Quand le média se mouille

Alors qu’on arrive au terme de la campagne électorale, plusieurs ont dénoncé que la direction éditoriale de certains médias aient publiquement pris position pour un parti ou un autre, affirmant que ceux-ci ont trahi leur neutralité journalistique. La Presse, Le Soleil, Le Quotidien (ces trois appartiennent au même propriétaire), The Gazette et Le Devoir, entre autres, l’ont fait. Les médias de Québécor ont pour leur part publié un texte dans lequel ils annonçaient ne pas se prononcer, prétextant ne pas vouloir influencer le vote.

En 2014, il est téméraire pour un média d’appuyer aussi univoquement un parti en raison des nombreuses critiques qui ne tardent pas à fuser. Le premier rôle du média doit cependant être d’informer le public et d’encourager une forte participation électorale. Est-ce le cas malgré ces flamboyantes prises de position, qui ne sont d’ailleurs pas indispensables au dénouement de la course au gouvernement?

Pour un média d’information, le mot d’ordre d’une couverture électorale, ou de quelque couverture journalistique que ce soit d’ailleurs, est de rapporter, sans commenter. Présenter les faits, toutes les facettes, mais ne pas s’en mêler. Or, même si le public peut ressentir un certain malaise à l’idée de voir l’éditorialiste d’un média appuyer un parti, si cela est fait dans les règles de l’art, il n’y a pas lieu de remettre en question la crédibilité de ses artisans.

Un seul éditorial n’est pas sensé ruiner la couverture quotidienne et neutre d’une campagne électorale complète.

Rappelons-nous que ce qu’on appelait les journaux au 18e siècle étaient d’abord des pamphlets politiques. Ces premiers balbutiements médiatiques étaient beaucoup plus une courroie de transmission des voix politiques soutenues par leur propriétaire qu’un feuillet d’information. La neutralité s’est développée plus tard, impératifs économiques obligent. N’oublions jamais qu’un média est d’abord une entreprise qui recherche la rentabilité.

Malgré ce constat, une cloison épaisse et étanche doit exister entre la direction éditoriale d’un média et sa salle de presse, où travaillent les journalistes. C’est ce qui garantit au public une information juste et impartiale. Le média en est de plus en plus tributaire d’ailleurs, alors que le public se fait de plus en plus critique à son égard. On n’a plus droit à l’erreur et encore moins à l’apparence d’erreur.

Qu’on soit d’accord ou non avec la prise de position éditoriale d’un média quand celui-ci se mouille, l’exercice de la présente élection a une fois de plus mis en lumière la méconnaissance du public des différents genres journalistiques. Il y a et il y aura sûrement toujours un immense travail d’éducation à faire pour qu’une distinction nette soit faite entre un reportage, un communiqué de presse, une chronique, un éditorial et un publireportage, par exemple.

Certes, le terme journaliste est communément utilisé pour décrire tous les employés d’un média qui contribuent à son contenu informatif, mais le tout se décline en quelques nuances que Nathalie Collard, de La Presse, explique de manière très claire et succinte dans un texte paru aujourd’hui pour clarifier la situation.

Traditionnellement, l’éditorial représente la position du propriétaire sur un sujet donné. Dans les faits, c’est plus complexe. En effet, les propriétaires de journaux n’ont pas nécessairement une « position » sur tous les sujets d’actualité. En revanche, lorsque l’éditorialiste en chef prend position sur de grandes questions de société ou en campagne électorale, par exemple, il le fait au nom du propriétaire du journal. Sa position ne représente pas toujours celle de l’équipe éditoriale et elle ne représente jamais celle des journalistes de la salle de rédaction, écrit Mme Collard.

De plus, les textes d’opinion sont immanquablement regroupés dans une section précise du journal afin de ne pas induire le public en erreur, tout comme on doit distinguer, dans la mise en page, les publicités et les publireportages du contenu rédactionnel. Dans le cas de La Presse, fallait-il tout de même faire un renvoi vers cet éditorial en première page?

Que le propriétaire d’un média choisisse ou non de faire connaître sa position sur quel parti politique devrait prendre le pouvoir est la décision d’une entreprise privée. Mais, à même titre qu’il est mal vu qu’un dirigeant d’entreprise exige de ses employés qu’ils votent pour un parti, ce propriétaire de presse ne doit pas exiger de ses journalistes qu’ils traitent l’information à travers un filtre favorable au parti qu’il appuie.

Heureusement au Québec, il s’agit d’un phénomène rarissime, et je n’ai aucun souvenir d’en avoir été témoin depuis le début de ma jeune carrière.

Mais ne nous méprenons pas. Bon nombre de journalistes se font constamment accuser de pencher d’un côté comme de l’autre. Il arrive même que les deux côtés d’une médaille leur reprochent en même temps d’être complaisant avec l’autre partie.

Ça, ça veut dire qu’ils ont bien fait leur travail, n’est-ce pas?

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