Jugement contre LaDose.ca : petite victoire, grand enjeu

Cette semaine, la Cour supérieure a tranché en faveur de plusieurs quotidiens (Le Soleil, La Presse et Le Devoir) contre la plateforme Web La Dose.ca. Ces médias réclamaient de la Cour une injonction interdisant au site de reproduire des extraits de certains articles, dont les titres et les leads (le premier paragraphe – crucial – d’un article de nouvelle), afin de générer du trafic et, conséquemment, des revenus. Un second site appartenant au même propriétaire, LaDose.pro, proposait pour sa part un service de veille médiatique payant basé sur un principe similaire.

Pour citer le collègue Jean-François Néron:

Le cœur du litige est l’interprétation de l’article 3 (1) de la Loi sur le droit d’auteur. «Le droit d’auteur sur l’œuvre comporte le droit exclusif de produire ou reproduire la totalité ou une partie importante de l’œuvre, sous une forme matérielle quelconque, d’en exécuter ou d’en représenter la totalité ou une partie importante en public et, si l’œuvre n’est pas publiée, d’en publier la totalité ou une partie importante […]»

Les demanderesses allèguent que le titre et le lead sont une «partie importante» de l’article (l’œuvre). Ils en  constituent en quelque sorte le cœur et leur importance doit être considérée sur une base qualitative plus que quantitative.

Pour sa part, la défenderesse est plutôt d’avis qu’ils doivent être accessibles au public et que cette question doit être entendue devant un juge chargé de trancher le litige sur le fond.

L’argument de s’approprier les nouvelles pour les partager au nom de l’intérêt public n’a pas été retenu étant donné que LaDose tirait un revenu de cette appropriation.

Ce faisant, La Dose contrevenait à l’esprit de la Loi sur le droit d’auteur, a tranché le juge. Celui-ci estime qu’il n’est pas juste que la plateforme puisse tirer un revenu en utilisant, sans autorisation, le contenu, intégral ou en partie, des médias sans que ceux-ci n’en bénéficient aussi financièrement.

Cette victoire peut sembler bien petite, puisque La Dose n’est qu’un parmi de nombreux autres sites usant du même stratagème pour s’enrichir sans débourser pour créer du contenu, que ce soit via des abonnements ou par des revenus publicitaires générés par l’achalandage des Internautes. Certaines plateformes « vampires », comme le tristement célèbre SiverTimes, se trouvent hors du Canada et font fi de nos lois. Et que dire du combat que mènent les médias de partout dans le monde, cherchant une solution à l’exode de leurs revenus vers des géants du Web tels que Google et Facebook, qui tirent des millions de dollars en profits grâce à la libre-circulation de contenus pour lesquels ils n’ont pas payé un sou?

Il n’en demeure pas moins que l’enjeu, lui, est gros, puisqu’il crée un nouveau précédent qui permettra aux médias de faire respecter leurs droits et leur propriété intellectuelle. Peut-être que cette décision amènera des munitions aux contentieux qui tentent de contrer cette vampirisation du contenu numérique…

Le jugement confirme que la disponibilité des contenus ne signifie pas que les plateformes médiatiques sont un buffet « All you can eat » pour ceux qui souhaitent s’enrichir sans investir dans l’information.

La décision rappelle donc essentiellement que cette dernière coûte quelque chose à produire et que ceux qui la produisent doivent être les bénéficiaires des retombées dudit produit.

Comme elle est intangible, immatérielle, on oublie trop souvent le temps et les ressources investis pour construire la nouvelle. Comme si le fait de ne plus avoir de support physique, comme un journal ou un magazine, rendait ce qu’il contient gratuit.

Car rappelons-le une énième fois, la rémunération « en visibilité » ne sauvera pas l’industrie des médias, tout comme elle ne mettra jamais de pain sur la table des pigistes.

Dans tous les cas, la décision de cette semaine est une excellente nouvelle pour les médias, car elle réaffirme la valeur d’un droit d’auteur, à condition de s’entendre sur QUI est l’auteur…

Publicités

Publicité native: crédibilité à vendre

Dans le cadre d’un projet de recherche, Mikaëlle Tourigny, étudiante à la maîtrise en communication à l’Université de Sherbrooke, s’est attardée aux dilemmes professionnels et éthiques auxquels sont confrontés les journalistes face à la publicité native.

Pour expliquer le recours de plus en plus fréquent à cette pratique publicitaire, où des textes commandités revêtent le style et la signature graphique de reportages éditoriaux, la jeune chercheure a campé son travail au cœur des transformations que subit actuellement la profession.

Selon Tourigny, le contexte professionnel du journalisme est instable: le métier n’est pas reconnu légalement, il n’est pas encadré par un ordre professionnel, il n’existe pas de cursus unique pour devenir journaliste et le métier repose sur plusieurs codes déontologiques différents.  Ce faisant, n’importe qui peut se prétendre journaliste, les revenus et la sécurité d’emploi varient grandement d’un individu à l’autre, et très peu de règles définissent l’exercice de la profession.

Ajoutons à cela un « flou de l’éthique journalistique », avance Mlle Tourigny, qui s’ajoute à un phénomène de déresponsabilisation ayant débuté il y a quelques décennies et relevé par Armande St-Jean.

Ces deux facteurs combinés, en plus d’un essor fulgurant des nouvelles plateformes numériques, ont donc mis la table à l’avènement de contenus hybrides, notamment parce que tant du côté rédactionnel que du côté publicitaire, on a tenté d’être présent partout malgré le fractionnement des publics vers ces différentes plateformes.

« La publicité native est le symptôme de ce déséquilibre », a affirmé la conférencière, rappelant toutefois que l’hybridation de la publicité et de l’information ne date pas d’hier.

Mais parce que cette pratique émergente, où la promotion est abordée d’un point de vue journalistique, n’est ni encadrée ou définie de manière définitive, tout semble permis, Far West style (un commentaire ici totalement éditorial de ma part, mais assumé). À un point tel que la publicité native connaît une expansion fulgurante.

Selon des statistiques rapportées par Mikaëlle Tourigny, les investissements en publicité native étaient d’environ 5 milliards d’euros en 2005, une somme qui aura plus que quintuplé en 2018, où on prévoit que 28 milliards d’euros auront été déboursés dans ce type de promotion. « Aux États-unis, environ les trois quarts des médias d’information optent pour la publicité native », indique l’étudiante.

