Pour en finir avec la transparence Saran Wrap™

Une semaine après l’élection générale, dans plusieurs centaines de municipalités québécoises, de nouveaux visages font graduellement leur apparition dans les hôtels de ville et les mairies.

Dans plusieurs centaines de municipalités québécoises, tout autant de candidats ont promis la transparence au cours des dernières semaines. Un concept abstrait, galvaudé de tous bords tous côtés, et surtout à la mode en politique par les temps qui courent. Chacun se prétendait le champion de la lutte à l’obscurantisme.

Maintenant élus, ces personnes passeront-elles de la parole aux actes? On l’apprendra d’ici quelques semaines, le temps que les nouveaux représentants prennent leurs aises dans leurs nouvelles fonctions.

Ce sera alors le moment de les sensibiliser à ce qu’est la véritable transparence. Pas une transparence Saran Wrap, comme je me plais à l’appeler, où ce qui semble translucide est finalement bien hermétique.

Ces élues et élues sont-ils prêts à ne pas étirer inutilement les délais de traitement des demandes d’accès à l’information formulées par les journalistes et les citoyens? Sont-ils prêts à ne pas transmettre des documents ultra-caviardés alors que ce n’est pas nécessaire?

Ces élues et élues sont-ils prêts à ne pas user de chantage économique avec le retrait des avis publics ou des publicités de la Ville lorsqu’ils sont mécontents de la couverture à leur égard?

Ces élues et élues sont-ils prêts à ne plus refuser l’entrée aux journalistes lors des séances régulières du conseil? Après tout, les professionnels de l’information sont des citoyens ordinaires, dont l’emploi consiste essentiellement à avoir le temps que les autres n’ont pas pour exiger des comptes aux élus portés au pouvoir par ceux à qui ils feront ensuite un compte-rendu.

Ces élus et élues sont-ils aussi prêts à permettre l’accès aux caméras et enregistreuses lors de ces séances? Actuellement, des dizaines de municipalités québécoises comptent, dans leurs règlements de régie interne, un ou plusieurs articles interdisant l’usage de dispositifs d’enregistrement, sauf si le maire ou le directeur général en donne l’autorisation au préalable. De telles mesures entrent en contradiction avec le Code municipal et sont d’ailleurs contestées devant les tribunaux pour deux municipalités du Québec, en plus de faire l’objet d’une réprimande de la part du Commissaire aux plaintes du ministère des Affaires municipales et de l’occupation du territoire.

La loi doit faire en sorte que de telles interdictions ne puissent plus être adoptées et que celles qui sont toujours en vigueur soient abolies.

Un dialogue est nécessaire, tant auprès des élus eux-mêmes que des différentes instances qui les représentent: le ministre des Affaires municipales, la Fédération québécoise des municipalités et l’Union des municipalités du Québec, dont un nouveau président sera à élire sous peu.

D’ici là, l’organisation est représentée par un maire qui a mis en place une politique pour contrôler les communications de sa municipalité afin d’en promouvoir une image positive. En vertu de cette politique, les employés municipaux ne peuvent plus répondre eux-mêmes aux questions des journalistes. Les conseillers, pour leur part, doivent référer toute demande au cabinet du maire. Au moins, Drummondville a été suffisamment transparente pour publier ladite politique sur son site Internet…

Gageons que ce maire est loin d’être le seul à avoir eu une telle idée. Nombreux sont les élus qui craignent de faire les manchettes pour « les mauvaises raisons ».

En ce sens, une formation aux médias doit un jour offerte aux élus, particulièrement à ceux qui en sont à leur premier mandat et qui ne savent pas comment interagir avec la presse locale. La méconnaissance de notre travail et de son fondement – le droit du public à l’information –  explique en partie le climat parfois tendu entre les journalistes et les maires de municipalités hors des grands centres. Assurons-nous que cela ne soit plus un facteur dans l’équation et que les craintes à l’égard des journalistes se dissipent un peu.

Une information partagée, si elle est contrôlée et filtrée, ne signifie pas la transparence… Loin de là.

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Hebdos: retour à l’équilibre

Une heureuse nouvelle est tombée aujourd’hui: 21 titres de TC Média passent aux mains d’Icimédias, faisant doubler d’un seul coup le nombre de publications ayant trouvé preneur depuis la mise en vente, ce printemps, de 93 médias. Une nouvelle qui, à l’époque, était plutôt inquiétante pour l’avenir de l’information régionale et pour les centaines d’emplois en jeu.

Compte tenu du marasme entourant la survie économique des médias, le fait qu’à peine un peu moins de la moitié des périodiques aient déjà été vendus, quasiment à la pièce, est une excellente nouvelle en soi, bien que dans certains cas, d’importants sacrifices ont du être faits pour maintenir les titres en vie. En outre, l’acquisition d’Icimédias est, de loin, la plus importante en termes du nombre de titres cédés.

Chez TC Média, on m’expliquait hier que d’autres discussions avaient cours avec d’autres acheteurs potentiels. L’intérêt est là, a-t-on souligné.

Les quelque 50 titres restants trouveront-ils tous preneur? C’est difficile à dire, à l’heure actuelle.

Mais ça augure bien.

