La course aux clics peut-elle nuire à la qualité des contenus?

Il y a quelques semaines, on apprenait que le New York Times et le Washington Post allaient rendre accessibles à leurs journalistes les statistiques relatives aux contenus qu’ils produisent. Bref, ils pourront savoir si leurs reportages sont lus et partagés, et par qui.

La dépêche pose certaines questions auxquelles il est intéressant de s’attarder. Les journalistes devraient-ils connaître la portée, voire la popularité de leurs reportages?

Évidemment, tout le monde aime savoir si son travail est consulté. Un journaliste qui se sait lu est beaucoup plus motivé à poursuivre « son œuvre » en sachant qu’il peut réellement faire une différence. C’est une forme de reconnaissance qui permet de savoir à qui on s’adresse.

Mais en même temps, il y aurait peut-être un effet pervers à cette façon de faire. Les statistiques et l’achalandage permettent de connaître quels contenus sont les plus prisés par le public. Les journalistes, ou plutôt certains patrons de presse, pourraient chercher à créer des contenus qui favorisent les clics plutôt que de faire leurs choix en fonction de l’intérêt public de la nouvelle.

Certaines entreprises de presse, même au Québec quoique rares, attribuent déjà la valeur aux reportages en fonction de l’attraction que ceux-ci suscitent chez leurs publics, ce qui ne fait pas l’unanimité. Actuellement, on observe cependant davantage le phénomène sur les agrégateurs de contenu et sur les plateformes de divertissement, comme Buzzfeed, par exemple.

On revient donc à la sempiternelle dualité de la nature des médias, à la fois créateurs d’un bien public et entreprises cherchant la profitabilité.

L’an dernier, Pascal Lapointe signait un texte éloquent sur la situation, qui démontre que la valorisation de l’information à travers le nombre de clics est un modèle d’affaires parfois nuisible pour la qualité des nouvelles.

Il aborde la rémunération au clic, qui amène à elle seule une série de questions. Combien vaut un clic? Conséquemment, combien vaut l’information? Un clic peut-il avoir plusieurs valeurs selon le type de contenu? Le travail de recherche de longue haleine d’un journaliste est-il reconnu dans cette forme de rémunération?

Car n’oublions pas qu’un clic ne signifie pas la lecture entière d’un texte ou le visionnement complet d’un vidéo. Il faut distinguer clic et attention, souligne-t-on ici.

Heureusement, grand nombre de journalistes, pour ne pas dire la majorité, continuent de travailler avec pour objectif de servir l’intérêt public.

Et selon le premier article mentionné plus tôt, les directions des deux journaux ont précisé qu’on ne cherchera pas, de la sorte, à imposer des quotas de clics. Reste à voir si cela est vrai et si d’autres emboîteront le pas.

En même temps, il ne faut pas faire l’autruche. La réalité est telle que les journalistes ne peuvent plus entièrement faire abstraction du potentiel d’attraction de leurs nouvelles.

Peut-être que la solution se trouve entre les deux extrêmes. Y a-t-il moyen de rendre la nouvelle plus « sexy » et plus « cliquable » sans en sacrifier la profondeur?

La question vous est posée!

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