On ne peut aborder le sujet de la publicité native sans mentionner le malaise que ressent bon nombre de journalistes face à la pratique. Plusieurs ont le sentiment de vendre leur crédibilité au plus offrant, une crédibilité qui perd de sa valeur une fois qu’elle a servi à mousser les intérêts commerciaux d’un annonceur. Certains estiment que la publicité native les détournent, eux, mais aussi le public, de la mission fondamentale du journalisme qui est de rapporter une vérité objective, à l’abri des pressions de toutes sortes.

« Le journalisme n’est pas un publicitaire, il est journaliste, a rappelé Tourigny. La publicité native peut représenter un bris du contrat social entre celui-ci et les citoyens, car il doit se placer comme représentant de ceux-ci. »

D’autres journalistes n’ont pas le choix de se prêter à l’exercice. L’imposition de la publicité native est parfois présentée de façon pernicieuse, ce que Mikaëlle Tourigny appelle la double contrainte du sauveteur et du naufragé (de la profession).

D’abord, on tente de convaincre les journalistes qu’ils parviendront à sauver leur profession en adhérant au modèle d’affaires de la publicité native. En permettant la survie financière du média, il assurera la sienne, mais aussi celle de l’industrie de l’information. Car qui dit revenus, dit avenir.

Ensuite, le journaliste découvre sa nature de naufragé.  En acceptant de sauver sa profession par la publicité native, le journaliste dénature son métier. Il ne peut donc pas gagner. « Il a le sentiment de brader les impératifs de liberté, de vérité et de responsabilité (sociale) qui caractérisent la profession », élabore Tourigny, qui rappelle que « lorsqu’il est question de crédibilité de l’information, l’apparence de conflit d’intérêts est autant, sinon plus dommageable que le conflit d’intérêts lui-même. »

Cette présentation a été offerte dans le cadre du 85e congrès de l’ACFAS, tenu cette semaine à l’Université McGill.

Les quotidiens et les hebdos dans dix ans : halte à la temporalité

Les médias imprimés existeront-ils toujours dans dix ans? Telle était l’objet d’un avant-midi de réflexion portant sur la question aux Assises du journalisme à Tours*, et dont le constat principal fut qu’il serait bien difficile de spéculer sur une décennie alors qu’on ignore ce qu’il adviendra de nos journaux d’ici un ou deux ans.

Plusieurs intervenants sont toutefois d’accord : en raison de leurs plateformes numériques, les médias imprimés devront tôt ou tard laisser tomber la notion de périodicité qui les caractérisent encore aujourd’hui.

« Le problème, c’est que nous sommes encore basés sur une périodicité, souligne Marc Mentré, de l’organisme Journalisme et Citoyenneté. Ce cycle de vie correspond-il encore à quelque chose? »

« Les quotidiens sont d’abord et avant tout des marques, des marques qui travaillent 24 heures sur 24 », soutient Stéphane Frachet, journaliste aux Échos.

« Il faut se demander si un hebdomadaire est quelque chose qui sort une fois par semaine ou si c’est quelque chose qui est lu une fois par semaine? » s’interroge Cyril Petit, rédacteur en chef du Journal du dimanche.

Se recentrer sur l’auditoire

« Ça n’a plus beaucoup de sens de parler de quotidiens, car nous sommes désormais des éditeurs de l’information dénués de temporalité », a renchéri Vincent Preygène, directeur général de WAN-IFRA, l’association mondiale des journaux et des éditeurs de l’information.

Le vrai problème, souligne-t-il ensuite, réside dans le fait que les entreprises de presse se concentrent actuellement sur le support alors qu’ils devraient chercher à créer des liens avec leur auditoire.

Celui-ci suit sur le numérique, mais pas le financement des annonceurs, ce qui créé un déséquilibre financier pour les entreprises de presse. Or, depuis 2015, les abonnements constituent encore la principale source de revenus des médias, mais les entreprises de presse semblent travailler davantage pour leurs annonceurs que pour leur public, déplore Preygène.

Cette obsession de la plateforme épuise les journalistes, soutient David Carzon, qui manquent de temps et d’énergie en raison des compressions subies par les salles de presse depuis les dernières années. « Sortir un journal tous les jours relève du miracle maintenant », affirme le directeur adjoint de Libération.

Pire encore, ces baisses d’effectifs se répercutent sur la qualité du produit offert, et le public n’est pas dupe. « On a perdu de vue les questions les plus importantes. Quel est notre rôle? Quelle est notre plus-value? Qu’est-ce qu’on apporte à la société? » demande-t-il. « C’est d’abord le contenu qui doit être déterminé. Après, on se demandera comment le distribuer. »

Renforcer les marques

Une voie d’avenir concernant le multiplateforme réside dans une meilleure utilisation de chacune, lesquelles n’ont pas toutes les mêmes usages. « Si on jette des articles dans le vide en espérant qu’ils retrouvent les lecteurs, ça ne fonctionnera pas », note Carzon.

« La marque (du média) est concrète, note Carzon. Il faut que le lecteur sache que c’est nous qui avons produit le contenu qu’il consulte, et que ce contenu est en phase avec les valeurs de notre marque. »

Preygène abonde en ce sens. « Le lecteur n’est pas fidèle parce qu’il n’a pas conscience de la marque qui produit les contenus qu’il consomme », résume-t-il.

Les hommes vont plus loin. Pour eux, la marque d’un quotidien doit être représentative du « sens », donc de la raison d’être du média lui-même, son engagement vis-à-vis des lecteurs. « Dans dix ans, sera-t-on encore sur papier ou entièrement numérique? Sera-t-on gratuit ou payant? Demeurera-t-on généraliste ou serons-nous spécialisé? Irons-nous vers la vidéo ou pas? Peu importe ce qu’on choisira de faire, il faut que ça ait du sens », a clamé David Carzon.

D’ailleurs, a complété Preygène, la personnalisation du contenu en symbiose avec la marque, sera ce qui permettra, à terme, de convertir les consommateurs de ces contenus en lecteurs gratuits à des abonnés payants.

« On ne peut pas avoir d’abonnés payants si on n’a pas d’abord une offre gratuite intéressante pour les attirer. Mais si on ne commence pas à s’y pencher rapidement, on se tire dans le pied en continuant d’offrir un print payant et le même contenu gratuitement online, souligne Éric Mettout, directeur adjoint de la rédaction chargé du numérique à L’Express. C’est une erreur historique d’avoir permis la gratuité, mais encore plus de ne pas avoir tout balancé sur le numérique plus tôt. »

Médias sociaux : monter à bord du train

Les médias ont par ailleurs complètement raté le train avec l’arrivée des médias sociaux, il y a près d’une décennie. Plutôt que de d’abord les utiliser comme moyen d’échanger avec leurs publics, ils s’en sont servis comme d’un canal de diffusion unilatéral.

