La liberté d’expression, dont découle la liberté de presse, n’est pas que limitée aux médias. Comme l’écrit si bien Claude Robillard, la liberté de presse, c’est la liberté de tous.

Voilà qu’on apprend qu’un numéro d’humour prévu au Gala des Olivier de dimanche soir, écrit par Mike Ward et Guy Nantel, a été retiré parce que l’assureur de l’événement le jugeait trop susceptible de donner lieu à des poursuites judiciaires. Un sketch qui portait sur la liberté d’expression, rapporte le Journal de Montréal.

Sommes-nous rendus à ce point frileux qu’il faille censurer tout et son contraire de peur d’offusquer quelqu’un? D’ailleurs, c’est un peu ce que le monologue, qui n’a rien de bien choquant (publié intégralement par le Journal), tente de dénoncer par l’humour.

Ironie, quand tu nous tiens…

La liberté d’expression, c’est le droit de pouvoir dire ce qu’on veut, ce qu’on pense, sans entraves. C’est un droit inscrit dans la Charte canadienne des droits et libertés. Évidemment, il y a des limites, mais celles-ci sont encadrées par la loi, comme l’incitation à la haine, la diffamation, la propagande haineuse et la promotion de la pornographie juvénile, par exemple. Mais dans le cas qui nous intéresse, cela ne semble pas s’appliquer.

Comme le dénoncent les deux humoristes censurés, il y a là un dangereux contrôle du message, qui pourrait créer un précédent.

Comme le disait Mario Dumont, au 98,5FM ce matin, c’est pratiquement devenu une décision d’affaires. Une déresponsabilisation des diffuseurs, renchérit Pierre Curzi, parce qu’ils ne sont pas prêts à prendre le risque d’être poursuivi, qui ne veulent pas déplaire à personne.

Extrapolons maintenant à la presse. Évidemment, le contexte n’est pas le même, mais imaginons que les contentieux des médias analysaient systématiquement le contenu des journaux et des bulletins télévisés avant leur diffusion, et qu’ils ordonnaient aux médias de retirer les reportages qu’ils jugent potentiellement litigieux.

Bon, les journalistes, en théorie, s’assurent de balancer leurs reportages et ne publient généralement rien qui soit irrespectueux de quiconque. Mais combien de mises en demeure, de plaintes au Conseil de presse et de menaces de poursuite ont-elles été envoyées à tous ces journalistes, qui pourraient rendre les assureurs des médias, voire leurs avocats, frileux? Bien des nouvelles n’auraient jamais vu le jour, et parfois, des nouvelles d’un grand intérêt public.

On ne fait pas d’omelettes sans casser d’œufs.

Parfois, pour l’avancement des mentalités, ou tout simplement au nom de l’intérêt public, il faut oser déranger, mettre le public face à des réalités qui nous semblent inacceptables. Choquer permet parfois de prendre conscience de ce qui ne tourne pas rond.

C’est valable autant en humour qu’en journalisme.

Une réponse à « Rire de ce qui n’est pas drôle »

  1. Avatar de David Grand-Maison

    Excellent commentaire 🙂

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Je suis Marie-Ève Martel — journaliste, autrice, professeure et entrepreneure passionnée par tout ce qui touche l’information et son rôle démocratique.

Depuis plus de 15 ans, je raconte, j’enquête et j’analyse le monde à travers divers médias. J’ai publié plusieurs essais engagés, je forme la relève universitaire et les professionnels des médias. Je prends régulièrement la parole pour défendre une information rigoureuse, accessible et éthique.

Surtout, je suis une amoureuse farouche de l’information de qualité au nom de l’intérêt public. Je crois en un journalisme rigoureux, courageux et profondément humain. J’aime bâtir des projets qui ont du sens et une valeur sociale.

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