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Médias et COVID-19: pour des solutions collectives et durables

Depuis la parution de mon dernier billet, traitant de l’hécatombe dans l’industrie québécoise des médias à la suite de l’effondrement publicitaire provoqué par le ralentissement économique imposé par la pandémie de la COVID-19, les gouvernements, qui ont qualifié ces médias de « services essentiels » ont fini par réagir et par annoncer certaines mesures de soutien pour permettre aux travailleurs de l’information de poursuivre leur mission.

Déjà, le gouvernement fédéral a annoncé qu’il redirigerait « une grande partie » des 30 millions de dollars prévus en investissements publicitaires dans le cadre d’une large campagne de sensibilisation sur la COVID-19 vers les médias traditionnels. Un premier pas dans la bonne direction, compte tenu qu’il ne s’agit pas d’argent neuf, ces sommes étant d’abord majoritairement destinées aux GAFAM, les grandes plateformes américaines accaparant près de 80% des revenus publicitaires en ligne au pays et dans la province. Le montant de 30 millions de dollars est toutefois insuffisant pour pallier à toutes les pertes subies par l’ensemble des médias du pays.

De plus, le comité chargé d’évaluer les critères d’admissibilité aux différents crédits d’impôt destinés aux médias d’information – soient sur la masse salariale des journalistes, l’abonnement à des médias numériques et des dons de charité aux médias constitués en OBNL – a été finalement mis sur pied. Ce n’est pas trop tôt, compte tenu que ces crédits avaient été annoncés pour la toute première fois en novembre 2018.

À Québec, les investissements publicitaires ont été triplés et concentrés dans les médias québécois, alors que le traitement des crédits d’impôt sur la masse salariale des journalistes a été accéléré histoire de donner un peu d’oxygène aux entreprises de presse.

Ça n’a pas empêché certains décideurs de faire une jambette aux médias en ces temps difficiles, comme l’agglomération de Longueuil qui souhaite retirer ses avis publics des journaux hebdomadaires de son territoire. Il n’y a rien d’étonnant à cette décision, une mesure adoptée par plusieurs dizaines de municipalités depuis l’entrée en vigueur de la loi 122 qui leur permet d’afficher leurs avis uniquement sur leur site et à l’hôtel de ville.

Mais le timing de cette décision, qui heureusement ne fait pas l’unanimité, est bien étrange, alors que les élus souhaitent mettre en place des mesures de soutien aux entreprises locales pour leur permettre de survivre au-delà de la pandémie.

Cela met une fois de plus en relief qu’on a tendance à oublier que les médias sont eux aussi des entreprises locales employant de la main-d’oeuvre qui permet elle aussi de faire tourner l’économie locale.

J’en avais glissé un mot dans mon essai Extinction de voix, mais aussi régulièrement sur ce blogue: cette loi permet aux villes de faire des économies de bout de chandelle, parfois de 1% ou moins de leur budget, mais avec pour conséquence un accès moins direct à la population pour des informations pourtant d’intérêt public, donc un déficit démocratique.

S’il y a quelque chose qui importe en ces temps incertains, c’est la libre circulation de l’information.

Pas de solution à l’emporte-pièce

Si les mesures annoncées par les gouvernements permettront à quelques médias de poursuivre leurs activités pendant quelques mois de plus, mais à plus long terme, ils sont loin d’être tirés d’affaire.

Déjà affaiblis par un recul important de leurs revenus d’abonnement et par une chute dramatique et accélérée de leurs revenus publicitaires, les médias continuent, parfois même de façon déficitaire, à opérer au nom de l’intérêt public.

L’épisode de la COVID-19 aura permis de démontrer au monde entier le rôle essentiel des médias au quotidien en temps de crise, mais cela ne suffira pas à leur faire retrouver le chemin de la santé financière.

Les solutions à l’emporte-pièce n’auront qu’un effet ponctuel et limité. Les mesures de soutien aux médias d’information, qu’ils soient du secteur de la presse écrite, de la radio ou de la télévision, doivent s’inscrire dans un plan de relance durable élaboré par le milieu de l’information lui-même, avec la concertation des divers partenaires et gouvernements.

Déjà, d’un côté, la Fédération nationale de la culture et des communications (FNCC) et la Fédération professionnelle des journalistes du Québec ont mis sur pied des cellules de crise afin de dresser un portrait des impacts de la situation actuelle sur l’industrie de l’information et pour réfléchir à des pistes de sortie de crise.

Ces pistes doivent être concrètes, facilement applicables et avoir des répercussions durables.

Les médias d’information – professionnels, de qualité et rigoureux- doivent redevenir un moteur économique, tout simplement parce que l’information est un bien public malheureusement pris pour acquis et discrédité par un trop grand nombre de personnes.

D’abord, les gouvernements doivent maintenir leurs investissements publicitaires dans les médias québécois et canadiens, comme ils le font pendant la crise, et cesser de privilégier des entreprises américaines ne payant pas de taxes et d’impôts chez nous. Si Québec et Ottawa sont capables de concentrer leurs investissements publicitaires dans les médias traditionnels pendant la crise, ils ont fait la démonstration qu’ils pourraient le faire en tout temps et que la volonté politique est au coeur de cette solution.

De plus, pourrait-on ENFIN imposer une taxe ou une redevance aux GAFAM, ces géants du Web américains pour la plupart, qui s’enrichissent allègrement grâce au trafic généré par des contenus médiatiques canadiens et québécois sans leur verser le moindre sou en retour? La France l’avait déjà fait, et l’Australie vient d’annoncer une telle mesure pour forcer ces gros joueurs à partager les revenus publicitaires.

Rappelons du même souffle que les deux paliers de gouvernement s’étaient engagés à taxer les GAFAM à hauteur de 3% – un engagement électoral dans le cas de Justin Trudeau – une promesse repoussée du revers de la main en attendant un rapport de l’OCDE sur le sujet.

Avec ces sommes, pourrait-on mettre sur pied un fonds permanent dédié à la couverture journalistique des enjeux d’intérêt public dans les différentes communautés?  Ce fonds pourrait aussi être alimenté par des dons citoyens, avec ou sans crédit d’impôt,à la manière de la plateforme française J’aime l’info.

Pourrait-on bonifier le programme Initiatives de journalisme local, qui permet au moment où j’écris ces lignes de subventionner le salaire de journalistes dans des régions peu ou mal desservies afin qu’ils couvrent différents enjeux dont les reportages sont ensuite rendus disponibles dans un bassin offert à tous les médias qui y participent. En plus du caractère géographique, ce programme pourrait ajouter un volet pour la couverture de secteurs d’actualité (beats) peu traités dans les médias, ce qui permettrait à des pigistes spécialisés sur ces questions pointues de tirer leur épingle du jeu.

Outre le partage des contenus, serait-il envisageable pour des médias de tout acabit de constituer, à l’image de ce qui se fait en radio ou en télévision ou à travers des agences, une régie publicitaire où les annonceurs pourraient obtenir de la visibilité dans plusieurs plateforme à la fois sans avoir à contracter des ententes individuelles avec chacun de ces médias? Des économies d’échelle pourraient être générées pour ces annonceurs qui, en retour, reviendraient au bercail chez les médias qui ont grandement besoin de ces revenus publicitaires.

Pourrait-on également voir naître des crédits d’impôt pour les investissements publicitaires réalisés par les entreprises canadiennes et québécoises dans les médias d’ici? Depuis une dizaine d’années, bon nombre d’annonceurs ont délaissé les médias traditionnels au profit des GAFAM, qui offrent une visibilité en théorie plus ciblée et beaucoup moins chère. Cet incitatif fiscal, s’il n’est accordé que lorsque les investissements  dans les médias québécois représentent le deux tiers ou plus de l’assiette publicitaire d’une entreprise, par exemple, pourrait encourager celle-ci à revoir sa stratégie de communication au profit d’un marché plus local.

Dans un autre ordre d’idées, serait-il possible d’envisager une bonification du crédit fédéral d’impôt pour un abonnement à un média canadien pour encourager la population à s’informer davantage? Ce crédit d’impôt pourrait être d’un certain pourcentage pour l’abonnement à des médias de couverture nationale, auquel pourrait se greffer un autre crédit d’impôt complémentaire pour les abonnements à des médias locaux, afin d’éviter que ceux-ci ne soient défavorisés au profit des plus gros joueurs qui disposent d’un capital d’attraction plus grand en raison de leur marché plus étendu.

