La passion ou le salaire. Et pourquoi pas les deux?

Aujourd’hui, Projet J traitait du modèle d’affaires particulier du magazine Urbania, qui célèbre son 10e anniversaire.

En effet, les journalistes pigistes, qui fournissent une grande partie des contenus de la plateforme, ne sont pas rémunérés pour leurs textes en argent, mais plutôt en billets de concert, en bons d’achats et autres cadeaux. Selon Projet J, les infographistes et blogueurs obtiendraient toutefois rétribution de la part d’Urbania, qui emploie quatre personnes à temps plein.

Le fondateur et éditeur de la publication justifie cette façon de faire par le fait que « les gens qui publient chez nous ne le font pas pour gagner leur vie, mais plutôt pour afficher leur savoir-faire dans un contexte de liberté créatrice totale. » Il explique aussi donner la chance à des journalistes néophytes d’exercer leur plume, parfois pour la première fois.

Plusieurs médias, pour ne pas dire de plus en plus, se tournent vers un système de contributions non rémunérées pour s’alimenter. Le cas du Huffington Post, pour ne nommer que celui-là, qui rétribue ses contributeurs en visibilité, avait fait grand bruit lors de l’arrivée de la plateforme au Québec.

Un autre texte, cette-fois si sur le Guardian, explique en quoi les stages non rémunérés ruinent la profession journalistique. Une tendance toutefois de plus en plus fréquente, mais surtout, un passage obligé pour faire ses armes dans la profession.

Cette citation, aussi frappante qu’elle soit, est malheureusement vraie. Un argument qu’on entend trop souvent:

He told us that if we couldn’t pull an unpaid internship off, then we didn’t want to succeed badly enough. (Traduction libre: Il nous a dit que si nous n’arrivions/ ne voulions pas à faire un stage non rémunéré, c’est que nous ne voulions pas suffisamment réussir.)

Et que dire de ce passage:

But it’s not like even these « lucky » enough chosen to be unpaid interns have it easy or fair. Oftentimes they work full-time hours without earning any money or receiving any benefits. Even if they perform well at their jobs, there isn’t a guarantee they’ll actually get hired, so there’s no end in sight for their unpaid labor. Basically, publications employ slave labor for people with degrees. (Ce n’est pas dit que ceux qui complètent des stages rémunérés l’auront plus facile par après. Souvent, ils travailleront à temps plein sans gagner un sou et même s’ils réussissent bien, ils n’ont aucune garantie d’obtenir un emploi rémunéré au terme de leur stage. Il n’y a donc pas de fin à leur travail bénévole. En somme, les médias font l’esclavage des travailleurs diplômés.)

Je comprends et suis même en accord avec le principe de s’investir au-delà du simple gagne-pain, pour se dépasser soi-même et par plaisir. Or, dans le contexte où ces collaborateurs sont des journalistes professionnels, la rémunération sous toute autre forme que monétaire ne fait que discréditer la profession. En plus de ne pas mettre de pain sur la table ou de payer le loyer.

Que doit-on déduire de cette façon de faire? Quelle valeur un éditeur accorde-t-il à l’information s’il ne la rémunère pas? Est-il éthique et raisonnable d’invoquer la volonté et le désir de pratiquer un métier pour imposer du bénévolat – c’est le mot – à quelqu’un qui a déjà investi énormément d’efforts pour y parvenir?

La présidente de l’Association des journalistes indépendants du Québec, Mariève Paradis, n’aurait pu mieux dire à Projet J:

Ce n’est pas comme ça que ça devrait fonctionner: une personne qui travaille, quels que soient sa tâche, son statut, son objectif, sa passion, devrait être rémunérée avec de l’argent. Là, ils le sont avec des cadeaux en provenance de l’agence de publicité. Il y a quelque chose de pas très éthique là-dedans.

Comment gagner sa vie du métier que l’on aime si on ne peut en vivre convenablement? Les conditions de travail précaires ne font que décourager bon nombre de talents d’aller exercer ailleurs, ou dans d’autres domaines.

Les exemples sont nombreux, mais ce témoignage est particulièrement probant des défis auxquels nous pouvons faire face.

Une chose est sûre: si ce genre de modèle d’affaires existe encore, c’est qu’il se trouvera toujours quelques personnes prêtes à faire le boulot sans un sou en retour, mais c’est en se mobilisant tous ensemble que les journalistes réussiront à conserver, à défaut d’améliorer, des conditions de travail décentes.

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