Dans la loupe médiatique

Dans la foulée du débat entourant la fameuse Charte des valeurs québécoises, on a remarqué récemment que le sujet est traité sous toutes ses coutures et tous les jours par les médias.

Parlons du cas de cette famille islamique à Québec qui s’est fait invectiver, ou de cette femme voilée qui a été la cible d’injures à Montréal. Les exemples abondent.

Dans cette veine, l’observatoire du journalisme, ProjetJ, y est allé d’une analyse comparative des différentes opinions exprimées par les chroniqueurs des grands quotidiens et conclut que sur ce coup-là, Québécor a offert plus de diversité que Gesca.

On leur accordera, le fait que les chroniqueurs de l’empire Péladeau ne soient pas d’accord sur le bien-fondé de la Charte enrichit beaucoup plus le débat que les écrivains de Gesca, qui se positionnent tous plus ou moins de la même façon sur la question.

Il est peu probable que les opinions convergentes des chroniqueurs de Gesca soient le résultat d’un ordre venu d’en-haut. Quand il gagne son titre, le chroniqueur a (pratiquement toujours) carte blanche. Et beaucoup sont si convaincus de leurs convictions qu’ils n’en démordront pas. D’ailleurs, très minces est la probabilité qu’ils se soient assis à une même table pour décider tous ensemble qu’ils exprimeraient la même opinion.

Ceci étant dit, ce qu’on retient surtout, c’est que presque tous les chroniqueurs des deux plus importants quotidiens de la métropole (et de bien d’autres médias au Québec) se sont prononcés sur le sujet, donnant encore plus de poids médiatique au thème.

Le tout a pour effet de créer une distorsion de réalité. En effet, pourquoi ce sujet, qui pour l’instant reste une théorie, prend-elle autant de place dans l’agenda des médias? La situation démontre un des plus grands défauts des médias. À trop se pencher sur un sujet donné, ceux-ci agissent comme une loupe et gonflent l’ampleur d’un phénomène; à l’inverse, en ne mettant pas en lumière d’autres thématiques, ces dernières sont occultées et minimisées. Tout est une question de perception et les médias devraient tenir compte de leur contribution à tout ceci.

Oui, il faut parler des enjeux de société, il faut traiter des sujets qui suscitent la controverse et qui sont « payants » pour les médias – les thèmes susceptibles de faire réagir, ceux qui attirent l’attention des lecteurs et donc ceux qui sont vendeurs pour attirer des annonceurs -, mais il ne faudrait pas non plus leur accorder plus d’importance qu’ils n’en ont réellement.

Rappelons-nous que pour bon nombre de Québécois, le débat n’a pas lieu et le tout ne serait qu’une polémique à saveur électoraliste. Sommes-nous réellement en crise identitaire?

Les médias ont une responsabilité vis-à-vis le public, en traitant objectivement des nouvelles, mais aussi en leur accordant le poids qu’ils faut. Car en accordant trop d’importance à un sujet, ils contribuent à le rendre plus important aux yeux du grand public, ce qui justifie ensuite la surcouverture qu’ils en font. Et ça recommence.

Note de l’auteure: J’en conviens, d’aborder le sujet moi-même renforce encore plus cette sur-couverture. Mea culpa.

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