La gratuité ne pourra plus être une option pour de nombreux médias. Il y a fort à parier que des murs payants vont voir le jour d’ici quelques mois.

L’éducation aux médias doit aussi faire partie de la solution à long terme. Des programmes comme #30secondesavantdycroire mis sur pied par la FPJQ doivent être soutenus et déployés à plus grande échelle. Pourquoi ne pas mettre en place un incitatif financier ou un crédit d’impôt pour favoriser l’utilisation des médias professionnels d’information dans le parcours scolaire des élèves? Les plateformes sont diversifiées, les contenus sont infinis et la consommation de médias, dès un jeune âge, permet aux individus de devenir de meilleurs citoyens et d’apprendre à bien s’informer.

Comme société, il est de notre devoir de revaloriser le rôle des médias comme outil démocratique et de connaissances. En les soutenant collectivement, nous nous donnons aussi le droit d’exiger davantage d’eux.

Offrons-nous ce privilège.

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COVID-19: effet domino dans les médias

C’est un paradoxe pas si difficile à expliquer.

Alors que le monde entier est paralysé en raison de la pandémie de coronavirus (COVID-19), tous les médias sont au pied d’alerte et rapportent le moindre fait nouveau en temps réel.

Ça a du bon. Ça remet les priorités à la bonne place. L’intérêt public est ce qui prime, la concurrence est mise de côté. Et les médias réaffirment leur importance en temps de crise, en tant que plateformes fiables d’information. Les équipes journalistiques, telles des armées, travaillent d’arrache-pied (beaucoup à partir de la maison) pour livrer les derniers développements, mais aussi pour démentir la quantité effroyable de fausses informations qui circulent sur Interner.

Et pourtant, alors qu’ils sont plus nécessaires que jamais, il s’en est trouvé pour couper des postes de journalistes. Eh oui, six journalistes ont été remerciés du journal Le Citoyen, en Abitbi, lundi après-midi. Puis, mardi, c’est en Gaspésie que le couperet a tombé, avec la mise à pied temporaire de trois journalistes et tout autant de représentants publicitaires pour les journaux L’Avantage gaspésien, L’Avant-poste et Chaleurs nouvelles.

Ailleurs, des journalistes ont vu leurs heures de travail réduites pour éviter d’en arriver à des coupures de poste. On resserre les cordons de la bourse. C’est sans compter tous les pigistes, journaliste et photographes, dont le téléphone a arrêté de sonner et la boîte de courriels a arrêté de se remplir, parce qu’on n’a plus les sous pour leur donner de l’ouvrage.

Mercredi, c’est le magazine culturel Voir qui a sabré dans sa salle, en remerciant pour six mois sept de ses journalistes , a rapporté le journaliste Étienne Fortin-Gauthier. Le propriétaire du média, Alexandre Taillefer, a confirmé la nouvelle et a indiqué que la mesure est directement liée au coronavirus, notamment parce que les annonceurs principaux de la publication sont des restaurants et des organisations du milieu culturel. Celui-ci a d’ailleurs mentionné que 70% des publicités nationales dans les médias imprimés ont été annulées pour les trois prochains mois.

Ce même jour, CBC, le pendant anglais de Radio-Canada, a annoncé qu’il suspendait tous ses bulletins de nouvelles locaux. Des reportages régionaux seront toujours réalisés, mais ils seront présentés dans le cadre d’un bulletin de nouvelles national unique. La Guilde canadienne des médias n’a pas tardé à dénoncer cette mesure.

Journalistiquement, c’est en effet discutable. Ce qui préoccupe les gens à l’heure actuelle, c’est de savoir comment la situation évolue chez eux. Quelles sont les mesures en place pour atténuer la crise? Combien de cas locaux ont été dépistés? Y a-t-il des initiatives à souligner? Qui contacter au besoin? Quels services sont maintenus et lesquels ne le sont plus?

Et puis, dans Le Devoir, vendredi, Philippe Papineau signait un papier faisant état de l’ampleur de cette autre crise provoquée par la crise. Dans certains hebdomadaires, la chute de revenus est de 30%, en une semaine à peine.

Encore une fois, une question de revenus. Quand on parle de survie des médias, c’est toujours une question d’argent.

Paradoxalement, alors que les médias professionnels sont plus consultés que jamais, les annonceurs, eux, se retirent.

D’abord parce que certains ne souhaitent pas être « associés » aux mauvaises nouvelles qui touchent le coronavirus alors que celui-ci n’était pas encore le sujet du jour (et de la semaine).

Ensuite, et surtout pour cette raison, parce que ces annonceurs essuient eux-mêmes des pertes financières importantes en raison de la distanciation sociale exigée par le gouvernement et qui force bon nombre de citoyens à demeurer à la maison.

Plusieurs entreprises, commerces et lieux de rassemblement ont également été contraints de fermer leurs portes pour limiter les groupuscules d’individus, et beaucoup d’employés doivent demeurer chez eux. Ce faisant, l’activité économique a été freinée très rapidement. Et où coupent les entreprises lorsqu’elles doivent se serrer la ceinture? Le budget publicitaire dans les journaux est, règle générale, parmi les premières économies réalisées.

La situation renforce l’argumentaire de ceux qui, comme moi, sont en faveur d’une certaine aide financière de l’État aux médias d’information professionnels, afin que ceux-ci ne soient pas soumis aux aléas de l’économie et qu’ils puissent poursuivre leur mission d’informer en temps de crise.

C’est souvent dans ces moments-là que les médias prouvent leur utilité. Et le premier ministre québécois François Legault l’a reconnu, vendredi, lors de son point de presse quotidien pour traiter des plus récents développements de la crise. « Les médias assurent un service essentiel », a-t-il dit, ajoutant que le gouvernement était à la recherche de solutions pour soutenir les entreprises de presse, plus vulnérables que jamais au moment où elles sont les plus nécessaires.

Québec solidaire n’a pas tardé à proposer au gouvernement du Québec d’investir en publicité dans les médias pour communiquer des messages d’intérêt public tout en soutenant financièrement le journalisme.

Évidemment, chaque fois qu’il est question d’une aide gouvernementale, la question se pose: qui doit-on aider? Qui est journaliste et qui ne l’est pas? Quels médias sont crédibles et lesquels ne le sont pas?

Vendredi après-midi, tout en saluant la déclaration du premier ministre Legault, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec a rappelé l’importance des médias professionnels d’information et la gravité de la situation dans laquelle ils se trouvent.

Les commerces locaux ont besoin d’aide, les médias locaux aussi. On espère que lorsque la situation sera rétablie, que la communauté se souviendra du rôle de leurs journaux, radios et stations de télévision, pour ne nommer que ceux-là, en temps de crise.

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Médias: après la crise, la nécessaire réorganisation

Plusieurs pistes de solution pour permettre aux médias d’information de se sortir de la crise qui les accable depuis plusieurs années ont été abordées lors de la conférence Les journaux au 21e siècle: quelle place pour la presse d’information ?,  organisée par le Centre d’étude sur les médias et l’École des médias de l’UQAM, mardi soir.

Vincent Peyrègne, directeur général, et Fernando de Yarza, président de l’Association mondiale des journaux ont été les invités d’honneur de cette discussion, au cours de laquelle ils ont présenté leur vision des sorties de crise des médias, et plus particulièrement des médias de la presse écrite.

Les problèmes

M. Peyrègne a rappelé que c’est en 2016 que pour la toute première fois dans l’histoire pluricentenaire de la presse, les revenus issus des abonnements et des lecteurs dépassaient les revenus publicitaires qui avaient depuis toujours financé les opérations des journaux.

Le conférencier parle même d’une « rupture fondamentale », puisque les médias ont alors été confrontés au fait qu’ils n’ont jamais réellement pris compte des intérêts de leurs lecteurs dans la création de leur produit étant donné que leur financement provenait d’une autre source. Ils sont maintenant obligés de se réintéresser à leurs lecteurs, qu’ils avaient oublié depuis plus d’un siècle, a-t-il indiqué.

