Journaliste: persona non grata – La suite

** AJOUT: J’ai parlé personnellement avec M. le maire récemment, à propos de l’incident rapporté plus bas. L’élu fait désormais preuve d’ouverture quant à la présence de journalistes, une réflexion que je salue.

Hier encore, le maire de Granby a refusé l’accès aux médias à une séance publique tenue dans la salle du conseil de l’hôtel de Ville.

Rappel et mise en contexte: depuis son élection, le maire de Granby, Pascal Bonin, a décidé d’instaurer une série de rencontres mensuelles et plus informelles qu’une séance de conseil, au cours desquelles il rencontre les citoyens et discute avec eux de plusieurs sujets, prend leur pouls et répond à leurs questions. L’élu tient à ce que les médias ne soient pas présents à ces rencontres, car il soutient que certains citoyens sont hésitants et craintifs à l’idée de s’exprimer si leurs propos peuvent être repris. Bref, il prétend que les journalistes sont, de facto, intimidants.

Lors de cette première rencontre, à laquelle j’étais la seule journaliste présente, malgré la demande du maire de ne pas se présenter, on m’a poliment demandé de quitter les lieux au début de la rencontre, ce que j’ai fait en échange de commentaires postérieurs en vue de rédiger un article.

Un collègue de La Voix de l’Est avait d’ailleurs rédigé un éditorial à ce sujet, qui allait dans le sens de mon précédent billet sur le sujet, mais qu’il n’avait fort probablement pas lu.

La forme et le fond

Comme je l’écrivais dans ce billet, où j’avais choisi de ne pas nommer M. Bonin ou la ville de Granby afin d’élaborer mon idée sans le pointer du doigt, son désir de donner une tribune souple et confortable aux citoyens, afin qu’ils puissent s’exprimer librement, dénote les bonnes intentions du maire, j’en conviens avec grand plaisir. Car le problème ne réside pas dans le fond de son initiative, mais bien dans la forme.

Pourquoi? Parce que ces séances se déroulent dans la salle du conseil de l’hôtel de ville, l’endroit qui est, à mon avis, le plus public qui soit dans une municipalité. Si M. Bonin tenait ces rencontres mensuelles chez lui, ou dans une salle privée d’un restaurant, par exemple, il serait tout en droit de nous en refuser l’accès, car cela relèverait davantage de rencontres partisanes.

Mais la salle du conseil de l’hôtel de ville est en quelque sorte le refuge de la démocratie, tout comme peuvent l’être l’Assemblée nationale et la Chambre des communes. Et les médias font eux aussi partie de la démocratie, c’est pourquoi on ne peut leur interdire d’être présent en ce lieu quand une rencontre publique s’y déroule.

Qui plus est, à l’occasion de cette deuxième rencontre, la Ville de Granby a fait paraître, dans les pages de La Voix de l’Est entre autres, une publicité couleur d’une demi-page où le logo de la Ville est bien visible. On y annonce également que le directeur général de la municipalité et le trésorier ont été invités à titre de conférenciers, puisque le sujet de la rencontre est d’expliquer le budget municipal déposé quelques jours auparavant.

Cela fait en sorte que la rencontre est reliée directement à l’administration municipale, et non à l’administration partisane de M. Bonin. L’utilisation du logo municipal me laisse croire que la Ville a payé pour cette publicité. La présence de deux fonctionnaires municipaux, qui traitent d’un sujet de haute importance, le budget municipal, rien de moins, en plus, rend la présence des médias encore plus importante.

Encore une fois, que la rencontre soit organisée et mise de l’avant par Pascal Bonin, homme politique et citoyen, est une chose. Et il serait en droit de nous en refuser l’accès. Mais quand cela est endossé par la Ville, et pour toutes les raisons mentionnées plus haut, il s’agit certainement d’une rencontre ouverte à tous. Organisée et cautionnée par l’administration municipale, elle vise donc à renseigner les citoyens qui s’y présenteront.

Le message qu’on envoie donc en y interdisant les médias? Tant pis pour les autres.

Certains citoyens plus citoyens que d’autres

Car la situation est injuste pour les journalistes, mais elle l’est encore plus pour tous les citoyens absents hier.

Le tout nous amène à la question suivante: est-il juste, en prenant compte qu’une séance publique est ouverte à tous les citoyens, sans exception, que des résidants d’une Ville ne puissent avoir accès à de l’information publique, sous prétexte qu’ils n’ont pu se présenter à ladite séance? Est-il juste que des individus ne soient pas informés à propos de quelque chose dont ils ont droit de prendre connaissance?

Car un Granbyen présent à la séance a demandé au maire de quelle manière il pourrait savoir ce qui s’est dit à une rencontre ultérieure, s’il ne pouvait y assister. Il aura finalement quitté la salle en trombe, insatisfait de la réponse du premier magistrat.

Si ce qui s’y dit y demeure, et qu’on ne peut en avoir de compte-rendu, la séance est moins publique qu’elle ne se veut. Et le désir d’être plus transparent qui motive son instigateur à la mettre en place est entièrement torpillé. Où est la transparence si on réserve des informations et des échanges privilégiés à une poignée de citoyens?

À la base, un journaliste est un citoyen, ne l’oublions pas. Que fera M. Bonin si un citoyen décide de s’improviser journaliste après-coup, en bloguant, par exemple, le contenu des séances?

Je demande donc à M. Bonin qu’il rende disponible un résumé de ces rencontres dans un bulletin municipal, ou qu’il communique ces informations de quelconque façon et ce, à tous les Granbyens sans exception. Je réclame également qu’il laisse les journalistes assister à ces séances pour en faire le compte-rendu.

Nous ne pratiquons pas le même métier, M. le maire, mais vous et moi avions le même mobile hier: informer les gens. Travaillons donc plutôt ensemble pour le mieux-vivre des résidants de votre ville.

Cette histoire n’a rien de personnel contre vous, soyez-en assuré.

Autre reportage

Également présente sur place, une journaliste de TVA Nouvelles, avec qui j’ai échangé quelques mots au terme de cette altercation où j’ai finalement du quitter la salle du conseil. Elle-même déplorait le désir du maire de tenir les médias à l’écart, mais s’y est conformée en attendant à l’extérieur de la salle durant l’événement.

Le fruit de son travail ici.

À mon avis, le reportage est complaisant en ce sens où la journaliste ne cesse de vanter l’initiative du maire en louangeant la supposée transparence qui s’en dégage. Du reportage, on peut croire que la journaliste a assisté à la rencontre, ce qui est faux. L’entrevue avec le maire a été réalisée a priori et malheureusement, rien dans la vidéo ou dans le texte n’indique l’interdiction aux médias de couvrir l’événement ni le fait qu’elle n’a pu y être présente.

Je déplore que cela ait été écarté du reportage, car les faits tels que présentés ne représentent pas la réalité telle qu’elle aurait du être rapportée par la journaliste. Le tout a pour conséquence de désinformer le public.

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Une réflexion sur “Journaliste: persona non grata – La suite

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