De fausses nouvelles dans un vrai journal

Une journaliste du Cape Cod Times aurait inventé au moins 69 sources journalistiques dans 34 articles différents et ce, sur une période de près de quinze ans. Le mois dernier, un collègue de la journaliste en question a eu la puce à l’oreille en n’arrivant pas à retracer des sources interrogées dans le cadre d’un article sur la parade des Vétérans.

Après quelques jours de recherche intensive et à analyser « l’œuvre » de la journaliste en question, l’éditeur a fini par découvrir l’ampleur de la supercherie. Il importe aussi de préciser que la dame était à l’emploi du journal depuis trente ans et que seules les archives datant d’après 1998 ont été étudiées. Le lendemain, le Cape Cod Times publiait en première page une lettre d’excuses à ses lecteurs, bernés durant de nombreuses années. En voici un extrait :

There is an implied contract between a newspaper and its readers. The paper prints the truth. Readers believe that it’s true. (Traduction libre : Il y a un contrat implicite entre un journal et ses lecteurs. Le journal publie la vérité, les lecteurs croient qu’il s’agit de la vérité.)

La lettre d’excuses du Cape Cod Times, publiée en décembre dernier, résume noblement la mission des médias d’information. Être les yeux, les oreilles, et le nez pourquoi pas, des citoyens qui ne peuvent être partout à la fois.

Puisqu’il n’existe pas d’ordre professionnel pour les journalistes ou de statut exigeant certains prérequis, comme un diplôme précis pour se prévaloir du titre, du moins au Canada, n’importe qui peut s’improviser journaliste. Il suffit d’avoir un talent de communicateur et de rechercher l’information adéquatement, de cogner aux bonnes portes quoi.

C’est donc la réputation du journaliste et sa crédibilité, qui lui servent de carte de visite et qui le distinguent d’autres demandeurs d’information. C’est ainsi qu’il gagne la confiance de ses interlocuteurs; personne ne se confierait à un journaliste dont on sait qu’il invente délibérément des détails ou déforme des éléments d’une histoire.

Non seulement la journaliste a perdu toute crédibilité, ce qui est le seul outil du journaliste à proprement parler, mais elle entache par la bande la crédibilité du média qui l’employait. En usant de la tribune d’un média, le journaliste véhicule des messages qui sont tacitement endossés par celui-ci.

À l’inverse, les médias sont en quelque sorte imputables de leurs journalistes puisque chacun d’entre eux constitue une partie de ce qu’ils sont. C’est un peu dans cet ordre d’idées que les médias protègent leurs journalistes et les défendent en cas de poursuite, par exemple.

Il est vrai que l’éditeur aurait pu vérifier le travail de la journaliste auparavant. Pourtant, un journaliste qui réalise son travail avec la rigueur qu’on attend de lui ne devrait pas avoir besoin que son patron vérifie la validité de ses texte. C’est un mea culpa que signe dans sa lettre d’excuses le Cape Cod Times:

“Clearly, we placed too much trust in a reporter and did not verify sourcing with necessary frequency.” (Nous avons clairement trop fait confiance à cette journaliste et nous n’avons pas vérifié ses sources et son travail assez souvent.)

C’est une histoire malheureuse, car en bout de ligne, l’anecdote n’aura que renforcé le cynisme et la méfiance des citoyens envers les médias.

Entre vous et moi, cette femme devrait devenir romancière. Si les récits rapportés dans ses articles sont crédibles et détaillés, il n’en demeure pas moins qu’ils n’avaient pas leur place dans un média d’information. Mais dans un ouvrage de fiction, c’est une toute autre histoire…

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