L’empathie, l’ennemie du journaliste, vraiment?

Ce petit texte dénonce ce qu’on appelle « l’empathie » des journalistes.

On touche là un des dangers qui menacent les journalistes dans leur suivi de l’actualité au quotidien : la sympathie pour ne pas dire l’empathie avec celui ou celle dont ils sont en train de suivre les faits et gestes. Il est bien difficile quand on suit un évènement, surtout s’il dure, de ne pas se sentir proche de certains de protagonistes.

Il y a une énorme différence entre la complaisance, ce que semble décrire l’auteur du texte, et l’empathie, la réelle empathie. L’auteur du texte semble croire que parce qu’ils sont des humains capables d’émotions et ayant besoin de socialiser, les journalistes ne peuvent que faire preuve de parti pris dans leurs nouvelles. On en revient encore à l’éternelle question: l’objectivité journalistique existe-t-elle?

Le fait de partager pendant un long moment le même mode de vie, les mêmes épreuves va infléchir ou déformer la perception des envoyés spéciaux et des journalistes de terrain.

Je suis plus ou moins en accord avec cette affirmation de l’auteur. Il va de soi que lorsqu’on est appelé à suivre une personnalité plutôt assidument dans le cadre d’un reportage, que des liens se tissent. Il suffit de penser aux journalistes politiques qui côtoient les politiciens quasiment plus souvent que leurs collègues de la salle de rédaction. Il peut effectivement se développer une franche camaraderie, de l’amitié, de l’admiration même. Mais le travail du journaliste est de faire fi de ce qu’il ressent à l’égard d’une source et de traiter l’information le plus impartialement possible. En cas de conflit d’intérêt évident, la nouvelle sera assignée à un autre journaliste.

L’empathie, c’est ce qui permet au journaliste de traiter de l’actualité de manière plus humaine. Certes, il doit demeurer impartial, neutre et objectif dans la couverture de la nouvelle. Mais parfois, un peu d’humanité, ça fait du bien.

Les reportages à caractère social, les suivis de faits divers qui, rappelons-le, sont éprouvants pour ceux qui s’y trouvent au cœur, ne peuvent être faits sans un minimum de compassion de la part du journaliste. Celui-ci se présente à ses sources afin de faire connaître leur réalité, mais en aucun cas cela ne leur est nécessaire.

De ne pas compatir avec les victimes, de ne pas partager les combats de ceux qui se battent. Comment ne pas être sensible à la lutte de ceux qui veulent défendre leur emploi ? Comment rester insensible à la misère de ceux qui sont expulsés de leur logement ? Comment ne pas être solidaires de ceux qui traversent des difficultés ? Comment ne pas regarder d’un œil favorable et donc moins vigilant ceux qui défendent de grandes et nobles causes ?

Accepter de rencontrer un journaliste, c’est lui faire une grande faveur et pour cette raison, ce dernier doit traiter toutes ses sources avec le plus grand des respects, qu’il s’agisse d’une jeune orpheline ou du pire criminel.

Tout le monde a une vie, un parcours, qui lui est propre et qui le rend unique. En rendre compte dans le cadre d’un reportage est toujours une tâche délicate. De plus, le journaliste n’est pas là pour juger

L’émotion, l’empathie, la trop grande proximité sont de graves dangers qui menacent les journalistes, surtout les nouveaux venus dans la profession, au risque de mettre à mal la neutralité ou l’honnêteté que le public est en droit d’attendre des journalistes.

Vrai et faux. Je crois que cette empathie peut être une grande force d’un journaliste, si celle-ci transparaît dans son reportage, parce que ça rend celui-ci plus vrai. Il y a manière d’être humain dans le traitement d’une nouvelle sans avoir un parti pris. Il y a moyen de présenter une situation délicate sans pleurer le sort de l’individu et chercher à l’en sauver. Les journalistes sont des humains, pas des blocs de glace.

L’importance de la proximité dans la nouvelle

Cette petite nouvelle m’a fait sourire. Bien que son contenu soit dénué d’intérêt public et de valeur informative, du point de vue d’un média d’information, il démontre clairement l’un des aspects de la « créativité » journalistique : l’importance de la proximité.

En effet, pour reprendre les mots d’un de mes professeurs d’université, « un mort ici fait une nouvelle d’importance égale à dix mille morts à l’étranger ». En résumé, ce que les gens veulent savoir, voir, comprendre, ce qui les intéresse, c’est ce qui se déroule tout près d’eux.

L’histoire du petit singe IKEA est une façon de faire du kilométrage sur une nouvelle qui en apparence ne semble pas avoir de pertinence locale, en faisant un lien avec le secteur desservi par le média. On se souviendra de la nouvelle selon quoi Madonna avait des origines québécoises, entre autres.

Un autre exemple du phénomène est lorsque les hebdomadaires locaux utilisent une nouvelle à propos d’un Québécois qui s’illustre à l’étranger, ou même ailleurs en province, en mentionnant qu’il a déjà résidé, ne serait-ce que quelques années, dans la municipalité qu’ils desservent. Encore mieux si le protagoniste est originaire de cette localité.

Le facteur de proximité vient donc légitimer presque n’importe quelle nouvelle auprès du lecteur, car elle répond à son besoin de s’informer sur son milieu.

Encore plus, la relation de proximité provoque souvent un effet de halo sur la communauté, c’est pourquoi elle est utilisée à toutes les sauces. Une réussite à l’extérieur, mais commise par quelqu’un de chez nous, rejaillit sur nous. C’est une manière de se valoriser comme société, s’accaparer une part de la gloire d’autrui.

La proximité de la nouvelle offre enfin un laissez-passer de redondance aux médias, c’est-à-dire qu’il sert de prétexte à diffuser toutes les nouvelles sur un même sujet par la suite, ce sujet ayant désormais trouvé sa pertinence.