« Les investissements ont toujours été liés à servir les annonceurs, jamais les lecteurs, a-t-il déploré. Ce point de rupture de 2016 a suscité une prise de conscience qu’il faut rendre la priorité au lecteur. »

Fernando de Yarza abonde en ce sens. « On ne fait plus les contenus que veulent nos lecteurs », a-t-il souligné.

Ce bouleversement était inévitable et sera irréversible, ont indiqué les invités, parce que désormais, plus de 80% des revenus publicitaires sont avalés par les GAFAM et qu’il n’y aura pas de retour massif au bercail pour les annonceurs.

En plus de concentrer la majorité des revenus publicitaires, les GAFAM ont retiré aux médias traditionnels le monopole de la diffusion de l’information, leur enlevant également un certain ascendant sur le public, ajoute Peyrègne, en plus de ne plus pouvoir capter suffisamment d’annonceurs dans leur marché pour survivre.

Les solutions

Pour Vincent Peyrègne, il est inévitable que pour assurer leur survie, les médias d’information doivent recommencer à monétiser des contenus qu’ils offraient jusqu’à tout récemment ou qu’ils offrent encore gratuitement. Une erreur que tous, ou presque, ont commise, dit-il.

Les contenus seront payants s’ils ont une valeur ajoutée, ajoute-t-il, c’est-à-dire qu’ils présenteront une profondeur et des analyses qui vont au-delà de la simple nouvelle rapportée, comme le journalisme d’enquête ou le journalisme de solutions.

Les médias devront également varier leurs sources de revenus en offrant, entre autres des solutions en marketing local, l’organisation d’événement et des conférences commanditées par les annonceurs.

Il faut également que les gouvernements mettent en place une réglementation et une législation claires pour forcer les GAFAM à être sur un pied d’égalité avec les médias traditionnels. « Ce n’est pas juste qu’ils ne paient pas de taxes quand nous, nous devons le faire », a mentionné M. de Yarza.

De par son expérience, celui-ci estime également que les médias devraient former des alliances pour partager tout ce qui touche aux technologies et aux différents supports de l’information afin de générer des coûts d’échelle, mais aussi une puissance de frappe beaucoup plus grande face aux géants du Web et de l’État. La compétition ne doit se faire que sur le plan des contenus, avance-t-il.

Surtout, croit M. de Yarza, l’indépendance journalistique est tributaire d’une indépendance financière totale des médias, c’est pourquoi il s’oppose à une aide financière gouvernementale qui, même minime, lie les journaux à l’État.

Là-dessus, son collègue français a une opinion divergente. Il rappelle que les médias de France sont financés à un certain pourcentage et que l’État a une « responsabilité indéniable » dans le soutien à la presse puisque le journalisme est un bien public et un instrument culturel indispensable.

Il prêche d’ailleurs pour une meilleure éducation aux médias, afin de sensibiliser la population à ces rôles de la presse.

« L’avantage avec Netflix, c’est qu’il démontre que les gens sont prêts à payer pour des contenus qu’ils veulent consulter, avance-t-il. Pourquoi ce ne serait pas la même chose avec les médias? »

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Pour des solutions durables pour sauvegarder l’information régionale

La Commission parlementaire sur l’avenir des médias d’information a débuté hier à l’Assemblée nationale. J’ai eu l’immense honneur d’être la toute première à témoigner des solutions possibles pour endiguer la crise des médias.

Vous pouvez lire des comptes rendus ici, ici et ici.

Vous pouvez également regarder la vidéo de mon allocution, suivie de la période de questions http://www.assnat.qc.ca/fr/video-audio/archives-parlementaires/travaux-commissions/AudioVideo-81507.html?fbclid=IwAR1zE96Dy4WjdaEdO8j3bECOUhAZZIw_naszTxo_56OUuwsDB-JeWjDYOIQdes parlementaires, ici.

Et voici le texte intégral que j’ai lu au Salon rouge:

« Monsieur le président,

Mesdames et messieurs les parlementaires, membres de la commission

Je vous remercie de m’avoir invité à témoigner  dans le cadre de ce mandat d’initiative sur l’avenir des médias.

Il va sans dire que l’urgence d’agir n’est plus à prouver : au cours de la dernière décennie, au moins une cinquantaine de médias d’information, particulièrement dans la presse écrite régionale, ont disparu de l’écosystème médiatique québécois. On recense la perte de plus d’un emploi de journaliste sur 10, mais aussi de près de la moitié de tous les postes dans les entreprises de presse. Et il y a à peine une semaine, mon monde a passé bien près de s’écrouler.

Cette hémorragie n’est pas en voie de s’arrêter, bien au contraire. À l’heure actuelle, ce sont presque tous les médias d’information québécois qui risquent de disparaître, avec de lourdes et irréversibles conséquences pour la démocratie si rien n’est fait pour les soutenir. Et, le cas échéant, ce sont des villes, voire des MRC toutes entières, et des pans complets de vos circonscriptions qui deviendront des déserts médiatiques, des lieux où se déroulent tout plein de choses mais dont personne ne parlera.

Aux prises avec une crise financière sans précédent, ces médiascherchent à se réinventer, à trouver une manière de traverser la tempête avant de faire naufrage. Je peux personnellement témoigner de nombreux efforts effectués par les artisans des quotidiens de Groupe Capitales Médias, mais aussi d’autres journaux, pour garder la tête hors de l’eau. Mais la recette magique n’a pas encore été découverte. Comme disait la publicité : si ça existait, on l’aurait!

Si les médias se trouvent à un carrefour déterminant de leur avenir, leur pertinence, elle, n’a pas à être à nouveau établie, et ce, bien que leur vocation mercantile soit en contradiction avec leur mission de servir l’intérêt public.

Dans leurs milieux respectifs, les médias jouent un rôle social, démocratique, économique et culturel de premier plan, le tout en étant les témoins de ce qui se déroule dans des centaines de communautés réparties dans plusieurs régions du Québec.

Les nouvelles technologies d’information ont permis l’avènement de ce qu’on appelle l’économie du savoir : or, jamais il n’est question, grâce à celles-ci, d’une démocratie par le savoir.

En ce sens, les médias d’information sont un rempart indispensable à la désinformation pour remettre les pendules à l’heure et pour permettre aux citoyens de faire un choix éclairé sur une pléthore d’enjeux publics. Surtout, afin d’obtenir un son de cloche équilibré, il est primordial que les citoyens aient accès à une diversité de sources d’information, qui ne traitent pas toujours de ces enjeux de la même manière et en faisant appel à des intervenants différents.

Les retombées locales des médias ne se mesurent pas toujours de manière tangible, mais elles existent. Des études réalisées en Amérique du Nord ont démontré que dans les communautés où les médias se sont éteints, les coûts des contrats publics octroyés étaient plus élevés qu’ailleurs, signe qu’il n’y avait pas de « chien de garde de la démocratie » pour surveiller la gestion des deniers publics; que le débat politique est davantage polarisé et que moins de personnes s’impliquent activement dans la vie publique ou se portent candidates à des postes électifs.

En région, ce constat est encore plus frappant. Les grands médias n’ont pas les ressources et l’espace pour traiter de tout ce qui se déroule hors des grands centres. Il faut donc qu’une nouvelle soit hors normes pour qu’elle se fraie un chemin jusqu’à eux. Pourtant, de nombreuses initiatives locales méritent d’être soulignées et de faire parler d’elles. Des injustices et des drames doivent aussi être dénoncés et c’est plus souvent qu’autrement via les médias locaux que ces cris se font d’abord entendre.

N’oublions pas non plus que les médias sont des acteurs de construction identitaire locale, des adjuvants à la cohésion sociale et une agora populaire où s’échangent les idées. En décrivant les initiatives locales et en laissant la place à des débats, en rappelant des moments et personnages marquants de l’histoire locale et en usant de référents propres à la région, les médias posent les balises d’une identité et d’une culture qui caractérise leurs communautés d’ancrage.

À la suite de la publication de mon essai Extinction de voix, j’ai eu l’occasion de visiter plusieurs régions du Québec pour parler d’information locale non seulement avec des journalistes du coin, mais aussi avec des citoyens se sentant concernés par l’avenir de leurs médias locaux.

