Jugement contre LaDose.ca : petite victoire, grand enjeu

Cette semaine, la Cour supérieure a tranché en faveur de plusieurs quotidiens (Le Soleil, La Presse et Le Devoir) contre la plateforme Web La Dose.ca. Ces médias réclamaient de la Cour une injonction interdisant au site de reproduire des extraits de certains articles, dont les titres et les leads (le premier paragraphe – crucial – d’un article de nouvelle), afin de générer du trafic et, conséquemment, des revenus. Un second site appartenant au même propriétaire, LaDose.pro, proposait pour sa part un service de veille médiatique payant basé sur un principe similaire.

Pour citer le collègue Jean-François Néron:

Le cœur du litige est l’interprétation de l’article 3 (1) de la Loi sur le droit d’auteur. «Le droit d’auteur sur l’œuvre comporte le droit exclusif de produire ou reproduire la totalité ou une partie importante de l’œuvre, sous une forme matérielle quelconque, d’en exécuter ou d’en représenter la totalité ou une partie importante en public et, si l’œuvre n’est pas publiée, d’en publier la totalité ou une partie importante […]»

Les demanderesses allèguent que le titre et le lead sont une «partie importante» de l’article (l’œuvre). Ils en  constituent en quelque sorte le cœur et leur importance doit être considérée sur une base qualitative plus que quantitative.

Pour sa part, la défenderesse est plutôt d’avis qu’ils doivent être accessibles au public et que cette question doit être entendue devant un juge chargé de trancher le litige sur le fond.

L’argument de s’approprier les nouvelles pour les partager au nom de l’intérêt public n’a pas été retenu étant donné que LaDose tirait un revenu de cette appropriation.

Ce faisant, La Dose contrevenait à l’esprit de la Loi sur le droit d’auteur, a tranché le juge. Celui-ci estime qu’il n’est pas juste que la plateforme puisse tirer un revenu en utilisant, sans autorisation, le contenu, intégral ou en partie, des médias sans que ceux-ci n’en bénéficient aussi financièrement.

Cette victoire peut sembler bien petite, puisque La Dose n’est qu’un parmi de nombreux autres sites usant du même stratagème pour s’enrichir sans débourser pour créer du contenu, que ce soit via des abonnements ou par des revenus publicitaires générés par l’achalandage des Internautes. Certaines plateformes « vampires », comme le tristement célèbre SiverTimes, se trouvent hors du Canada et font fi de nos lois. Et que dire du combat que mènent les médias de partout dans le monde, cherchant une solution à l’exode de leurs revenus vers des géants du Web tels que Google et Facebook, qui tirent des millions de dollars en profits grâce à la libre-circulation de contenus pour lesquels ils n’ont pas payé un sou?

Il n’en demeure pas moins que l’enjeu, lui, est gros, puisqu’il crée un nouveau précédent qui permettra aux médias de faire respecter leurs droits et leur propriété intellectuelle. Peut-être que cette décision amènera des munitions aux contentieux qui tentent de contrer cette vampirisation du contenu numérique…

Le jugement confirme que la disponibilité des contenus ne signifie pas que les plateformes médiatiques sont un buffet « All you can eat » pour ceux qui souhaitent s’enrichir sans investir dans l’information.

La décision rappelle donc essentiellement que cette dernière coûte quelque chose à produire et que ceux qui la produisent doivent être les bénéficiaires des retombées dudit produit.

Comme elle est intangible, immatérielle, on oublie trop souvent le temps et les ressources investis pour construire la nouvelle. Comme si le fait de ne plus avoir de support physique, comme un journal ou un magazine, rendait ce qu’il contient gratuit.

Car rappelons-le une énième fois, la rémunération « en visibilité » ne sauvera pas l’industrie des médias, tout comme elle ne mettra jamais de pain sur la table des pigistes.

Dans tous les cas, la décision de cette semaine est une excellente nouvelle pour les médias, car elle réaffirme la valeur d’un droit d’auteur, à condition de s’entendre sur QUI est l’auteur…

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Fausses infos coulées aux médias: la politique de la terre brûlée

Depuis ses débuts, la Commission d’enquête sur la protection de la confidentialité des sources journalistiques, communément appelée la Commission Chamberland, nous en apprend des vertes et des pas mûres.

Le principal constat qui en ressort est que les services policiers ne lésinent pas sur les moyens pour tenter de débusquer les informateurs au sein de leurs équipes : on apprend que des journalistes ont fait l’objet d’enquêtes et de filature ou surveillés (« L’affaire » Patrick Lagacé étant le cas-type), que des interrogatoires serrés ont été menés pour savoir quels policiers parlaient avec des journalistes, et on en passe.

Évidemment, quand des éléments d’enquête, voire un dossier complet, sont coulés dans les médias, les corps policiers font de l’urticaire. On l’a vu récemment lorsque des documents ont été transmis au Bureau d’enquête des quotidiens de Québecor, qui en a fait bon usage. L’UPAC a immédiatement ouvert une enquête interne pour découvrir la source à l’origine de la fuite.