« Il faut repenser la relation avec le lecteur, et comprendre qu’elle s’effectue dans les deux sens. Le lecteur doit sentir qu’il a du poids », rappelle Carzon.

Valeur ajoutée

À terme, pour à la fois cimenter la relation avec les auditoires et pour donner une valeur ajoutée aux marques médiatiques, les entreprises de presse doivent valoriser leurs contenus. Cela passe par l’abandon de certains contenus moins « payants » et par l’automatisation de certains processus qui libéreraient des journalistes pour aller sur le terrain.

Dans un autre ordre d’idées, la concentration de la presse semble inévitable aux yeux de Preygène. Comme les investissements publicitaires dégringolent, que des abonnés quittent au profit de plateformes gratuites et que 80% des revenus de la publicité sont désormais captés par les géants du Web, il faut se consolider et trouver des substituts à cette absence de recettes, estime-t-il.

Les compressions dans les salles de presse devraient toutefois ralentir, puisqu’un seuil critique a été atteint. « Nous sommes rendus à un point où on ne peut plus couper », croit M. Preygène.

« Il faut se recentrer sur notre rôle, qui doit d’être utile et être plaisants à lire, indique Jean-Pierre Vittu de Kerraoul, PDG de Sogemedia. Nous nous devons d’avoir une capacité éditoriale suffisante pour offrir un bon contenu. »

* Ce voyage a été réalisé grâce à une aide financière de Les Offices jeunesse internationaux du Québec.

2007-2017 : le grand bouleversement

Avant de se pencher sur le virage de l’information dans dix ans, les Assises du journalisme à Tours* ont jugé bon de faire un bilan sur l’évolution des médias au cours de la dernière décennie.

Cette période en a été une d’expérimentation, estime-t-on plus que tout. Plusieurs innovations ont vu le jour, se sont éteintes, ont survécu. L’échec fait partie de l’expérimentation d’ailleurs.

Selon plusieurs observateurs, l’arrivée des médias sociaux et des téléphones intelligents a complètement révolutionné la manière de créer, de diffuser, mais surtout de consommer l’information, avec ses avantages et inconvénients.

En revanche, la popularité de certains nouveaux sites d’information, exclusivement en ligne et appelés pure players par l’industrie, ne se dément pas, et est bon signe pour les médias. « On a réussi à casser le sentiment de fatalité à l’endroit des médias, a expliqué Pierre Haski, cofondateur de Rue89, un pionnier du genre. On a prouvé que le journalisme et l’information sont loin d’être morts. »

Aux yeux de Géraldine Mulhmann, professeure et journaliste, l’avènement d’Internet représentait une opportunité sans précédent pour raconter des histoires, ce qui pour elle est le rôle fondamental des journalistes. « Le narratif permet le factuel », a-t-elle souligné.

Le smartphone est la première porte d’entrée vers l’information en France, a-t-on appris. Or, même si le numérique gagne en popularité à une vitesse fulgurante, le papier demeure encore la source de revenus la plus importante pour les médias qui œuvrent sur les deux plateformes, a indiqué Jacques Rosselin, entrepreneur et créateur de Courrier international, qui dirige également l’École de formation en journalisme. Bernard Poulet s’était ainsi trompé en annonçant la mort du journal imprimé.

De plus, malgré les difficultés financières de la presse, les grandes marques (titres) demeurent les sites d’information les plus fréquentés, signe de leur standing et de leur crédibilité auprès du public.

L’apparition des blogues au milieu des années 2000 a aussi permis de renverser le modèle d’affaires des médias. Jusqu’alors un canal de communication à sens unique, ils sont devenus des tribunes permettant un dialogue entre journalistes et lecteurs, permettant des contenus plus riches et représentatifs de chaque couche de la société.

Ce journalisme participatif a également permis, dans certains cas, de renforcer la confiance du public envers les médias.

Dérapages

Or, le tout a fini par déraper parce que les opérateurs de médias sociaux et les entreprises de presse n’ont pas prévu que ces plateformes deviendraient des champs de bataille idéologiques, relève Haski, qui qualifie le Web de « fachosphère ». L’existence des trolls est la défaite idéologique, technique et éditoriale des médias face aux plateformes sociales. Muhlmann parle même d’une « machine d’opinion incontrôlable ».

Agnès Chauveau, directrice déléguée à la diffusion et à l’innovation à l’Institut national de l’audiovisuel, explique que parmi les transformations profondes provoquées par le Net, la déhiérarchisation de l’information a déstructuré le débat public. Celui-ci est maintenant déterminé par les réseaux sociaux et les algorithmes qui régissent ceux-ci.

Ont également proliféré les fausses nouvelles et informations erronées, poison auquel on croyait que la vérification et la rectification seraient l’antidote.

Les nouvelles technologies ont par ailleurs précipité le traitement de l’information, rendant celle-ci plus à risque d’être erronée et surtout, superficielle. Cette dictature du direct, du réactif et de l’instantané a modifié profondément les conditions d’exercice du métier et change le rapport au réel, indique Muhlmann.

Fondateur du magazine papier trimestriel XXI, Patrick de St-Exupéry croit au slow news et se méfie des nouvelles technologies en raison de leur caractère éphémère. Il qualifie de « ruée vers l’or » l’empressement des entreprises de presse à se précipiter sur chaque nouvelle plateforme sans se questionner si elles parviendront ainsi à rejoindre leur public. « La technologie n’est pas le journalisme, a-t-il dit. Le journalisme, est-ce le papier ou l’écran? Non. Pendant dix ans, nous avons réduit le journalisme aux technologies, aux canaux de communication, tout ça plutôt que de valoriser davantage le contenu. »

Haski abonde dans ce sens. « Il y a la nécessité de mettre le journalisme au cœur de nos pratiques en choisissant l’outil qui nous semble le plus approprié pour le faire », a-t-il affirmé.

Le mythe de la gratuité

Le concept de la gratuité a été vivement vilipendé par les intervenants du panel. « À partir du moment où on entre dans la logique de la gratuité, l’information n’a plus de valeur », a clamé Patrick de St-Exupéry, qui croit que les médias sont arrivés à la fin du cycle de la gratuité, une « idée folle » selon lui.

