Le journalisme, outil de propagande?

Certains médias nous apprennent aujourd’hui que le gouvernement conservateur contemple la possibilité de faire modifier la Loi sur le droit d’auteur afin de pouvoir utiliser à sa guise du contenu journalistique pour ses publicités partisanes.

Le gouvernement Harper souhaite légaliser l’«accès gratuit au contenu journalistique» dans les publicités politiques visant à promouvoir ou s’opposer à un politicien ou à un parti politique», peut-on lire dans un document présenté par la ministre du Patrimoine canadien, Shelly Glover.

Dans les faits, cela signifierait que:

1- Les journalistes et les médias détenant les droits d’auteur pour un reportage donné n’auraient aucun contrôle sur la manière dont ce reportage, ou les extraits de ce reportage, seraient utilisé à des fins politiques;
2- Les partis politiques n’auraient pas à demander la permission du journaliste ou du média dont il souhaitent utiliser le contenu, pas plus qu’il n’auraient à payer pour l’obtenir;
3- Les partis politiques pourraient donc utiliser le contenu journalistique comme bon leur semble dans leurs publicités.

Or, actuellement, selon l’Office de la propriété intellectuelle du Canada:

Lorsque vous êtes détenteur d’un droit d’auteur pour une œuvre, vous pouvez contrôler la manière dont elle est utilisée. Ceux qui souhaitent utiliser l’œuvre doivent l’acheter ou obtenir votre permission. Vous pouvez limiter l’utilisation pour protéger la valeur de l’œuvre protégée par droit d’auteur.

C’est donc dire que les possibles amendements législatifs auxquels songe le gouvernement, selon les informations qui ont été diffusées aujourd’hui, élimineraient, pour son seul bénéfice, toute protection que garantit La loi sur le droit d’auteur.

Heureusement, il ne s’agit pour l’instant que d’une idée et non d’une réalité, car il serait impensable qu’une telle mesure se concrétise. Et si cela est en voie de se faire, attendons-nous à, ou espérons du moins, d’importantes levées de boucliers.

Peut-on imaginer que des partis politiques détournent sans gêne le droit d’auteur, qui permet à des journalistes indépendants de vivre de de leur plume? Car outre le salaire qu’on verse à un journaliste, ou plutôt son tarif s’il est pigiste, on le priverait des droits qui lui reviennent en cas de reproduction de son texte. On viole alors non seulement sa propriété intellectuelle, mais on le prive d’un revenu auquel il a justement droit. Cela est aussi valable pour certains médias, qui sont réputés propriétaires des articles produits par leurs employés réguliers.

Mais surtout, cette disposition législative permettrait aux partis politiques de détourner le sens premier des reportages journalistiques, en totalité ou en partie, réalisés dans un cadre informatif, à des fins partisanes. Rien ne garantirait que les informations seraient présentées dans leur contexte, et donc, pourraient être utilisées pour faire de la propagande.

La publicité est l’antithèse du journalisme. D’un côté, on présente des faits selon l’angle qui nous convient, afin d’en orienter la perception de son public dans la direction désirée. De l’autre, les informations sont généralement présentées de manière à mettre en lumière un phénomène, et visent à informer dans la plus grande impartialité possible.

Revenons à la base. On l’a dit des millions de fois, les médias d’information sont les chiens de garde de la démocratie. Le mot clé ici: indépendance. L’indépendance des médias face au politique est ce qui leur permettent de bien accomplir leur mandat d’information.

À quoi bon chercher des informations, fouiller des dossiers et relever les irrégularités commises par le politique, si ce même politique peut alors utiliser ces informations, aux fins qui l’arrangent le plus et sans égard au travail et aux efforts de celui qui le surveille?

Heureusement, certains députés de l’opposition ont fait valoir que cette idée n’a aucune base légale.

La députée, Megan Leslie dit douter de la légalité de la démarche, qui consiste à utiliser du contenu protégé par le droit d’auteur et l’utiliser de façon à en tirer profit – par exemple, en attaquant un adversaire.

En fin de dépêche, on nous indique que « les amendements proposés à la loi sont contenus dans un projet de loi omnibus de mise en oeuvre budgétaire qui doit être déposé au cours des prochaines semaines. »

Quiconque se veut défenseur de la démocratie ne peut adhérer à cette idée.

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