On revient donc graduellement à l’équilibre qui existait avant 2010, période marquant le début de la « guerre des hebdos » que se sont livrés Québecor et TC Média pendant environ trois ans, c’est-à-dire un retour à une certaine hétérogénéité de la propriété des titres, entre les mains d’un plus grand nombre de plus petits propriétaires.

Des plus petits propriétaires, certes, mais qui sont d’abord des gens des régions reprenant le contrôle sur leur information locale. Des actionnaires qui connaissent la valeur sociale et démocratique de leurs médias fraîchement acquis et qui démontrent la ferme intention de défendre ce qu’ils considèrent être une institution dans leurs communautés respectives.

La quête de l’intérêt public et le désir de bien desservir son milieu semblent donc prendre du gallon aux côtés de la recherche de profit , qui semblait guider ceux qui tiraient les ficelles durant la guerre des hebdos, et ce, sans toutefois sacrifier la quête de la rentabilité, entreprise privée oblige.

Malgré toute leur bonne volonté, ces nouveaux propriétaires de presse réussiront-ils à tirer leur épingle du jeu, sachant que Sun Média, puis Québécor se sont défaits de ces avoirs car ils n’étaient plus rentables?

Il serait surprenant que les prix des publicités, qui avaient chuté en raison de la compétition des deux géants, remontent pour atteindre les tarifs d’autrefois. Et puis, bon nombre d’annonceurs  ont depuis choisi de placer leurs billes dans les Google et Facebook de ce monde.

Mais qui sait si cette profession de foi pour un contenu local et pour une gestion de proximité n’est pas l’une des clés de voûte qui ramèneront enfin les annonceurs au bercail…

Tout cela en autant que l’indépendance des journalistes soit respectée et qu’on les protège des pressions, tant commerciales que politiques, que certains pourraient être tentés d’exercer. En ne faisant plus partie d’un grand groupe, le rapport de force change.

C’est donc collectivement qu’il faudra s’assurer que les possibilités d’entrave au travail des journalistes régionaux, souvent des équipes très réduites, soient limitées.

La profession doit aussi outiller ceux-ci en mettant à leur disposition des ressources et de la formation qui leur permettront de s’acquitter de leur tâche avec plus d’aisance, mais aussi un réseau de contacts qui, au-delà de leur seul média, leur permettra de retrouver ce rapport de force qui les rendait moins vulnérables au sein d’un grand groupe de presse.

L’information régionale, qu’ossa donne? (2017)

Samedi dernier s’est déroulé le tout premier forum montérégien L’Information régionale, qu’ossa donne? organisé par la FPJQ-Montérégie. Un projet sur lequel j’ai planché pendant deux ans en compagnie des autres administrateurs de la section et qui s’est concrétisé grâce à un travail d’équipe formidable.

La rencontre s’est tenue au Centre communautaire de Saint-Bruno-de-Montarville, avec l’objectif de voir échanger journalistes, patrons de presse, observateurs et membres du grand public.

Voici un (très bref) résumé de la demi-journée, forte en réflexions intéressantes.

Sur le rôle de la presse régionale:

Ex-journaliste, la députée caquiste de Montarville, Nathalie Roy, rappelle que les médias sont le contrepoids au pouvoir, même si bon nombre d’élus ne comprennent pas le travail des journalistes. Ceux-ci peuvent poser des questions que certains députés ne peuvent poser.

« J’avais plus de pouvoir dans ma liberté de parole quand j’étais animatrice et journaliste que depuis que je suis députée », affirme celle qui perçoit dans son propre rôle celui d’aider les médias à bien s’acquitter de leur tâche.

Aux yeux de Brenda Shanahan, députée libérale fédérale dans Châteauguay, les médias régionaux permettent à des acteurs ne disposant pas d’une tribune sur le front national de s’exprimer.  La radio et la télévision communautaires ont un rôle de premier plan pour informer, souligne-t-elle.

Des propos qui ont trouvé écho chez ceux de la mairesse de Sainte-Julie et présidente sortante de l’Union des municipalités du Québec, Suzanne Roy. Celle-ci a déploré l’effritement du nombre de voix régionales, qui se traduit par un partage de contenus de moins en moins local. Parce qu’ils s’y reconnaissent moins, il n’est pas étonnant que les gens consultent de moins en moins leurs hebdomadaires, a-t-elle soutenu. Pour pallier au problème, il importe de recréer un lien de proximité avec le public, croit l’élue.

Ce lien a d’ailleurs été transformé avec l’apparition des médias sociaux, a soutenu le maire de Saint-Bruno-de-Montarville, Martin Murray.  « On peut pousser notre information directement, sans intermédiaire. Le journaliste vient poser un certain nombre de nouvelles importantes, qui s’incarnent de façon différente », note-t-il.

Sur le projet de loi 122: 

Le projet de loi, dont un des articles pourrait libérer les municipalités de diffuser leurs avis publics dans les médias imprimés, privant ceux-ci de plusieurs dizaines de milliards de revenus et menaçant de fermeture certains titres.

Les invités n’étaient toutefois pas sur la même longueur d’onde face à la mesure.

Nathalie Roy, elle, reconnaît que la mesure menace la survie financière de certains médias, ajoutant que la CAQ prendrait position afin de maintenir l’obligation des villes à publier des avis publics dans les journaux, car cela aide les médias à survivre. « Les gens doivent savoir ce qui se passent dans leur communauté », ajoute la députée de Montarville, qui perçoit l’étude du projet de loi comme une opportunité de se questionner sur les façons de conserver les journaux locaux,.