« L’information a une valeur; elle le fruit d’un travail, de compétences. Elle est destinée à un auditoire, à une clientèle. Ce n’est pas rien », a-t-il martelé.

D’ailleurs, la monétisation des contenus passe de moins en moins par la publicité, ont souligné plusieurs intervenants. Ce serait faire fausse route de croire encore qu’information et publicité sont indissociables pour survivre.

Pour être viables, les médias devront être financés par leurs auditoires, indique Mme Chauveau, ce qui obligera les plateformes à offrir du contenu à valeur ajoutée.

* Ce voyage a été réalisé grâce à une aide financière de Les Offices jeunesse internationaux du Québec.

Quand Goliath décide d’aider David…

On apprenait hier que Tim Cook, grand manitou d’Apple, lançait un appel aux entreprises technologique afin que soient créés des outils visant à lutter contre la désinformation, précisément les fausses nouvelles.

Cook déplorait le phénomène du click-bait, ou piège à clics, qui consiste à attirer le plus grand nombre possible de personnes sur une page sous de faux prétextes, uniquement pour générer du trafic (et dans la plupart des cas, obtenir des revenus publicitaires en raison dudit trafic).

En décembre, le géant Facebook avait aussi annoncé vouloir se lancer dans la lutte à la désinformation. Il permettra désormais aux utilisateurs, si ce n’est déjà fait, de signaler le caractère fallacieux d’un contenu. Cependant, plutôt que d’éliminer celui-ci du fil d’actualités des Internautes, il devrait, toujours en théorie, y accoler une mention du genre « contenu douteux ». Mais rien ne sera fait pour éliminer ce contenu.

Ironique quand on sait que la plateforme est responsable pour la viralité d’innombrables fausses nouvelles, en plus de vampiriser, avec Google, les revenus des médias traditionnels en raison du trafic qu’elle génère.

Google aussi avait fait savoir qu’il s’attaquerait au problème, en empêchant les producteurs de fausses nouvelles de récolter les revenus publicitaires tant convoités.

Il est tout de même très positif de voir les géants du Web tenter de corriger un problème dont ils sont en partie responsables. Mais le fait de bloquer des contenus ou d’avertir les Internautes sur leur caractère invraisemblable est insuffisant.

Contrer la fausse information, c’est aussi contribuer à une information vraie, de qualité. Google et Facebook seraient-ils prêts à réinvestir une partie de leurs profits dans la création de nouvelles sérieuses? Disons, dans un fonds dédié aux médias dans chaque pays où ils « sévissent »…

Sachant que les revenus des médias traditionnels, qui créent au quotidien de la nouvelle de qualité, s’effritent de jour en jour, en partie par leur faute, un coup de pouce serait apprécié. Et pourquoi ne pas mettre de l’avant ces contenus véritables, de la même manière qu’on tente d’étiqueter les fausses nouvelles?

Pour l’instant, il ne s’agit que de vœux pieux de la part des géants du Web. Reste à voir si les bottines vont suivre les babines…

Québec au secours de la presse écrite

Hier, la Fédération nationale des communications a milité pour un financement de l’État auprès des médias écrits. Cette conférence de presse découle du colloque que la cellule syndicale avait organisé le mois dernier, dans le cadre de la Journée internationale de la liberté de presse. La firme MCE Conseils y avait alors présenté une étude qui faisait état des difficultés économiques de l’industrie des médias.

Dans cette foulée, l’Association des journalistes indépendants du Québec avait déposé un mémoire prônant l’intégration des médias d’information à la Politique culturelle du Québec, jugeant que l’information, au même titre qu’une chanson ou une oeuvre d’art, était un produit culturel témoignant de notre patrimoine collectif et qu’en ce sens, elle devrait être assujettie au même genre d’aide financière.

Ainsi, la FNC réclame de l’État trois mesures transitoires, telles un crédit d’impôt de 25% sur la masse salariale, qui grimperait à 35% pour les médias régionaux, l’adaptation des stratégies publicitaires pour faire face aux gros joueurs du Web, de même que l’ajout de 3$ au Plan culturel numérique du Québec. On souligne qu’ailleurs dans le monde, des gouvernements ont choisi de soutenir leurs médias, et de façon plus importante qu’ici.

Mesures transitoires, donc, parce qu’elles ne doivent pas soustraire les patrons de presse à leurs responsabilités d’investir et de maintenir les médias, rappelle-t-on.

La présidente de la FNC, Pascale St-Onge, rappelle qu’une société démocratique en santé est pourvue de divers médias  et que ceux-ci doivent avoir les ressources et les moyens d’informer adéquatement la population. Avec la compétition d’Internet, les médias traditionnels qui n’ont pas fait le saut vers le numérique ont du mal à garder le rythme, soutient-elle.

Mais pourquoi uniquement la presse écrite? Il est vrai que le papier est un support en déclin, que les coûts reliés à l’impression sont les plus importants pour un journal, que les revenus publicitaires y dégringolent et que ce type de média perd des lecteurs à la vitesse de l’éclair. Tout autant de conditions pour expliquer la fonte des emplois dans ce secteur.

Le président directeur général de Groupe Capitales Médias, abonde en ce sens. Comme d’autres représentants de l’industrie de la presse écrite, il dénonce aussi les coûts astronomiques des redevances au recyclage que les médias doivent verser aux municipalités.

Si plusieurs sont en faveur de ces propositions, il importe de rappeler que d’autres sont frileux à l’idée que l’État finance, d’une façon ou d’une autre, les activités des médias, indépendance oblige.

Cela dit, l’unanimité semble impossible à atteindre quand on se penche sur les différentes manières de sortir les médias de leur état de crise. Un réinvestissement massif par les entreprises de presse elles-mêmes semble utopique alors que, pour rester à flot, elles rationalisent leurs salles de presse et misent sur des alternatives hybrides, comme la publicité native. Il est aussi peu probable que les annonceurs reviennent massivement vers les médias traditionnels alors qu’avec le Web, ils bénéficient d’une visibilité à moindre coût, voire gratuite, en plus d’un contact direct avec leur auditoire. Et que dire du public qui n’a pas intérêt à payer alors que la nouvelle se trouve ailleurs gratuitement?

Il semble que la FNC ait oublié une suggestion très importante dans sa liste de souhaits à l’État, et qui permettrait peut-être, à moyen ou long terme, de réunir des conditions gagnantes pour renflouer les coffres de l’information. Et si l’État commençait simplement par rééduquer la population à l’importance et au rôle de la presse?

