Une étude pour apprendre quoi?

Autre journée, autre controverse. On apprenait aujourd’hui, à travers le Journal de Québec, que l’ex première-ministre Pauline Marois a mandaté Dominique Payette pour réaliser une étude dressant le portrait des médias de la région de Québec. Une entente de gré à gré de 24 500$ et financée à partir de son allocation annuelle de 200 000$, dont elle et d’anciens premiers ministres (depuis 2012…) bénéficient pour les trois années suivant la fin de leur mandat.

Comme plusieurs, j’ai éprouvé un certain malaise en apprenant cette nouvelle.

Je me questionne d’abord sur le choix d’octroyer le mandat à Mme Payette,  délicat dans les circonstances.

Étudiante, j’ai eu la chance de suivre un cours offert par Mme Payette, professeure du Département d’information et de communication de l’Université Laval et auteure d’une grande étude sur les médias et l’avenir du journalisme. Cette dame connaît excessivement bien l’univers de l’information, et conséquemment, celui des médias de sa région. Il est évident qu’elle dispose de toutes les compétences nécessaires pour s’acquitter d’une telle tâche.

Or, aux dernières élections, elle a été candidate péquiste dans la circonscription de Charlesbourg, à Québec,  sous Mme Marois.  De plus, elle est actuellement mairesse de la municipalité de Lac-Delage. Voyez-vous les possibilités de conflits d’intérêts?

Mme Payette a notamment attribué aux médias, et plus particulièrement aux radios de Québec, la déconfiture de son parti.

Certains commentateurs de l’actualité ont aussitôt conclu que Mme Marois et Mme Payette se sont payé une analyse de leur défaite électorale aux frais des contribuables.

Je me demande plutôt si ce jugement teintera les conclusions de son étude.

De plus, le fait qu’elle soit maintenant une élue au pallier municipal a transformé le rapport qu’elle entretient avec les médias, ne serait-ce que ceux qui couvrent Lac-Delage; d’observatrice du journalisme, elle est devenue actrice de l’actualité.

Nul doute que Mme Payette est professionnelle, mais son objectivité estminée par ses déclarations passées et par son implication actuelle en politique.

Par ailleurs, dans l’article du Journal, son attachée politique indique que l’ex-première ministre souhaitait « mieux comprendre le «phénomène particulier» de la presse de Québec ». Cette recherche pourrait être rendue publique, au bénéfice de tous les élus, a-t-on aussi fait savoir.

Une interrogation me vient alors en tête: pourquoi uniquement les médias de Québec?

Il existe selon certains le « mystère Québec », où les médias, particulièrement la radio parlée, seraient plus à droite et à contrecourant de leurs confrères d’ailleurs, ce qui expliquerait aussi pourquoi le vote diffère aussi de la tendance montréalaise, par exemple.

Mythe ou réalité? Un candidat du Parti québécois, qui tente de remporter l’élection partielle dans Chauveau, a affirmé sur les ondes du FM93 que cela n’est pas le cas, et qu’il s’agit davantage d’un « prétexte » pour excuser la difficulté du parti à rejoindre la population dans la région de la capitale.

Une autre question qui m’est venue en tête, c’est: à quoi cette étude, dont on sait très peu de choses, mis à part qu’elle recensera les médias de Québec, peut-elle servir à Mme Marois maintenant qu’elle n’est plus en politique active? Je me demande même en quoi lui sera-t-elle utile tout court, qu’elle soit élue ou pas.

Qu’il existe un « mystère Québec » ou non, le fait de réaliser une étude sur le sujet ne changera pas l’opinion des chroniqueurs ou la ligne éditoriale de ces médias. On a beau être en désaccord avec quelqu’un qui a une opinion divergente de la nôtre, cela n’empêche pas qu’il a droit à celle-ci, et qu’une diversité des points de vue est sain dans toute démocratie.

Serait-ce donc parce qu’en comprenant comment les médias de Québec « pensent », on peut adapter le message pour qu’il soit perçu plus favorablement? Serait-ce pour éventuellement cibler les médias plus susceptibles d’être sympathique à la cause?

Si tel est le cas, il se serait agi d’une recherche menée à des fins partisanes, qui aurait du être financée par le Parti québécois, mais surtout pas par des fonds publics.

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