La FPJQ à la CEIC: protégeons les chiens de garde

Les président et vice-président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, Pierre Craig et Brian Myles, présentent cet après-midi le mémoire de l’organisme devant la Commission Charbonneau. Celui-ci peut d’ailleurs être consulté sur le site web de la FPJQ et je vous invite à le lire, car il dresse un portrait réaliste de la situation.

Le principal message que souhaite livrer la fédération en se présentant à la Commission, est que la liberté de presse, la transparence et la circulation de l’information sont les meilleures armes pour combattre la corruption et la collusion. De ce fait, la FJPQ prêche pour que soient empêchées les entraves au travail des journalistes, qui grâce à leurs reportages permettent de mettre en lumière les pratiques frauduleuses qui nuisent au bien public.

Rappelons que n’eut été le travail de plusieurs journalistes, certaines révélations n’auraient jamais vu le jour… et peut-être que la Commission non plus. Il allait donc de soi que la Fédération s’invite et présente son mémoire, car le travail des journalistes contribue grandement au déploiement de commissions d’enquête publiques. L’habituelle expression « chiens de garde de la démocratie » vient une fois de plus de prendre tout son sens.

De ce fait, la FPJQ formule plusieurs recommandations pour faciliter le travail des journalistes et protéger la liberté de presse.

  • Elle demande premièrement de revoir la loi d’accès à l’information (Loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels) , qui ne sert pas les médias, et de « déjudiciariser » la Commission d’accès à l’information. En effet, malgré la bonne volonté des législateurs qui ont rédigé le texte de loi, les journalistes ont du mal à recevoir toutes les informations demandées, dans les délais prescrits et ce, sans qu’elles ne soient caviardées ou qu’on leur charge des sommes faramineuses. La FPJQ juge qu’actuellement, la loi comme elle est appliquée est soumise au jugement politique de ceux qui sont en charge d’y répondre.
  • La Fédération exige également que soient protégées par une loi les sources anonymes et les sonneurs d’alarme, car leur témoignage est parfois essentiel, ou à tout le moins un point de départ, dans la publication de reportages dénonçant des situations qu’autrement, on n’aurait peut-être jamais entendu parler. L’association estime que les représailles dont sont victimes ces sources, qui sont traquées et punies si identifiées, démontre de la part de certaines autorités leur désir de camoufler les malversations et leurs erreurs plutôt que de chercher à les corriger.
  • La FPJQ recommande par la suite de revoir le Règlement sur la divulgation afin qu’il ne laisse pas aux autorités le soin de juger ce qui est d’intérêt public ou non, avant de diffuser « automatiquement » des documents, celle a constaté que ces mêmes autorités utilisent ce recours pour ne pas dévoiler certains documents.
  • Dans ce même ordre d’idées, elle demande à ce que les organismes publics, et les municipalités, mettent en évidence, sur leurs sites Web, la section où sont accessibles les documents diffusés, de même que de lister le nom des documents qu’ils détiennent.
  • En outre, on dénonce le manque de transparence de certaines administrations municipales, qui parfois interdisent carrément aux journalistes l’accès aux séances publiques. Les exemples sont tout aussi nombreux qu’aberrants. Dans son mémoire, la FPJQ réitère une demande formulée à maintes reprises de modifier la Loi sur les cités et les villes, pour y inclure une disposition permettant l’enregistrement des séances publiques par les médias. Elle réclame aussi que soient rendus disponibles, au plus tard dans les 48 heures précédant chaque séance, les ordres du jour.
  • Mais les municipalités ne sont pas les seules visées par ces demandes: le gouvernement provincial doit lui aussi s’efforcer d’être plus transparent.

On peut s’étonner que la FPJQ exige des autorités ce qui nous semble acquis depuis des décennies. Même si nous avons le privilège d’évoluer dans une société démocratique qui nous semble libre, certaines entraves à la liberté de presse font en sorte qu’il faut beaucoup plus de temps pour accéder à l’information, et donc que certaines irrégularités perdurent.

Les journalistes ne font pas preuve de mauvaise foi quand ils formulent des demandes d’accès à l’information. Ils ne sont pas toujours à la recherche d’un scandale à publier, pas plus qu’ils ne se réjouissent d’apprendre (une fois de plus) qu’il y a eu malversation. C’est parfois même en cours de recherche qu’ils découvrent un pot aux roses.

Et s’ils n’ont rien à se reprocher, législateurs et administrateurs ne devraient pas mettre des bâtons dans les roues des médias. Il serait difficile et exagéré de pointer du doigt tous les acteurs de la machine politique, et de les targuer à leur tour d’avoir systématiquement de mauvaises intentions à notre égard. Mais le système est tel qu’il est, bureaucratiquement parlant, rend trop difficile l’opération de départager « ce qu’il faut dévoiler » et « ce qu’il serait délicat de dévoiler ». La subjectivité de celui qui doit divulguer les informations, qu’il soit de mauvaise foi, trop prudent ou tout simplement incertain, prend tellement de place dans le processus qu’il nuit à celui-ci.

La prémisse de base est que comme ce sont les contribuables qui paient le politique, ce qui émane du politique devrait être de facto rendu public. Que les décisions ou informations qui peuvent avoir un impact sur la prise d’autres décisions ou sur le fonctionnement d’un système sont d’intérêt public et doivent être connues du plus grand nombre possible.

Mais la bataille est loin d’être gagnée…

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