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Un bulletin municipal ne remplacera jamais un journal

Dans l’édition de ce matin de La Voix de l’Est, ma collègue Cynthia Laflamme signe un texte portant sur une pétition ayant cours dans la municipalité de Saint-Armand.

Un article d’information locale comme il s’en fait tous les jours, dans presque toutes les régions du Québec.

Une citation de la mairesse de l’endroit, a toutefois capté mon attention:

« Pour le reste des commentaires, il y aura un message dans la Voie municipale. Je préfère que mes citoyens voient le message dans la Voie municipale plutôt que dans le journal. »

Bref, à Saint-Armand, le conseil municipal préfère informer ses citoyens via son bulletin municipal et éviter de s’adresser aux médias lorsque c’est possible. Notons que plus haut dans l’article, la directrice générale de Saint-Armand a confié à ma collègue qu’elle ne répondait pas aux questions des journalistes à moins d’avoir eu l’autorisation préalable des élus.

Entendons-nous bien: les journalistes sont des citoyens comme les autres. Personne n’est obligé de leur répondre, ils n’ont pas de pouvoir d’enquête comme un policier ou un juge. Mais les journalistes, parce qu’ils sont des citoyens comme les autres, représentent ces citoyens. Ils posent des questions au nom des contribuables à ceux qui les représentent et  qui leur sont redevables.

C’est pour cela qu’il faut nuancer la notion de bulletin municipal, ou de journal municipal, qui est un journal sans en être vraiment un.

Dans les faits, un bulletin municipal répond à la définition d’un média, qui se veut une plateforme accessible à un public donné pour y partager des informations, bref de la diffusion de masse. S’il est sur support papier, alors oui, c’est un journal.

Mais les prérogatives d’un bulletin municipal diffèrent largement de celles d’un média d’information, en ce sens où le premier sert aussi d’outil promotionnel et politique, voire idéologique (le mot propagande est un peu trop fort, quoi que dans certains villages, il serait approprié), alors que le second doit, par sa nature même, vérifier l’information, la remettre en contexte et la remettre en question afin de lui donner un sens plus large, dénué de partisanerie, au profit de l’intérêt public. C’est la définition même de ce qu’on appelle « l’objectivité journalistique », qui est plutôt, à mon avis, une neutralité dans le traitement de l’information en ce sens où il n’y a aucun partis pris.

Un bulletin municipal, c’est un média produit et diffusé par l’organisation qui est à la source même de l’information, c’est-à-dire l’appareil municipal.

De plus en plus, on remarque que les municipalités gèrent leurs communications publiques non plus comme la transmission d’informations d’intérêt public au bénéfice de leurs citoyens, mais plutôt comme le feraient des entreprises privées qui ont un département de marketing: la municipalité devient une compagnie qui fait la promotion de ses nombreux services en moussant la qualité de vie qui en résulte, le tout pour convaincre la population qu’il fait si bon vivre chez nous qu’on doit non seulement y demeurer, mais venir s’y installer (et payer des taxes foncières…)

C’est pour cette raison que vous ne voyez que de bonnes nouvelles dans les bulletins municipaux, hormis des bris d’aqueduc et des avis de travaux qui sont, somme toute nécessaires. Parfois, un maire signera un mot pour répondre à une controverse ou à une couverture journalistique qui, à son avis, était trop négative ou orientée, bref qui n’a pas repris mot pour mot le message que la Ville voulait faire passer.

Sans filtre journalistique, il manque la distance et la critique nécessaire pour prendre acte des informations transmises dans leur contexte et sans leur enrobage de relations publiques.

Tout ça m’a rappelé une chronique récente  d’Isabelle Hachey dans La Presse + , où elle parlait du bulletin Mirabel vous informe, financé à même le retrait des avis publics de la municipalité dans les hebdomadaires L’Éveil et Nord info.

Deux passages me frappent:

Selon le maire, les hebdos exercent « un certain monopole au niveau de la diffusion de l’information ». Parfois, ils ne publient rien sur des projets que la mairie veut faire connaître.

Désormais, Mirabel n’a plus à passer par ce filtre désagréable. Mieux, la Ville contrôle à la virgule près l’info distribuée dans les foyers des citoyens – et ce, aux frais de ces derniers.

Tout ça en plus d’interdire la distribution des Publi-sac sur son territoire, seul véhicule pour les hebdomadaires indépendants. Le Mirabel vous informe est pour sa part livré par la poste aux citoyens.

Il est tout à fait possible d’avoir un ou plusieurs bulletins municipaux cohabiter avec des médias d’information indépendants sur un territoire donné. Même que les premiers sont souvent des sources d’information pour les seconds, qui vont plus loin en approfondissant la nouvelle.

Mais jamais les premiers ne pourront remplacer les seconds.

Autrement, qui écope? Les citoyens. Et par la bande, la démocratie.

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Avis publics: le droit du public à l’information écope

Il n’y a rien d’étonnant à ce que la Ville de Montréal envisage de retirer ses avis publics des journaux imprimés sur son territoire, et ce, dès septembre.

Depuis les changements apportés à la Loi sur les cités et villes et au Code municipal qui permettent aux villes de limiter la diffusion de leurs avis publics à leur site Internet, en  2017, plusieurs dizaines de municipalités québécoises ont retiré leurs avis publics des journaux imprimés.*

Déjà, quelques arrondissements de la Ville avaient pris une telle décision. C’est notamment le cas de LaSalle, de l’arrondissement Sud-Ouest, de Rosemont-La Petite Patrie, d’Anjou, d’Outremont, de Mercier Hochelaga-Maisonneuve, de Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, de Verdun et de Pierrefonds Roxboro.