Plusieurs constats ont émergé de ces rencontres, démontrant des constantes d’une région à l’autre : d’une part, la population, en général, est certes attachée à son ou ses médias d’information, mais elle ne comprend pas qu’il y a péril en la demeure. Elle prend ses journaux et ses stations de radio et télévision communautaires pour acquis et ne comprend pas que ceux-ci sont aux prises avec une crise économique sans précédent. Et pour cause : les questions et les affirmations m’étant parvenues du public m’ont fait réaliser que celui-ci peine à distinguer les différents genres journalistiques, par exemple différencier un article factuel d’une chronique d’opinion, de même que les différentes propriétés médiatiques ainsi que les publics visés. Certaines personnes croient encore qu’il faut payer pour faire l’objet d’un reportage journalistique. Il serait possible d’endiguer cette confusion grâce à des initiatives en éducation aux médias, qui permettraient aux citoyens d’apprendre à mieux consommer ceux-ci. L’éducation aux médias doit aussi être offerte aux élus, dont certains ont encore aujourd’hui une mauvaise perception ou une méconnaissance du rôle du journaliste. Cela donne lieu à des entraves à la liberté de presse, mais aussi au droit du public à l’information. La transparence, dans certains lieux, est hermétique et vise d’abord à maintenir une image plutôt que d’informer.

On pourrait donc se laver les mains et laisser la loi du marché dicter l’avenir des médias d’information. Que les plus innovants et ceux ayant le plus de moyens survivent, et tant pis pour les autres.

Mais l’entrée en jeu de joueurs étrangers auxquels les règles du jeu ne semblent pas s’appliquer a créé un déséquilibre inquiétant dont il faut se préoccuper. Advenant la disparition des médias, dont les revenus publicitaires ont été vampirisés par ces fameux GAFA, ce ne sont ni Facebook, Google et compagnie qui enverront des journalistes professionnels couvrir les séances des conseils municipaux ou enquêter sur de nombreux sujets d’intérêt public.

Ajoutons à cela le fait que moins d’une personne sur dix paie désormais pour s’informer, ce qui a pour effet d’occulter le fait que l’information a un coût à produire, mais aussi une valeur.

Collectivement, nous avons oublié la valeur du journalisme et nous nous sommes détournés de sa mission première, croyant à tort qu’ici, au Québec, la liberté de presse et l’accès à l’information étaient acquis pour toujours.

La situation se résume bien simplement : désormais, les médias d’information financent à grands frais la production de reportages d’intérêt public, mais ils ne peuvent plus compter sur les revenus publicitaires ou les revenus d’abonnement d’autrefois pour y parvenir. Connaissez-vous beaucoup d’entreprises qui parviendraient à survivre dans de telles circonstances?

Le cœur du problème est un peu là : tout le monde est pour la sauvegarde de l’information, mais personne ne veut payer pour.

Or, le simple libre-marché ne peut s’appliquer dans l’industrie de l’information, car celle-ci n’est pas un produit qui peut être sous-traité ailleurs pour moins cher. Le fruit du travail des journalistes n’est pas un simple produit de consommation comme tant d’autres qui pourrait être remplacé s’il disparaissait : l’information est un bien public dont bénéficie la société toute entière, car elle sert la démocratie en présentant une diversité de points de vue autour d’enjeux qui concernent toute une communauté.

S’il est donc une seule chose que vous devez retenir de mon témoignage, c’est que la pérennité de ce bien public dépend des efforts de la communauté toute entière pour le faire survivre. C’est donc pour vous demander, à titre d’élus, de préserver l’information régionale québécoise, que je m’adresse à vous aujourd’hui.

Le débat entourant la survie des médias d’information s’est longuement attardé sur le virage numérique à entreprendre : nous avons beaucoup entendu parler du contenant transportant les nouvelles, mais très peu du contenu lui-même. Je considère plutôt que le véhicule importe peu, en autant que les contenus qui s’y trouvent sont pertinents. Papier ou numérique, un média d’information trouvera sa pertinence dans la qualité de ses reportages, de ses enquêtes journalistiques et des analyses que ses artisans en tireront.

Ainsi, je recommande à la Commission d’étudier la possibilité d’établir des crédits d’impôt sur les masses salariales des médias, qui pourraient encourager ceux-ci à embaucher et à investir dans leurs salles de rédaction plutôt que d’effectuer des compressions, avec pour impact direct une augmentation de la couverture journalistique, particulièrement au niveau local. La reconnaissance de l’information journalistique en tant que produit culturel pourrait également assujettir celle-ci aux différentes mesures fiscales qui existent déjà; il ne suffirait que de bonifier les enveloppes existantes pour ne pas pénaliser les actuels bénéficiaires de ces programmes.

Évidemment, j’encourage le gouvernement du Québec à poursuivre ses investissements publicitaires dans les médias d’information québécois afin de donner l’exemple aux entreprises privées qui les ont délaissés au profit des GAFA : il m’apparaît contradictoire de prêcher pour l’achat local sans être conséquent à ce sujet.

Je lance aussi l’idée de créer un fonds dédié au financement de reportages d’information d’intérêt public, un fonds auquel auraient accès tous les médias généralistes québécois, tout en respectant leur indépendance journalistique. Je propose par exemple que l’accessibilité à l’aide financière issue de ce fonds soit proportionnelle au contenu original et local produit par chaque média sous forme de retour sur investissement. Le fonds pourrait aussi être géré par un comité indépendant et chapeauté par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec.

Membres de la commission, vous avez le pouvoir, et le devoir dis-je, de maintenir l’un des piliers de notre démocratie. Vous devez vous élever au-dessus du débat partisan et mettre en place des mesures qui soutiendront les médias d’information, peu importe à qui ceux-ci appartiennent, et surtout, peu importe leur taille, en autant qu’ils continuent leur mission de servir l’intérêt public. Car qui, à l’heure actuelle, pourrait répondre à cette prérogative sur les médias disparaissent?

Vous devrez toutefois agir vite. Plus le temps passe, et plus la précarité des médias s’accroît. Si rien n’est fait à court terme, cela représenterait une atteinte importante au droit du public à l’information, au droit du public d’avoir accès à une pluralité de sources et de points de vue.

Ne laissez pas des régions sombrer dans le noir. »

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Pourquoi le journalisme doit être payé à sa juste valeur

Un membre de mon réseau de contacts a fait circuler ce matin une offre d’emploi pour un journal mensuel distribué dans la région de Québec.

Cette publication locale était à la recherche d’un nouveau journaliste rédacteur en chef, dont les principales tâches seraient de réaliser des entrevues et d’écrire des reportages, de couvrir l’actualité locale, de prendre des photos, de mettre les textes en ligne, d’assurer le montage du journal sur son support papier une fois par mois et de gérer la page Facebook du média.

Le candidat recherché devait avoir une bonne connaissance du français (surtout que l’offre d’emploi contenait des fautes élémentaires), mais aussi du journalisme, en rédaction, de la photographie et de l’univers technologique du journal.

L’offre d’emploi fait état d’une charge de travail équivalente à 25 ou 30 heures par semaine. Le salaire offert? 24 000$ par an, soit environ 462$ par semaine, avant impôt. À 30 heures par semaine, cela représente un salaire horaire de 15,40$, à peu près, , mais dans ce genre de média, il n’est pas rare que les journées soient plus longues, surtout si l’équipe de rédaction est réduite…

C’est peu, mais un salaire de cet ordre est régulièrement offert dans les médias communautaires ou les plus petits médias régionaux. Pourquoi? Parce qu’il n’est pas possible d’offrir davantage, d’autant plus que les revenus publicitaires se font de plus en plus rares. Mais aussi parce qu’il se trouve toujours quelqu’un pour accepter de travailler sous de telles conditions, ne serait-ce que pour gagner un peu d’expérience. Ou pour le plaisir de la chose.

La situation dont il est question ici illustre très bien les nombreux défis auxquels sont confrontés les petits médias régionaux, mais aussi les médias communautaires.

Ceux-ci ont peu de moyens, mais plein de bonne volonté.

Cela amène parfois et bien malgré eux quelques entorses à l’éthique et la déontologie journalistiques, notamment lorsque les besoins viennent compromettre la nécessaire indépendance entre le travail rédactionnel et les tâches publicitaires du média, qui lui permettent de survivre.

Dans le cas qui nous intéresse, l’offre d’emploi stipule que la personne embauchée aura à gérer les pages Facebook de certains clients du journal, donc des annonceurs. Il est aussi spécifié que « certains contrats » pourraient s’ajouter à la tâche pour bonifier la rémunération. S’agit-il de rédaction de publireportages?

