Flou… comme dans un rêve

La une de la plus récente édition de l’hebdomadaire granbyen Le Plus a fait jaser, cette semaine. On peut la visionner ici.

Dans les faits, cette une n’en est pas réellement une; il s’agit d’un feuillet publicitaire qui enrobe la publication réelle, mais qui, au premier regard, ressemble étrangement à une manchette de journal.

« Du jamais vu à Granby: Un homme retrouvé endormi chez Matelas Gemo », peut-on lire en gros titre sur ce qui semble être la une de l’hebdomadaire. La mention « Publicité » est mise en évidence, dans le coin inférieur droit de la page. Les trois autres volets du feuillet font l’étalage des rabais de début d’année et des différents produits offerts par l’entreprise.

L’idée est loin d’être nouvelle ou originale; déjà, au Québec, plusieurs « fausses unes » publicitaires ont été publiées par-dessus la manchette véritable d’une publication. Si je me souviens bien, il y a quelques années, d’un grand coup de Jeep, qui avait payé pour un tel enrobage des quotidiens de Gesca (La Presse, Le Soleil, …). Depuis, plusieurs annonceurs d’envergure ont ainsi reproduit et adapté la mise en page frontispice d’une publication pour promouvoir leurs produits et services.

Certes, la publicité n’a aucunement influencé le contenu rédactionnel de la publication. Mais la présentation du contenu peut suffire à semer le doute dans l’esprit de certains lecteurs.

C’est ce flou qui s’installe quand un publireportage emprunte les mêmes modalités de mise en page ou de présentation que le contenu informatif régulier d’un média. On utilise le véhicule de l’information pour faire passer un contenu pour lequel un annonceur a payé, et donc en rien objectif. Contrairement aux reportages traditionnels, ce contenu publicitaire n’est ni traité avec la même rigueur et objectivité ni présenté de manière à ce que le public auquel il est destiné puisse se faire lui-même son idée. La démarche est toute autre. Dans un contexte d’interprétation, on lui présente la publicité comme l’égale de l’information.

Ceux qui prônent cette façon de faire sont prompts à justifier leur méthode par le fait qu’une présentation similaire confère de la crédibilité aux contenus promotionnels puisqu’ils ont justement l’apparence d’un contenu sérieux et réalisé dans les règles de l’art. Or, l’emprunt de cette apparence vient plutôt miner la crédibilité des contenus informatifs réalisés par des journalistes.

La confusion des genres vient en effet miner le sérieux de la publication en entier. Si on présente au public de la publicité de la même manière qu’on leur présente de l’information, peut-il encore être assuré de notre rigueur et de la valeur des contenus réguliers?

Ce pastiche publicitaire du travail journalistique discrédite ce dernier, que les publicitaires en soient conscients ou non. Prétendre que la découverte d’un homme endormi dans un magasin de matelas est un sujet digne de faire la manchette d’un média d’information dénote une certaine méconnaissance ou un certain mépris du processus de traitement de l’information.

Évidemment, les médias ont besoin des revenus que leur apporte la publicité; c’est d’ailleurs, dans la plupart des cas, indispensable. Et dans le contexte économique difficile dans lequel ils se trouvent, tant l’originalité que la variété des concepts publicitaires disponibles sont tributaires du succès financier de ceux-ci.

Mais doivent-ils plier et laisser certains contenus publicitaires être maquillés afin de survivre?

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