Ah, ces maudits journalistes!

Quand on évolue dans les médias, on n’a pas le choix de s’exposer régulièrement à la critique, plus souvent négative que positive. Et il faut savoir y faire face, car on ne peut y échapper. Cela nous oblige à redoubler de prudence et à être encore plus rigoureux dans le traitement des nouvelles.

De plus en plus, la population semble cynique à l’endroit des médias et des contenus que ceux-ci produisent. En France, à peine une personne sur quatre dit faire confiance aux journalistes. Le phénomène atteint aussi le Québec, où les journalistes ne parviendraient pas à gagner la confiance d’au moins la moitié de la population.

Concrètement, quels sont les reproches qu’on formule le plus souvent aux journalistes?

  • Tout d’abord, ils ne seraient pas réellement indépendants; ils seraient plutôt à la remorque des acteurs politiques ou vendus aux  organisations et aux corporations. Pire encore, ils obéiraient aveuglément aux ordres de la direction de leur média, qui elle est à genoux devant un parti politique, l’administration municipale ou tout autre acteur de pouvoir.
  • Ils seraient crédules et goberaient n’importe quoi; ils déformeraient allègrement la réalité pour plaire au pouvoir ou à ceux qui détiennent l’argent.
  • Ils seraient à la merci des annonceurs.
  • Ils omettraient ou amplifieraient certains faits quand cela les avantage.
  • D’un côté, ils favoriseraient toujours les plus forts; de l’autre, ils mettraient en scène les plus faibles pour faire mal paraître les grandes entreprises ou le système (les « plus forts »). Ils n’accorderaient pas un traitement égal à l’un ou à l’autre, selon ce qui est le plus sensationnel.
  • Ils n’admettraient pas leurs erreurs.

Ce cynisme se vérifie facilement. Il ne suffit que de lire quelques commentaires en réaction à certains articles, particulièrement sur les médias sociaux où les lecteurs sont les plus volubiles, pour constater que bien peu croient encore que les journalistes sont objectifs, neutres et qu’ils ne sont pas de vulgaires marionnettes servant à défendre l’idéologie de celui qui signe leur chèque de paie.

Si ces temps-ci, le cas de Pierre-Karl Péladeau fait jaser, l’empire Gesca n’est pas épargné par ses détracteurs. En voici un très bon exemple, qui date d’il y a quelques mois et qui illustre très bien l’opinion de ceux qui croient voir le jupon des Desmarais dépasser entre les pages de La Presse.

C’est sans compter les journalistes en région, qui vivent parfois une telle situation sans même appartenir à un grand groupe de presse.

Personne n’est donc à l’abri.

Mais si les journalistes se font sans cesse reprocher d’être partiaux par deux parties inverses, peut-être sont-ils plutôt neutres? Peut-être accuse-t-on plutôt les médias d’être partiaux quand ils ne sont pas « impartiaux » en leur faveur?

Cette méfiance à l’égard des « prolétaires de l’information », pour reprendre l’expression de mon collègue Michel Laliberté, se manifeste aussi chez les organisations par des tentatives de plus en plus fréquentes de calculer et de contrôler l’information. On cherche à protéger la marque, l’institution, l’image à tout prix.

Un exemple récent. Des propos du ministre Yves Bolduc (sur le fait que les commissions scolaires peuvent bien couper dans l’achat de livres de bibliothèques car celles-ci sont bien garnies) font vivement réagir. Un responsable de bibliothèque scolaire accepte une demande d’entrevue et indique qu’il en a long à dire sur le sujet. Une quinzaine de minutes après avoir convenu de se rencontrer plus tard, ce jour-là, il recontacte la journaliste et prétexte avoir oublié un autre rendez-vous, précisément à cette heure. Il la réfère au service des communications de la commission scolaire, qui se chargera de répondre aux questions, si elles lui sont fournies à l’avance. On apprendra plus tard que la direction de la commission scolaire s’en est mêlée.

Autre exemple. Une certaine municipalité du Québec, plutôt que de répondre aux demandes d’entrevue, diffuse l’information par voie de communiqué, sans offrir de précisions supplémentaires par la suite. Cela permet de contrôler la diffusion du message et les informations que celui-ci contient.

Certes, on ne peut reprocher à personne ou à une organisation de vouloir éviter de se mettre les pieds dans les plats. Mais des réponses prémâchées, institutionnalisées et dénuées de tout vécu humain, de toute expérience terrain et visant à éviter d’entrer dans trop de détails font du reportage une histoire beaucoup moins intéressante.

C’est le travail du journaliste de remettre en question, de vérifier et d’analyser les informations qu’on lui fournit, afin d’apporter à son reportage un éclairage qui n’est idéalement pas teinté par les motivations de ses sources. Certes, les choix démontrent une certaine subjectivité de la part du reporter, mais l’honnêteté journalistique, elle, doit absolument y être.

Allons-y donc d’une brève mise au point.

Peu importe à quel point les journalistes tenteraient de se défendre leur indépendance, leur impartialité et leur objectivité, ils ne parviendront jamais à convaincre ceux qui croient dur comme fer que chaque jour, un patron de presse est grassement payé pour surveiller tout ce qui s’écrit, se tourne ou se diffuse. C’est une bataille perdue d’avance.

Quoi faire alors?

Pas grand chose, si ce n’est de continuer à s’acquitter de son travail du mieux que l’on peut. Et se souvenir qu’on fait parfois, sinon souvent, des bons coups quand même.

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