On affirme réaliser ainsi une économie annuelle de 350 000$, que Montréal considère comme étant « des frais considérables » dans ce sommaire décisionnel disponible en ligne. Or, sachant que le budget global de la métropole québécoise est de plus de 5,7 milliards de dollars, « l’économie considérable » réalisée représentera en fait à peine 0,0061348 % des dépenses de l’appareil municipal montréalais.

Dans certains cas, cette solution était bien simple et la seule applicable: il n’existait plus de média imprimé sur leur territoire leur permettant de se conformer à la loi. Dans d’autres, comme à Montréal, on évoque une économie d’argent qui, plus souvent qu’autrement, est inférieure à 1%  du budget global de fonctionnement, qu’elle qu’en soit son ampleur.

Des peanuts, en bon français, qui démontrent que le retrait des avis publics des journaux papier relève davantage de l’idéologie que d’un souci financier.

Un autre argument avancé par les municipalités est que les citoyens ont tous accès à toute l’information directement sur leur site Web. Or, la proportion de citoyens qui consulte ces sites, du moins sur une base régulière et dans l’optique volontaire de prendre connaissance des avis publics, est minime.  Il est aussi faux de croire que les citoyens vont se ruer massivement en ligne pour les lire. Et ça, c’est si les avis publics sont faciles à trouver une fois sur le site Internet de la municipalité, car plusieurs portails sont loin d’être conviviaux.

Le seul argument valable avancé par Montréal est la souplesse que permet une diffusion en ligne plutôt que sur support papier, notamment en raison des tombées rigides des journaux et des erreurs qui peuvent être corrigées en quelques clics et en quelques secondes à peine. Mais contrairement à ce qu’on y mentionne, ça n’est pas « offrir un meilleur service aux citoyens ».
Pas quand la diversité des sources d’accès à l’information s’en trouve affectée.

Car il y a fort à parier que moins de gens seront au courant des différentes initiatives municipales maintenant qu’ils ne les verront plus en feuilletant un journal. Il y a là un danger réel pour le droit du public à l’information, même si les villes se prétendent plus transparentes.

Au fait, plusieurs projets pourraient être dorénavant adoptés sans opposition si personne ne prend le temps d’aller sur les sites Internet des villes pour consulter toute la liste des avis publics en vigueur…

Lorsque le règlement de Montréal sera adopté et appliqué cela signifiera que les deux villes les plus importantes de la province, car Québec avait fait de même, auront retiré leurs avis des journaux imprimés. Certes, les mairies et administrations de ces villes sont bien couvertes par des journalistes, ce qui n’est pas nécessairement le cas dans des municipalités de moindre ampleur.

Une autre Ville d’importance au Québec , Laval, n’est pas encore passée à l’action, mais s’était montrée favorable à la mesure dans son mémoire à propos du projet de loi 122, à l’époque.

Il est particulièrement préoccupant que ce mouvement de retraits des avis publics croit alors même que les médias d’information s’enfoncent de plus en plus profondément dans une crise financière qui menace leur survie, particulièrement en région.

Bon nombre de représentants de l’industrie, moi y compris, sont d’avis que les gouvernements doivent offrir un soutien financier, à tout le moins temporaire, aux entreprises de presse afin qu’elles parviennent à redéfinir leur modèle d’affaires, devenu désuet par l’exode des revenus publicitaires vers des entreprises numériques américaines qui ne paient pas d’impôts au Canada ou au Québec.

Ensemble, les montants que ne toucheront plus les journaux par le retrait des avis publics représentent des centaines de milliers, voire des millions de dollars. Des sommes qui ne pourront plus être investies dans la production d’informations d’intérêt public locales: s’ils comptent souvent pour moins de 1% des budgets des villes, ces montants représentent parfois le salaire d’un, voire de deux ou trois journalistes, qui en région peuvent constituer une salle de nouvelles toute entière.

On ne se le cachera pas; les avis publics représentaient, d’une certaine façon, une subvention déguisée aux médias. Et ce n’est pas le rôle des municipalités de garder des entreprises (de presse) privées en vie. Par contre, les villes bénéficient assurément de la présence de médias sur leur territoire, ne seraient-ce parce que ceux-ci contribuent à la vitalité de la vie en communauté en informant la population de ce qui s’y passe. D’autant plus, bien heureux sont les élus lorsqu’on rapporte leurs bons coups et leurs initiatives.

Mais n’oublions pas une chose: l’information, les nouvelles, ne sont pas un produit de consommation comme les autres. Elles revêtent un caractère essentiel à la démocratie et sont en fait un bien public.

Je connais personnellement certains élus qui, conscients de ce fait, choisissent sciemment de continuer à publier leurs avis publics dans des journaux locaux, reconnaissant l’importance que ceux-ci ont dans leur communauté.

Et c’est tout à leur honneur.

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* Voici la liste de toutes les municipalités ayant fait le choix de retirer leurs avis publics des journaux imprimés. C’est un recensement personnel et non exhaustif, alors si vous en connaissez qui n’y figurent pas, n’hésitez pas à me faire parvenir les informations!

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Un filtre journalistique nécessaire

Il ne faut pas se surprendre de voir le premier ministre ontarien Doug Ford déclarer que les médias traditionnels sont inutiles et que grâce aux réseaux sociaux, il n’est plus nécessaire de passer par des journalistes pour transmettre son message à la population.

On parle quand même d’un élu qui a mis sur pied sa propre chaîne de nouvelles sur les réseaux sociaux pour présenter ses actualités sans filtre journalistique.

D’ailleurs, Ford est loin d’être le premier politicien à croire que les journalistes sont désormais inutiles, voire nuisibles, à la bonne transmission des informations.