Quel avenir pour le 4e pouvoir?

Mardi, dans le cadre de la Journée internationale de la liberté de la presse, avait lieu à Québec le colloque « L’information: le 4e pouvoir sous pression », organisé par la Fédération nationale des communications, en collaboration avec la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, le Conseil de presse du Québec et le Centre d’études sur les médias.

Journalistes, syndicats, patrons de presse, chercheurs, enseignants, étudiants et observateurs du journalisme se sont réunis pour tenter de répondre aux questions suivantes: quelles sont les menaces pour la qualité de l’information dans les médias québécois et quelles seraient les solutions pour se sortir de la crise?

Il ne manquait que des représentants du grand public pour avoir touché à tout. Un son de cloche provenant de l’extérieur aurait pu apporter un petit quelque chose de plus à cette journée déjà fort chargée, mais qui aurait permis de voir la situation d’une toute autre perspective.

Les médias en état de crise

Le financement est le nerf de la guerre, évidemment, alors que les entreprises de presse redoublent d’ingéniosité pour diversifier leurs revenus qui se raréfient. Un « jeu dangereux » qui pourrait nuire à la crédibilité des médias, selon Paule Beaugrand-Champagne, présidente du Conseil de Presse.

« Ce n’est pas juste une question d’entrepreneurs privés. C’est une question sociale et politique  qui concerne tout le public », a-t-elle clamé.

La parole a ensuite été offerte aux chercheurs Pierre Trudel et Judith Dubois. Le premier est venu traiter des transformations de la régulation de l’information, qui est de plus en plus dictée par les technologies et le marché que par les normes sociales et l’État.

La seconde a abordé les différents facteurs d’influence sur la qualité de l’information tels que relevés par une centaine de journalistes. La diminution des ressources humaines, matérielles, financières et temporelles, les conditions de travail de plus en plus précaires et la concentration des médias ont selon les répondants une incidence négative sur la qualité de l’information. « L’expression faire plus avec moins et ce, de plus en plus vite, revient sans cesse », a commenté la professeure. En contrepartie, les innovations technologiques sont perçues comme des outils permettant aux journalistes d’accomplir encore mieux leur travail en plus de pouvoir interagir davantage avec le public.

La qualité de l’information est, selon les journalistes interrogés, déterminée notamment par la qualité de la recherche et de l’écriture de même que la clarté de l’information et le respect de la déontologie journalistique.

Pierre C. Bélanger a ensuite animé les quelque 100 participants avec une présentation sur la « net-amorphose » des médias, qui aurait été prévisible dès l’avènement d’Internet au début des années 1990. Le professeur titulaire s’est aussi fait l’avocat du diable quant à la menace d’extinction des médias traditionnels, rappelant que la mort de la presse, des tablettes, de la radio, des médias sociaux et de Facebook avaient été annoncées sans que cela ne se produise.

Il conseille aux journalistes et patrons de presse de s’inspirer de ce que ceux qui ne fréquentent pas de médias consomment en termes de contenus. « Ce n’est pas vrai que parce que tu fais quelque chose, que ça va trouver preneur », résume-t-il.

Renaud Carbasse, de l’Université Laval, a pour sa part parlé des nouveaux médias qui émergent alors que même les gros joueurs peinent à tirer leur épingle du jeu. « Ces nouveaux acteurs offrent un nouvel angle et cherchent à compléter l’offre médiatique en apportant de nouveaux types de contenus », a-t-il affirmé. Selon lui, les médias émergents prennent davantage de risques malgré leurs moyens plus limités et sont en ce sens un laboratoire intéressant pour de nouvelles avenues médiatiques.

La table était mise pour la suite. Bien que fort intéressante et instructive, cette première demi-journée a surtout servi à dresser des constats de la situation actuelle, que les acteurs du monde des médias connaissent déjà bien. Il aurait été agréable de passer plus vite aux solutions et aux interventions pratiques.

Tir groupé contre les géants

Plusieurs intervenants ont identifié Facebook et Google comme les principales menaces à la pérennité de l’information. Grâce à un algorithme reconnaissant les préférences des Internautes, ces deux géants du Web peuvent proposer à leurs utilisateurs des contenus qui cadrent avec leurs intérêts, et ainsi générer d’importants revenus publicitaires sans pour autant verser de redevances.

Les contenus médiatiques perdent leur valeur marchande, a rappelé Nellie Brière, consultante en stratégie de communications numériques et médias sociaux. Selon elle, il faut apprendre à comprendre ces algorithmes et les déjouer, mais surtout, se montrer plus fermes envers ceux qui les mettent en place en réclamant qu’ils paient leur juste part.

Directeur général de la firme MCE Conseils, Claude Dorion est venu présenter une étude comparative du financement des médias. Plusieurs pays d’Europe investissent en effet dans leurs entreprises médiatiques ou financent l’abonnement de certaines tranches de la population. À titre d’exemple, la Finlande investit 92$ par habitant pour l’information alors que le Canada n’injecte qu’un maigre 3$, en moyenne.

« Ça va prendre des décisions courageuses », a annoncé le conférencier, pour aborder différentes pistes de solutions pour amoindrir ce qu’il appelle « le glissement des revenus entre des producteurs de contenus vers les opérateurs de contenants ». Il propose notamment d’élargir les redevances versées aux télédiffuseurs à toutes les entreprises médiatiques, de taxer les services internet et l’achat de certains équipements électroniques ainsi que de taxer les entreprises qui utilisent les infrastructures médiatiques. Des crédits d’impôt sur la masse salariale des médias, qui pourrait être plus grande pour les médias régionaux et l’intégration des médias d’information dans le Plan culturel numérique du Québec ont aussi été avancés comme alternatives.

Taxer Google et Facebook serait la solution directe et logique, avance M. Dorion, mais il s’agit là de tout un défi politique. « Tôt ou tard, les Netflix, Google et Facebook devront s’impliquer », croit-il cependant.

Pour l’intervention de l’État

Plusieurs invités ont exprimé le souhait que l’État intervienne financièrement auprès des médias. Certains réclament une aide financière directe, d’autres des crédits d’impôt sur les emplois. Mais tous s’entendent pour dire que cette aide ne doit pas mettre en péril l’indépendance journalistique.

Qu’importe si les journaux disparaissent, c’est l’information qui doit survivre, a lancé Claude Gagnon, président directeur général de Groupe Capitales Médias, qui justifie la situation actuelle par le fait que les modèles d’affaires n’évoluent pas au même rythme que la consommation de l’information.