Les élus municipaux sont d’un autre avis. Bien qu’en faveur de la survie des médias locaux, ceux-ci allèguent que le financement des médias ne relève pas d’eux exclusivement.

« Est-ce que c’est la responsabilité des villes, à elles seules, de financer les médias? Peut-on obliger les autres palliers de gouvernement à faire de même? » demande Suzanne Roy.

« La crise des médias ne peut pas relever uniquement des municipalités. Notre rôle n’est pas de supporter financièrement des médias, c’est de rejoindre de la façon la plus complète possible les citoyens quand on a une information à leur communiquer », a renchéri Martin Murray.

Sur la captation vidéo et l’enregistrement des séances: 

Là aussi, les opinions ont divergé. Si les journalistes présents se sont tous, ou presque, prononcé en faveur de l’enregistrement des séances, les élus, eux, étaient plus réticents. Ceux-ci plaident pour un encadrement plus serré et ce, afin de limiter les dérapages, comme le cas de Sainte-Marie-Madeleine.

« Les journalistes, contrairement aux citoyens, ont un code de déontologie; ils ne font pas n’importe quoi avec les captations qu’ils font des séances », dit Suzanne Roy.

« Les assemblées publiques ne doivent pas devenir un cirque ou se retrouver dans certaines émissions satyriques, qui ridiculisent les élus », renchérit Martin Murray, ajoutant que des citoyens peuvent être intimidés par la présence de journalistes.

Pierre Saint-Arnaud, journaliste à la Presse canadienne, a toutefois souligné que le Commissaire aux plaintes du MAMOT a récemment rendu une décision permettant aux citoyens de filmer les séances publiques.

Le combat est toutefois loin d’être gagné…

Sur la notion de proximité entre les journalistes et leurs sources:

Trop proches de leurs sources, les journalistes en région? Pour plusieurs patrons de presse,  la proximité tient davantage d’une force que d’une faiblesse.

Un des moteurs du succès des médias locaux, c’est la proximité avec ses lecteurs, ses sources d’information. Il faut toutefois tracer la ligne entre intérêt privé et intérêt public, dit Marc Gendron, directeur de l’information à La Voix de l’Est.

Plus encore,  les médias ultra locaux font partie de la communauté, soutient Éric Aussant, de TC Média. « En étant journaliste, on participe activement à la vie de cette communauté », avance-t-il.

Comme journal, on veut avoir la nouvelle. On n’attend pas nécessairement la conférence de presse, même si les décideurs voudraient qu’on attende la coupe de ruban, note Jean-Luc Lorry, journaliste au Courrier de Saint-Hyacinthe. D’où l’importance de prendre soin des sources sur le terrain.

Bien qu’une certaine proximité avec les sources pourrait mener à des situations où surviennent de potentiels conflits d’intérêts, la déontologie et le professionnalisme des journalistes servent de rempart, note Philippe Clair, propriétaire de l’hebdomadaire Les Versants. « La crédibilité du média relève de l’épaisseur du mur avec les annonceurs et le contenu. La crédibilité du contenu est garante de la survie des médias », ajoute-t-il.

À l’abri des caméras, un déni de démocratie

Le conseil municipal de la paroisse de Sainte-Marie-Madeleine, non loin de Saint-Hyacinthe, et certains citoyens, n’ont visiblement pas apprécié d’être tournés au ridicule dans un segment de l’émission Infoman.

Ils ne l’ont tellement pas digéré, en fait, qu’un avis de motion a été donné lundi soir, lors de la séance régulière du conseil, afin d’en « interdire l’enregistrement visuelle (sic) par une personne du public. » Cela inclut les journalistes.

En mêlée de presse, à laquelle mon collègue Bruno Beauregard de Cogeco et moi-même avons pris part, le maire Simon Lacombe expliquait que seule la caméra de la municipalité sera autorisée pour filmer, à moins qu’une autorisation spéciale ne soit accordée au préalable. Les modalités de ces exceptions n’ont pas encore été déterminées.

Bien sûr, la Ville continuera de filmer et de diffuser ses séances. Or, les captations vidéo ne sont disponibles, du propre aveu du maire, que quelques jours plus tard sur le site Web de la municipalité. Et le fait d’être la seule preneuse d’images lui garantit  le contrôle (en théorie ) du message, d’où l’entrave au travail des journalistes, qui doivent pouvoir produire leur propre matériel.

Les journalistes seront bienvenus à poser des questions, mais sans pouvoir filmer, a aussi précisé l’élu, qui ne considère pas la mesure comme un manque de transparence puisqu’elle aurait été réclamée par certains citoyens fâchés de l’image que les segments diffusés donnent de la municipalité.

Quel service rend-il alors aux autres citoyens, qui s’informaient via d’autres sources d’information, par exemple la station Cogeco?

Curieux hasard que l’on présente un tel règlement deux jours à peine avant la Journée internationale de la liberté de presse, qui aura lieu le 3 mai. Cela démontre qu’il y a encore beaucoup de travail à faire pour faire respecter celle que l’on célébrera demain.

