médias, c’est de rejoindre de la façon la plus complète possible les citoyens quand on a une information à leur communiquer », a renchéri Martin Murray.

Sur la captation vidéo et l’enregistrement des séances: 

Là aussi, les opinions ont divergé. Si les journalistes présents se sont tous, ou presque, prononcé en faveur de l’enregistrement des séances, les élus, eux, étaient plus réticents. Ceux-ci plaident pour un encadrement plus serré et ce, afin de limiter les dérapages, comme le cas de Sainte-Marie-Madeleine.

« Les journalistes, contrairement aux citoyens, ont un code de déontologie; ils ne font pas n’importe quoi avec les captations qu’ils font des séances », dit Suzanne Roy.

« Les assemblées publiques ne doivent pas devenir un cirque ou se retrouver dans certaines émissions satyriques, qui ridiculisent les élus », renchérit Martin Murray, ajoutant que des citoyens peuvent être intimidés par la présence de journalistes.

Pierre Saint-Arnaud, journaliste à la Presse canadienne, a toutefois souligné que le Commissaire aux plaintes du MAMOT a récemment rendu une décision permettant aux citoyens de filmer les séances publiques.

Le combat est toutefois loin d’être gagné…

Sur la notion de proximité entre les journalistes et leurs sources:

Trop proches de leurs sources, les journalistes en région? Pour plusieurs patrons de presse,  la proximité tient davantage d’une force que d’une faiblesse.

Un des moteurs du succès des médias locaux, c’est la proximité avec ses lecteurs, ses sources d’information. Il faut toutefois tracer la ligne entre intérêt privé et intérêt public, dit Marc Gendron, directeur de l’information à La Voix de l’Est.

Plus encore,  les médias ultra locaux font partie de la communauté, soutient Éric Aussant, de TC Média. « En étant journaliste, on participe activement à la vie de cette communauté », avance-t-il.

Comme journal, on veut avoir la nouvelle. On n’attend pas nécessairement la conférence de presse, même si les décideurs voudraient qu’on attende la coupe de ruban, note Jean-Luc Lorry, journaliste au Courrier de Saint-Hyacinthe. D’où l’importance de prendre soin des sources sur le terrain.

Bien qu’une certaine proximité avec les sources pourrait mener à des situations où surviennent de potentiels conflits d’intérêts, la déontologie et le professionnalisme des journalistes servent de rempart, note Philippe Clair, propriétaire de l’hebdomadaire Les Versants. « La crédibilité du média relève de l’épaisseur du mur avec les annonceurs et le contenu. La crédibilité du contenu est garante de la survie des médias », ajoute-t-il.

Publié dans En région, Fonction média, Information, Journalisme, journalisme citoyen, Médias, Relations publiques, viral

À l’abri des caméras, un déni de démocratie

Le conseil municipal de la paroisse de Sainte-Marie-Madeleine, non loin de Saint-Hyacinthe, et certains citoyens, n’ont visiblement pas apprécié d’être tournés au ridicule dans un segment de l’émission Infoman.

Ils ne l’ont tellement pas digéré, en fait, qu’un avis de motion a été donné lundi soir, lors de la séance régulière du conseil, afin d’en « interdire l’enregistrement visuelle (sic) par une personne du public. » Cela inclut les journalistes.

En mêlée de presse, à laquelle mon collègue Bruno Beauregard de Cogeco et moi-même avons pris part, le maire Simon Lacombe expliquait que seule la caméra de la municipalité sera autorisée pour filmer, à moins qu’une autorisation spéciale ne soit accordée au préalable. Les modalités de ces exceptions n’ont pas encore été déterminées.

Bien sûr, la Ville continuera de filmer et de diffuser ses séances. Or, les captations vidéo ne sont disponibles, du propre aveu du maire, que quelques jours plus tard sur le site Web de la municipalité. Et le fait d’être la seule preneuse d’images lui garantit  le contrôle (en théorie ) du message, d’où l’entrave au travail des journalistes, qui doivent pouvoir produire leur propre matériel.

