Moins de médias, moins d’information?

Cette semaine, j’apprenais avec regret et nostalgie que L’Action Régionale, un hebdomadaire pour lequel je fus durant quelques mois rédactrice en chef en 2011, ne sera plus publié.

En effet, dans sa version papier, le journal publie un avis signé du directeur général Serge Landry – que je salue s’il lit ces lignes – selon lequel les efforts de SunMedia, une division de Québécor qui possède plusieurs hebdomadaires sur la rive-sud de Montréal, seront concentrés sur les trois autres publications qui couvrent le même territoire. La dernière édition de l’hebdomadaire était donc la dernière.

Généralement, en tant que journaliste, la disparition d’un média, particulièrement imprimé, nous attriste. Encore plus quand il s’agit d’une publication pour laquelle nous avons écrit. De plus, la fermeture d’un média signifie généralement une plateforme de moins, donc une menace pour la libre circulation et la diversité de l’information.

Or, dans le cas de L’Action Régionale, l’information n’est pas menacée, pas plus que la qualité de celle-ci. En observant de plus près le contexte ayant mené à sa fermeture, on peut comprendre qu’il s’agit-là d’une décision d’affaires tout à fait logique, loin des fermetures sauvages et des coupures de postes corporatives qu’on doit trop souvent dénoncer.

Avant de me lancer, je précise toutefois que  j’y vais d’hypothèses expliquant, à mon avis, la fermeture de l’hebdomadaire, mais qu’en aucun cas, je n’ai eu connaissance d’informations relevant de la direction de Sun Media. Mon opinion ne se base donc que sur les observations que j’ai pu faire alors que je travaillais pour L’Action Régionale, et ne sert qu’à expliquer le contexte particulier du milieu dans lequel le média a évolué.

Il y a quelques années, L’Action Régionale était un hebdomadaire indépendant, appelé L’Impact, et dont la distribution s’éparpille actuellement tout le long de la Vallée-du-Richelieu, soit d’Otterburn Park à Chambly et ses environs. Il fut racheté par le groupe indépendant Les Hebdos Montérégiens dans la deuxième moitié des années 2000. Déjà, le groupe possédait trois hebdomadaires sur le même territoire: L’Oeil régional, Le Journal de Saint-Bruno et Le Journal de Chambly. L’actualité des lieux était donc dès lors couverte en double par deux journalistes de deux journaux différents. Pire, étant donné l’appartenance au même groupe de presse facilitait la convergence des contenus (bien avant Québécor!): il arrivait donc parfois qu’un texte de l’Action Régionale soit repris par un autre hebdomadaire ou vice-versa, et servi aux mêmes lecteurs.

Avec le temps, il a été convenu que la vocation de L’Action Régionale allait changer: plutôt que de traiter de l’actualité locale, comme s’en chargeaient déjà les trois autres hebdos du groupe, le journal allait offrir à ses lecteurs des exclusivités à saveur régionale, histoire de ne pas faire concurrence aux autres publications, beaucoup plus lues et connues. Interdit donc, de traiter d’actualité politique, des événements culturels et sportifs couverts par les trois autres journaux. Les reprises n’étaient plus permises non plus. Un très grand (et beau) défi journalistique.

Ceci étant dit, les autres hebdomadaires pouvaient aisément réaliser des dossiers exclusifs et régionaux, et puisque les équipes étaient plus nombreuses, disposaient de plus de moyens pour ce faire. Ainsi, il était difficile pour L’Action Régionale de conserver une niche qui la distinguait des autres. Sur ce plan donc, le journal était en concurrence avec ses propres frères.

Au début de 2011, le groupe est passé sous la bannière Sun Média (Québécor),  une importante étape dans la guerre des hebdos qui l’oppose à Transcontinental. Ainsi, dans les mois qui suivirent, TC Média a ouvert deux  hebdomadaires sur le même territoire et s’est affilié avec un autre qui était jusque là demeuré indépendant. En faisant le calcul, cela porte à sept le nombre d’hebdomadaires distribués sur le territoire. Dans certains secteurs mitoyens, les lecteurs en reçoivent cinq!

Tout ça, sans compter la féroce concurrence sur le marché des annonceurs, seule source de revenu des hebdomadaires. Déjà, les trois hebdomadaires locaux de Sun Média se battent contre ceux de TC pour leur vendre des publicités, mais L’Action Régionale se retrouve une fois de plus en compétition avec ses collègues. Son plus petit volume lui aura nui, malgré son tirage plus élevé que chacun des trois autres journaux séparément.

Selon ces observations, il me semble logique, pour des raisons économiques mais aussi stratégiques, de mettre un terme à la publication de L’Action Régionale. Pourquoi maintenir en vie un journal ayant peu de ressources, qui tire ses revenus et son contenu là où d’autres publications appartenant au même propriétaire et répondent amplement aux besoins des lecteurs et de l’entreprise? Compte tenu de ce que coûte l’impression d’un hebdomadaire, la décision fait du sens, particulièrement parce que pour une fois, on sait que la qualité de l’information locale n’en souffrira pas. Les sujets susceptibles d’être traités par L’Action Régionale pourront aisément être repris par les autres publications.

Je n’ai aucun doute que les quelques employées concernées par la fermeture de l’hebdomadaire sauront tirer leur épingle du jeu. À celles-ci, la meilleure des chances.

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