Pour sa part, Éric Trottier de La Presse était le plus tiède à l’idée d’obtenir des subventions. « Si c’est pour maintenir des vieux modèles, c’est une mauvaise idée. Il faudrait que cela nous aide à nous transformer », a-t-il allégué, rejoignant les propos de Sylvia Cerasi de TC Média, qui affirmait quelques minutes plus tôt que des crédits d’impôt pour financer le virage technologique seraient bienvenus.

La présidente de la FPJQ, Lise Millette, a pour sa part soutenu que si aide de l’État il y a, il faut que cette aide soit pluraliste pour ne pas freiner l’innovation des médias, pour éviter de financier les missions de certains médias au détriment de d’autres. Qui plus est, cette aide financière serait-elle perpétuelle? Elle en doute: « les médias doivent parvenir eux-mêmes à diversifier leurs revenus. L’État ne doit pas devenir le deuxième panier dans lequel on met tous nos oeufs. »

Le président de l’Association des journalistes indépendants du Québec, Simon Van Vliet, a de son côté avancé qu’une aide financière aux médias est réaliste et nécessaire. Comparant un reportage à une oeuvre d’art, parce que l’information fait partie de notre culture, il a proposé d’élargir le modèle de financement culturel existant et d’y intégrer les médias.

Des journalistes mi-humains, mi-robots

L’idéal du journaliste multitâche a été abordé au cours du colloque. Plusieurs représentants syndicaux et des médias ont fait valoir que maintenant, les journalistes doivent savoir travailler sur toutes les plateformes, rapidement.

Du côté des journalistes, cette façon de faire nuit à la qualité de l’information, car le reporter investit un peu de temps sur chaque version plutôt que d’en développer une seule. « Réécrire trois fois la même histoire nous empêche d’arriver à un produit plus approfondi et plus intéressant pour le lecteur », a fait valoir Valérie Lessard, journaliste au Droit.

« Qui embrasse trop mal étreint. Il y aura un moment où la qualité du produit va se ressentir », a renchéri David Savoie, de Radio-Canada, qui prône une certaine spécialisation tant dans la couverture de l’actualité que dans les plateformes à maîtriser.

Les dirigeants de presse, confrontés à la question, ont tenu à se faire rassurants. Ils se disent pleinement conscients que les journalistes sont des humains, pas des robots. « Un journaliste doit être capable de tout faire, mais il ne peut tout faire en même temps », a souligné le directeur du Devoir Brian Myles.

Enfin, la précarisation des emplois a été soulevée. « Il n’y a jamais eu de cadre de négociation collective qui garantit des conditions aux pigistes, qui voient celles-ci se détériorer », a déploré M. Van Vliet.

Le fait que les jeunes journalistes soient toujours les premiers à faire les frais des compressions a aussi été noté. Et pourtant, la relève est un vent d’air frais qui doit faire sa place dans l’industrie. « Le statut de précaire n’est pas bon pour l’entreprise, parce que quand un journaliste surnuméraire quitte, l’expérience qu’il a acquise quitte aussi et n’est pas remplacée par le journaliste débutant qui finira par venir faire ses armes », a illustré M. Savoie.

Pour en savoir plus:

Aide étatique souhaitée pour les médias traditionnels

L’État doit-il soutenir les médias d’information?

Vidéo récapitulative du colloque

 

 

A beau mentir qui vient de loin

Mini onde de choc dans nos quotidiens régionaux. Nous avons découvert que depuis quelques mois, un site de « nouvelles » reprend systématiquement notre contenu, qu’il traduit en anglais avant d’enlever toute mention à la source originale.

C’est par hasard que mon collègue Jérôme Roy est tombé sur un de ses propres articles, traduit, sur ce site dont il ignorait l’existence.

Une recherche sur Google m’a ensuite permis de retracer, en à peine cinq minutes, pas loin d’une quarantaine d’articles de La Voix de l’Est. Idem pour certains autres quotidiens.

Voici deux liens: mon article et la traduction du SiverTimes. Idem pour ce texte et son jumeau.

Et les exemples sont innombrables.

Le Siver Times, qui se prétend un quotidien de la province de Québec, mais qui serait basé à Toronto, utilise en effet les articles de La Presse, du Journal de Montréal et des quotidiens du Groupe Capitale Médias, de TC Média et de La Presse Canadienne, entre autres, pour garnir sa plateforme bourrée de publicité. Sans doute que d’autres médias sont vampirisés sans le savoir. Finalement, nous avons découvert que le tout se ferait plutôt en direct de l’Ukraine…

Plusieurs ont donc contacté le média en leur demandant de cesser immédiatement la copie systématique de nos contenus. Voici ce qu’on m’a répondu personnellement sur Twitter, en ukrainien:

Traduction libre (puisqu’ils le font si bien eux-mêmes): Personne ne lit votre journal de Granby de toute façon. Sympathique, non?

Sur son site Internet, Siver Times déclare qu’il possède les droits sur tous les contenus disponibles sur son site et que toute reproduction est interdite, à moins d’en demander la permission au préalable. On réclame même que des ententes soient signées avec Copibec pour obtenir le droit d’utiliser les textes dans les écoles!

Citons donc cette politique de droits d’auteurs, qu’on attribue bien sûr au site web dont elle est tirée:

Copyright and Permission Rules

The Sivertimes network of web sites are protected by copyright law. Copyright © 2015 Sivertimes Network Inc. and its affiliated or related companies. Specific content such as articles, photos and images are subject to the copyright of their respective owners. All rights reserved. Unauthorized distribution, transmission or publication strictly prohibited.

Materials obtained through these web sites belong to the respective owners of such materials and are also protected by national and international intellectual property laws, conventions and treaties and may only be used for your personal non-commercial purposes, single copy only. Sivertimes Network Inc. through its Digital Media division and its newspapers or respective copyright owners may take appropriate legal action if there is any infringement of these rights.

For educational institutions in Canada, a licensing agreement with CANCOPY or COPIBEC is deemed to authorize all non-commercial uses of the contents of this web site, including downloads, redistribution and the making of multiple copies for research or instructional uses, subject to the requisite reporting and payment provisions of those agreements. See your license administrator for further information.

All other rights are reserved, and commercial uses including publication, retransmission, broadcast, posting to newsgroups, mail lists or electronic bulletin boards, circulation, selling, reproduction or redistribution in any medium are prohibited, except with the prior written approval of the copyright owner.

