Le sociofinancement est-il la bouée de sauvetage des médias?

Le sociofinancement a la cote. Que ce soit pour lancer un produit ou démarrer une entreprise, amasser des fonds pour les sinistrés d’un drame, pour payer des soins de santé ou pour réaliser le rêve d’un enfant malade, toutes les raisons sont bonnes pour solliciter la générosité d’inconnus en ligne dans l’espoir d’avoir suffisamment de dons pour concrétiser son projet.

Il semble même que le sociofinancement soit devenu une avenue pour certains médias québécois, qui, a-t-on besoin de le rappeler, sont aux prises avec une crise majeure de revenus qui menace leur existence.

Dans un texte daté de 2015 sur le site Infopresse, Frédéric Rondeau, qui rappelait alors que Ricochet et Nouveau Projet étaient nés du sociofinancement, affirmait qu’il s’agissait d’une « initiative inattendue » n’ayant toutefois rien « d’inhabituel ». Le texte mentionnait que les campagnes de sociofinancement n’étaient que des solutions temporaires pour la survie des médias; si c’est bel et bien le cas, force est d’admettre que dans l’état actuel des choses, il n’existe pas encore de porte de sortie à long terme.

La semaine dernière, le comité chargé d’analyser les mesures d’aide aux médias mises de l’avant par le gouvernement fédéral a dévoilé son rapport comprenant plusieurs recommandations. Son premier constat affirme que les mesures proposées ne suffiront pas à elles seules à endiguer le problème.

Bref, le sociofinancement et la sollicitation de dons par les lecteurs, à condition que ces dons puissent être récompensés par un reçu d’impôt si Ottawa assouplit les mesures en place, peut compenser en partie l’exode des revenus publicitaires.

Déjà, au cours de la dernière année, des initiatives ont permis de rallier un certain appui.

Il y a quelques jours, Le Soleil annonçait que la campagne de sociofinancement pour permettre la production d’une nouvelle saison de l’émission Québec, réveille!  sur les ondes de CKIA était en voie d’être un succès.  Il reste encore huit jours à la campagne pour lui permettre d’atteindre la barre des 30 000$.

En septembre dernier, c’est le média hyperlocal Pamplemousse qui a pu reprendre ses activités grâce à la contribution populaire. (AJOUT: cela n’a toutefois pas été suffisant pour assurer sa survie à long terme.) Rappelons que la plateforme montréalaise avait dû mettre la clé sous la porte, faute de financement. Le directeur du média, Stéphane Desjardins, avait à l’époque écrit un vitriolent éditorial pour semoncer les annonceurs locaux, qui n’ont pas suffisamment soutenu l’initiative.

Plus tôt cette année,  Le Devoir a annoncé avoir renoué avec la rentabilité pour une deuxième année consécutive. Le média peut également compter sur l’appui de ses fidèles abonnés et des donateurs à la fondation Les Amis du Devoir, où par un don, il est possible de soutenir la mission du quotidien.

Tout cela porte à croire que le modèle utilisateur-payeur est encore celui qui permettra aux médias d’informations d’exister. C’est logique: ceux qui continuent de s’informer devraient payer pour les contenus qu’ils consomment.

Or, le contexte actuel fait en sorte que ceux qui paient toujours pour s’informer le font aussi pour tous les autres qui ne déboursent pas un sou, ce qui ne suffit pas à financer la production et la diffusion d’information.

À l’heure actuelle, moins d’un Canadien sur dix paie pour s’informer auprès d’un média professionnel d’information.

Bref, ce sont (souvent) les mêmes âmes généreuses, qui ont compris la valeur sociale de l’information, qui se retrouvent à financer celle-ci pour le bénéfice de toute la communauté.

Il y a des limites à exploiter la même vache à lait.

Ceux qui financent volontairement l’information le font parce qu’ils jugent celle-ci importante, d’une manière ou d’une autre.

L’information est un bien public en ce sens où elle permet à tous les citoyens d’être mieux éclairés sur plusieurs enjeux touchant la société. Elle contribue à chacun de faire des choix plus judicieux et d’avoir accès à une pléthore d’arguments pour établir les bases de toute décision.

En partant de ce postulat, pourquoi son financement ne relève uniquement que de quelques milliers de personnes? Ne devrait-il pas être l’affaire de tous?

Poser la question, c’est un peu y répondre, à mon avis.

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