Donald Trump en est l’exemple le plus flagrant, mais c’est aussi le cas de plusieurs conseils municipaux québécois, et même ailleurs au pays, en Amérique du Nord et dans le monde. Rappelons que des dizaines de municipalités québécoises ont retiré leurs avis publics (et le financement qui vient avec) de journaux locaux, sous le couvert de la loi 122 adoptée en mars 2018, sous prétexte que l’information serait directement accessible sur le site internet de la municipalité.

Certes, pour communiquer le nouvel horaire des collectes des matières résiduelles ou du recyclage, il est vrai qu’on peut informer directement la population. Mais certaines informations méritent d’être analysées et questionnées, c’est pourquoi le filtre journalistique est essentiel dans bien des cas.

De plus en plus d’élus, tous paliers confondus, adoptent des stratégies de communication similaires à celles d’entreprises privées, c’est-à-dire que les communications publiques doivent servir à mettre en valeur l’image de marque de leur gouvernement plutôt que de transmettre des informations au bénéfice de la population.

Comme les journalistes remettent en question et en contexte certaines affirmations, soulevant des contradictions ou présentant le tout sous un angle différent que celui qu’ils souhaitent ces élus, ceux-ci n’apprécient pas de ne pas avoir plein contrôle sur le message, c’est pourquoi ils préfèrent utiliser des voies alternatives, qu’ils considèrent comme étant directes.

Cette façon de faire est une tactique de relations publiques, tout simplement. Elle permet à l’émetteur d’informations de présenter celle-ci de la manière qui lui convient le mieux, qui le fait le mieux paraître. Mais cela ne signifie pas que l’information est présentée de la manière la plus susceptible d’informer le public et à lui faire connaître les tenants et aboutissants d’une décision: les aspects plus controversés de celle-ci pourraient être atténués ou carrément occultés, les bénéfices pourraient être amplifiés, etc.

Rappelons que la seule manière de transmettre une information dans un média crédible sans que celle-ci ne soit traitée par un journaliste a un nom, et surtout un prix: la publicité.

Doug Ford déplore que les médias traditionnels « coupent et tordent » l’information qui leur est présentée. Mais c’est le rôle des journalistes, qu’on appelle souvent les chiens de garde de la démocratie, voire le quatrième pouvoir, d’exiger des comptes aux élus au nom des gens qui les ont portés au pouvoir.

De vouloir contourner ce pan de la société ne relève pas nécessairement de la malhonnêteté intellectuelle et ne signifie pas toujours que les élus ont quelque chose à cacher; mais l’analyse de l’information par des journalistes est nécessaire non seulement pour permettre à des citoyens de comprendre plus facilement le message des décideurs, mais aussi pour avoir toute l’information nécessaire pour s’en faire une opinion juste.

Disons simplement que le filtre journalistique, s’il est pour plusieurs une plaie, est un mal nécessaire pour les élus, mais d’un grand bénéfice pour la masse.

Ceux qui n’ont rien à cacher ne s’en formalisent pas.

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Lanceurs d’alertes: et si on rectifiait le tir?

Ces temps-ci, le congédiement de l’agronome Louis Robert fait couler beaucoup d’encre au Québec.  Celui qui était à l’emploi du MAPAQ depuis plus d’une trentaine d’années s’est fait montrer la porte parce qu’il avait transmis à un journaliste des documents internes faisant  état de l’ingérence de l’industrie privée dans la recherche publique.

À tout le moins, la lettre de congédiement de l’agronome, rendue publique par le journaliste Thomas Gerbet, ne fait état que de cette fuite aux médias pour justifier son renvoi.

L’agronome en question avait pourtant tenté de signaler les problèmes en plus haut lieu au ministère, mais voyant que rien ne changeait, il s’est tourné vers les médias. Et ça a fonctionné: des mesures seront mises en place pour corriger le tir.

Ce cas n’est pas sans rappeler plusieurs autres où des lanceurs d’alertes sont limogés ou la cible de représailles pour avoir dénoncé dans les médias des irrégularités au nom de l’intérêt public.

En janvier 2018, le tribunal a annulé la suspension d’un employé du ministère des Transports du Québec, représentant syndical de surcroît, qui avait accordé une entrevue à la radio pour dénoncer certains problèmes de gestion au sein de sa direction régionale.

En septembre 2017, un ingénieur a été sanctionné par son ordre professionnel pour avoir révélé à un journaliste qu’il y avait des dommages sur le pont Champlain, et ce, avant d’avoir avisé son patron.

La loi 87, intitulée Loi facilitant la divulgation d’actes répréhensibles à l’égard des organismes publics, adoptée en 2016, « a pour objet de faciliter la divulgation dans l’intérêt public d’actes répréhensibles commis ou sur le point d’être commis à l’égard des organismes publics et d’établir un régime général de protection contre les représailles. »

Or, pour être protégé, le lanceur d’alerte doit s’être adressé à ses supérieurs, au Protecteur du citoyen ou à l’Unité permanente anticorruption. Les médias sont exclus de cette mesure. Mais on sait bien que parfois, les dénonciations à l’interne ne mènent nulle part et que c’est pour cette raison que les sonneurs d’alerte s’adressent à des journalistes.

Qu’on se comprenne: avant d’alerter les médias sur une situation irrégulière au sein d’une organisation, les sonneurs d’alerte devraient effectivement le mentionner à leurs supérieurs afin de régler le tout à l’interne dans les plus brefs délais. Mais si rien ne se passe, peut-on leur reprocher de s’adresser à une instance qui a le pouvoir de changer les choses en informant le public?

L’exemple de cette semaine démontre qu’une modification à la loi est nécessaire au nom de l’intérêt public.

À l’époque des consultations sur le projet de loi, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec avait jugé l’adoption de la loi prématurée étant donné qu’une commission parlementaire sur la protection des sources journalistiques allait avoir lieu l’année suivante.