Aussi, d’autres médias offrent des emplois peu rémunérés à temps partiel, ce qui permet aux journalistes d’avoir une autre occupation. Encore là, il y a le piège d’occuper une fonction incompatible avec le métier de journaliste.

Malheureusement, la difficulté des médias d’information, particulièrement les plus petits, à se financer adéquatement grâce à la publicité qui consiste souvent en leur seul revenu en amène plusieurs à devoir « tourner les coins ronds », pour reprendre l’expression d’un collègue.

Or, lorsqu’il est question d’éthique et de déontologie journalistique, absolument rien ne justifie des entorses de ce genre, pas même des raisons économiques.

Une responsabilité sociale a un coût

D’ailleurs, pourquoi cette profession devrait-elle être bien, voire mieux rémunérée, compte tenu des déboires actuels de l’industrie de l’information? D’abord parce que celle-ci est un bien public d’une grande importance pour la démocratie, on ne le dira jamais assez.

Ensuite, parce que pour exercer la profession de journaliste professionnel, il faut souvent détenir un diplôme universitaire. Dans certains petits médias en région ou dans le communautaire, cette exigence est plus souple, mais dans les grands médias, un baccalauréat au minimum est requis. Pourtant, les journalistes font partie des diplômés universitaires les moins bien rémunérés, et gagnent souvent moins bien payés que des professionnels ayant des diplômes professionnels ou techniques.

Mais surtout, le fait de rapporter des faits publics et d’avoir un réel pouvoir de contribuer à changer les choses en informant la population, vient avec une énorme responsabilité sociale. Une erreur peut détruire une carrière, un manquement éthique ou déontologique est une faute grave. Le fait de vérifier les faits et de les revérifier avant de les rapporter publiquement est une notion centrale se trouvant au cœur du métier de journaliste.

Il ne faut rien prendre à la légère, car notre travail a des conséquences importantes dans la vie de plusieurs personnes.

La (bonne) information a un prix

Même si on la retrouve gratuitement sur Internet, la qualité de l’information a un prix. Les patrons des médias peuvent tenter d’économiser ici et là, viendra toujours un point de rupture où ces coupures affecteront la qualité des contenus.

Des articles qui ne seront pas faits et dont l’espace sera occupé par un communiqué non traité dans le journal. Moins de temps alloué à une enquête, moins de sources sondées pour un reportage. Des photographies de moindre qualité, car le journaliste devra prendre lui-même ses photos, en même temps qu’il assiste à un événement, après qu’on ait remercié le photographe professionnel. Un texte moins peaufiné parce que la charge de travail du journaliste a augmenté lorsqu’on a mis à pied son collègue.

Malheureusement, la situation économique actuelle des médias d’information, petits et grands, est loin d’aller en s’améliorant. Je termine donc ce billet avec quelques questions histoire de lancer la réflexion.

Comme public, que désirons-nous? Une information de qualité, variée et d’intérêt public?  Si ce n’est pas nous, qui doit payer pour celle-ci?

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La guerre des hebdos, cinq ans plus tard

Voilà bientôt cinq ans qu’a pris fin cette fameuse « guerre des hebdos » qui a profondément transformé le visage de la presse locale au Québec. Une soirée à ce sujet a eu lieu lundi soir à Chambly en marge de la Semaine de la presse et des médias organisée par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, donnant lieu à des échanges fort intéressants. Résumé.

D’abord, qu’est-ce que la guerre des hebdos? On pourrait croire qu’il s’agit de l’âge d’or des hebdomadaires au Québec, en raison d’un nombre de titres inégalé dans toutes les régions de la province, ou presque. Or, il s’agit plutôt d’une période à la fois sombre et faste pour l’information locale.

Tout a débuté au tournant des années 2010 lorsque Québecor, avec sa division Sun Media, a choisi d’acquérir de nombreuses publications indépendantes et de faire concurrence à TC Média (Transcontinental), non pas dans l’optique d’offrir davantage d’information aux citoyens, mais pour dominer le marché de la distribution au moyen du Sac Plus, en opposition au Publi-Sac de TC. Bref, l’objectif était de distribuer le plus grand nombre de circulaires possibles, et pour rendre ce sac publicitaire attrayant, valait mieux y mettre un journal.

Bref, pour être compétitif, Sun Media a fait dramatiquement baisser le prix des publicités, parfois jusqu’à 60% dans certains marchés. Mais cette guerre d’usure, quand on sait qu’il y avait un très grand nombre de journaux à se partager le même bassin d’annonceurs, n’aurait pu durer bien longtemps.

Et c’est en 2014 que Sun Media s’est avoué vaincu, cédant du même coup ses hebdomadaires à TC Media qui, jusqu’alors, avait créé des alliances avec des publications indépendantes ou ouvert d’autres journaux pour occuper le territoire et solidifier son propre réseau de distribution. Le Bureau de la concurrence a autorisé la transaction, mais a exigé que plusieurs titres soient revendus pour éviter des monopoles dans certains secteurs. Résultat: une vingtaine d’hebdomadaires n’ont pas survécu à la guerre des hebdos.

Julie Voyer (Gravité Média) et Charles Michaud (Topo Local) - Photo Denis Germain
Julie Voyer (Gravité Média) et Charles Michaud (Topo Local) – Photo Denis Germain

Cinq ans plus tard, que reste-t-il de ces publications? La question a été posée à Marie-Andrée Prévost, présidente éditrice de Viva Média, Julie Voyer, présidente-directrice générale de Gravité Média et à Charles Michaud, ancien vice-président des Journaux régionaux chez Québecor (2006 à 2012)  et cofondateur de Topo Local, à Saint-Jérôme.

Force est d’admettre que la guerre commerciale que se sont livrés les deux grands joueurs a laissé des traces profondes dans l’industrie de l’hebdomadaire, a soutenu d’abord Mme Prévost. « Deux titans qui se livrent une guerre avec des poches sans fonds, ça dévalue un produit. Ça a mené au syndrome du magasin à un dollar », constate-t-elle.

Pourtant, ajoute-t-elle, les travailleurs des hebdomadaires devaient continuer de faire leur travail. La baisse du coût des publicités a fait mal à tous les joueurs, mais surtout aux médias indépendants qui demeuraient en place et qui ont été pris, malgré eux, au centre de ce combat. « Le représentant sur le terrain, qui doit vendre ses pages la moitié du prix, il perdait la moitié de sa commission aussi », rappelle-t-elle.

Le retrait successif des deux grands joueurs – TC Media s’étant défait de tous ses hebdomadaires entre 2017 et 2018 – envoie par ailleurs le message que les hebdomadaires ne sont plus une voie d’avenir. « Mais ceux qui demeurent dans cette industrie-là veulent encore tirer leur épingle du jeu,  indique Mme Prévost. Les gens ont acheté l’idée que les journaux, c’est fini. »

Pour sa part, Julie Voyer, qui avait eu pour mandat de TC Media de lancer plusieurs hebdomadaires en peu de temps pour contrer l’offensive de Québecor, affirme que les baisses de tarifs publicitaires survenues durant la guerre des hebdos – qu’elle juge « sans pitié », n’ont pas encore été rattrapées. « On a beau vouloir faire évoluer les tarifs, on ne peut pas revenir au montant que c’était avant. Les annonceurs ne sont plus prêts à payer ce prix-là », note-t-elle.

Charles Michaud, qui a agi comme colonel pour Sun Media pendant cette guerre, le reconnaît: « Les prix actuels s’apparentent dans certains cas à ceux de 1995 ». Et les deux mastodontes qui se sont affrontés étaient bien au fait des cicatrices que laisserait leur affrontement sur le terrain une fois celui-ci terminé.

Selon lui, la véritable crise des hebdomadaires a débuté bien avant la guerre des hebdos, au tournant des années 1980. C’est lorsque les publications ont cessé d’être vendues sur abonnement ou en kiosque qu’elles ont perdu la partie. En laissant aux publicitaires le soin de leur offrir leurs revenus et en s’intégrant au Publi-Sac, les hebdomadaires ont intégré l’industrie de la distribution, devenant ainsi vulnérables aux pressions économiques et mettant à mal leur indépendance journalistique.