Les journalistes seront bienvenus à poser des questions, mais sans pouvoir filmer, a aussi précisé l’élu, qui ne considère pas la mesure comme un manque de transparence puisqu’elle aurait été réclamée par certains citoyens fâchés de l’image que les segments diffusés donnent de la municipalité.

Quel service rend-il alors aux autres citoyens, qui s’informaient via d’autres sources d’information, par exemple la station Cogeco?

Curieux hasard que l’on présente un tel règlement deux jours à peine avant la Journée internationale de la liberté de presse, qui aura lieu le 3 mai. Cela démontre qu’il y a encore beaucoup de travail à faire pour faire respecter celle que l’on célébrera demain.

Certes, seul l’avis de motion a été donné lundi soir; le règlement officiel devrait être adopté à la séance de juin. Il y a donc espoir que le pire ne se produise pas. Mais si le règlement est adopté, il s’agirait d’un important recul du droit du public à l’information et, conséquemment, de la démocratie, en plus d’une entrave à la liberté de presse.

Le travail des journalistes s’appuie sur le caractère public des séances; en empêchant et les journalistes et les citoyens d’enregistrer celles-ci, les villes refusent à ceux ne pouvant pas assister aux rencontres sur places le droit de savoir ce qui se passe. Les élus ont un devoir de rendre des comptes à ceux qui les ont portés au pouvoir. La transparence derrière des portes closes, à micros fermés ou à l’abri des caméras, ce n’est pas la démocratie.

Cela est d’autant plus ironique que le maire Lacombe a reconnu que Sainte-Marie-Madeleine est membre de la Fédération québécoise des municipalités, laquelle a adopté en 2005  une résolution invitant ses membres à permettre l’enregistrement des séances de conseil par les médias et à donner libre accès aux journalistes à leurs réunions.

« Nous, c’est un cas spécial », a-t-il affirmé en mêlée de presse pour justifier la situation.

Il faut justement libérer la liberté de presse et le droit du public de tout arbitraire afin que ceux-ci soient respectés.

Ce n’est pas parce qu’il s’agit d’une petite municipalité que cela est moins grave. Au contraire. Souvent, ces petits villages sont délaissés par les médias, faute de temps, ou tout simplement faute de journalistes. Sans chien de garde de la démocrate, comment sait-on ce qui se passe dans les mairies?

Il est donc tout naturel pour le conseil de Sainte-Marie-Madeleine d’avoir été déstabilisé en réalisant que des images captées lors de séances précédentes aient été diffusées sur les ondes de Radio-Canada, obtenant une visibilité jamais égalée auparavant, et surtout, pas pour les bonnes raisons.

Mais on choisit de punir ceux qui n’ont fait que démontrer la réalité. Cela rappelle, une fois de plus, l’importance d’éduquer les élus, particulièrement ceux qui ne sont pas constamment sous les feux des projecteurs, au rôle de la presse. Bon nombre d’entraves pourraient être évitées s’il ne persistait pas une profonde méconnaissance du travail des journalistes là où ceux-ci ne sont pas légion.

MISE À JOUR: L’adoption du règlement brillait par son absence à la séance du 5 juin dernier. Nous apprenons que la municipalité a choisi (pour l’instant) de reculer.

Publié dans Fonction média, Information, Journalisme, journalisme citoyen, Le Web, Médias

La liberté d’expression face aux censures de demain

Bien qu’on pense que celle-ci se manifeste dans des pays où la démocratie est plus fragile, la censure se manifeste sur plusieurs formes et ce, de façon pernicieuse. Les Assises du journalisme à Tours* se sont penchées sur la question dans le cadre d’un débat.