Ironique n’est-ce pas, qu’une plateforme qui utilise allègrement des contenus trouvés sur Internet se les approprie en interdisant toute reproduction desdits contenus?

En vendant de la publicité (même si les revenus sont minimes, il me semble) en échange de contenus qu’elle n’a pas produits, la plateforme s’approprie le fruit du travail d’autrui. C’est carrément du vol. Pur et simple.

Dénoncer ne semble pas avoir eu son effet pour le moment. Mais est-il utile de rappeler qu’à l’instar des contenus artistiques, comme la musique et la photographie, l’information a une valeur qui est réduite à néant par le plagiat?

Ce n’est pas parce que cette information est offerte gratuitement sur Internet qu’elle est réellement gratuite. Comme j’ai déjà écrit sur ce blogue, si vous, vous ne payez pas, c’est que quelqu’un ailleurs paie à votre place. Dans le cas qui nous préoccupe aujourd’hui, ce sont les médias vampirisés, dont certains peinent déjà à survivre dans le contexte actuel, qui écopent. Revenus de publicité qui leur échappent, mais aussi la valeur que confère l’exclusivité du contenu sur leurs propres plateformes.

C’est comme si personne n’avait passé de coups de fil, fait de la recherche, assisté à des événements et pris un bon moment pour écrire un texte pour le rapporter le plus fidèlement possible à ses lecteurs. C’est miner le travail du photographe de presse qui a payé cher son équipement pour immortaliser des moments et qui a pris tout le temps nécessaire pour parfaire sa technique pour réaliser le cliché qui sera retenu en bout de ligne. Pourtant, l’entreprise de presse paie pour cela et elle s’attend justement à bénéficier d’un retour sur son investissement.

D’ailleurs… Si personne ne lit mon « petit journal à Granby », ou les autres, pourquoi ces gens se donnent-ils tant de mal à en traduire tous les articles? C’est sans doute par grandeur d’âme, pour les faire lire au monde entier, n’est-ce pas?

Naïve que je suis… 😉

AJOUT: un compte-rendu de la situation sur ProjetJ

Desjardins: le symptôme et non le mal

Une nouvelle mini-controverse divise à nouveau la communauté journalistique ces jours-ci, après la parution dans La Presse de deux textes, coup sur coup, portant sur David Desjardins, dont la plume est parmi les plus appréciées.

Le chroniqueur, qu’on a notamment pu connaître sur Radio-Canada, dans Le Devoir et dans L’Actualité, sans oublier son long passage au Voir Québec, affirme qu’il n’arrive plus à vivre exclusivement du journalisme, et que c’est pour cette raison qu’il a cofondé l’an dernier une boîte de marketing de contenu.

Cette déclaration a tôt fait de faire réagir. Nombreux sont ceux qui croient que Desjardins s’est placé en conflit d’intérêts en travaillant des deux côtés de la clôture. On apprenait d’ailleurs aujourd’hui que Le Devoir a mis fin à son partenariat avec le pigiste, qui s’est aussi vu refuser le renouvellement de sa carte de membre de la FPJQ pour des raisons éthiques.

Le principal intéressé se défend entre autres en affirmant que le marketing de contenu est de plus en plus présent, et que sa manière de faire les choses est moins « hypocrite » que les pratiques qui ont cours dans les médias traditionnels. En plus, ajoute-t-il, il y a manière d’être créatif et d’évoluer dans le marketing de contenu sans sacrifier son éthique professionnelle.

Dans un long billet publié sur sa page Facebook, on le sent amer de la tournure des choses:

Faque, c’est ça qui est ça. Ma chronique d’adieu au Devoir sera publiée sur Facebook, plateforme qui, avec Google,…

Posté par David Desjardins sur mercredi 9 décembre 2015

Il est vrai que c’est très risqué, voire impossible, de concilier écriture journalistique et rédaction publicitaire, tout simplement parce que l’essence de la crédibilité du journaliste dépend de son indépendance envers toutes ses sources potentielles.

Mais est-ce encore possible de nos jours, alors que l’industrie semble être en crise et à la recherche constante de revenus pour parvenir à sa prochaine édition?

David Desjardins n’est pas le premier ni le seul à avoir répondu par la négative à cette question. C’est pourquoi, bien qu’on puisse être en désaccord avec son choix personnel, il faudrait y penser deux fois avant de lui jeter la pierre.

Je ne dis pas par là que j’approuve l’idée qu’un journaliste puisse aussi œuvrer dans le contenu publicitaire pour arrondir ses fins de mois; je crois simplement que la situation appelle une réflexion beaucoup plus grande que celle d’un David Desjardins, ou d’un autre, qui se demande comment joindre les deux bouts sans abandonner complètement sa plume. C’est l’industrie toute entière qui doit se pencher sur la question.

Car ce qui ressort de toute cette saga, bien au-delà du cas de dont il est question aujourd’hui, c’est encore et toujours la précarisation des emplois en journalisme. Une problématique qui ne date pas d’hier, loin de là.

Les cas de Desjardins et des autres qui ont fait le saut ne sont pas le mal qui ronge le journalisme; ils en sont le symptôme.

Les pigistes s’appauvrissent (un très intéressant billet de l’AJIQ ici) puisque les tarifs stagnent, voire s’amoindrissent; la concentration de la presse et les conventions collectives, de leur côté, diminuent le nombre d’emplois permanents dans les salles de presse. Les détails de la nouvelle entente au Journal de Montréal, indiquent que les plus jeunes employés ont du sacrifier leur sécurité d’emploi. Un exemple parmi plusieurs autres, rappelons-le, mais qui démontre à quel point il est utopique pour la relève de rêver à une longue et fructueuse carrière dans le milieu.

On ne peut repousser cette réalité du revers de la main en se disant que les choses finiront par s’arranger, que les « vrais » resteront et que les « autres » quitteront le navire.

Les « permanents » des grands médias ne peuvent pas hausser les épaules sans se sentir eux aussi concernés. Le marketing de contenu est une chose, mais n’oublions pas sa soeur jumelle, la publicité native, qui s’infiltre de plus en plus insidieusement dans les salles de rédaction des médias traditionnels, comme on a pu le constater lors du congrès de la FPJQ, il y a trois semaines. Ainsi, personne n’est à l’abri.

Le jeu en vaut-il la chandelle?

Surnoise, la publicité native?