De plus, clamait-elle, la loi allait avoir pour effet de museler les lanceurs d’alerte.

« Si les sonneurs d’alarme qui dénoncent publiquement des actes répréhensibles ne sont pas protégés par l’État et qu’ils continuent d’être punis, ils parleront de moins en moins aux journalistes et c’est le public qui en paiera les conséquences en sombrant dans la noirceur. La bonne gouvernance de l’État en pâtira.

Ce projet de loi n’aide pas les sonneurs d’alarme ; il place le fardeau de la preuve sur leurs épaules. […]

Tout le processus de divulgation reste ainsi à l’interne, une garantie pour que rien ne change. Qui n’a pas constaté qu’une situation déplorable ne se corrige qu’à partir du moment où elle est rendue publique? » peut-on lire dans une prise de position émise par l’organisation.

Comme le mentionne la FPJQ, le fait d’omettre les médias dans la protection accordée aux lanceurs d’alerte envoie le message qu’on préfère laver notre linge sale en famille plutôt que de corriger un problème. Comme si la loi avait été écrite spécifiquement pour éviter que quoi que ce soit ne se retrouve dans les médias. C’est presque dire qu’on préfère tolérer un problème à l’interne que de devoir gérer les relations publiques si cela se sait. Cherchez l’erreur.

C’est ce qui s’est produit au MAPAQ dans les derniers jours. Éclaboussé par les révélations du lanceur d’alerte, c’est plus facile pour le ministère de se lancer à la chasse aux sources et de punir les coupables plutôt que de se remettre en question.

Le premier ministre François Legault, qui déplorait à l’époque que les médias étaient exclus dans la loi, aurait démontré une certaine ouverture à revoir la loi. Reste à voir si à ses yeux, s’adresser aux journalistes ne constitue pas systématiquement un manque au devoir de loyauté des fonctionnaires.

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Pour en finir avec la transparence Saran Wrap™

Une semaine après l’élection générale, dans plusieurs centaines de municipalités québécoises, de nouveaux visages font graduellement leur apparition dans les hôtels de ville et les mairies.

Dans plusieurs centaines de municipalités québécoises, tout autant de candidats ont promis la transparence au cours des dernières semaines. Un concept abstrait, galvaudé de tous bords tous côtés, et surtout à la mode en politique par les temps qui courent. Chacun se prétendait le champion de la lutte à l’obscurantisme.

Maintenant élus, ces personnes passeront-elles de la parole aux actes? On l’apprendra d’ici quelques semaines, le temps que les nouveaux représentants prennent leurs aises dans leurs nouvelles fonctions.

Ce sera alors le moment de les sensibiliser à ce qu’est la véritable transparence. Pas une transparence Saran Wrap, comme je me plais à l’appeler, où ce qui semble translucide est finalement bien hermétique.

Ces élues et élues sont-ils prêts à ne pas étirer inutilement les délais de traitement des demandes d’accès à l’information formulées par les journalistes et les citoyens? Sont-ils prêts à ne pas transmettre des documents ultra-caviardés alors que ce n’est pas nécessaire?

Ces élues et élues sont-ils prêts à ne pas user de chantage économique avec le retrait des avis publics ou des publicités de la Ville lorsqu’ils sont mécontents de la couverture à leur égard?

Ces élues et élues sont-ils prêts à ne plus refuser l’entrée aux journalistes lors des séances régulières du conseil? Après tout, les professionnels de l’information sont des citoyens ordinaires, dont l’emploi consiste essentiellement à avoir le temps que les autres n’ont pas pour exiger des comptes aux élus portés au pouvoir par ceux à qui ils feront ensuite un compte-rendu.

Ces élus et élues sont-ils aussi prêts à permettre l’accès aux caméras et enregistreuses lors de ces séances? Actuellement, des dizaines de municipalités québécoises comptent, dans leurs règlements de régie interne, un ou plusieurs articles interdisant l’usage de dispositifs d’enregistrement, sauf si le maire ou le directeur général en donne l’autorisation au préalable. De telles mesures entrent en contradiction avec le Code municipal et sont d’ailleurs contestées devant les tribunaux pour deux municipalités du Québec, en plus de faire l’objet d’une réprimande de la part du Commissaire aux plaintes du ministère des Affaires municipales et de l’occupation du territoire.

La loi doit faire en sorte que de telles interdictions ne puissent plus être adoptées et que celles qui sont toujours en vigueur soient abolies.

Un dialogue est nécessaire, tant auprès des élus eux-mêmes que des différentes instances qui les représentent: le ministre des Affaires municipales, la Fédération québécoise des municipalités et l’Union des municipalités du Québec, dont un nouveau président sera à élire sous peu.

D’ici là, l’organisation est représentée par un maire qui a mis en place une politique pour contrôler les communications de sa municipalité afin d’en promouvoir une image positive. En vertu de cette politique, les employés municipaux ne peuvent plus répondre eux-mêmes aux questions des journalistes. Les conseillers, pour leur part, doivent référer toute demande au cabinet du maire. Au moins, Drummondville a été suffisamment transparente pour publier ladite politique sur son site Internet…

Gageons que ce maire est loin d’être le seul à avoir eu une telle idée. Nombreux sont les élus qui craignent de faire les manchettes pour « les mauvaises raisons ».

En ce sens, une formation aux médias doit un jour offerte aux élus, particulièrement à ceux qui en sont à leur premier mandat et qui ne savent pas comment interagir avec la presse locale. La méconnaissance de notre travail et de son fondement – le droit du public à l’information –  explique en partie le climat parfois tendu entre les journalistes et les maires de municipalités hors des grands centres. Assurons-nous que cela ne soit plus un facteur dans l’équation et que les craintes à l’égard des journalistes se dissipent un peu.