Des communications plus que de l’information

Les trois intervenants s’accordent pour dire que les Villes gèrent de plus en plus leurs communications comme des entreprises, investissant davantage en relations publiques qu’en journalisme.

L’embauche de responsables de communication ou de relationnistes, dans les municipalités, est un phénomène somme toute assez récent mais de plus en plus important, où le contrôle de l’information vise à projeter une image positive des municipalités plutôt que d’informer réellement la population.

« Les équipes de communications comme à la Ville de Saint-Jérôme comptent plus de gens que notre équipe de journalistes », souligne à juste titre Charles Michaud, déplorant du même coup que pour des questions de salaire, plusieurs journalistes choisissent de passer du côté obscur de la force.

La loi 122, qui permet depuis deux ans aux municipalités de se soustraire à l’ancienne obligation de diffuser leurs avis publics dans un journal imprimé, a aussi de fâcheuses conséquences sur le droit du public à l’information, sans compter que souvent, ces avis et les explications en séance publiques relèvent d’un jargon incompréhensible pour la plupart des gens.

« Il va falloir que les citoyens revendiquent l’information », croit M. Michaud.

L’avenir réside-t-il dans le numérique?

Ayant mis sur pied un média local entièrement numérique, M. Michaud continue de croire en la nécessité d’une information de proximité de qualité. Mais à ses yeux, l’avenir ne réside pas dans les formats imprimés. « Les carottes sont cuites, a-t-il affirmé fermement. Je ne vois pas de plan d’affaires actuellement qui serait capable de faire vivre, à moyen ou long terme, de l’information sur un support en papier. »

Les autres panélistes sont en désaccord avec ce constat. « Je crois énormément au papier, a souligné Julie Voyer. Il faut effectivement revoir notre modèle d’affaires pour optimiser l’expérience du lecteur et diversifier notre offre, mais c’est encore possible d’avoir des journaux imprimés en croissance. »

De plus, relève-t-elle, son entreprise a reçu énormément de plaintes après qu’elle ait diminué le tirage du Courrier du sud, l’hebdomadaire de l’agglomération de Longueuil. Signe que les citoyens sont extrêmement attachés à l’édition papier de leur journal.

Marie-Andrée Prévost se dit elle aussi optimiste. « L’hebdomadaire gratuit est encore la vraie de vraie et la seule information totalement gratuite pour le lecteur, rappelle-t-elle. Pour consulter les nouvelles sur Internet, il faut avoir accès à un ordinateur, une tablette ou un téléphone intelligent, en plus de payer une connexion à Internet. »

Marie-Andrée Prévost, Viva Média - Photo Denis Germain
Marie-Andrée Prévost, Viva Média – Photo Denis Germain

La présidente et éditrice estime même que le virage numérique vers lequel le gouvernement dirige les journaux revient à « se jeter dans la gueule du loup ». « C’est un système qui n’est pas contrôlé et dans lequel il y a beaucoup trop d’iniquités », plaide-t-elle.

Elle croit toutefois que pour tirer leur épingle du jeu, les éditeurs d’hebdomadaires devront un jour où l’autre reprendre le pouvoir sur leur mode de distribution, particulièrement alors qu’un mouvement d’opposition au Publi-Sac commence à se faire entendre. Pour sa part, Viva Média a racheté des boîtes de distribution appartenant au Washington Post pour y disposer ses journaux sur le territoire.

« Ce qui me fait peur, explique-t-elle, c’est que les éditeurs prennent tous les risques en faisant imprimer et distribuer leurs journaux. Je suis convaincue que d’ici cinq ans, beaucoup d’éditeurs de journaux vont faire ce que j’ai fait. On n’a plus le luxe de payer pour des copies qui prennent directement le chemin du recyclage. »

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Médias et territoires: l’un ne va pas sans l’autre

Si les dernières années ont été impitoyables pour l’industrie des médias, particulièrement en région, ceux-ci n’en demeurent pas moins très importants pour les communautés.

En effet, les médias et les régions sont indissociables notamment parce qu’ils se nourrissent l’un l’autre. Un média sans territoire n’a pas d’auditoire ni de matière à traiter: une région sans information est dénuée de son identité.

Voilà le constat de plusieurs conférenciers, y compris moi-même, lors du forum Médias et territoires: regards sur les médias locaux et régionaux, organisé vendredi dernier par le Centre de recherche sur le développement territorial de l’Université du Québec à Chicoutimi.

Le journalisme a toujours été une pratique urbaine, par tradition, mais il est désormais très important dans les régions, a souligné la professeure Colette Brin, directrice du Centre d’Étude sur les médias de l’Université Laval.

Le CEM a tenté, au fil des années, de recenser les médias situés dans toutes les régions du Québec. Malheureusement, les différents répertoires et banques de données étaient incomplets, compliquant le travail des chercheurs.

Entre 2012 et 2017, les dépenses publicitaires ont chuté de 13.29% dans la télévision, de 52,78% dans les quotidiens, de 41,67% et de 45,59% dans les hebdos et les magazines, alors qu’elles sont demeurées stables dans la radio, avec une croissance de 0,34%, et qu’elles ont explosé dans les médias en ligne, une hausse marquée à 121,56%. Globalement, la part de marché des publicités numériques chez les GAFA a cru de 10% entre 2014 et 2017,

Tout cela alors que les Canadiens sont peu enclins à payer pour s’informer. Les chiffres du CEM révèlent qu’à peine 9% ont déboursé pour consulter des contenus en ligne, la plupart étant âgés de moins de 35 ans.

Du point de vue des contenus, Mme Brin a indiqué que les thèmes abordés par les médias sont généralement en phase avec l’agenda des annonceurs, en ce sens où les sujets où les intervenants sont moins susceptibles d’acheter de la publicité se retrouvent moins souvent traités.

Mme Brin est en désaccord avec l’hypothèse selon laquelle il faut laisser les médias traditionnels s’éteindre pour permettre l,avènement de nouveaux médias. Elle compare le tout à la politique de la terre brûlée et est d’avis qu’il y aura toujours un besoin pour une information professionnelle de qualité.

L’information pour s’enrichir collectivement

Ex-président du Conseil de presse du Québec, le professeur Raymond Corriveau, de l’Université du Québec à Trois-Rivières a tenu à recentrer le débat dans une perspective citoyenne. En ce sens, il rappelle que les médias ne sont pas la seule source d’information à laquelle peut s’abreuver la population, mettant à mal la logique commerciale des entreprises de presse.

« Pourquoi le droit à l’information, qui est fondamental, est-il redevable au profit de quelques actionnaires? » demande-t-il. Ce faisant, les assises de l’information sont problématiques, dans une perspective citoyenne.

L’expert parle d’un important lobby des entreprises de presse pour expliquer pourquoi les recommandations émises au terme de 19 commissions d’enquête, tournées et rapports révélant d’importantes lacunes informationnelles n’ont jamais été appliquée. Il déplore que les entreprises de presse cherchent à faire du profit avec l’information, qui doit plutôt servir le bien commun en encourageant la prise de décisions éclairées.

Si les problèmes ne se rendent pas dans l’espace public, il y a peu de chances que ceux-ci soient relevés par les décideurs qui peuvent les résoudre, ajoute M. Corriveau, qui prêche pour une meilleure éducation aux médias dans l’optique de générer une citoyenneté responsable.

Des médias décimés

La crise des médias, et particulièrement des médias locaux, ne date pas d’hier, a relevé le président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec Stéphane Giroux. Déjà, rapporte-t-il, le sujet était d’actualité au début des années 1990.

Le journaliste déplore que l’information locale ait perdu 50% de son ampleur récemment alors que les conditions de travail des journalistes restants se précarisent. « C’est donc 50% de chances de plus qu’aucun journaliste ne couvre un conseil municipal, un événement, ou qu’un journaliste enquête sur quelque chose », a-t-il déclaré.

Du même souffle, ce sont les fausses nouvelles qui occupent désormais le vide laissé par l’information sérieuse. « Moins il y a de couverture médiatique sérieuse et plus il y a de fausses nouvelles, moins la démocratie se porte bien », dit-il.