Certes, seul l’avis de motion a été donné lundi soir; le règlement officiel devrait être adopté à la séance de juin. Il y a donc espoir que le pire ne se produise pas. Mais si le règlement est adopté, il s’agirait d’un important recul du droit du public à l’information et, conséquemment, de la démocratie, en plus d’une entrave à la liberté de presse.

Le travail des journalistes s’appuie sur le caractère public des séances; en empêchant et les journalistes et les citoyens d’enregistrer celles-ci, les villes refusent à ceux ne pouvant pas assister aux rencontres sur places le droit de savoir ce qui se passe. Les élus ont un devoir de rendre des comptes à ceux qui les ont portés au pouvoir. La transparence derrière des portes closes, à micros fermés ou à l’abri des caméras, ce n’est pas la démocratie.

Cela est d’autant plus ironique que le maire Lacombe a reconnu que Sainte-Marie-Madeleine est membre de la Fédération québécoise des municipalités, laquelle a adopté en 2005  une résolution invitant ses membres à permettre l’enregistrement des séances de conseil par les médias et à donner libre accès aux journalistes à leurs réunions.

« Nous, c’est un cas spécial », a-t-il affirmé en mêlée de presse pour justifier la situation.

Il faut justement libérer la liberté de presse et le droit du public de tout arbitraire afin que ceux-ci soient respectés.

Ce n’est pas parce qu’il s’agit d’une petite municipalité que cela est moins grave. Au contraire. Souvent, ces petits villages sont délaissés par les médias, faute de temps, ou tout simplement faute de journalistes. Sans chien de garde de la démocrate, comment sait-on ce qui se passe dans les mairies?

Il est donc tout naturel pour le conseil de Sainte-Marie-Madeleine d’avoir été déstabilisé en réalisant que des images captées lors de séances précédentes aient été diffusées sur les ondes de Radio-Canada, obtenant une visibilité jamais égalée auparavant, et surtout, pas pour les bonnes raisons.

Mais on choisit de punir ceux qui n’ont fait que démontrer la réalité. Cela rappelle, une fois de plus, l’importance d’éduquer les élus, particulièrement ceux qui ne sont pas constamment sous les feux des projecteurs, au rôle de la presse. Bon nombre d’entraves pourraient être évitées s’il ne persistait pas une profonde méconnaissance du travail des journalistes là où ceux-ci ne sont pas légion.

MISE À JOUR: L’adoption du règlement brillait par son absence à la séance du 5 juin dernier. Nous apprenons que la municipalité a choisi (pour l’instant) de reculer.

Médias à l’abandon: le triomphe du capitalisme

On sentait que c’était imminent. C’est maintenant officiel. TC Média (Transcontinental) annonce la mise en vente de ses titres québécois et de l’Ontario, à l’exception de quelques-uns, dont le journal Les Affaires.

Cette décision d’affaires a-t-elle un lien avec la future adoption du projet de loi 122, qui libérera les municipalités de leur obligation à publier leurs avis publics dans des médias imprimés locaux? Rappelons-le, la mesure, si elle est retenue par les élus de l’Assemblée nationale, portera un grand coup aux finances des journaux régionaux, qui tirent une bonne partie de leurs revenus des avis publics.

Déjà, la semaine dernière, le groupe s’était délesté de 28 publications dans les Maritimes; l’an dernier, c’étaient les titres de la Saskatchewan.

Actuellement, TC Media emploie environ 1000 personnes dans ses journaux locaux et régionaux québécois.

Qui voudra des hebdos?

Rappelons qu’une purge avait eu lieu en 2014 avec la fin de la guerre des hebdos que s’étaient livrés Québécor et Transcontinental. Une trentaine de journaux avaient été mis en vente; moins de la moitié ont survécu en bout de ligne.

L’occasion s’était présentée il y a trois ans, la revoici. Mais qui voudra acheter un, voire plusieurs, hebdomadaires?

À l’époque, j’avais déjà émis certaines craintes face à la situation, des inquiétudes qui refont surface aujourd’hui:

Or, ce n’est pas d’acheter un média qui coûte cher, c’est de le faire rouler et de le faire prospérer. Et, contrairement à d’autres actifs, la valeur marchande des publications semble diminuer sans cesse.

Qui voudra se porter acquéreur d’une ou plusieurs de ces publications? Qui prendra le risque financier de faire survivre ces hebdomadaires alors que l’industrie des médias au Québec, au Canada et même ailleurs dans le monde semble en crise?

Steve Faguy dresse ici une liste intéressante des (non) acheteurs potentiels. Sa réflexion rejoint la mienne, en tous points.

Certes, plusieurs journaux trouveront preneur, espérons-le. De petits groupes de presse pourraient acquérir quelques titres, à condition qu’ils aient les reins assez solides pour les faire vivre. Des particuliers pourraient aussi tenter la grande aventure. Mais ceux-ci connaîtront-ils, au préalable, le rôle d’un média d’information? Sauront-ils se porter garants d’une information objective et de qualité?

Dans la dépêche, on indique également que les journaux qui ne trouvent pas preneur pourraient être encore édités par Transcontinental. D’accord, mais pour combien de temps? Il va de soi que si l’entreprise souhaite tant se départir de ses titres, qu’elle n’entretiendra pas ses invendus pendant des années, tel un boulet.