Une information partagée, si elle est contrôlée et filtrée, ne signifie pas la transparence… Loin de là.

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Fausses infos coulées aux médias: la politique de la terre brûlée

Depuis ses débuts, la Commission d’enquête sur la protection de la confidentialité des sources journalistiques, communément appelée la Commission Chamberland, nous en apprend des vertes et des pas mûres.

Le principal constat qui en ressort est que les services policiers ne lésinent pas sur les moyens pour tenter de débusquer les informateurs au sein de leurs équipes : on apprend que des journalistes ont fait l’objet d’enquêtes et de filature ou surveillés (« L’affaire » Patrick Lagacé étant le cas-type), que des interrogatoires serrés ont été menés pour savoir quels policiers parlaient avec des journalistes, et on en passe.

Évidemment, quand des éléments d’enquête, voire un dossier complet, sont coulés dans les médias, les corps policiers font de l’urticaire. On l’a vu récemment lorsque des documents ont été transmis au Bureau d’enquête des quotidiens de Québecor, qui en a fait bon usage. L’UPAC a immédiatement ouvert une enquête interne pour découvrir la source à l’origine de la fuite.

Dans tous ces cas, une question commune: « qui parle aux méchants journalistes? »

La police de Gatineau, elle, n’a pas hésité à prendre les grands moyens afin de décourager ses effectifs de parler à la presse, afin que cesse le coulage.

Dans un autre ordre d’idées, on a su très récemment que la direction du Service de police de la Ville de Montréal ne voyait pas de problème à couler de fausses informations aux médias dans l’optique de cerner ses taupes.

Que faut-il comprendre de cette façon de faire  – à ma connaissance, cela n’a pas été mis en pratique, mais simplement de l’envisager m’horripile – , qui aurait pour conséquences de miner la crédibilité des journalistes, leur seule carte de visite?

Que certains services policiers n’en ont que faire du travail des journalistes, qu’ils ne le respectent pas, voire qu’ils le méprisent.

Torpiller le travail d’autrui pour parvenir à ses fins, voilà ce que cette idée représente: la politique de la terre brûlée. Parce qu’une fois qu’un journaliste publie de fausses informations, il lui sera difficile de rétablir sa crédibilité.

Les canaux officiels et les autorités sont réputés être les sources les plus crédibles qui soient. En communiquant des informations tronqués ou même légèrement erronées, ils nuisent au droit du public à une information juste et exacte.

Plutôt que de s’en prendre aux sonneurs d’alerte, aux sources, et surtout, à des journalistes qui ne font que leur travail, les services de police pourraient-ils se questionner sur les motifs de ce coulage?

Pour donner des informations aussi explosives sur un plateau d’argent à un journaliste, il faut que la source en retire un bénéfice plus grand que ce qu’elle risque. Et oui, l’intérêt du public en fait partie.

Rappelons enfin que ces policiers ont parfois besoin de notre aide. Il n’est pas rare que notre collaboration soit sollicitée afin de faire avancer des enquêtes, retracer des suspects ou lancer des appels à témoins.

La relation entre médias et policiers n’est pas à sens unique. Il est bon de le rappeler.

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Publicité native: crédibilité à vendre

Dans le cadre d’un projet de recherche, Mikaëlle Tourigny, étudiante à la maîtrise en communication à l’Université de Sherbrooke, s’est attardée aux dilemmes professionnels et éthiques auxquels sont confrontés les journalistes face à la publicité native.

Pour expliquer le recours de plus en plus fréquent à cette pratique publicitaire, où des textes commandités revêtent le style et la signature graphique de reportages éditoriaux, la jeune chercheure a campé son travail au cœur des transformations que subit actuellement la profession.

Selon Tourigny, le contexte professionnel du journalisme est instable: le métier n’est pas reconnu légalement, il n’est pas encadré par un ordre professionnel, il n’existe pas de cursus unique pour devenir journaliste et le métier repose sur plusieurs codes déontologiques différents.  Ce faisant, n’importe qui peut se prétendre journaliste, les revenus et la sécurité d’emploi varient grandement d’un individu à l’autre, et très peu de règles définissent l’exercice de la profession.

Ajoutons à cela un « flou de l’éthique journalistique », avance Mlle Tourigny, qui s’ajoute à un phénomène de déresponsabilisation ayant débuté il y a quelques décennies et relevé par Armande St-Jean.

Ces deux facteurs combinés, en plus d’un essor fulgurant des nouvelles plateformes numériques, ont donc mis la table à l’avènement de contenus hybrides, notamment parce que tant du côté rédactionnel que du côté publicitaire, on a tenté d’être présent partout malgré le fractionnement des publics vers ces différentes plateformes.

« La publicité native est le symptôme de ce déséquilibre », a affirmé la conférencière, rappelant toutefois que l’hybridation de la publicité et de l’information ne date pas d’hier.

Mais parce que cette pratique émergente, où la promotion est abordée d’un point de vue journalistique, n’est ni encadrée ou définie de manière définitive, tout semble permis, Far West style (un commentaire ici totalement éditorial de ma part, mais assumé). À un point tel que la publicité native connaît une expansion fulgurante.

Selon des statistiques rapportées par Mikaëlle Tourigny, les investissements en publicité native étaient d’environ 5 milliards d’euros en 2005, une somme qui aura plus que quintuplé en 2018, où on prévoit que 28 milliards d’euros auront été déboursés dans ce type de promotion. « Aux États-unis, environ les trois quarts des médias d’information optent pour la publicité native », indique l’étudiante.