Dans tous ces cas, une question commune: « qui parle aux méchants journalistes? »

La police de Gatineau, elle, n’a pas hésité à prendre les grands moyens afin de décourager ses effectifs de parler à la presse, afin que cesse le coulage.

Dans un autre ordre d’idées, on a su très récemment que la direction du Service de police de la Ville de Montréal ne voyait pas de problème à couler de fausses informations aux médias dans l’optique de cerner ses taupes.

Que faut-il comprendre de cette façon de faire  – à ma connaissance, cela n’a pas été mis en pratique, mais simplement de l’envisager m’horripile – , qui aurait pour conséquences de miner la crédibilité des journalistes, leur seule carte de visite?

Que certains services policiers n’en ont que faire du travail des journalistes, qu’ils ne le respectent pas, voire qu’ils le méprisent.

Torpiller le travail d’autrui pour parvenir à ses fins, voilà ce que cette idée représente: la politique de la terre brûlée. Parce qu’une fois qu’un journaliste publie de fausses informations, il lui sera difficile de rétablir sa crédibilité.

Les canaux officiels et les autorités sont réputés être les sources les plus crédibles qui soient. En communiquant des informations tronqués ou même légèrement erronées, ils nuisent au droit du public à une information juste et exacte.

Plutôt que de s’en prendre aux sonneurs d’alerte, aux sources, et surtout, à des journalistes qui ne font que leur travail, les services de police pourraient-ils se questionner sur les motifs de ce coulage?

Pour donner des informations aussi explosives sur un plateau d’argent à un journaliste, il faut que la source en retire un bénéfice plus grand que ce qu’elle risque. Et oui, l’intérêt du public en fait partie.

Rappelons enfin que ces policiers ont parfois besoin de notre aide. Il n’est pas rare que notre collaboration soit sollicitée afin de faire avancer des enquêtes, retracer des suspects ou lancer des appels à témoins.

La relation entre médias et policiers n’est pas à sens unique. Il est bon de le rappeler.

Publicité native: crédibilité à vendre

Dans le cadre d’un projet de recherche, Mikaëlle Tourigny, étudiante à la maîtrise en communication à l’Université de Sherbrooke, s’est attardée aux dilemmes professionnels et éthiques auxquels sont confrontés les journalistes face à la publicité native.

Pour expliquer le recours de plus en plus fréquent à cette pratique publicitaire, où des textes commandités revêtent le style et la signature graphique de reportages éditoriaux, la jeune chercheure a campé son travail au cœur des transformations que subit actuellement la profession.

Selon Tourigny, le contexte professionnel du journalisme est instable: le métier n’est pas reconnu légalement, il n’est pas encadré par un ordre professionnel, il n’existe pas de cursus unique pour devenir journaliste et le métier repose sur plusieurs codes déontologiques différents.  Ce faisant, n’importe qui peut se prétendre journaliste, les revenus et la sécurité d’emploi varient grandement d’un individu à l’autre, et très peu de règles définissent l’exercice de la profession.

Ajoutons à cela un « flou de l’éthique journalistique », avance Mlle Tourigny, qui s’ajoute à un phénomène de déresponsabilisation ayant débuté il y a quelques décennies et relevé par Armande St-Jean.

Ces deux facteurs combinés, en plus d’un essor fulgurant des nouvelles plateformes numériques, ont donc mis la table à l’avènement de contenus hybrides, notamment parce que tant du côté rédactionnel que du côté publicitaire, on a tenté d’être présent partout malgré le fractionnement des publics vers ces différentes plateformes.

« La publicité native est le symptôme de ce déséquilibre », a affirmé la conférencière, rappelant toutefois que l’hybridation de la publicité et de l’information ne date pas d’hier.

Mais parce que cette pratique émergente, où la promotion est abordée d’un point de vue journalistique, n’est ni encadrée ou définie de manière définitive, tout semble permis, Far West style (un commentaire ici totalement éditorial de ma part, mais assumé). À un point tel que la publicité native connaît une expansion fulgurante.

Selon des statistiques rapportées par Mikaëlle Tourigny, les investissements en publicité native étaient d’environ 5 milliards d’euros en 2005, une somme qui aura plus que quintuplé en 2018, où on prévoit que 28 milliards d’euros auront été déboursés dans ce type de promotion. « Aux États-unis, environ les trois quarts des médias d’information optent pour la publicité native », indique l’étudiante.

On ne peut aborder le sujet de la publicité native sans mentionner le malaise que ressent bon nombre de journalistes face à la pratique. Plusieurs ont le sentiment de vendre leur crédibilité au plus offrant, une crédibilité qui perd de sa valeur une fois qu’elle a servi à mousser les intérêts commerciaux d’un annonceur. Certains estiment que la publicité native les détournent, eux, mais aussi le public, de la mission fondamentale du journalisme qui est de rapporter une vérité objective, à l’abri des pressions de toutes sortes.

« Le journalisme n’est pas un publicitaire, il est journaliste, a rappelé Tourigny. La publicité native peut représenter un bris du contrat social entre celui-ci et les citoyens, car il doit se placer comme représentant de ceux-ci. »

D’autres journalistes n’ont pas le choix de se prêter à l’exercice. L’imposition de la publicité native est parfois présentée de façon pernicieuse, ce que Mikaëlle Tourigny appelle la double contrainte du sauveteur et du naufragé (de la profession).