Reporters sans frontières donne plusieurs visages à la censure, qui commence par le journaliste qui s’empêche lui-même de diffuser une information par crainte de représailles. Viennent ensuite l’intimidation, le retrait d’un contenu ou le licenciement du journaliste par son employeur, l’acquisition des plateformes par des intérêts privés dans le but de contrôler le message, l’affaiblissement des médias par des recours juridiques tels des poursuites-bâillons, l’emprisonnement puis l’assassinat de journalistes.

La crainte d’être censuré et de subir des représailles pousse de moins en moins de personnes à devenir journalistes, déplore Gulsun Guvenli, enseignante en journalisme en Turquie. Elle rappelle que plus de 150 journalistes sont emprisonnés dans son pays, qui a fermé au fil du temps 158 chaînes de télévision, 29 maisons d’éditions et plus de 60 médias imprimés, entre autres.

De son côté, la Maison des journalistes a accueilli plus de 370 reporters issus d’une soixantaine de pays différents depuis son ouverture à Paris, en 2002. L’organisme se charge d’accueillir et d’orienter ces réfugiés forcés à l’exil par les forces politiques de leur pays d’origine. Seuls deux y sont retournés et ont pu reprendre leur emploi, a indiqué la directrice Darline Cothière.

Difficile à prouver, difficile à combattre

La censure est parfois difficile à prouver, indique Nicolas Vescovacci, journaliste indépendant et membre du collectif « Informer n’est pas un délit ». Lui-même a vu son documentaire retiré de la grille horaire après qu’un des individus ciblés par son travail ait passé un simple appel au patron de la station sur les ondes de laquelle la diffusion était prévue. « C’est difficile à prouver d’autant plus que la censure n’est pas définie juridiquement », allègue-t-il. Ce faisant, aucune conséquence légale n’encadre la censure.

Celle-ci se manifeste également dans la transparence, ou plutôt l’opacité manifestée par les institutions. « Il est de plus en plus difficile d’obtenir de l’information de la part des entreprises et des organisations, qui sont mieux préparées que jamais à faire face au travail d’enquête des journalistes », souligne Vescovacci.

Par ailleurs, au lendemain de l’élection présidentielle américaine, on ne peut plus nier que certains détracteurs des médias se cachent derrière le principe de liberté d’expression pour lutter contre les journalistes qui leur déplaisent, note Christophe Deloire, directeur général de Reporters sans Frontières. Il note aussi des tentatives de criminaliser l’enquête journalistique comme manière d’empêcher des scandales de voir le jour. « Un jour, les ennemis de la presse passeront par la loi pour que la liberté d’expression prime sur la liberté de presse, qui découle pourtant de celle-ci », a-t-il averti, ajoutant qu’il reste de moins en moins d’alliés à la cause.

Comment donc contrer cette censure? Ne dispose-t-on pas de plus de moyens que jamais pour faire circuler l’information?

Ce constat peut expliquer une partie du problème. Si les Google, Facebook et Yahoo de ce monde permettent la distribution quasi-illimitée des contenus, ils sont loin d’être des alliés dans la lutte à la censure, a prévenu Okhin, artisan du site la Quadrature du Net, une association de défense des droits et libertés citoyennes sur Internet. « Ces gens-là, leur rôle n’est pas de favoriser la libre circulation de l’information, c’est la monétisation des données personnelles qui y sont rattachées. »

Selon le citoyen, la lutte à la censure ne peut se remporter que collectivement, au terme d’une prise de conscience, parce que la liberté de la presse est l’affaire de tous.

* Ce voyage a été réalisé grâce à une aide financière de Les Offices jeunesse internationaux du Québec.

Publié dans communication, Fonction média, Information, Journalisme, journalisme citoyen, Le Web, Médias, sensationnalisme, viral

Traquer le fake news

Au terme de la présidentielle américaine, et à l’aube de la présidentielle française, la vérification des faits (fact checking) et les fausses nouvelles (fake news) occupent une place importante dans la réflexion sur le rôle des médias.