On observe de plus en plus de cas de publicité native dans différents médias. Loin de n’être l’affaire que de petits journaux à faible moyens, on la remarque aussi dans les grands médias occidentaux, signe que c’est toute l’industri qui cherche à diversifier ses revenus pour survivre à la « crise ».

Un atelier sur le sujet a été offert en fin de semaine dernière dans le cadre du congrès annuel de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec.

Un retour d’abord sur ce qu’est essentiellement la publicité native: il s’agit de raconter des histoires pour le compte d’un annonceur, qui bénéficie alors de la crédibilité et de l’expertise de rédacteurs ou de journalistes.Le reportage peut traiter directement du client, comme un publireportage, mais parfois, la nuance est plus subtile: on ne fait pas, ou peu, mention de la marque dans le reportage.

« Le mur de Chine est indéfendable, trop grand, érodé, et les gens se tiennent dessus plutôt que de chaque côté, soulignait l’animateur Pierre Saint-Arnaud, journaliste à la Presse Canadienne. Peut-être faudrait-il le remplacer par un mur de Berlin, plus petit, mais plus étanche. »

Voilà qui mettait la table au panel, invité à discuter de la question. Mais avant d’aller plus loin, un tour d’horizon s’imposait.

Brian Myles, collaborateur à L’Actualité et professeur de journalisme à l’école des médias de l’UQAM, a rappelé que les revenus publicitaires des médias sont en chute libre depuis une dizaine d’années. Au Canada, en 2005, les revenus publicitaires des quotidiens totalisaient environ 3,7 milliards $; une statistique demeurée stable jusqu’en 2009, après quoi elle s’est rabaissée à 2,6 milliards $. Du côté des magazines, cela a plutôt fondu de 670 millions $ à 470 millions $, une baisse de 30% en une décennie.

Ainsi, le danger de la publicité native, rappelle M. Myles, c’est qu’elle « épouse les contours du média » en offrant une nouvelle source de revenus dont ces médias ont besoin. C’est à son avis, ce qui la rend pernicieuse: on ne peut plus, ou presque plus, distinguer un contenu commandité d’un contenu rédactionnel régulier.

Ce sont cette perte de revenus et la perte d’intérêt des consommateurs pour la publicité traditionnelle qui ont mené au mariage des deux domaines, engendrant ce nouveau modèle d’affaires.

Myles souligne ensuite cinq risques de la publicité native: une confusion croissante entre les genres journalistiques, une apparence de conflits d’intérêt, de favoritisme ou de partialité, de même qu’une perte d’indépendance et une perte de crédibilité. C’est donc dire à quel point cette pratique peut être dommageable pour les journalistes si elle n’est pas encadrée. Pour ces mêmes journalistes dont « l’âme » semble être à vendre au plus offrant.

On a cependant pensé à regarder de l’autre côté de la médaille, c’est pourquoi figurait au panel Luc-André Cormier, vice-président de l’agence Cossette Média. Selon lui, les publicitaires recherchent davantage l’influence sur le public qu’une portée pour leur message. Cela se traduit par un environnement propice pour faire passer ce message, d’où le choix de miser sur des contenus plutôt que sur la publicité traditionnelle.

On cherche à atteindre les valeurs des consommateurs susceptibles de se procurer nos produits, c’est pourquoi le contenu leur étant présenté est porteur: utile, éducatif, empathique, voire militant.

Par ailleurs, plus nécessaire de passer par les grands médias, allègue le publicitaire. Conséquence de la démocratisation Internet, un blogue amateur, mais populaire, peut faire l’affaire s’il rejoint exactement le public ciblé. Les marques sont aussi de plus en plus nombreuses à développer leurs propres plateformes de contenu. D’un autre côté, souligne M. Cormier, si les marques parviennent à rejoindre elles-mêmes leurs auditoires, il est peu probable qu’elles investissent en publicité native, voire en publicité tout court.

Julie Cailliau, chef de publication chez Les Affaires, a pour sa part expliqué les tenants et aboutissants de la publicité native telle qu’expérimentée dans sa boîte. Pour elle, il importe qu’existe une démarcation claire entre les contenus publicitaire et rédactionnel, c’est pourquoi aucun journaliste de la salle de rédaction ne s’implique dans la rédaction de textes destinés à la publicité native. Cette distinction est le seul rempart permettant de préserver la crédibilité des journalistes. Et celle-ci  ne sert pas que le média, mais aussi l’annonceur.

Tout cela représente un idéal théorique auquel il faut tenter de se conformer le plus possible: Mme Cailliau a toutefois reconnu qu’aucune mention n’indique qu’un sujet de reportage a été choisi de concert avec l’annonceur qui s’affiche en bas de page.

À La Presse, le débat a donné lieu à une lettre d’entente balisant la pratique de la publicité native. Le président du syndicat des journalistes Charles Côté, soulève le risque des plateformes gratuites comme La Presse + : entièrement financées par la publicité, celles-ci permettent une plus grande pression de la publicité sur les contenus.

Chez eux, les contenus de publicité native sont regroupés dans la section Xtra, bien identifiée. Malgré tout, un sondage a permis de réaliser que les lecteurs, en très grande majorité, ignoraient qu’il s’agissait d’une section promotionnelle.

En vertu de l’entente survenue à La Presse, les rédacteurs ne peuvent se présenter comme journalistes s’ils écrivent pour Xtra; ces textes ne sont d’ailleurs pas signés. Des engagements difficiles à contrôler, reconnaît M. Côté.

Enfin, la « productrice de contenus » Suzanne Dansereau, qui signait dans le Trente quelques textes sur la publicité native, croit qu’il s’agit d’un débouché pour les jeunes journalistes, qui peinent à se trouver un emploi dans le domaine. À ses yeux, le marketing de contenu est un genre de journalisme qui ne dérange pas, contrairement aux reportages traditionnels qui sont là pour « brasser de la merde ».

« Maintenant que l’information est commercialisable, sera-t-elle toujours d’intérêt public? », a-t-elle demandé. Une question qui porte à grande réflexion. Et de la poser, c’est y répondre.

À mon avis, même si elle s’effectue en parallèle du contenu rédactionnel régulier, la publicité a un impact sur ce dernier et ce, dès qu’on répond par la négative à ces questions:

  • Sans commandite, en aurait-on parlé quand même?
  • En aurait-on parlé de la même façon?

C’est pourquoi il importe de bien distinguer les deux types de contenu; autrement, on induit volontairement le lecteur en erreur et le lien de confiance qui le lie au média est rompu.