En outre, on apprend que « Transcontinental souhaite conclure des ententes avec les acheteurs potentiels pour l’impression et la distribution des journaux vendus. » Ainsi, TC ne souhaite plus éditer ses titres, mais espère que les acheteurs de ses produits lui confient des tâches encore lucratives pour lui.

L’art de déléguer les dépenses en conservant une part de profits, quand on sait que, dans le papier, l’impression et la distribution constitue souvent la plus grande portion des coûts de fabrication.

Ajouter l’insulte à l’injure

Vous aurez compris que je ne suis pas vraiment optimiste quant à la suite des choses. À mes yeux, le président et chef de la direction du groupe, François Olivier a ajouté l’insulte à l’injure en déclarant, dans un communiqué que « la vente de ces actifs à des acteurs locaux représente la meilleure avenue pour contribuer à la pérennité de la presse locale et favoriser une plus grande proximité avec les annonceurs et les communautés desservies ».

Comment cette mise en vente, quand on se doute que ce ne sont pas tous les titres qui seront rachetés, constitue-t-elle une contribution à la pérennité de la presse locale, quand on sait que des voix s’éteindront en région?

En décembre dernier, le même individu, avait affirmé que « bien que son secteur des médias joue un rôle ‘’important’’ dans la société, il n’est pas ‘’essentiel’’ à sa stratégie. »

Considérant l’importance de l’entreprise dans l’industrie de l’information régionale, quel message cette déclaration envoie-t-elle aux employés de ses nombreuses salles de presse?  m’étais-je alors demandé.

Que c’est la rentabilité qui compte, peu importe la vocation. Que l’intérêt public que sont sensés servir les médias n’a que peu d’importance dans l’univers capitaliste dans lequel ils évoluent. Au diable le droit du public à l’information si nous ne pouvons pas nous enrichir grâce à lui, avais-je alors réfléchi.

Et c’est exactement ce qui se produit aujourd’hui. Le triomphe du capitalisme, où la rentabilité prime sur la mission idéaliste  du produit. Paradigme éternel des entreprises de presse privées, qui doivent jongler avec ces deux éléments.

La conclusion de cette mise en vente pourrait donner lieu à un jour très sombre pour l’information régionale. Car c’est surtout par les hebdomadaires que les citoyens vivant hors des grands centres arrivent à s’informer.

J’espère me tromper.

De l’importance de l’éducation aux médias en France

En France*, une place importante est réservée à l’éducation aux médias et à l’information (EMI) au grand public, plus particulièrement aux étudiants et écoliers. L’EMI fait d’ailleurs partie des exigences du ministère de l’Éducation là-bas.

Comme je l’écrivais plus tôt cette semaine sur ce blogue, le ministère de la Culture finance des résidences en milieu scolaire pour des journalistes qui peuvent ainsi éduquer les plus jeunes au rôle des médias, à la création de l’information et surtout, à l’interprétation de celles-ci. La plupart des grands médias ont aussi un journaliste qui, presque à temps plein, est responsable du volet éducation médias dans sa communauté.

Selon Amel Cogard, directrice du numérique Jeunesse et Éducation à France Télévisions, cette initiative est exigeante pour les médias, certes, mais elle permet d’intéresser une génération qui consomme beaucoup de contenus sur écrans à une information de qualité et d’assurer, en quelque sorte, la pérennité du journalisme local.  « Notre mission est de proposer des ressources sur mesure aux 3-18 ans, des ressources qui correspondent à leurs besoins et à leurs habitudes de consommation des médias, en leur permettant d’avoir un regardé distancé par rapport aux images qu’ils regardent et ainsi de pouvoir décrypter l’actualité tout en distinguant le vrai du faux, l’information du divertissement. »

Louise Bartlett, journaliste pour MédiaÉducation.FR, est pour sa part venue présenter le portail d’outils destinés tant aux enseignants qu’aux journalistes. Celui-ci regroupe plusieurs documents, un blogue collectif, une carte recensant les journalistes faisant de l’EMI, etc.

Il y a d’ailleurs depuis plusieurs années une Semaine d’éducation à la presse dans les écoles françaises. Or, l’EMI a longtemps été boudée par les institutions scolaires du pays. Bien qu’il faille commencer très tôt à sensibiliser les jeunes à l’importance des médias d’information, les enseignants qui utilisaient la presse pour leurs cours magistraux, avant 1976, étaient passibles de sanctions disciplinaires puisque cela était perçu comme de l’endoctrinement politique, nous a appris Isabelle Martin, coordonnatrice CLEMI de l’Académie de Bordeaux.

L’accent sur l’EMI a été renforcée à la suite des attentats du Charlie Hebdo, et des médias traditionnels, s’est élargie aux médias sociaux, au journalisme citoyen et aux différentes plateformes numériques. « Il y a eu une prise de conscience à ce moment-là, et ça nous a amenés à élargir la question des médias, parce qu’aujourd’hui, tout le monde est un média. On est confrontés sans cesse à une tonne d’information », a souligné Mme Cogard.

