2016 tire à sa fin. Dure année pour la liberté de presse, une fois de plus.

Ici, on se souviendra de 2016 surtout pour le scandale des journalistes – l’affaire « Patrick Lagacé »–  ayant fait l’objet d’une surveillance indirecte par divers corps policiers. On a étudié leur liste d’appels téléphoniques. On se souviendra aussi de 2016 pour la saisie de l’ordinateur portable de Michael Nguyen.

Une leçon peut être tirée de ces histoires: notre liberté de presse, ici au Canada, nous semble acquise, mais elle est très fragile. Rappelons-nous également qu’ailleurs, elle est encore inexistante.

La semaine dernière, on apprenait le décès du journaliste algérien Mohamed Tamalt, détenu depuis juillet pour « offense aux institutions et au président . Il est mort dans des conditions floues, après une grève de la faim et trois mois de coma », peut-on lire sur Le Monde.

Le Comité de protection des journalistes rapportait qu’au moins 257 journalistes sont sous verrous dans le monde, le plus grand nombre en vingt ans selon l’organisme. Reporters sans Frontières calcule plutôt qu’au moins 348 journalistes sont privés de leur liberté. La part du lion se trouve en Turquie, avec près du tiers des reporters incarcérés.

After Turkey, the biggest jailers of journalists were China, where at least 38 had been incarcerated as of Dec. 1; Egypt, with 25; Eritrea, with 16; and Ethiopia, with 14.

La liste de journalistes emprisonnés, recensés par Reporters Sans Frontières, donne froid dans le dos. Ailleurs dans le monde, on utilise des prétextes futiles pour empêcher l’information de circuler. On considère les journalistes comme des empêcheurs de tourner en rond. Et pourtant, ils veillent au grain.

Aujourd’hui, j’ai une pensée pour tous ces journalistes qui meurent ou qui sont emprisonnés au nom de ce principe fondamental à toute démocratie.

Aujourd’hui, j’utilise l’immense privilège de cette tribune pour vous en présenter quelques-uns, en rafale:

  • Khoudaïberdy Allachov, correspondant du service turkmène de Radio Free Europe / Radio Liberty (RFE/RL), arrêté et détenu depuis début décembre pour possession de tabac;
  • Faisal Hayyat, journaliste détenu pour un tweet sur la religion;
  • Nguyen Ngoc Nhu Quynh, blogueuse arrêtée pour « propagande anti-gouvernementale »;
  • « Le journaliste tchétchène Jalaoudi Guériev, condamné à trois ans de prison, sous prétexte de “détention de drogue »;
  • Narges Mohammad, journaliste et militante des droits humains iranienne condamnée à 10 ans de prison;
  • Raif Badawi, bien sûr, blogueur saoudien emprisonné et condamné à 1000 coups de fouet pour avoir émis une opinion;
  • Gao Yu; journaliste chinoise  déclarée coupable par un tribunal de Pékin de « divulgation de secrets d’État »;
  • Nahed Hattar; journaliste jordanien poursuivi en justice pour « insulte à la religion » et « incitation à la discorde confessionnelle » et assassiné devant le tribunal plus tôt cette année;
  • Cyril Almeida, rédacteur en chef adjoint du journal Dawn, prisonnier malgré lui du Pakistan, qu’il ne peut plus quitter;
  • Santosh Yadav, journaliste indien détenu et frappé pour avoir protesté pacifiquement.

Cette liste pourrait s’allonger encore et encore. Un jour peut-être, elle n’existera plus. Je le souhaite.

À moins d’une nouvelle média extraordinaire, ce blogue fera relâche pour la période des Fêtes.

À vous qui me lisez, que ce soit la première ou la dixième fois, un immense merci. Paix, santé, mais surtout liberté, pour la prochaine année.

Laisser un commentaire

Je suis Marie-Ève Martel — journaliste, autrice, professeure et entrepreneure passionnée par tout ce qui touche l’information et son rôle démocratique.

Depuis plus de 15 ans, je raconte, j’enquête et j’analyse le monde à travers divers médias. J’ai publié plusieurs essais engagés, je forme la relève universitaire et les professionnels des médias. Je prends régulièrement la parole pour défendre une information rigoureuse, accessible et éthique.

Surtout, je suis une amoureuse farouche de l’information de qualité au nom de l’intérêt public. Je crois en un journalisme rigoureux, courageux et profondément humain. J’aime bâtir des projets qui ont du sens et une valeur sociale.

Consulter mon portfolio journalistique


6-7-8 novembre 2026 : Participation au Congrès de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec
25 au 29 novembre: Participation au Salon du livre de Montréal (séances de signatures à confirmer)


Ce que j’ai appris de Florian Sauvageau

L’heure est aux bilans pour Florian Sauvageau. Après une prolifique carrière qui s’étend sur plus de six décennies, cet ancien journaliste du Soleil et de Radio-Canada, cofondateur du programme de…