D’abord, on tente de convaincre les journalistes qu’ils parviendront à sauver leur profession en adhérant au modèle d’affaires de la publicité native. En permettant la survie financière du média, il assurera la sienne, mais aussi celle de l’industrie de l’information. Car qui dit revenus, dit avenir.

Ensuite, le journaliste découvre sa nature de naufragé.  En acceptant de sauver sa profession par la publicité native, le journaliste dénature son métier. Il ne peut donc pas gagner. « Il a le sentiment de brader les impératifs de liberté, de vérité et de responsabilité (sociale) qui caractérisent la profession », élabore Tourigny, qui rappelle que « lorsqu’il est question de crédibilité de l’information, l’apparence de conflit d’intérêts est autant, sinon plus dommageable que le conflit d’intérêts lui-même. »

Cette présentation a été offerte dans le cadre du 85e congrès de l’ACFAS, tenu cette semaine à l’Université McGill.

Les quotidiens et les hebdos dans dix ans : halte à la temporalité

Les médias imprimés existeront-ils toujours dans dix ans? Telle était l’objet d’un avant-midi de réflexion portant sur la question aux Assises du journalisme à Tours*, et dont le constat principal fut qu’il serait bien difficile de spéculer sur une décennie alors qu’on ignore ce qu’il adviendra de nos journaux d’ici un ou deux ans.

Plusieurs intervenants sont toutefois d’accord : en raison de leurs plateformes numériques, les médias imprimés devront tôt ou tard laisser tomber la notion de périodicité qui les caractérisent encore aujourd’hui.

« Le problème, c’est que nous sommes encore basés sur une périodicité, souligne Marc Mentré, de l’organisme Journalisme et Citoyenneté. Ce cycle de vie correspond-il encore à quelque chose? »

« Les quotidiens sont d’abord et avant tout des marques, des marques qui travaillent 24 heures sur 24 », soutient Stéphane Frachet, journaliste aux Échos.

« Il faut se demander si un hebdomadaire est quelque chose qui sort une fois par semaine ou si c’est quelque chose qui est lu une fois par semaine? » s’interroge Cyril Petit, rédacteur en chef du Journal du dimanche.

Se recentrer sur l’auditoire

« Ça n’a plus beaucoup de sens de parler de quotidiens, car nous sommes désormais des éditeurs de l’information dénués de temporalité », a renchéri Vincent Preygène, directeur général de WAN-IFRA, l’association mondiale des journaux et des éditeurs de l’information.

Le vrai problème, souligne-t-il ensuite, réside dans le fait que les entreprises de presse se concentrent actuellement sur le support alors qu’ils devraient chercher à créer des liens avec leur auditoire.

Celui-ci suit sur le numérique, mais pas le financement des annonceurs, ce qui créé un déséquilibre financier pour les entreprises de presse. Or, depuis 2015, les abonnements constituent encore la principale source de revenus des médias, mais les entreprises de presse semblent travailler davantage pour leurs annonceurs que pour leur public, déplore Preygène.

Cette obsession de la plateforme épuise les journalistes, soutient David Carzon, qui manquent de temps et d’énergie en raison des compressions subies par les salles de presse depuis les dernières années. « Sortir un journal tous les jours relève du miracle maintenant », affirme le directeur adjoint de Libération.

Pire encore, ces baisses d’effectifs se répercutent sur la qualité du produit offert, et le public n’est pas dupe. « On a perdu de vue les questions les plus importantes. Quel est notre rôle? Quelle est notre plus-value? Qu’est-ce qu’on apporte à la société? » demande-t-il. « C’est d’abord le contenu qui doit être déterminé. Après, on se demandera comment le distribuer. »

Renforcer les marques

Une voie d’avenir concernant le multiplateforme réside dans une meilleure utilisation de chacune, lesquelles n’ont pas toutes les mêmes usages. « Si on jette des articles dans le vide en espérant qu’ils retrouvent les lecteurs, ça ne fonctionnera pas », note Carzon.

« La marque (du média) est concrète, note Carzon. Il faut que le lecteur sache que c’est nous qui avons produit le contenu qu’il consulte, et que ce contenu est en phase avec les valeurs de notre marque. »

Preygène abonde en ce sens. « Le lecteur n’est pas fidèle parce qu’il n’a pas conscience de la marque qui produit les contenus qu’il consomme », résume-t-il.

Les hommes vont plus loin. Pour eux, la marque d’un quotidien doit être représentative du « sens », donc de la raison d’être du média lui-même, son engagement vis-à-vis des lecteurs. « Dans dix ans, sera-t-on encore sur papier ou entièrement numérique? Sera-t-on gratuit ou payant? Demeurera-t-on généraliste ou serons-nous spécialisé? Irons-nous vers la vidéo ou pas? Peu importe ce qu’on choisira de faire, il faut que ça ait du sens », a clamé David Carzon.

