Une question de (bonne) foi

Cette semaine, c’est le maire de Saguenay, Jean Tremblay, qui défraie les manchettes, parce qu’il a traité les journalistes de « cruches » dans le cadre d’une conférence qu’il donnait pour mousser son livre.

Niant d’abord la déclaration, l’élu s’est ravisé quand le journaliste qui a d’abord publié la nouvelle a diffusé une vidéo dans laquelle on entend très bien le maire se livrer à la déclaration suivante:

Je rencontre tous ces journalistes et ces athées partout. À toutes les fois que je les rencontre, avant d’arriver, je me dis qu’ils ne connaissent rien. Et en partant, je me dis que c’est pire que ce que je pensais. Des cruches. Ils ne savent rien.

Visiblement, la communauté journalistique québécoise a eu ces propos en travers de la gorge, car M. Tremblay a depuis hier accordé plusieurs entrevues pour se défendre. Selon lui, ses propos ont été cités hors contexte (ah, ce fameux syndrome du mal cité!) et il aurait fallu comprendre qu’il jugeait les journalistes incompétents quand venait le temps de traiter de questions religieuses.

Puisqu’on connaît le franc-parler du maire Tremblay, rien de surprenant à ces déclarations qui, une fois de plus, suscitent la controverse.

Il reste que sur le fond, le maire de Saguenay n’aurait pas complètement tort quand il dit que les nouvelles religieuses se font trop rares et que les journalistes manquent de connaissances à ce sujet.

Une étude datant de 2011 indiquait que si 76% des Canadiens pratiquaient ou étaient à tous le moins d’une certaine confession religieuse, les nouvelles entourant cette thématique étaient de plus en plus rares dans les médias généralistes.

ProjetJ avait alors interviewé Charles Lewis, reporter affecté aux questions religieuses pour le National Post. Celui-ci était convaincu que les directions de l’information ne considéraient pas la religion comme un sujet suffisamment important pour y dépêcher un journaliste. Et si c’est le cas, on peut sentir une forme de biais dans le traitement de la nouvelle, croit-il.

Un autre texte de ProjetJ avance que si on perçoit les journalistes comme anti-religieux, ce serait plutôt qu’ils ne s’y connaissent pas suffisamment pour bien maîtriser le sujet, une opinion qui rejoint pile poil celle de M. Tremblay.

La religion fait partie intégrante de la vie de plusieurs individus, peu importe le culte, au même titre que l’athéisme. Les médias ne peuvent occulter cet aspect de la vie humaine et en société parce qu’il s’agit d’une facette privée de celle-ci ou bien d’un sujet hautement délicat. Rien ne peut vraiment justifier le fait que les médias ont peu abandonné la thématique au fil du temps, même s’ils ont constaté un désintérêt de la part de la population envers elle. Eh oui, les nouvelles religieuses, ce n’est pas payant.

Cependant, tout cela n’excuse en rien les propos du maire Tremblay, qui s’est plutôt mis le pied dans la bouche en faisant une sortie tout aussi publique que virulente. Car même si les journalistes n’obtiendraient probablement pas la note parfait à un examen des connaissances confessionnelles, ils ne sont pas des cruches parce qu’ils ne font pas la promotion des idéaux spirituels du maire de Saguenay.

Le président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, Pierre Craig, a exigé des excuses du premier magistrat, rappelant que ce n’est pas la première fois qu’il insulte ou intimide un journaliste. De plus, soutient l’animateur de La Facture, ces commentaires entachent la profession et ne sont pas dignes d’un maire.

Il faut dire que depuis son entrée en fonction à l’automne dernier, M. Craig fait de la lutte aux maires récalcitrants une priorité, afin de rendre les administrations municipales plus transparentes et collaboratives avec les médias locaux.

Il est un fait que pour donner l’exemple, M. Tremblay devrait s’excuser des propos tenus à l’endroit de la profession journalistique. Ne pas traiter des sujets qui l’intéressent lui, c’est-à-dire la religion, n’est pas une excuse valable pour diminuer le travail des médias, tout comme le fait qu’elle intéresse de moins en moins de gens n’est pas une justification suffisante des médias pour ne jamais en parler.

Les médias ne doivent pas mettre de côté les sujets les moins rentables, car ce serait renier leur fonction première, soit celle d’être le reflet d’une société dans toute sa diversité.

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