De telles initiatives seraient essentielles au Québec. On constate chez nous, comme ailleurs, que les jeunes peinent à distinguer les vrais contenus des canulars, qu’ils n’arrivent pas tous à hiérarchiser la valeur des contenus selon le sérieux de la source. Surtout, ils ne s’informent pas de la même manière que leurs parents qui eux, ne s’informent pas comme la génération précédente.

Et si la survie des médias passait par une (re)découverte de ceux-ci par les futurs auditoires?

* Ce voyage a été réalisé grâce à une aide financière de Les Offices jeunesse internationaux du Québec.

Discuter journalisme outre-mer

Ce matin, la délégation québécoise envoyée aux Assises du journalisme de Tours* est allée à la rencontre d’enseignants affiliés à l’École publique de journalisme de Tours (EPJT). Une cent aine d’étudiants fréquentent l’endroit chaque année. Au bout de trois ans, ils y obtiennent l’équivalent français d’un baccalauréat. À la rentrée 2018, on y offrira également un programme de maîtrise.

Nous avons également pu échanger avec une délégation d’étudiants en journalisme de l’Université de Galatasaray, située à Istanbul, en Turquie. Ceux-ci étaient sur place dans le cadre d’un échange entre les deux institutions.

Au fil des discussions, qui ont eu lieu autour de quelques viennoiseries et de café français, plusieurs parallèles, mais aussi quelques différences dans la pratique du métier dans ces trois pays.

D’abord, la formation. Si au Canada, et particulièrement au Québec, il n’est pas obligatoire d’étudier en journalisme pour exercer le métier, il semble y aller tout autrement en France, où 14 écoles telles l’EPJT, sont officiellement reconnues la profession journalistique, via la Convention collective nationale de travail des journalistes. Celle-ci se fonde sur plusieurs critères, dont la durée de la formation, le type de formation, le fait d’investir pour offrir aux étudiants des conditions techniques similaires au marché du travail et le taux de placement des cohortes pour « reconnaître » un établissement d’enseignement. Cela dit, même si un journaliste peut obtenir son diplôme autrement, il multiplie ses chances d’obtenir un emploi mieux rémunéré s’il est formé dans ces écoles.

En Turquie, rares sont ceux qui choisissent l’avenue du journalisme. D’ailleurs, la délégation turque aurait pu atterrir en France beaucoup plus tôt, mais en général, à peine un ou deux étudiants sont inscrits à Galasataray dans cette discipline. Cette année, six personnes sont inscrits au programme, un record.

La relève n’est pas nombreuse en raison des conditions de pratique du journalisme. Selon ce qu’on a pu apprendre, pas moins de 10 000 journalistes sont au chômage dans ce pays entouré des mers Noire et Méditerranée. Ceux qui travaillent touchent parfois un salaire équivalent au salaire minimum. Qui plus est, environ 150 autres sont emprisonnés pour des raisons politiques ou parce qu’ils ont osé traiter de sujets qui dérangent.

De ce fait, on constate que la liberté de presse est bien fragile, même dans nos démocraties où un recul est observable.

Ici comme ailleurs,  journalistes et entreprises de presse font aussi face à des défis similaires: difficulté à entrer sur le marché du travail, conditions de plus en plus précaire,disparition des emplois, pressions commerciales, rémunération en « visibilité », vampirisation des revenus des médias par Facebook, Google et compagnie. La liste est longue.

On note aussi la place de plus en plus importante qu’occupe le fact-checking dans l’espace médiatique. Plus que de simples producteurs d’information, les journalistes doivent aussi contredire ou corroborer les contenus produits par autrui.

Heureusement, l’élément de base demeure: un viscéral désir d’informer et de contribuer à nos démocraties respectives.

De nos discussions, j’ai retenu deux initiatives intéressantes en France. Le ministère de la Culture finance des résidences en milieu scolaire pour des journalistes qui peuvent ainsi éduquer les plus jeunes au rôle des médias, à la création de l’information et surtout, à l’interprétation de celles-ci.

Ensuite, les Français ont ce qu’ils appellent une « taxe d’apprentissage ». En vertu de ce concept, les entreprises, incluant les entreprises de presse, versent une contribution qui sert à financer la formation des employés de leur industrie, ce qui permet à cette formation d’être sans cesse mise à jour et donc, de répondre plus adéquatement aux besoins de ceux qui la financent.

De telles mesures pourraient aisément être réalisées ici, au Québec.

* Ce voyage a été réalisé grâce à une aide financière de Les Offices jeunesse internationaux du Québec.

En direct du congrès: Lettre à Geoffré

Salut Geoffré,

Jusqu’à hier matin, on ne se connaissait pas. J’ignorais tout de ton existence, comme bon nombre de journalistes qui se trouvaient au congrès de la FPJQ le temps d’un week-end.

Le « monde » t’a découvert pendant un panel portant sur le fameux spin. Quelle ironie.

Tu es venu interroger les membres sur les réalités en région. Par la bande, tu nous a dit que si tu posais trop de questions qui dérogeaient des communiqués que t’envoie l’équipe de ta députée, qu’on s’avérerait moins généreux en entrevue.

À peine une dizaine de minutes après être aller te serrer la main, pour t’offrir mon soutien et pour te féliciter de ton courage, tu es devenu malgré toi le symbole d’une réalité qui, malheureusement, existe toujours en région. Le rapport de force entre journalistes et sources, particulièrement politique, n’est pas toujours à armes égales.