On ne peut aborder le sujet de la publicité native sans mentionner le malaise que ressent bon nombre de journalistes face à la pratique. Plusieurs ont le sentiment de vendre leur crédibilité au plus offrant, une crédibilité qui perd de sa valeur une fois qu’elle a servi à mousser les intérêts commerciaux d’un annonceur. Certains estiment que la publicité native les détournent, eux, mais aussi le public, de la mission fondamentale du journalisme qui est de rapporter une vérité objective, à l’abri des pressions de toutes sortes.

« Le journalisme n’est pas un publicitaire, il est journaliste, a rappelé Tourigny. La publicité native peut représenter un bris du contrat social entre celui-ci et les citoyens, car il doit se placer comme représentant de ceux-ci. »

D’autres journalistes n’ont pas le choix de se prêter à l’exercice. L’imposition de la publicité native est parfois présentée de façon pernicieuse, ce que Mikaëlle Tourigny appelle la double contrainte du sauveteur et du naufragé (de la profession).

D’abord, on tente de convaincre les journalistes qu’ils parviendront à sauver leur profession en adhérant au modèle d’affaires de la publicité native. En permettant la survie financière du média, il assurera la sienne, mais aussi celle de l’industrie de l’information. Car qui dit revenus, dit avenir.

Ensuite, le journaliste découvre sa nature de naufragé.  En acceptant de sauver sa profession par la publicité native, le journaliste dénature son métier. Il ne peut donc pas gagner. « Il a le sentiment de brader les impératifs de liberté, de vérité et de responsabilité (sociale) qui caractérisent la profession », élabore Tourigny, qui rappelle que « lorsqu’il est question de crédibilité de l’information, l’apparence de conflit d’intérêts est autant, sinon plus dommageable que le conflit d’intérêts lui-même. »

Cette présentation a été offerte dans le cadre du 85e congrès de l’ACFAS, tenu cette semaine à l’Université McGill.

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L’information régionale, qu’ossa donne? (2017)

Samedi dernier s’est déroulé le tout premier forum montérégien L’Information régionale, qu’ossa donne? organisé par la FPJQ-Montérégie. Un projet sur lequel j’ai planché pendant deux ans en compagnie des autres administrateurs de la section et qui s’est concrétisé grâce à un travail d’équipe formidable.

La rencontre s’est tenue au Centre communautaire de Saint-Bruno-de-Montarville, avec l’objectif de voir échanger journalistes, patrons de presse, observateurs et membres du grand public.

Voici un (très bref) résumé de la demi-journée, forte en réflexions intéressantes.

Sur le rôle de la presse régionale:

Ex-journaliste, la députée caquiste de Montarville, Nathalie Roy, rappelle que les médias sont le contrepoids au pouvoir, même si bon nombre d’élus ne comprennent pas le travail des journalistes. Ceux-ci peuvent poser des questions que certains députés ne peuvent poser.

« J’avais plus de pouvoir dans ma liberté de parole quand j’étais animatrice et journaliste que depuis que je suis députée », affirme celle qui perçoit dans son propre rôle celui d’aider les médias à bien s’acquitter de leur tâche.

Aux yeux de Brenda Shanahan, députée libérale fédérale dans Châteauguay, les médias régionaux permettent à des acteurs ne disposant pas d’une tribune sur le front national de s’exprimer.  La radio et la télévision communautaires ont un rôle de premier plan pour informer, souligne-t-elle.

Des propos qui ont trouvé écho chez ceux de la mairesse de Sainte-Julie et présidente sortante de l’Union des municipalités du Québec, Suzanne Roy. Celle-ci a déploré l’effritement du nombre de voix régionales, qui se traduit par un partage de contenus de moins en moins local. Parce qu’ils s’y reconnaissent moins, il n’est pas étonnant que les gens consultent de moins en moins leurs hebdomadaires, a-t-elle soutenu. Pour pallier au problème, il importe de recréer un lien de proximité avec le public, croit l’élue.

Ce lien a d’ailleurs été transformé avec l’apparition des médias sociaux, a soutenu le maire de Saint-Bruno-de-Montarville, Martin Murray.  « On peut pousser notre information directement, sans intermédiaire. Le journaliste vient poser un certain nombre de nouvelles importantes, qui s’incarnent de façon différente », note-t-il.

Sur le projet de loi 122: 

Le projet de loi, dont un des articles pourrait libérer les municipalités de diffuser leurs avis publics dans les médias imprimés, privant ceux-ci de plusieurs dizaines de milliards de revenus et menaçant de fermeture certains titres.

Les invités n’étaient toutefois pas sur la même longueur d’onde face à la mesure.

Nathalie Roy, elle, reconnaît que la mesure menace la survie financière de certains médias, ajoutant que la CAQ prendrait position afin de maintenir l’obligation des villes à publier des avis publics dans les journaux, car cela aide les médias à survivre. « Les gens doivent savoir ce qui se passent dans leur communauté », ajoute la députée de Montarville, qui perçoit l’étude du projet de loi comme une opportunité de se questionner sur les façons de conserver les journaux locaux,.

Les élus municipaux sont d’un autre avis. Bien qu’en faveur de la survie des médias locaux, ceux-ci allèguent que le financement des médias ne relève pas d’eux exclusivement.

« Est-ce que c’est la responsabilité des villes, à elles seules, de financer les médias? Peut-on obliger les autres palliers de gouvernement à faire de même? » demande Suzanne Roy.

« La crise des médias ne peut pas relever uniquement des municipalités. Notre rôle n’est pas de supporter financièrement des médias, c’est de rejoindre de la façon la plus complète possible les citoyens quand on a une information à leur communiquer », a renchéri Martin Murray.

Sur la captation vidéo et l’enregistrement des séances: 

Là aussi, les opinions ont divergé. Si les journalistes présents se sont tous, ou presque, prononcé en faveur de l’enregistrement des séances, les élus, eux, étaient plus réticents. Ceux-ci plaident pour un encadrement plus serré et ce, afin de limiter les dérapages, comme le cas de Sainte-Marie-Madeleine.

