La chute

Je n’en reviens tout simplement pas.

Aujourd’hui est un triste jour pour la presse québécoise.

Aujourd’hui, La Presse provoque un tollé – probablement du jamais vu au Québec, si ma jeune mémoire est bonne – en publiant une longue enquête éventant de nombreux « reportages » du chroniqueur international François Bugingo. Bref, il aurait inventé de toutes pièces de nombreuses histoires qu’il a racontées ici et là dans les médias où il était collaborateur.

Il s’agit de très graves accusations. Des accusations difficiles à croire vu leur ampleur. Par contre, on peut se douter qu’avant de publier ces allégations, La Presse a procédé à de nombreuses vérifications et qu’elle avait assez de preuves solides pour diffuser. Le cas contraire, le média s’exposerait à de coûteuses poursuites, un risque que les patrons de presse n’aiment généralement pas prendre.

Nous sommes plusieurs à être sousle choc. La nouvelle circule un peu partout autour du globe, à l’heure qu’il est. #Bugingo est un mot-clic en vogue sur Twitter.

Il s’agit probablement du plus grave délit qu’un journaliste peut commettre: mentir. Dans le métier, c’est l’équivalent d’une fraude à la Lise Thibault, c’est l’innommable, l’impensable. Un suicide professionnel.

Une chose est sûre, François Bugingo aura à s’expliquer. Laissons-le s’expliquer, au moins.

Pourquoi mentir? Pourquoi inventer? Qu’en a-t-il retiré? N’y avait-il pas de vraies histoires suffisamment passionnantes et prenantes qui méritaient d’être racontées?

Et dire que cet homme est allé à Tout le monde en parle pour plaider pour la liberté de presse. Il a aussi rédigé un texte savoureux sur le sujet, un texte qui a maintenant un goût amer.

La liberté de presse, c’est l’absence d’entraves au travail journalistique; mais l’absence d’entraves ne donne pas une liberté entière au journaliste.

Ironiquement, souligne aussi La Presse, Bugingo avait commenté le cas de Fox News, qui avait aussi inventé une histoire. Et dans cette chronique, l’homme dénonce tout ce qu’il a fait depuis des années.

En revanche, les professionnels des médias devrions nous faire un devoir de dénoncer à répétition les dérives de Fox News ou d’autres médias de propagande. D’abord, parce que c’est notre devoir professionnel et éthique. Ensuite, parce qu’il en va de notre crédibilité auprès de nos publics (auditeurs, lecteurs, téléspectateurs, etc.), car je redoute que cette presse de torchon ne nous entraîne dans les bas-fonds de perte de pertinence de notre profession. Et enfin, parce que notre conscience civique nous impose cet engagement.

Au fait des révélations d’aujourd’hui, je me demande comment Bugingo a pu faire pour appuyer sur le bouton « Envoyer ».

La Fédération professionnelle des Journalistes du Québec a fait savoir qu’elle se pencherait sur le cas, qu’elle écouterait ce que M. Bugingo a à dire sur la situation et qu’elle agirait en conséquence.

Son code de déontologie, auquel tous les membres sont tenus d’adhérer se fonde sur plusieurs valeurs, dont l’honnêteté intellectuelle, la vérité et la rigueur.  Ses règlements, disponibles sur son site internet, prévoient des procédures en cas de manquement grave.

Ce qui est malheureux de cette histoire, c’est la déception de voir un collègue avoir probablement contourné les règles du jeu, et, en conséquence, avoir jeté le discrédit sur la profession.

Combien de gens généraliseront et douteront du travail rigoureux d’autres journalistes? Combien nous mettront tous dans le même panier? Qui croire,  où s’informer?

La crédibilité des journalistes est leur meilleure arme. Leur nom, c’est leur carte de visite. C’est en signant des reportages rigoureux, et surtout véridiques, qu’on se construit une réputation. Une fois que celle-ci est entachée, il est difficile de se relever.

Une leçon très douloureuse qu’apprend aujourd’hui M. Bugingo. On assiste en direct à sa chute.

En cette période où le cynisme est contagieux, cette histoire, qu’elle s’avère entièrement vraie ou non, salit le noble métier.

Aujourd’hui est un triste jour pour la presse québécoise.

* AJOUT: Sur sa page Facebook, M. Bugingo a tenu à s’exprimer sur la malheureuse situation. Il considère l’article de La Presse comme une attaque. Il allègue avoir toujours vérifié ses informations et compte défendre son intégrité.

Espérons que son témoignage réussira à faire la lumière sur cette affaire.

* AJOUT le 29/05: M. Bugingo a publié ce soir des explications sur sa page Facebook. Il est juste de lui laisser s’exprimer. À lire ici.

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