J’étais tout juste à côté de toi quand ton patron t’a appelé, furieux de s’être (probablement) fait enguirlander par la députée ou son attaché politique, tout simplement parce que des journalistes présents au congrès ont tweeté ta déclaration, parfois d’une manière plus juste que d’autres.

Je l’ai entendu te dire de ne plus faire d’intervention et de garder le silence pour le reste de la journée. Je l’ai entendu te rendre un jugement sans appel, mais surtout sans te laisser la chance de t’expliquer. Je l’ai entendu croire la députée plus que toi, son employé.  Je l’ai entendu te retirer certains mandats, te laissant penser que tu venais de perdre ton emploi.

Tu t’es tenu debout. Tu avais peur, c’est normal. Cette peur, je l’ai déjà vécue. Je l’ai aussi vu dans les yeux de plusieurs journalistes en région qui, disposant de peu de moyens, doivent composer avec une réalité qui rend la pratique d’un journalisme d’excellence difficile. Les pressions existent, bien que certains le nient.

Mais malgré cela, tu t’es tenu debout. Je suis fière de toi, Geoffré.

J’étais encore plus atterrée quand j’ai vu que ton patron, sans même te donner la parole, s’est publiquement dissocié de tes propos en présentant des excuses formelles à la députée et son équipe. Un message qui a par la suite été retiré des médias sociaux. Était-ce par gros bon sens ou à la suite de l’indignation et de la pression populaire qui s’est propagée rapidement quand tous les journalistes ont eu vent de ton histoire? Permets-moi d’avoir ma petite idée là-dessus.

Tu n’avais fait que poser une question, question à laquelle s’était greffé un contexte qui dénonçait ce que trop de journalistes hors des grands centres connaissent. Que oui, des gens profitent du peu de ressources et de moyens des médias régionaux pour imposer leur volonté.

Comme plusieurs, j’ai lu les Tweets de la députée, qui annonçait que ton patron allait réagir. On parlait de spin plus tôt. Elle a joué à la relationniste pour ton patron. Elle a « spinné » la situation à son avantage. J’ai vu aussi qu’elle se défendait en rapportant tes propos, alors que tu ne lui as pas parlé et que tu ne t’étais toi-même pas exprimé sur les réseaux sociaux, signe qu’elle a effectivement appelé ton patron.

Cette élue a, par ses actes et ses mots, démontré elle-même ce que tu étais venu partager à tes  pairs.

Laisse-moi te dire quelque chose Geoffré. Je ne te connais pas beaucoup. Je ne connais pas le milieu dans lequel tu travailles. Mais un vrai bon patron de presse, ça protège son journaliste jusqu’à ce qu’il commette l’indéfendable. Ce n’est pas ton cas. Ça vérifie les faits et ça ne saute pas aux conclusions pour faire les beaux yeux à une élue.

L’indépendance de la presse, c’est fondamental. En se rangeant derrière la députée plutôt que de se porter à ta défense, ton patron a démontré que lui, ne comprenait pas ce principe.

Mais tu n’es pas seul. Ton histoire s’est répandue comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. C’est une belle démonstration de solidarité journalistique. C’était pour toi, cette fois-ci, Geoffré.

Parce que peu importe où on travaille, peut importe pour qui on est journaliste, nous sommes tous des bibittes semblables. On partage les mêmes valeurs, et une entrave à la liberté de presse vient nous trifouiller les tripes.

Au moment d’écrire ces lignes, ton emploi est sauvé. On ne connaît pas la suite des choses. Mais tu n’es pas seul.

Tu as des ressources. Tu traverses une tempête actuellement, mais tu passeras à travers. Parfois, l’adversité s’avère être une bénédiction.

En mon nom personnel, merci d’avoir levé le voile (une fois de plus) sur ce qui se passe réellement en région.

Régions: la transparence « Saran Wrap »

Hier, la FPJQ, section Outaouais, dénonçait l’exclusion de cameramen et de journalistes de TVA Gatineau-Ottawa et de Radio-Canada Ottawa-Gatineau d’une rencontre tenue plus tôt cette semaine avec le premier ministre du Québec, Philippe Couillard.

« La rencontre, tenue en marge d’une annonce en matière d’éducation et de santé, visait à donner aux médias régionaux l’occasion de discuter des enjeux touchant la région », peut-on lire dans le communiqué.

Comme journaliste, on ne peut s’empêcher de sourciller. Celui qui nous avait promis, à son élection de 2014, d’être « le gouvernement le plus transparent de l’histoire », a la transparence plutôt élastique. Ou hermétique, pour citer le collègue Martin Guidon. Aurait-on affaire à un premier ministre Saran Wrap?

La volonté d’entretenir les médias d’enjeux locaux est fort louable; il est également tout aussi louable de laisser la parole aux plus petits joueurs; ça l’est un peu moins de tenir des antennes régionales à l’écart sous prétexte qu’elles sont affiliées à un média national.

Cela démontre la méconnaissance du premier ministre et, par affiliation, du gouvernement, du paysage médiatique québécois. Un média n’est pas un réseau, et l’inverse est aussi vrai.

Comme la section régionale de la FPJQ l’énonce, cette méconnaissance est surtout nuisible pour les publics en région, particulièrement ceux qui ne s’informent que par la télévision.