« Les journalistes, contrairement aux citoyens, ont un code de déontologie; ils ne font pas n’importe quoi avec les captations qu’ils font des séances », dit Suzanne Roy.

« Les assemblées publiques ne doivent pas devenir un cirque ou se retrouver dans certaines émissions satyriques, qui ridiculisent les élus », renchérit Martin Murray, ajoutant que des citoyens peuvent être intimidés par la présence de journalistes.

Pierre Saint-Arnaud, journaliste à la Presse canadienne, a toutefois souligné que le Commissaire aux plaintes du MAMOT a récemment rendu une décision permettant aux citoyens de filmer les séances publiques.

Le combat est toutefois loin d’être gagné…

Sur la notion de proximité entre les journalistes et leurs sources:

Trop proches de leurs sources, les journalistes en région? Pour plusieurs patrons de presse,  la proximité tient davantage d’une force que d’une faiblesse.

Un des moteurs du succès des médias locaux, c’est la proximité avec ses lecteurs, ses sources d’information. Il faut toutefois tracer la ligne entre intérêt privé et intérêt public, dit Marc Gendron, directeur de l’information à La Voix de l’Est.

Plus encore,  les médias ultra locaux font partie de la communauté, soutient Éric Aussant, de TC Média. « En étant journaliste, on participe activement à la vie de cette communauté », avance-t-il.

Comme journal, on veut avoir la nouvelle. On n’attend pas nécessairement la conférence de presse, même si les décideurs voudraient qu’on attende la coupe de ruban, note Jean-Luc Lorry, journaliste au Courrier de Saint-Hyacinthe. D’où l’importance de prendre soin des sources sur le terrain.

Bien qu’une certaine proximité avec les sources pourrait mener à des situations où surviennent de potentiels conflits d’intérêts, la déontologie et le professionnalisme des journalistes servent de rempart, note Philippe Clair, propriétaire de l’hebdomadaire Les Versants. « La crédibilité du média relève de l’épaisseur du mur avec les annonceurs et le contenu. La crédibilité du contenu est garante de la survie des médias », ajoute-t-il.

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À l’abri des caméras, un déni de démocratie

Le conseil municipal de la paroisse de Sainte-Marie-Madeleine, non loin de Saint-Hyacinthe, et certains citoyens, n’ont visiblement pas apprécié d’être tournés au ridicule dans un segment de l’émission Infoman.

Ils ne l’ont tellement pas digéré, en fait, qu’un avis de motion a été donné lundi soir, lors de la séance régulière du conseil, afin d’en « interdire l’enregistrement visuelle (sic) par une personne du public. » Cela inclut les journalistes.

En mêlée de presse, à laquelle mon collègue Bruno Beauregard de Cogeco et moi-même avons pris part, le maire Simon Lacombe expliquait que seule la caméra de la municipalité sera autorisée pour filmer, à moins qu’une autorisation spéciale ne soit accordée au préalable. Les modalités de ces exceptions n’ont pas encore été déterminées.

Bien sûr, la Ville continuera de filmer et de diffuser ses séances. Or, les captations vidéo ne sont disponibles, du propre aveu du maire, que quelques jours plus tard sur le site Web de la municipalité. Et le fait d’être la seule preneuse d’images lui garantit  le contrôle (en théorie ) du message, d’où l’entrave au travail des journalistes, qui doivent pouvoir produire leur propre matériel.

Les journalistes seront bienvenus à poser des questions, mais sans pouvoir filmer, a aussi précisé l’élu, qui ne considère pas la mesure comme un manque de transparence puisqu’elle aurait été réclamée par certains citoyens fâchés de l’image que les segments diffusés donnent de la municipalité.

Quel service rend-il alors aux autres citoyens, qui s’informaient via d’autres sources d’information, par exemple la station Cogeco?

Curieux hasard que l’on présente un tel règlement deux jours à peine avant la Journée internationale de la liberté de presse, qui aura lieu le 3 mai. Cela démontre qu’il y a encore beaucoup de travail à faire pour faire respecter celle que l’on célébrera demain.

Certes, seul l’avis de motion a été donné lundi soir; le règlement officiel devrait être adopté à la séance de juin. Il y a donc espoir que le pire ne se produise pas. Mais si le règlement est adopté, il s’agirait d’un important recul du droit du public à l’information et, conséquemment, de la démocratie, en plus d’une entrave à la liberté de presse.

Le travail des journalistes s’appuie sur le caractère public des séances; en empêchant et les journalistes et les citoyens d’enregistrer celles-ci, les villes refusent à ceux ne pouvant pas assister aux rencontres sur places le droit de savoir ce qui se passe. Les élus ont un devoir de rendre des comptes à ceux qui les ont portés au pouvoir. La transparence derrière des portes closes, à micros fermés ou à l’abri des caméras, ce n’est pas la démocratie.

Cela est d’autant plus ironique que le maire Lacombe a reconnu que Sainte-Marie-Madeleine est membre de la Fédération québécoise des municipalités, laquelle a adopté en 2005  une résolution invitant ses membres à permettre l’enregistrement des séances de conseil par les médias et à donner libre accès aux journalistes à leurs réunions.

« Nous, c’est un cas spécial », a-t-il affirmé en mêlée de presse pour justifier la situation.

Il faut justement libérer la liberté de presse et le droit du public de tout arbitraire afin que ceux-ci soient respectés.

Ce n’est pas parce qu’il s’agit d’une petite municipalité que cela est moins grave. Au contraire. Souvent, ces petits villages sont délaissés par les médias, faute de temps, ou tout simplement faute de journalistes. Sans chien de garde de la démocrate, comment sait-on ce qui se passe dans les mairies?