D’ailleurs, a complété Preygène, la personnalisation du contenu en symbiose avec la marque, sera ce qui permettra, à terme, de convertir les consommateurs de ces contenus en lecteurs gratuits à des abonnés payants.

« On ne peut pas avoir d’abonnés payants si on n’a pas d’abord une offre gratuite intéressante pour les attirer. Mais si on ne commence pas à s’y pencher rapidement, on se tire dans le pied en continuant d’offrir un print payant et le même contenu gratuitement online, souligne Éric Mettout, directeur adjoint de la rédaction chargé du numérique à L’Express. C’est une erreur historique d’avoir permis la gratuité, mais encore plus de ne pas avoir tout balancé sur le numérique plus tôt. »

Médias sociaux : monter à bord du train

Les médias ont par ailleurs complètement raté le train avec l’arrivée des médias sociaux, il y a près d’une décennie. Plutôt que de d’abord les utiliser comme moyen d’échanger avec leurs publics, ils s’en sont servis comme d’un canal de diffusion unilatéral.

« Il faut repenser la relation avec le lecteur, et comprendre qu’elle s’effectue dans les deux sens. Le lecteur doit sentir qu’il a du poids », rappelle Carzon.

Valeur ajoutée

À terme, pour à la fois cimenter la relation avec les auditoires et pour donner une valeur ajoutée aux marques médiatiques, les entreprises de presse doivent valoriser leurs contenus. Cela passe par l’abandon de certains contenus moins « payants » et par l’automatisation de certains processus qui libéreraient des journalistes pour aller sur le terrain.

Dans un autre ordre d’idées, la concentration de la presse semble inévitable aux yeux de Preygène. Comme les investissements publicitaires dégringolent, que des abonnés quittent au profit de plateformes gratuites et que 80% des revenus de la publicité sont désormais captés par les géants du Web, il faut se consolider et trouver des substituts à cette absence de recettes, estime-t-il.

Les compressions dans les salles de presse devraient toutefois ralentir, puisqu’un seuil critique a été atteint. « Nous sommes rendus à un point où on ne peut plus couper », croit M. Preygène.

« Il faut se recentrer sur notre rôle, qui doit d’être utile et être plaisants à lire, indique Jean-Pierre Vittu de Kerraoul, PDG de Sogemedia. Nous nous devons d’avoir une capacité éditoriale suffisante pour offrir un bon contenu. »

* Ce voyage a été réalisé grâce à une aide financière de Les Offices jeunesse internationaux du Québec.

2007-2017 : le grand bouleversement

Avant de se pencher sur le virage de l’information dans dix ans, les Assises du journalisme à Tours* ont jugé bon de faire un bilan sur l’évolution des médias au cours de la dernière décennie.

Cette période en a été une d’expérimentation, estime-t-on plus que tout. Plusieurs innovations ont vu le jour, se sont éteintes, ont survécu. L’échec fait partie de l’expérimentation d’ailleurs.

Selon plusieurs observateurs, l’arrivée des médias sociaux et des téléphones intelligents a complètement révolutionné la manière de créer, de diffuser, mais surtout de consommer l’information, avec ses avantages et inconvénients.

En revanche, la popularité de certains nouveaux sites d’information, exclusivement en ligne et appelés pure players par l’industrie, ne se dément pas, et est bon signe pour les médias. « On a réussi à casser le sentiment de fatalité à l’endroit des médias, a expliqué Pierre Haski, cofondateur de Rue89, un pionnier du genre. On a prouvé que le journalisme et l’information sont loin d’être morts. »

Aux yeux de Géraldine Mulhmann, professeure et journaliste, l’avènement d’Internet représentait une opportunité sans précédent pour raconter des histoires, ce qui pour elle est le rôle fondamental des journalistes. « Le narratif permet le factuel », a-t-elle souligné.

Le smartphone est la première porte d’entrée vers l’information en France, a-t-on appris. Or, même si le numérique gagne en popularité à une vitesse fulgurante, le papier demeure encore la source de revenus la plus importante pour les médias qui œuvrent sur les deux plateformes, a indiqué Jacques Rosselin, entrepreneur et créateur de Courrier international, qui dirige également l’École de formation en journalisme. Bernard Poulet s’était ainsi trompé en annonçant la mort du journal imprimé.

De plus, malgré les difficultés financières de la presse, les grandes marques (titres) demeurent les sites d’information les plus fréquentés, signe de leur standing et de leur crédibilité auprès du public.

L’apparition des blogues au milieu des années 2000 a aussi permis de renverser le modèle d’affaires des médias. Jusqu’alors un canal de communication à sens unique, ils sont devenus des tribunes permettant un dialogue entre journalistes et lecteurs, permettant des contenus plus riches et représentatifs de chaque couche de la société.

Ce journalisme participatif a également permis, dans certains cas, de renforcer la confiance du public envers les médias.

Dérapages

Or, le tout a fini par déraper parce que les opérateurs de médias sociaux et les entreprises de presse n’ont pas prévu que ces plateformes deviendraient des champs de bataille idéologiques, relève Haski, qui qualifie le Web de « fachosphère ». L’existence des trolls est la défaite idéologique, technique et éditoriale des médias face aux plateformes sociales. Muhlmann parle même d’une « machine d’opinion incontrôlable ».