Et les géants du Web, qui ont décimé les médias en vampirisant presque tous leurs revenus publicitaires, voient aujourd’hui le problème qu’ils ont créé. « Facebook veut créer une plateforme pour les nouvelles locales, rappelle Giroux, inquiet pour l’avenir. Mais il ne peut pas la remplir, parce que des nouvelles locales, il n’y en a plus assez. »

Des irréductibles

Malgré ces constants alarmants, il en existe encore pour croire à une information régionale de qualité, et ils sont venus témoigner de leur expérience.

Marlène Claveau et Stéphanie Gagnon en savent quelque chose. Les deux femmes d’affaires ont repris trois hebdomadaires mis en vente par TC média. Le petit conglomérat médiatique qu’est devenu Trium Média se porte extrêmement bien, à en croire le dynamique duo.

Heureusement.

Les médias communautaires n’étaient pas en reste avec des présentations de Amélie Hinse, directrice de la Fédération des télévisions communautaires autonomes du Québec, et de Martin Bougie, directeur général de l’Association des radios communautaires du Québec.

Organismes à but non lucratif ne vivant pas de publicité, les médias communautaires comblent au meilleur de leurs moyens le vide laissé par la disparition des médias locaux commerciaux. Leur auditoire est beaucoup plus grand et vaste qu’on ne pourrait le croire, et dans certaines régions qualifiées de déserts médiatiques, ils ne représentent parfois que la seule source d’information disponible aux citoyens.

Pour M. Bougie, l’accès à l’information locale est un enjeu collectif. « Il faut que collectivement, on réclame d’être bien informés et qu’on s’interroge sur la manière de s’offrir ce service », a-t-il dit.

En après-midi, des représentants de médias nationaux présents en région ont partagé leur vision de l’avenir de l’information.

Pour Virginie Lamontagne, agente de coordination, production régionale Côte-Nord pour la Fabrique culturelle de Télé-Québec, il est primordial que les gens se reconnaissent dans leurs médias.

Le directeur général des services régionaux de Radio-Canada, Jean-François Rioux, estime que l’absence de pluralité des sources d’information dans les communautés est un problème fondamental pour la démocratie . Le contrôle de l’information

Enfin, le président directeur général de Groupe Capitales Médias, Claude Gagnon, a plaidé que l’information ne pourra pas être perpétuellement gratuite. La population doit reprendre conscience de la valeur de l’information et payer pour, autrement les médias tels qu’ils sont actuellement sont appelés à disparaître.

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Budget fédéral: un bon début, mais rien d’acquis

Ça y est. Le gouvernement fédéral a dissipé mardi l’incertitude qui régnait depuis plusieurs semaines sur les mesures d’aide annoncées pour soutenir la presse écrite.

Plusieurs craignaient que le gouvernement ne recule sur son engagement ou que les bottines ne suivent pas les babines aussi loin que promis. En effet, bien qu’il ait annoncé en novembre dernier la création d’un crédit d’impôt sur la masse salariale des salles de rédaction, d’un crédit d’impôt sur les abonnements numériques à un média d’information canadien de même que la possibilité pour les médias constitués en organismes à but non lucratif de recevoir des dons philanthropiques, des mesures sensées totaliser 595 millions de dollars sur cinq ans, on n’avait plus eu de nouvelles à ce sujet, ce qui laissait croire à certains qu’Ottawa ferait marche arrière devant les remontrances des Conservateurs qui accusent le gouvernement libéral d’acheter les médias en voie des prochaines élections.

Heureusement, le budget déposé hier par Bill Morneau à Ottawa tient ses promesses.

Le crédit d’impôt sur la masse salariale, que plusieurs espéraient de l’ordre de 35%, sera finalement de 25%, jusqu’à un salaire maximal de 55 000$. C’est un bon début et cela devrait permettre aux entreprises de presse de maintenir des emplois permanents dans les salles de rédaction, à défaut d’embaucher davantage.

Surtout, les entreprises de presse en région, qui emploient peu de journalistes dont le salaire est généralement inférieur à ceux des grandes villes, pourront en profiter. Cela n’améliorera probablement pas la situation à court ou moyen terme, mais il s’agit d’une avenue intéressante pour tenter de stopper l’hémorragie. Pensons-y: si deux journalistes gagnent 40 000$ annuellement dans un hebdomadaire, les crédits d’impôt que pourrait toucher leur patron pourrait financer la moitié du salaire d’un troisième journaliste. Et ainsi de suite.

Comme les salaires admissibles ne concernent que les employés qui travaillent à temps plein (plus de 26 heures par semaine) sur une longue période (plus de 40 semaines par année), les pigistes sont de facto exclus de la mesure. Cela fera en sorte que les employeurs devront se tourner vers le personnel en place, quitte à embaucher, pour se prévaloir de cette mesure.

Celle-ci défavorise néanmoins les journalistes indépendants, qui ne voient aucune mesure bonifier leurs conditions de travail déjà très précaires. Rappelons que les tarifs au feuillet n’ont pas augmenté depuis nombre d’années et que rien ne régit les contrats de rédaction. Compte tenu du fait que de nombreux journalistes ayant perdu leur emploi à la suite de compressions budgétaires et que plusieurs se sont tournés vers la pige pour éviter de quitter le métier, le tout n’améliore en rien leur sort.

L’autre mesure concerne les crédits d’impôt de 15% pour les abonnements numériques. On a d’abord appris que celui-ci serait temporaire, soit pour les années 2019 à 2025 et qu’il serait plafonné à 75$ par an. La nature temporaire de ce crédit l’exclut d’emblée comme solution durable pour soutenir les médias.

La suggestion n’est pas mauvaise en soi, mais ce ne sera pas suffisant pour sauver les médias. Déjà, les ménages investissent de moins en moins pour s’informer. Un ménage canadien sur dix paie pour ses nouvelles, nous apprenait une dépêche de Canada News Report. Il est fantaisiste de croire que les gens vont se mettre à payer pour quelque chose qu’ils obtiennent gratuitement en ligne depuis près de deux décennies. Ce serait tenter de remettre la pâte à dents dans le tube.

La dernière mesure touche les dons que pourront recevoir les médias de la presse écrite qui, en contrepartie, pourraient émettre des reçus d’impôt. Déjà, au budget de 2018, le gouvernement fédéral avait ouvert la porte à la philanthropie pour soutenir les journaux, et ce, quelques semaines à peine avant que La Presse n’amorce sa transition en tant qu’organisme à but non lucratif.

Comment donc réintéresser la population afin de l’amener à s’abonner ou à faire des dons de charité et donc, de débourser volontairement pour soutenir un média? Ces mesures auraient pu s’accompagner d’une aide financière pour déployer des programmes d’éducation aux médias d’un océan à l’autre, afin de faire prendre conscience à la population quels rôles jouent les médias dans une société démocratique et quelle importance ils revêtent dans leurs milieux respectifs.

Des critères à définir

L’incertitude quant aux mesures annoncées régnait notamment parce que Patrimoine Canada, qui devait donner suite à ces engagements, n’avait pas mis sur pied le comité d’experts chargé de déterminer les critères pour rendre les entreprises de presse éligibles à une aide financière. Aucune instance n’a été consultée, jusqu’à présent, sur les balises à établir.

Mardi, on a appris que pour se prévaloir de l’une ou plusieurs des trois mesures, les médias devaient correspondre à ce qu’on considère comme une « organisation journalistique canadienne admissible ». Cela implique que le média doit être possédé par des intérêts canadiens et opérer sur le territoire canadien.

Ce qui cloche, c’est qu’on insiste sur la création de certains contenus. Originaux et d’actualité, certes, mais en excluant d’emblée tous les médias spécialisés dans le sport et les arts, on insinue que ces secteurs d’actualité sont moins importants et qu’ils ne servent qu’à « promouvoir des intérêts » d’une ou plusieurs organisations. Pourtant, il y a matière à parler d’actualité et à faire enquête dans ces domaines aussi.  Les médias qui bénéficient déjà d’une aide via le Fonds canadien des périodiques sont aussi exclus d’emblée.

Néanmoins, un comité devra tout de même être formé pour examiner le tout et proposer des corrections.

Pour s’assurer de maximiser la portée de ces mesures, le gouvernement devra aussi songer à réinvestir dans les médias écrits en termes de publicité.