Il est donc tout naturel pour le conseil de Sainte-Marie-Madeleine d’avoir été déstabilisé en réalisant que des images captées lors de séances précédentes aient été diffusées sur les ondes de Radio-Canada, obtenant une visibilité jamais égalée auparavant, et surtout, pas pour les bonnes raisons.

Mais on choisit de punir ceux qui n’ont fait que démontrer la réalité. Cela rappelle, une fois de plus, l’importance d’éduquer les élus, particulièrement ceux qui ne sont pas constamment sous les feux des projecteurs, au rôle de la presse. Bon nombre d’entraves pourraient être évitées s’il ne persistait pas une profonde méconnaissance du travail des journalistes là où ceux-ci ne sont pas légion.

MISE À JOUR: L’adoption du règlement brillait par son absence à la séance du 5 juin dernier. Nous apprenons que la municipalité a choisi (pour l’instant) de reculer.

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En direct du congrès: Lettre à Geoffré

Salut Geoffré,

Jusqu’à hier matin, on ne se connaissait pas. J’ignorais tout de ton existence, comme bon nombre de journalistes qui se trouvaient au congrès de la FPJQ le temps d’un week-end.

Le « monde » t’a découvert pendant un panel portant sur le fameux spin. Quelle ironie.

Tu es venu interroger les membres sur les réalités en région. Par la bande, tu nous a dit que si tu posais trop de questions qui dérogeaient des communiqués que t’envoie l’équipe de ta députée, qu’on s’avérerait moins généreux en entrevue.

À peine une dizaine de minutes après être aller te serrer la main, pour t’offrir mon soutien et pour te féliciter de ton courage, tu es devenu malgré toi le symbole d’une réalité qui, malheureusement, existe toujours en région. Le rapport de force entre journalistes et sources, particulièrement politique, n’est pas toujours à armes égales.

J’étais tout juste à côté de toi quand ton patron t’a appelé, furieux de s’être (probablement) fait enguirlander par la députée ou son attaché politique, tout simplement parce que des journalistes présents au congrès ont tweeté ta déclaration, parfois d’une manière plus juste que d’autres.

Je l’ai entendu te dire de ne plus faire d’intervention et de garder le silence pour le reste de la journée. Je l’ai entendu te rendre un jugement sans appel, mais surtout sans te laisser la chance de t’expliquer. Je l’ai entendu croire la députée plus que toi, son employé.  Je l’ai entendu te retirer certains mandats, te laissant penser que tu venais de perdre ton emploi.

Tu t’es tenu debout. Tu avais peur, c’est normal. Cette peur, je l’ai déjà vécue. Je l’ai aussi vu dans les yeux de plusieurs journalistes en région qui, disposant de peu de moyens, doivent composer avec une réalité qui rend la pratique d’un journalisme d’excellence difficile. Les pressions existent, bien que certains le nient.

Mais malgré cela, tu t’es tenu debout. Je suis fière de toi, Geoffré.

J’étais encore plus atterrée quand j’ai vu que ton patron, sans même te donner la parole, s’est publiquement dissocié de tes propos en présentant des excuses formelles à la députée et son équipe. Un message qui a par la suite été retiré des médias sociaux. Était-ce par gros bon sens ou à la suite de l’indignation et de la pression populaire qui s’est propagée rapidement quand tous les journalistes ont eu vent de ton histoire? Permets-moi d’avoir ma petite idée là-dessus.

Tu n’avais fait que poser une question, question à laquelle s’était greffé un contexte qui dénonçait ce que trop de journalistes hors des grands centres connaissent. Que oui, des gens profitent du peu de ressources et de moyens des médias régionaux pour imposer leur volonté.

Comme plusieurs, j’ai lu les Tweets de la députée, qui annonçait que ton patron allait réagir. On parlait de spin plus tôt. Elle a joué à la relationniste pour ton patron. Elle a « spinné » la situation à son avantage. J’ai vu aussi qu’elle se défendait en rapportant tes propos, alors que tu ne lui as pas parlé et que tu ne t’étais toi-même pas exprimé sur les réseaux sociaux, signe qu’elle a effectivement appelé ton patron.

Cette élue a, par ses actes et ses mots, démontré elle-même ce que tu étais venu partager à tes  pairs.

Laisse-moi te dire quelque chose Geoffré. Je ne te connais pas beaucoup. Je ne connais pas le milieu dans lequel tu travailles. Mais un vrai bon patron de presse, ça protège son journaliste jusqu’à ce qu’il commette l’indéfendable. Ce n’est pas ton cas. Ça vérifie les faits et ça ne saute pas aux conclusions pour faire les beaux yeux à une élue.

L’indépendance de la presse, c’est fondamental. En se rangeant derrière la députée plutôt que de se porter à ta défense, ton patron a démontré que lui, ne comprenait pas ce principe.

Mais tu n’es pas seul. Ton histoire s’est répandue comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. C’est une belle démonstration de solidarité journalistique. C’était pour toi, cette fois-ci, Geoffré.

Parce que peu importe où on travaille, peut importe pour qui on est journaliste, nous sommes tous des bibittes semblables. On partage les mêmes valeurs, et une entrave à la liberté de presse vient nous trifouiller les tripes.

Au moment d’écrire ces lignes, ton emploi est sauvé. On ne connaît pas la suite des choses. Mais tu n’es pas seul.

Tu as des ressources. Tu traverses une tempête actuellement, mais tu passeras à travers. Parfois, l’adversité s’avère être une bénédiction.

En mon nom personnel, merci d’avoir levé le voile (une fois de plus) sur ce qui se passe réellement en région.