Les journalistes sont-ils des complices?

Le journalisme clandestin est d’actualité, par les temps qui courent. Et ce n’est pas toujours positif.

Un journaliste français a été condamné à trois mois d’interdiction d’exercer son métier parce qu’il a filmé et diffusé les images d’un individu important des serpents venimeux. Il devra également payer 1000 euros à l’association pour la protection des animaux sauvages.

Le reportage a été réalisée avec une caméra cachée afin de témoigner de la facilité des individus à se procurer des animaux exotiques que la loi interdit de posséder.

La cause sera portée en appel, comme l’indique la dépêche, qui rapporte les propos de l’avocate du journaliste:

Elle déclare que « cette condamnation est fondée sur les seules déclarations du collectionneur de serpents qui a cru pouvoir ainsi atténuer sa responsabilité en impliquant le journaliste » et rappelle « qu’en aucune manière le journaliste n’a aidé, assisté ou incité cet homme ni dans sa décision, arrêtée de longue date, ni dans son acte de se procurer et détenir illégalement des serpents à son domicile. Le journaliste a en revanche, comme c’est son rôle, dénoncé par son reportage cette pratique courante et dangereuse et révélé ainsi au public une vérité certes dérangeante mais bien réelle. »

Les journalistes sont-ils complices d’un fait criminel auquel ils assistent passivement, dans le seul but de le rapporter? Absolument pas!

Les arguments de l’avocate sont tout à fait valables. Les journalistes, en témoignant d’une réalité, ne la provoquent pas, sauf dans certains cas dont j’ai fait état récemment. Il ne fait que faire état d’un acte, et aide au contraire à mieux encadrer les pratiques illégales. Si celles-ci sont inconnues du système de justice, comment pourrait-on les punir?

C’est simple: dans ce cas bien précis, si ce n’était du travail du journaliste, le propriétaire des serpents aurait-il été arrêté, puis poursuivi et condamné? J’en doute. Dans ce même ordre d’idées, si l’équipe de tournage avait été présente, caméras et micros braqués, il y a fort à parier que le fautif ne les aurait pas laissé le suivre, ou qu’ils se seraient faits prendre, ce qui n’était pas le but de la chose.

Certes, le journaliste n’a pas empêché l’homme de commettre un crime. (Et des crimes plus graves, Dieu sait qu’il y en a, mais c’est une toute autre histoire.) Il ne l’a pas fait parce que ce n’était pas son rôle; celui-ci était plutôt de témoigner de ce genre de pratique, justement parce qu’elle est illégale. La diffusion du reportage constitue par la suite une dénonciation en soi; le journaliste ne faillit pas à son devoir de citoyen dans l’exercice de son métier.

Je songe à tous ces journalistes de guerre, ou les photographes, dont les clichés parfois déchirants remportent souvent des prix. Seraient-ils reconnus coupables de ne pas avoir prêté assistance à ces personnes dont ils rapportent le triste sort?

Le photographe du New York Post devrait-il être condamné pour négligence criminelle?

Parce qu’il est indépendant des pouvoirs politique et judiciaire, le journaliste ne s’y soustrait pas. Mais son utilité aux premiers est indiscutable; si sa mission permet de les aider à mieux accomplir leur devoir et ce, sans intention ou négligence criminelle, le journaliste ne devrait pas être poursuivi. Autrement, il s’agit d’un abus de pouvoir envers la presse.

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