Les médias vont-ils parfois trop loin?

Il y a quelques jours, j’abordais le caractère à mon avis exagéré de la couverture du canular téléphonique sur la grossesse de Kate Middleton. Plus près de chez nous, l’annonce de la libération de l’ex-cardiologue Guy Turcotte a provoqué un cirque médiatique, à un point tel que les journalistes ont été mis en demeure de ne plus faire le pied de grue devant l’Institut Pinel pour assister à sa sortie.

Dans les faits, les dirigeants de l’Institut s’opposent moins à ce que les médias filment, photographient ou tentent d’obtenir des commentaires à chaud de Guy Turcotte qu’ils ne cherchent à prévenir les répercussions du battement médiatique sur les autres patients de leur établissement. Précisons tout de même que leur rôle est aussi d’assurer la sécurité de ceux-ci, en incluant M. Turcotte et ce, peu importe leur opinion sur les actes de ce dernier ou le verdict qui en a suivi.

Or, cette insistance des médias d’information démontre la compétition qui règne entre eux. Quiconque serait le plus rapide  à diffuser les premières images du meurtrier à sa sortie de Pinel, ou mieux encore, à rapporter ses premiers commentaires en tant qu’homme libre, se placerait avantageusement sur l’échiquier médiatique (et publicitaire). Ce cas rappelle notamment la sortie de prison de Karla Homolka. Wolton décrit d’ailleurs très bien les raisons qui poussent les journalistes (et les médias) à se comporter comme tel:

L’autre problème que doivent affronter les médias, c’est l’idéologie de l’immédiateté, avec la chasse au scoop et la concurrence exacerbée qui ne dit pas son nom. (…) Les chaînes d’information et Internet sont l’incarnation de cette discordance. Ils doivent créer du drame, trouver l’audience et donner le sentiment qu’il se passe toujours quelque chose de grave, même si l’écrasante majorité de la population ne vit pas dans cet espace-temps !

Questionnons-nous sur l’essentiel: est-ce d’intérêt public de savoir que Guy Turcotte sera relâché? Oui, sans aucun doute, car son procès hautement médiatisé a fait en sorte qu’en tant que société, nous remettons en cause le fonctionnement même de notre système judiciaire. Est-ce nécessaire de nous montrer l’homme libre, de le traquer à présent qu’il est sorti? À moins d’un nouveau procès, la réponse est non si on juge de la pertinence de l’information. Cet homme n’a plus besoin des médias pour constater qu’il ne pourra plus jamais mener une vie normale.

Voilà donc la réponse à la question qui coiffe ce billet. Si les médias semblent parfois outrepasser les limites de ce qui est d’intérêt public, c’est tout simplement parce qu’en leur fournissant toujours plus de détails sur le « sort » de Guy Turcotte, ils donnent à leur public ce qu’il demande: un contenu à forte valeur réactive, qui exploite à souhait le sensationnalisme. Le sujet ne laissant personne indifférent, ces images seraient assurément partagées et commentées par un grand nombre de personnes en un court laps de temps. Ces opinions deviennent à leur tour une nouvelle.

La bête s’alimente dès lors elle-même.

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