Dans un atelier intitulé Fake news et post-vérité des Assises du journalisme de Tours*, plusieurs intervenants ont analysé et présenté des solutions à ce fléau que représentent les informations trompeuses en ligne.

Le vice-président de l’Observatoire de la déontologie des médias, Pierre Ganz, relève une hiérarchie entre les différents contenus fallacieux qu’on retrouve sur la Toile et qui peuvent être trompeurs involontairement ou délibérément : une mauvaise présentation, un faux contexte, des contenus manipulés, une satyre ou une parodie, des contenus trompeurs pour appuyer une opinion personnelle, des contenus imposteurs et imitant des contenus authentiques de même que des contenus entièrement fabriqués.

Ce faisant, soutient-il, les médias d’information doivent assumer un rôle dans le traitement de ces contenus. Leur responsabilité première est de corriger leurs erreurs, qui contribuent à une désinformation, c’est-à-dire que plutôt que de publier un simple correctif, de remplacer totalement le contenu trompeur pour éviter que celui-ci ne se propage.

Les journalistes doivent cesser de se cacher derrière leurs sources. Ce n’est pas en attribuant une fausse information à autrui, par le biais d’une citation, qu’ils se dégagent de leur responsabilité d’exactitude, ajoute Ganz.

C’est également ce que croit Luc Hermann, producteur, journaliste et directeur de l’agence de presse Premières Lignes. De plus, ajoute-t-il, les médias doivent persévérer dans leur mission d’informer, ne serait-ce que pour redonner confiance au public qu’une information de qualité existe encore.

Hermann déplore le manque de temps et d’argent consacré au journalisme, alors qu’il y a de plus en plus d’information à traiter et que l’instantanéité de l’information force les médias à accélérer la cadence. Ils sont ainsi beaucoup plus vulnérables et à risque de commettre des erreurs. Le journaliste prône un slow news plus poussé, mieux vérifié, de meilleure qualité.

Mais, rappelle Laurence Benhamou, journaliste en charge de la rubrique médias à l’Agence France-Presse, il faut garder en tête qu’une fois une fausse information lancée sur le Web, il est bien difficile de faire oublier celle-ci puisque plus souvent qu’autrement, la fausse nouvelle est beaucoup plus partagée que sa rectification. Pire encore, si on martèle une fausse information, elle finit par passer pour vraie; une technique que semble utiliser le nouveau président des États-Unis.

Le sociologue Gérald Bronner attribue pour sa part la prolifération des fausses nouvelles à la dérégulation de l’information provoquée par l’arrivée d’Internet, suivie de celle des médias sociaux. Comme chacun peut désormais diffuser de l’information dans l’espace public, les gens peuvent aussi trouver dans certaines fausses nouvelles de quoi confirmer leurs propres opinions; ce faisant, ils n’ont pas tendance à remettre en question le contenu qu’ils ont consulté. « Cela n’a fait que mettre en lumière les mécanismes humains de crédulité qui existaient déjà depuis des siècles », affirme-t-il, faisant allusion entre autres aux nombreuses théories du complot.

Qui plus est, la dérégulation d’Internet a détruit la notion de représentativité des points de vue. Ainsi, les plus motivés à relayer de l’information, aussi radicaux soient-ils, parviendront à imposer leur point de vue même s’ils ne sont qu’une minorité.

En France, un outil appelé Décodex permet d’avertir les Internautes, grâce à un système de couleurs, que le site Web qu’ils s’apprêtent à visiter contient possiblement des informations non vérifiées, voire carrément fausses. L’initiative dérive du blogue des Décodeurs, mis sur pied en 2009 après que ses fondateurs aient commencé à constituer une base de fausses nouvelles observées sur diverses plateformes. Plus de 10 000 recherches sont enregistrées chaque jour dans l’outil, un simple plug-in disponible en open source pour être repris par d’autres organisations..

* Ce voyage a été réalisé grâce à une aide financière de Les Offices jeunesse internationaux du Québec.