Agnès Chauveau, directrice déléguée à la diffusion et à l’innovation à l’Institut national de l’audiovisuel, explique que parmi les transformations profondes provoquées par le Net, la déhiérarchisation de l’information a déstructuré le débat public. Celui-ci est maintenant déterminé par les réseaux sociaux et les algorithmes qui régissent ceux-ci.

Ont également proliféré les fausses nouvelles et informations erronées, poison auquel on croyait que la vérification et la rectification seraient l’antidote.

Les nouvelles technologies ont par ailleurs précipité le traitement de l’information, rendant celle-ci plus à risque d’être erronée et surtout, superficielle. Cette dictature du direct, du réactif et de l’instantané a modifié profondément les conditions d’exercice du métier et change le rapport au réel, indique Muhlmann.

Fondateur du magazine papier trimestriel XXI, Patrick de St-Exupéry croit au slow news et se méfie des nouvelles technologies en raison de leur caractère éphémère. Il qualifie de « ruée vers l’or » l’empressement des entreprises de presse à se précipiter sur chaque nouvelle plateforme sans se questionner si elles parviendront ainsi à rejoindre leur public. « La technologie n’est pas le journalisme, a-t-il dit. Le journalisme, est-ce le papier ou l’écran? Non. Pendant dix ans, nous avons réduit le journalisme aux technologies, aux canaux de communication, tout ça plutôt que de valoriser davantage le contenu. »

Haski abonde dans ce sens. « Il y a la nécessité de mettre le journalisme au cœur de nos pratiques en choisissant l’outil qui nous semble le plus approprié pour le faire », a-t-il affirmé.

Le mythe de la gratuité

Le concept de la gratuité a été vivement vilipendé par les intervenants du panel. « À partir du moment où on entre dans la logique de la gratuité, l’information n’a plus de valeur », a clamé Patrick de St-Exupéry, qui croit que les médias sont arrivés à la fin du cycle de la gratuité, une « idée folle » selon lui.

« L’information a une valeur; elle le fruit d’un travail, de compétences. Elle est destinée à un auditoire, à une clientèle. Ce n’est pas rien », a-t-il martelé.

D’ailleurs, la monétisation des contenus passe de moins en moins par la publicité, ont souligné plusieurs intervenants. Ce serait faire fausse route de croire encore qu’information et publicité sont indissociables pour survivre.

Pour être viables, les médias devront être financés par leurs auditoires, indique Mme Chauveau, ce qui obligera les plateformes à offrir du contenu à valeur ajoutée.

* Ce voyage a été réalisé grâce à une aide financière de Les Offices jeunesse internationaux du Québec.

Traquer le fake news

Au terme de la présidentielle américaine, et à l’aube de la présidentielle française, la vérification des faits (fact checking) et les fausses nouvelles (fake news) occupent une place importante dans la réflexion sur le rôle des médias.

Dans un atelier intitulé Fake news et post-vérité des Assises du journalisme de Tours*, plusieurs intervenants ont analysé et présenté des solutions à ce fléau que représentent les informations trompeuses en ligne.

Le vice-président de l’Observatoire de la déontologie des médias, Pierre Ganz, relève une hiérarchie entre les différents contenus fallacieux qu’on retrouve sur la Toile et qui peuvent être trompeurs involontairement ou délibérément : une mauvaise présentation, un faux contexte, des contenus manipulés, une satyre ou une parodie, des contenus trompeurs pour appuyer une opinion personnelle, des contenus imposteurs et imitant des contenus authentiques de même que des contenus entièrement fabriqués.

Ce faisant, soutient-il, les médias d’information doivent assumer un rôle dans le traitement de ces contenus. Leur responsabilité première est de corriger leurs erreurs, qui contribuent à une désinformation, c’est-à-dire que plutôt que de publier un simple correctif, de remplacer totalement le contenu trompeur pour éviter que celui-ci ne se propage.

Les journalistes doivent cesser de se cacher derrière leurs sources. Ce n’est pas en attribuant une fausse information à autrui, par le biais d’une citation, qu’ils se dégagent de leur responsabilité d’exactitude, ajoute Ganz.

C’est également ce que croit Luc Hermann, producteur, journaliste et directeur de l’agence de presse Premières Lignes. De plus, ajoute-t-il, les médias doivent persévérer dans leur mission d’informer, ne serait-ce que pour redonner confiance au public qu’une information de qualité existe encore.

Hermann déplore le manque de temps et d’argent consacré au journalisme, alors qu’il y a de plus en plus d’information à traiter et que l’instantanéité de l’information force les médias à accélérer la cadence. Ils sont ainsi beaucoup plus vulnérables et à risque de commettre des erreurs. Le journaliste prône un slow news plus poussé, mieux vérifié, de meilleure qualité.

