Brouiller les cartes

Récemment, le Conseil de presse a rendu une décision concernant une ancienne collègue de classe et amie, la journaliste Raphaëlle Plante. Voici, pour faire court, le résumé de la plainte en question, intitulée « Une publication injustifiable d’informations personnelles d’une ex-employée »:

Pour illustrer un article publié alors qu’elle travaillait au Journal de Québec, Mme Raphaëlle Plante avait utilisé une photo de son permis de conduire, dont les informations personnelles avaient été dûment brouillées. En février 2014, Mme Plante remarque cependant que son ancien employeur a réutilisé cette même photographie, pour illustrer un autre article, sans cependant prendre la peine de masquer plusieurs informations sensibles : nom complet, date de naissance, adresse résidentielle et numéro de permis de conduire.
Ce jour-là, un article publié sur plusieurs plateformes appartenant au groupe Québecor, dont cette page, reprend en effet la photographie du permis de conduire de Mme Plante. Lorsqu’elle se plaint, TVA Nouvelles et Le Journal de Montréal retirent immédiatement la photo, qu’ils remplacent par une autre illustration.
Il y a de quoi s’inquiéter, étant donné que les médias de Québecor sont parmi les plus consultés au Québec. Quels risques Mme Plante, qui travaille désormais pour un média concurrent, encourt-elle en ayant une de ses pièces d’identité ainsi diffusée sans censure?
La plaignante soulève les risques de vol d’identité ou de fraude liés à la publication de ses renseignements personnels. Elle illustre la portée de la diffusion de la photo, notamment par TVA Nouvelles et le Journal de Montréal, par le fait qu’une dizaine de personnes de son entourage, ainsi qu’un inconnu, lui ont fait part de la situation.

Puisque la vie privée de Mme Plante a été mise à mal par la diffusion, à grande échelle, de certains de ses renseignements personnels, le Conseil de presse a retenu la plainte et juge qu’il s’agit d’une faute déontologique de la part des médias ciblés. En effet, en publiant le permis de conduire de la plaignante, sans en brouiller les informations et dans un contexte autre que celui pour lequel une image de cette pièce d’identité a été prise, les médias en cause ont exposé la journaliste à des risques qu’elle n’aurait pas encourus autrement. On lui souhaite d’ailleurs que rien de fâcheux ne se produise.

Le droit à la vie privée est entre autres protégé par la Charte québécoise des droits et libertés de la personne (article 5), le Code civil du Québec (article 3 et le Chapitre troisième) et par le Guide de déontologie de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (partie 7).

Pour ceux que ça intéresse, voici un petit document pratique de la Chaire L.R. Wilson qui explique comment les médias doivent protéger la vie privée de ceux avec qui ils interagissent.

Par ailleurs, la plainte de Mme Plante soulève aussi une réflexion quant à l’archivage des fichiers et du partage de ceux-ci dans un contexte de convergence.
La plaignante impute également la faute à l’Agence QMI, aux archives de laquelle sont versés tous les textes et photos des médias de Québecor. Malgré la réponse proactive des mis en cause lorsqu’elle leur a demandé de retirer la photo de leur site, Mme Plante déplore que cette photo, prise il y a quelques années alors qu’elle travaillait comme journaliste-pupitreur au Journal de Québec, soit restée dans les archives et diffusée dans sa version non brouillée. À l’origine, la photo avait été prise pour les besoins spécifiques d’illustration d’un article et avait été retouchée afin de masquer les renseignements personnels de la plaignante, avant sa publication.
Une fois en ligne, une information ou une image est beaucoup plus difficile à contrôler, car on ne sait plus où elle peut se trouver. En en perdant la traçabilité, les droits d’auteur sont faciles à contourner. Qui sait s’il existe quelque part, sur la Toile ou dans l’ordinateur d’un être malveillant, une copie de la fameuse image…
Il est fort probablement que cette erreur n’a pas été commise de mauvaise foi. Mais davantage de rigueur s’impose, surtout lorsqu’on travaille avec des informations sensibles.
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