Les médias ont-ils besoin d’un contrepoids?

La directive gouvernementale obligeant les ministres à prendre connaissance de lignes de presse chaque jour avant de pouvoir s’adresser aux journalistes a suscité de nombreuses réactions au cours de la dernière semaine.

Du lot, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, qui qualifie la mesure d’ « une tactique d’obstruction qui compromet l’accessibilité du public à l’information« , d’entrave à la liberté de presse et à la liberté d’expression.

L’ex-ministre Joseph Facal s’est permis de réagir à cette sortie de la Fédération, en affirmant qu’elle exagère.

« Dans notre société, les médias sont le seul pouvoir qui n’a pas, en face de lui, un contre-pouvoir institutionnel », allège celui qui signait une chronique dans le Journal de Québec.

« Est-il franchement si choquant que le chef d’orchestre demande à ses musiciens de lire la partition commune avant de souffler dans leur trompette? » poursuit l’homme politique, en rappelant que la responsabilité première des élus n’est pas à l’endroit des journalistes.

En face du gouvernement, il y a une opposition. En face d’un procureur, il y a un avocat de la défense. En face des médias, il n’y a guère que leur propre sens déontologique de la retenue.

Il est certes heureux que les médias n’aient pas d’autre chien de garde qu’eux-mêmes, puisque s’il y en avait un, ce dernier serait tenté de les museler.

Mais je me demande parfois si cette absence de contrepoids ne les rend pas un tantinet susceptibles devant la moindre contrariété.

Sur le fond, M. Facal a raison de dire que les politiciens ne sont pas redevables en premier lieu aux journalistes, mais bien à la population qu’ils servent.

Mais la FPJQ fonde son argumentaire sur le fait qu’en étant portés au pouvoir par la population et payés par les fonds publics, les élus sont redevables envers les contribuables à qui ils doivent rendre des comptes; dès lors les médias agissent comme intermédiaires entre les élus et le public, qui ne peut les surveiller sans cesse. N’oublions pas que les médias se sont autoproclamés les « chiens de garde de la démocratie ».

C’est une appellation que j’ai toujours trouvée un peu pompeuse, mais qui illustre bien le rôle que les journalistes veulent jouer dans la société. En ce sens, comme ils aspirent à représenter le public, il est normal qu’ils dénoncent toute entrave à leur travail qui les empêche d’informer adéquatement ce même public.

Tous les gouvernements et formations politiques ont une ligne de parti fournissant les grandes orientations à chaque membre, qui doit faire passer le même message afin de fournir au monde extérieur une image cohérente. Dans le cas qui nous intéresse, la directive du premier ministre Couillard semble davantage être une tentative de camoufler des « imperfections » au sein de l’image unie du parti.

Mais revenons au constat de M. Facal, à savoir que les médias n’ont pas de vis-à-vis pour les « surveiller ». Il est vrai qu’outre des instances déontologiques, comme le Conseil de Presse, un tribunal d’honneur,  les normes journalistiques propres à chaque média ou, dans quelques cas, des ombudsmen, il n’y a pas d’organisation formelle et structurée qui peut taper sur les doigts des journalistes pour leur faire comprendre qu’ils ont manqué de rigueur.

Mais M. Facal oublie le plus grand et le plus important juge des médias: le public. Celui-là même pour qui les journalistes travaillent jour après jour et à qui il est tout aussi redevable que les élus. Et surtout, celui-là même qui peut lui retirer en tout temps sa confiance.

Actuellement, cette confiance du public envers les médias est en déclin, pour ne pas dire en chute libre, pour une multitude de raisons.C’est tout un désaveu. Le public n’est pas dupe. Il sait reconnaître le sensationnalisme, il sait en prendre et en laisser et il sait se renseigner auprès de plusieurs sources.

Sans public, sans auditoire, sans lectorat, un média n’a pas sa raison d’être. C’est donc aux médias, et aux journalistes, de regagner la confiance du public, de la mériter et de la conserver. Voilà ce qui doit être le moteur du travail des journalistes.

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