Infoman: mini controverse, mais pourquoi?

Depuis deux jours,  la décision de l’Ombudsman de Radio-Canada, Pierre Tourangeau, de blâmer Jean-René Dufort, bien connu pour son émission satyrique Infoman, à propos d’un reportage sur la bande de Gaza, suscite diverses réactions.

À la suite d’une plainte effectuée par David Ouellette, directeur associé des affaires publiques du Centre consultatif des relations juives et israéliennes, l’Ombudsman affirme qu’en omettant de mentionner qu’un des intervenants interrogés était également militant propalestinien, et qu’en négligeant d’accorder du temps d’antenne à un sympathisant de la cause israélienne, soit durant le reportage ou par la suite, l’équipe ayant réalisé le topo a enfreint les principes d’équilibre et d’équité que doit observer la société d’État.

Certains crient à l’ingérence politique et sont convaincus que l’appui inconditionnel du gouvernement conservateur à Israël est à la source de cette décision. D’autres estiment que celle-ci est justifiée, car Infoman s’est permis une escapade au Moyen-Orient alors que la société d’État est en crise (financière, entre autres). On allègue aussi que le sujet est si sérieux que de l’aborder avec une touche d’humour relève du mauvais goût. Et plusieurs ne comprennent pas ce qui aurait pu être offensant.

Bref, il s’agit d’un verdict qui ne laisse personne indifférent.

Dans sa décision, M. Tourangeau explique pourquoi le cas Infoman tombe sous sa juridiction, même si en théorie, l’émission n’est pas considérée pour être journalistique, mais plutôt comme un divertissement. Même que M. Dufort n’est pas reconnu par la FPJQ comme un journaliste, malgré son style qui s’apparente beaucoup au journalisme. (Hugo Prévost explique ici pourquoi il faut considérer – ou non – JRD comme un journaliste.)

Bien que présenté dans le cadre d’une émission d’humour, ce reportage de M. Dufort a fait l’objet d’un « traitement journalistique », l’assimilant ainsi à un « contenu d’affaires publiques », ce qui le fait tomber sous la juridiction de l’ombudsman.

Comme le souligne Prévost dans son billet, l’exemple illustre bien le mélange des genres et la confusion qui règne tout autour.

Le reportage de M. Dufort ne semble pas pencher particulièrement d’un côté ou de l’autre de la balance, mais illustre plutôt habilement et avec humour une réalité que nous, Occidentaux, avons eu rarement la chance d’observer.

Certes, on peut penser que l’animateur condamne le sort des Palestiniens, au détriment d’Israël, mais compte tenu du style de l’émission, les habitués auront clairement compris que l’objectif du reportage est de souligner l’absurde de la chose, d’informer et de renseigner sur un sujet on-ne-peut-plus sérieux, mais de le faire avec humour, la signature d’Infoman.

À prime abord, on voit clairement que des techniques journalistiques ont été utilisées pour réaliser le reportage. De l’autre, le ton donné à celui-ci relève malgré tout de l’éditorial, de l’éditorial à semi-camouflé disons. Et comme la tâche d’un éditorialiste est généralement de prendre position, pourrait-on lui reprocher d’avoir étalé des faits pour faire valoir son point de vue?

L’absence de réplique, dans un contexte ne se voulant pas journalistique selon les règles de l’art, a-t-il nui ou teint les connaissances et la compréhension qu’il a été possible d’acquérir de ce reportage?

La réponse à cette question, à mon avis, vient confirmer la pertinence, ou non, de la décision.

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