Mais, rappelle Laurence Benhamou, journaliste en charge de la rubrique médias à l’Agence France-Presse, il faut garder en tête qu’une fois une fausse information lancée sur le Web, il est bien difficile de faire oublier celle-ci puisque plus souvent qu’autrement, la fausse nouvelle est beaucoup plus partagée que sa rectification. Pire encore, si on martèle une fausse information, elle finit par passer pour vraie; une technique que semble utiliser le nouveau président des États-Unis.

Le sociologue Gérald Bronner attribue pour sa part la prolifération des fausses nouvelles à la dérégulation de l’information provoquée par l’arrivée d’Internet, suivie de celle des médias sociaux. Comme chacun peut désormais diffuser de l’information dans l’espace public, les gens peuvent aussi trouver dans certaines fausses nouvelles de quoi confirmer leurs propres opinions; ce faisant, ils n’ont pas tendance à remettre en question le contenu qu’ils ont consulté. « Cela n’a fait que mettre en lumière les mécanismes humains de crédulité qui existaient déjà depuis des siècles », affirme-t-il, faisant allusion entre autres aux nombreuses théories du complot.

Qui plus est, la dérégulation d’Internet a détruit la notion de représentativité des points de vue. Ainsi, les plus motivés à relayer de l’information, aussi radicaux soient-ils, parviendront à imposer leur point de vue même s’ils ne sont qu’une minorité.

En France, un outil appelé Décodex permet d’avertir les Internautes, grâce à un système de couleurs, que le site Web qu’ils s’apprêtent à visiter contient possiblement des informations non vérifiées, voire carrément fausses. L’initiative dérive du blogue des Décodeurs, mis sur pied en 2009 après que ses fondateurs aient commencé à constituer une base de fausses nouvelles observées sur diverses plateformes. Plus de 10 000 recherches sont enregistrées chaque jour dans l’outil, un simple plug-in disponible en open source pour être repris par d’autres organisations..

* Ce voyage a été réalisé grâce à une aide financière de Les Offices jeunesse internationaux du Québec.

De l’importance de l’éducation aux médias en France

En France*, une place importante est réservée à l’éducation aux médias et à l’information (EMI) au grand public, plus particulièrement aux étudiants et écoliers. L’EMI fait d’ailleurs partie des exigences du ministère de l’Éducation là-bas.

Comme je l’écrivais plus tôt cette semaine sur ce blogue, le ministère de la Culture finance des résidences en milieu scolaire pour des journalistes qui peuvent ainsi éduquer les plus jeunes au rôle des médias, à la création de l’information et surtout, à l’interprétation de celles-ci. La plupart des grands médias ont aussi un journaliste qui, presque à temps plein, est responsable du volet éducation médias dans sa communauté.

Selon Amel Cogard, directrice du numérique Jeunesse et Éducation à France Télévisions, cette initiative est exigeante pour les médias, certes, mais elle permet d’intéresser une génération qui consomme beaucoup de contenus sur écrans à une information de qualité et d’assurer, en quelque sorte, la pérennité du journalisme local.  « Notre mission est de proposer des ressources sur mesure aux 3-18 ans, des ressources qui correspondent à leurs besoins et à leurs habitudes de consommation des médias, en leur permettant d’avoir un regardé distancé par rapport aux images qu’ils regardent et ainsi de pouvoir décrypter l’actualité tout en distinguant le vrai du faux, l’information du divertissement. »

Louise Bartlett, journaliste pour MédiaÉducation.FR, est pour sa part venue présenter le portail d’outils destinés tant aux enseignants qu’aux journalistes. Celui-ci regroupe plusieurs documents, un blogue collectif, une carte recensant les journalistes faisant de l’EMI, etc.

Il y a d’ailleurs depuis plusieurs années une Semaine d’éducation à la presse dans les écoles françaises. Or, l’EMI a longtemps été boudée par les institutions scolaires du pays. Bien qu’il faille commencer très tôt à sensibiliser les jeunes à l’importance des médias d’information, les enseignants qui utilisaient la presse pour leurs cours magistraux, avant 1976, étaient passibles de sanctions disciplinaires puisque cela était perçu comme de l’endoctrinement politique, nous a appris Isabelle Martin, coordonnatrice CLEMI de l’Académie de Bordeaux.

L’accent sur l’EMI a été renforcée à la suite des attentats du Charlie Hebdo, et des médias traditionnels, s’est élargie aux médias sociaux, au journalisme citoyen et aux différentes plateformes numériques. « Il y a eu une prise de conscience à ce moment-là, et ça nous a amenés à élargir la question des médias, parce qu’aujourd’hui, tout le monde est un média. On est confrontés sans cesse à une tonne d’information », a souligné Mme Cogard.

De telles initiatives seraient essentielles au Québec. On constate chez nous, comme ailleurs, que les jeunes peinent à distinguer les vrais contenus des canulars, qu’ils n’arrivent pas tous à hiérarchiser la valeur des contenus selon le sérieux de la source. Surtout, ils ne s’informent pas de la même manière que leurs parents qui eux, ne s’informent pas comme la génération précédente.

Et si la survie des médias passait par une (re)découverte de ceux-ci par les futurs auditoires?

* Ce voyage a été réalisé grâce à une aide financière de Les Offices jeunesse internationaux du Québec.