Une opération de communication a toujours intrinsèquement un de ces deux objectifs: diffuser une information qui nous avantage et/ou tenter de distraire les médias d’une information qu’on aimerait bien camoufler car elle nous désavantage.

Comme le cabinet a convoqué cette rencontre pour traiter d’enjeux régionaux, on considère que le gouvernement souhaitait faire bonne figure dans son engagement envers lesdits enjeux et transmettre de l’information importante à la population locale.

Alors, en excluant certains médias, ne se tire-t-il pas dans le pied dans sa quête de rejoindre le plus grand nombre de personnes possibles pour faire passer son message?

Outre cette maladresse, que l’équipe du premier ministre a promis de revoir à l’avenir, quelque chose me chicote. Comment les autres journalistes ont-ils réagi devant l’expulsion de leurs collègues?

Comme je n’étais pas là, je ne peux pas présumer de ce qui s’est produit ensuite.

Mais j’ai pour dire que quand il n’y a pas d’exclusivité à avoir, la solidarité journalistique est de mise.

Et si les journalistes, en soutien à leurs collègues, avaient boycotté la rencontre? Et s’ils avaient refusé d’y prendre part tant que les exclus n’étaient pas bienvenus?

Certes, il faut des couilles pour tenir ainsi tête à une source, d’autant plus importante que c’est le premier ministre lui-même. On comprend aussi que les impératifs des médias, qui sont d’avoir la nouvelle à tout prix et de ne rien laisser filer entre les mains de la concurrence, compliquent grandement un tel coup d’éclat.

Mais en ne réagissant pas au sort d’un collègue, le rapport de force entre les médias et leurs sources s’affaiblit.

À cogiter.

Québec au secours de la presse écrite

Hier, la Fédération nationale des communications a milité pour un financement de l’État auprès des médias écrits. Cette conférence de presse découle du colloque que la cellule syndicale avait organisé le mois dernier, dans le cadre de la Journée internationale de la liberté de presse. La firme MCE Conseils y avait alors présenté une étude qui faisait état des difficultés économiques de l’industrie des médias.

Dans cette foulée, l’Association des journalistes indépendants du Québec avait déposé un mémoire prônant l’intégration des médias d’information à la Politique culturelle du Québec, jugeant que l’information, au même titre qu’une chanson ou une oeuvre d’art, était un produit culturel témoignant de notre patrimoine collectif et qu’en ce sens, elle devrait être assujettie au même genre d’aide financière.

Ainsi, la FNC réclame de l’État trois mesures transitoires, telles un crédit d’impôt de 25% sur la masse salariale, qui grimperait à 35% pour les médias régionaux, l’adaptation des stratégies publicitaires pour faire face aux gros joueurs du Web, de même que l’ajout de 3$ au Plan culturel numérique du Québec. On souligne qu’ailleurs dans le monde, des gouvernements ont choisi de soutenir leurs médias, et de façon plus importante qu’ici.

Mesures transitoires, donc, parce qu’elles ne doivent pas soustraire les patrons de presse à leurs responsabilités d’investir et de maintenir les médias, rappelle-t-on.

La présidente de la FNC, Pascale St-Onge, rappelle qu’une société démocratique en santé est pourvue de divers médias  et que ceux-ci doivent avoir les ressources et les moyens d’informer adéquatement la population. Avec la compétition d’Internet, les médias traditionnels qui n’ont pas fait le saut vers le numérique ont du mal à garder le rythme, soutient-elle.

Mais pourquoi uniquement la presse écrite? Il est vrai que le papier est un support en déclin, que les coûts reliés à l’impression sont les plus importants pour un journal, que les revenus publicitaires y dégringolent et que ce type de média perd des lecteurs à la vitesse de l’éclair. Tout autant de conditions pour expliquer la fonte des emplois dans ce secteur.

Le président directeur général de Groupe Capitales Médias, abonde en ce sens. Comme d’autres représentants de l’industrie de la presse écrite, il dénonce aussi les coûts astronomiques des redevances au recyclage que les médias doivent verser aux municipalités.

Si plusieurs sont en faveur de ces propositions, il importe de rappeler que d’autres sont frileux à l’idée que l’État finance, d’une façon ou d’une autre, les activités des médias, indépendance oblige.

Cela dit, l’unanimité semble impossible à atteindre quand on se penche sur les différentes manières de sortir les médias de leur état de crise. Un réinvestissement massif par les entreprises de presse elles-mêmes semble utopique alors que, pour rester à flot, elles rationalisent leurs salles de presse et misent sur des alternatives hybrides, comme la publicité native. Il est aussi peu probable que les annonceurs reviennent massivement vers les médias traditionnels alors qu’avec le Web, ils bénéficient d’une visibilité à moindre coût, voire gratuite, en plus d’un contact direct avec leur auditoire. Et que dire du public qui n’a pas intérêt à payer alors que la nouvelle se trouve ailleurs gratuitement?

Il semble que la FNC ait oublié une suggestion très importante dans sa liste de souhaits à l’État, et qui permettrait peut-être, à moyen ou long terme, de réunir des conditions gagnantes pour renflouer les coffres de l’information. Et si l’État commençait simplement par rééduquer la population à l’importance et au rôle de la presse?