Le conflit des individualismes

La FPJQ-Montérégie tenait hier une soirée de discussion autour du thème  « Quatre ans après le lock-out au Journal de Montréal: quels impacts sur le journalisme québécois? »

Pour l’occasion, nous avons accueilli les auteurs du livre Lock out au Journal de Montréal: enjeux du conflit de travail, Manon Guilbert et Michel Larose. Le livre a été publié le 26 février dernier, soit quatre ans jour pour jour après la fin du lockout. Un ouvrage qu’il fallait écrire pour ne pas oublier ce fait marquant de l’histoire de la presse québécoise, disent-ils.

Mme Guilbert et M. Larose tirent plusieurs leçons du conflit de travail, qui s’est étiré sur plus de deux ans.

Tout d’abord, que le rapport de force, inexistant lors du lock out, entre les employés et les patrons de presse, doit exister. Il passe nécessairement par une solidarité commune et une unité qui pourrait, selon les auteurs, aller au-delà de l’entreprise de presse. « L’organisation collective, chez les journalistes qui travaillent individuellement, est encore plus grande que les médias », a fait valoir le duo d’essayistes.

Car le conflit de travail, en bout de ligne, a fini par diviser les employés du journal en clans, alors qu’ils auraient du s’unir pour mener ensemble la bataille.

D’abord avec la naissance de RueFrontenac, qui a divisé les journalistes des employés de bureau dans leurs moyens de manifestation, puis les journalistes eux-mêmes. Certains voulaient conserver la vocation revendicatrice du média alors que d’autres voulaient couvrir les nouvelles comme ils l’auraient fait en d’autres circonstances. L’idée de vendre la plateforme a même été envisagée. « Pour travailler un portfolio », ont déploré les auteurs.

Les lockoutés ont aussi cru que les lecteurs — et le grand public, par extension— les suivraient dans leur croisade. Ils avaient tort.

Les lecteurs n’ont pas délaissé le tabloïd montréalais, au contraire, plusieurs ne se sont pas aperçus du conflit de travail puisque le journal était rempli de textes de l’Agence QMI, créée en vue du conflit, et de cadres ambitieux.

« L’employeur a réussi son pari: sortir un journal sans journalistes. Le journal dans lequel on évoluait… N’était-il qu’un produit, au final? » se demande Michel Larose, déçu de la piètre valeur accordée à l’information, en général.

Une pétition lancée auprès des différentes forces syndicales n’aura pas non plus eu l’effet escompté.

Malgré un ton dur dans certains passages, les auteurs, qui n’ont jamais relu le journal depuis, affirment ne ressentir aucune amertume envers leur ancien employeur et assurent qu’ils ne sont pas revanchards. Ils décrivent les séquelles psychologiques et les « blessures profondes » que vivent encore certains de leurs ex-collègues, séquelles qui, sans être identifiées comme tel, s’apparentent de près à un syndrome post traumatique.

La reddition, en fin de conflit, était « comme aller à l’abattoir », « la prison », a raconté M. Larose.

Écorchés par le conflit de travail, Manon Guilbert et de Michel Larose sont néanmoins et encore à ce jour des amoureux de l’information. Ils prêchent pour un journalisme intelligent, intelligible et accessible.

S’il n’en tenait qu’à eux,  la liberté de la presse serait encadrée par une loi et les journalistes sortiraient de leur traditionnel devoir de réserve pour se faire entendre alors que le métier vogue vers des eaux incertaines.

L’essai, qui se lit comme un roman, apporte une perspective nouvelle à des événements qui sont encore frais à notre mémoire. Il faut cependant garder en tête que, même s’il est enrichi de plusieurs témoignages, l’ouvrage reflète leur vision personnelle du conflit, qui a été vécu de tout autant de manières que le nombre d’individus touchés.

Sa lecture est particulièrement instructive quand on prend le temps de s’attarder sur ce qui a changé depuis… ou pas.

Et, fait cocasse, le livre est vendu chez Archambault… Ironie ou douce revanche?

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