Discuter journalisme outre-mer

Ce matin, la délégation québécoise envoyée aux Assises du journalisme de Tours* est allée à la rencontre d’enseignants affiliés à l’École publique de journalisme de Tours (EPJT). Une cent aine d’étudiants fréquentent l’endroit chaque année. Au bout de trois ans, ils y obtiennent l’équivalent français d’un baccalauréat. À la rentrée 2018, on y offrira également un programme de maîtrise.

Nous avons également pu échanger avec une délégation d’étudiants en journalisme de l’Université de Galatasaray, située à Istanbul, en Turquie. Ceux-ci étaient sur place dans le cadre d’un échange entre les deux institutions.

Au fil des discussions, qui ont eu lieu autour de quelques viennoiseries et de café français, plusieurs parallèles, mais aussi quelques différences dans la pratique du métier dans ces trois pays.

D’abord, la formation. Si au Canada, et particulièrement au Québec, il n’est pas obligatoire d’étudier en journalisme pour exercer le métier, il semble y aller tout autrement en France, où 14 écoles telles l’EPJT, sont officiellement reconnues la profession journalistique, via la Convention collective nationale de travail des journalistes. Celle-ci se fonde sur plusieurs critères, dont la durée de la formation, le type de formation, le fait d’investir pour offrir aux étudiants des conditions techniques similaires au marché du travail et le taux de placement des cohortes pour « reconnaître » un établissement d’enseignement. Cela dit, même si un journaliste peut obtenir son diplôme autrement, il multiplie ses chances d’obtenir un emploi mieux rémunéré s’il est formé dans ces écoles.

En Turquie, rares sont ceux qui choisissent l’avenue du journalisme. D’ailleurs, la délégation turque aurait pu atterrir en France beaucoup plus tôt, mais en général, à peine un ou deux étudiants sont inscrits à Galasataray dans cette discipline. Cette année, six personnes sont inscrits au programme, un record.

La relève n’est pas nombreuse en raison des conditions de pratique du journalisme. Selon ce qu’on a pu apprendre, pas moins de 10 000 journalistes sont au chômage dans ce pays entouré des mers Noire et Méditerranée. Ceux qui travaillent touchent parfois un salaire équivalent au salaire minimum. Qui plus est, environ 150 autres sont emprisonnés pour des raisons politiques ou parce qu’ils ont osé traiter de sujets qui dérangent.

De ce fait, on constate que la liberté de presse est bien fragile, même dans nos démocraties où un recul est observable.

Ici comme ailleurs,  journalistes et entreprises de presse font aussi face à des défis similaires: difficulté à entrer sur le marché du travail, conditions de plus en plus précaire,disparition des emplois, pressions commerciales, rémunération en « visibilité », vampirisation des revenus des médias par Facebook, Google et compagnie. La liste est longue.

On note aussi la place de plus en plus importante qu’occupe le fact-checking dans l’espace médiatique. Plus que de simples producteurs d’information, les journalistes doivent aussi contredire ou corroborer les contenus produits par autrui.

Heureusement, l’élément de base demeure: un viscéral désir d’informer et de contribuer à nos démocraties respectives.

De nos discussions, j’ai retenu deux initiatives intéressantes en France. Le ministère de la Culture finance des résidences en milieu scolaire pour des journalistes qui peuvent ainsi éduquer les plus jeunes au rôle des médias, à la création de l’information et surtout, à l’interprétation de celles-ci.

Ensuite, les Français ont ce qu’ils appellent une « taxe d’apprentissage ». En vertu de ce concept, les entreprises, incluant les entreprises de presse, versent une contribution qui sert à financer la formation des employés de leur industrie, ce qui permet à cette formation d’être sans cesse mise à jour et donc, de répondre plus adéquatement aux besoins de ceux qui la financent.

De telles mesures pourraient aisément être réalisées ici, au Québec.

* Ce voyage a été réalisé grâce à une aide financière de Les Offices jeunesse internationaux du Québec.

Le cinquième pouvoir: chien de garde des chiens de garde

Intéressante, la lecture du plus récent collectif dirigé par Marc-François Bernier, auteur de plusieurs ouvrages et professeur titulaire du Département de communication de l’Université d’Ottawa, Le cinquième pouvoir – La nouvelle imputabilité des médias envers leurs publics. Spécialiste des questions d’éthique et de déontologie du journalisme, Bernier s’intéresse cette fois-ci à ce qu’il appelle le « cinquième pouvoir », c’est-à-dire l’influence du grand public sur les médias.

L’arrivée des médias sociaux a fait émerger ce cinquième pouvoir, qui dispose maintenant d’outils pour commenter et partager son opinion sans filtre et sans intermédiaire. Le public n’est plus qu’un simple consommateur d’information: il est capable de l’apprécier et de la commenter.

Ce faisant, le public est aussi en mesure de communiquer ses attentes aux médias d’information, mais aussi de leur souligner leurs travers et leurs erreurs. Ceux-ci sont donc soumis à une certaine forme de surveillance qui leur rappelle leur devoir de rigueur.  Bref, le cinquième pouvoir agit à titre de chien de garde des chiens de garde de la démocratie.