Rappelons qu’entre 2005 et 2015, les investissements publicitaires du gouvernement fédéral dans les médias de la presse écrite sont passés de 2,7 milliards$ à 1,4 milliard de dollars, alors que ceux sur des plateformes numériques ont décuplé, passant de 562 millions de dollars à 5,6 milliards. Les GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple) de ce monde accaparent désormais environ 80% du marché publicitaire numérique.

On ne peut prétendre de réellement soutenir une industrie si, de l’autre côté, on continue d’alimenter celle qui la vampirise.

Enfin, rappelons que la sauvegarde des médias n’est pas que l’affaire du gouvernement fédéral. Les entreprises de presse doivent constamment innover pour demeurer pertinentes. Les citoyens doivent aussi faire leur part.

Maintenant, même si on peut se réjouir de savoir les médias enfin entendus, on ne peut crier victoire tout de suite. Il est possible que ces mesures ne se concrétisent pas à temps pour la prochaine campagne électorale, et un autre parti porté au pouvoir aurait le droit de reléguer ces engagements aux oubliettes.

Le travail de sensibilisation doit donc se poursuivre afin que tous réalisent qu’une information de qualité est un bien public.

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Aide aux médias: enfin, de l’air!

Nos prières ont-elles été entendues?

Dans sa mise à jour économique présentée aujourd’hui, le gouvernement libéral fédéral a annoncé des mesures de soutien à la presse écrite, qui totaliseront 595 millions de dollars d’ici cinq ans.

C’est une excellente nouvelle, quand on sait qu’au budget du 27 février dernier, le ministre des Finances Bill Morneau avait déçu. 50 millions par an, pour cinq ans, afin de venir en aide au journalisme local dans les « communautés mal desservies » — on n’a jamais défini ce qu’était une communauté mal desservie d’ailleurs—, c’était bien peu pour tous les médias du Canada qui avaient besoin d’un sérieux coup de main.

Cette fois-ci, Ottawa a choisi l’avenue la plus simple, la plus sensée et la plus équitable pour soutenir les médias d’information: le crédit d’impôt remboursable sur la masse salariale, qui a l’avantage de préserver l’indépendance des médias. Plutôt que d’offrir des subventions, qui pourraient donner l’impression d’un quelconque favoritisme à l’endroit d’une entreprise de presse plutôt qu’à une autre, toutes pourront se prévaloir de l’aide financière, quelle que soit leur taille. Cela encouragera les médias à recruter des journalistes et à investir dans la production de contenu.

Mais ne nous réjouissons pas trop, trop vite, car les détails de la mesure ne seront pas connus avant le prochain budget. Il y a toutefois de quoi être optimiste.

Soutenir le journalisme implique aussi deux questions importantes auxquelles il faudra savoir répondre: qui sont les journalistes, et qu’est-ce qu’un média d’information? Ottawa a prévu le coup et a fait connaître son intention de mettre sur pied un groupe indépendant de journalistes pour déterminer quelles seront les exigences pour se prévaloir du crédit d’impôt.

Actuellement, quiconque peut se dire journaliste s’il produit et diffuse des contenus. La plateforme utilisée est donc considérée comme un média. Or, la qualité de ces contenus varie énormément d’un producteur à l’autre, d’une plateforme à l’autre. De plus, il n’existe pour l’instant aucun ordre professionnel du journalisme au Québec ou au Canada et le débat divise la profession depuis de nombreuses années déjà.

Se pencher (à nouveau) sur la question devient inévitable, et il faudra trancher. Est-ce que le respect de certaines normes éthiques et déontologiques suffira pour obtenir le statut de journaliste professionnel ou ne suffira-t-il que d’être rémunéré pour la production de contenus? Y aura-t-il des types de contenus qui seront jugés convenables et d’autres, non? Pour être reconnue, une entreprise de presse devra-t-elle compter un minimum d’employés? Devra-t-elle avoir des bureaux physiques?

Tant de questions auxquelles il faudra répondre.

Une autre avenue empruntée par le fédéral permettra aux médias structurés en organismes à but non lucratif d’émettre des reçus d’impôt à leurs donateurs. Une excellente nouvelle pour tous les journaux communautaires qui tirent le diable par la queue depuis de nombreuses années, mais aussi pour le quotidien La Presse, qui a effectué le virage plus tôt cette année.

Dans un troisième temps, le gouvernement compte offrir à la population un crédit d’impôt non remboursable pour l’encourager à s’abonner à des médias d’information numériques.

L’idée n’est pas mauvaise, mais elle arrive un peu tard. D’abord, bon nombre de médias d’information ont graduellement mis leurs contenus en ligne gratuitement. Depuis plusieurs années, il est possible de bien s’informer sans payer un seul sou. Convaincre la population de payer à nouveau relève du tour de force. Cela impliquerait aussi que des médias remettent en place des murs payants…

Ensuite, ceux qui paient déjà pour s’informer seront probablement les seuls à bénéficier du crédit d’impôt de 15% dont la date d’entrée en vigueur est inconnue; personnellement, je ne pense pas que des milliers de Canadiens se rueront sur Internet afin de s’inscrire pour profiter de la mesure.

Une telle mesure aurait du s’accompagner d’investissements en éducation aux médias, ce qui aurait permis de sensibiliser les Canadiens à l’importance des médias d’information et à des contenus de qualité.

Enfin, il n’y a toujours pas de mesure visant à rétablir l’équité fiscale entre les médias canadiens et les géants du Web. Le gouvernement n’a visiblement pas encore pris conscience de l’iniquité qui existe entre les entreprises médiatiques d’ici, qui produisent des contenus à grands frais, et GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple et compagnie), qui profite de ceux-ci pour s’enrichir sans contrepartie. Cet aplaventrisme, comme j’en fais état dans mon essai Extinction de voix — Plaidoyer pour la sauvegarde de l’information régionale,  est inexplicable et inacceptable, surtout qu’en Europe, plusieurs pays ont soumis Netflix et compagnie à de telles mesures fiscales. Ce faisant, le fruit de l’aide financière que consent enfin Ottawa aux médias profitera aussi à GAFA.

Dans cet ordre d’idées, il est temps que nos élus se penchent sur la question du droit d’auteur, constamment bafoué par ces entreprises américaines. La solution au problème s’y trouve peut-être.

Enfin, notons que cette aide, annoncée sur cinq ans, pourrait être compromise si les libéraux sont battus à l’élection d’octobre. On ne doit donc pas la tenir pour acquise.

Est-ce que cela permettra de freiner la crise des médias? Rappelons que GAFA accapare près de 80% des revenus publicitaires au pays, qui a vu disparaître près de 230 hebdomadaires et une cinquantaine de quotidiens en dix ans.

C’est un début. J’ai hâte de voir la suite.

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Ode à la presse écrite

Ceux qui fréquentent ce blogue ou qui me côtoient connaissent ma passion pour le journalisme. Je profite donc de la Saint-Valentin, et de la journée « J’aime ma presse écrite » pour faire une déclaration d’amour à mon métier, et surtout à son importance.

Sans presse écrite, qui serions-nous?

Miroir de notre communauté, elle incarne tout :

Le reflet de nos fiertés, de nos réalisations,

Le théâtre de débats, d’échanges et d’opinions.

 

Sans presse écrite, que saurions-nous?

De nos élus, les bons et moins bons coups,

Les enjeux de société, la quête de la vérité,

Passeraient sous silence dans l’obscurité.

 

Longue vie à la presse écrite,

Une industrie si importante, mais qui périclite.

Devant l’inaction de l’État à appliquer l’équité,

Des grands joueurs du Web se sont gavés.

 

Ils s’enrichissent à partir de contenus

Pour lesquels la presse écrite ne tire plus de revenus.

Devant cette difficulté à pouvoir se financer,

Plusieurs journaux n’eurent d’autre choix que de fermer.

 

C’est un danger qui les guette tous,

Mais il est encore temps d’aller à leur rescousse.

Réitérer en la presse écrite notre confiance,

C’est lui offrir enfin une seconde chance.

Aujourd’hui, des représentants de la Fédération nationale des communications se rendront à Ottawa déposer une pétition de plus de 7100 signatures réclamant du gouvernement fédéral des mesures d’aide à la presse écrite.

Des activités de sensibilisation auront lieu aux quatre coins du Québec. Pour en savoir plus: http://www.fncom.org/2018/02/06/14-fevrier-journee-damour-a-presse-ecrite/