Plutôt académique, le collectif illustre le propos avec de nombreux exemples issus des continents nord-américain, européen et africain, rappelant certaines bourdes médiatiques et la réaction populaire qui a suivi. On nuance en affirmant que la plupart des commentateurs des médias comprennent mal leur rôle ou les règles de l’exercice du journalisme, avec tous les dérapages que cela implique.

Les impératifs économiques amènent une accélération de la vitesse d’exécution, avec les dangers que cela comporte. Heureusement, quelqu’un veille et nous ramène à l’essentiel et sur le droit chemin; c’est ce que Bernier entend quand il affirme que le cinquième pouvoir est une source d’imputabilité.

Malgré le sacro-saint principe de l’indépendance journalistique, les journalistes ont des comptes à rendre, rappelle-t-on. Comme médias, notre devoir est de produire de l’information d’abord et avant tout pour nos publics, qui sont à la base même de notre mission.

Ce point de vue amène à douter de la vieillotte théorie de l’agenda setting, où les médias décident des grands thèmes de l’actualité pour leurs publics. Et si c’étaient ces derniers qui, en bout de ligne, guidaient les médias sur ce dont ils ont envie de parler?

Enfin, le bouquin rappelle que même si la critique déplaît et que des egos sont froissés, les journalistes ne peuvent plus faire totalement abstraction de cette voix de moins en moins silencieuse. On comprend que la montée du cinquième pouvoir n’est pas qu’une tendance temporaire et qu’il fait désormais partie de l’univers médiatique à titre d’acteur à part entière.

Aussi bien s’y faire!

Marginaux et médias

L’un des premiers apprentissages qui nous est offert, lorsqu’on étudie la communication publique est la théorie de l’agenda (agenda setting). Selon cette théorie, les médias de masse ne disent pas aux publics quoi penser, mais bien à quoi penser.

Cela est fort bien démontré par onze auteurs réunis dans le recueil (In)visibilités médiatiques, lancé samedi dernier, à Montréal. Collectif chapeauté par la revue L’Esprit libre, le bouquin traite de la place de la diversité des points de vue et des minorités ou thématiques oubliées dans le discours dominant des médias.

Mais l’importance accordée par les médias à certaines thématiques, privilégiant certaines au détriment d’autres, est-elle la voie unique de l’information?

Au cours des quelque 200 pages du recueil, on traite d’enjeux environnementaux, de démocratisation de l’information, de la place occupée par la communauté LGBTQ, des minorités culturelles, des classes sociales, et du féminisme, entre autres. Si parfois on s’éloigne de la prémisse du collectif, on y trouve quand même matière à réflexion.

Ce qui en ressort, c’est qu’à force de toujours traiter des mêmes sujets dans des angles contigus, on finit par provoquer une certaine image socialement acceptable d’une réalité que l’on n’approfondit plus, par paresse ou par méconnaissance, plutôt que d’en détailler toutes les facettes pour le bénéfice de la connaissance générale.

Entre autres passages pertinents, citons Rémi Toupin, qui ramène la notion de 4e Pouvoir comme rôle fondamental de la presse, mais aussi comme principal défi des médias. « Cette approche se traduit surtout par une volonté d’amener une réflexion critique des enjeux sociaux, politiques, économiques ou scientifiques. »

« Plutôt que de proposer une diversité de sujets et de points de vue alternatifs, la couverture médiatique proposée est tournée vers la confortation et l’apolitisation du discours social en général », poursuit-il.

Plus tard, Lise Millette affirme que « la non-couverture de certains thèmes (principalement pour mieux se vendre, écrira-t-elle plus tard) par les médias de masse n’est qu’une menace au droit du public à l’information. »

Pour sa part, Judith Lussier blâme les médias de masse pour s’approprier la réalité de l’Autre à travers leur propre regard plutôt que de présenter son point de vue, le tout pour se donner bonne conscience lorsque la question des minorités est abordée. À travers l’exemple de la présentation « hétéronormative » des personnes transgenres, elle rappelle le réflexe confortable de « renforcer l’image rassurante d’une société québécoise progressiste, présentée comme étant ouverte à la diversité… »

Enfin, Pascale St-Onge rappelle que « l’information a perdu une grande part de sa valeur commerciale et, jusqu’à aujourd’hui, ni les gouvernements, ni les annonceurs, ni le public ne semblent massivement disposés à préserver leurs organes de presse. »

« On ne peut imposer à un seul média (…) le fardeau de représenter toutes les réalités, tous les points de vue et toutes les opinions inimaginables », ajoute-t-elle, c’est pourquoi il importe de maintenir une diversité de médias et d’œuvrer à leur permettre de survivre. Car sans tribune, les voix ne sont pas entendues.

Je l’ai souvent mentionné sur ce blogue: il est plus que sain, comme journaliste et comme médias, de se remettre en question et d’être critiqués. (In)visibilités médiatiques n’apporte peut-être pas de solutions à tous les maux du journalisme, mais il plaide pour une information plus vaste et plus riche. On ne peut que saluer la bonne intention derrière l’initiative.