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Médias et COVID-19: pour des solutions collectives et durables

Depuis la parution de mon dernier billet, traitant de l’hécatombe dans l’industrie québécoise des médias à la suite de l’effondrement publicitaire provoqué par le ralentissement économique imposé par la pandémie de la COVID-19, les gouvernements, qui ont qualifié ces médias de « services essentiels » ont fini par réagir et par annoncer certaines mesures de soutien pour permettre aux travailleurs de l’information de poursuivre leur mission.

Déjà, le gouvernement fédéral a annoncé qu’il redirigerait « une grande partie » des 30 millions de dollars prévus en investissements publicitaires dans le cadre d’une large campagne de sensibilisation sur la COVID-19 vers les médias traditionnels. Un premier pas dans la bonne direction, compte tenu qu’il ne s’agit pas d’argent neuf, ces sommes étant d’abord majoritairement destinées aux GAFAM, les grandes plateformes américaines accaparant près de 80% des revenus publicitaires en ligne au pays et dans la province. Le montant de 30 millions de dollars est toutefois insuffisant pour pallier à toutes les pertes subies par l’ensemble des médias du pays.

De plus, le comité chargé d’évaluer les critères d’admissibilité aux différents crédits d’impôt destinés aux médias d’information – soient sur la masse salariale des journalistes, l’abonnement à des médias numériques et des dons de charité aux médias constitués en OBNL – a été finalement mis sur pied. Ce n’est pas trop tôt, compte tenu que ces crédits avaient été annoncés pour la toute première fois en novembre 2018.

À Québec, les investissements publicitaires ont été triplés et concentrés dans les médias québécois, alors que le traitement des crédits d’impôt sur la masse salariale des journalistes a été accéléré histoire de donner un peu d’oxygène aux entreprises de presse.

Ça n’a pas empêché certains décideurs de faire une jambette aux médias en ces temps difficiles, comme l’agglomération de Longueuil qui souhaite retirer ses avis publics des journaux hebdomadaires de son territoire. Il n’y a rien d’étonnant à cette décision, une mesure adoptée par plusieurs dizaines de municipalités depuis l’entrée en vigueur de la loi 122 qui leur permet d’afficher leurs avis uniquement sur leur site et à l’hôtel de ville.

Mais le timing de cette décision, qui heureusement ne fait pas l’unanimité, est bien étrange, alors que les élus souhaitent mettre en place des mesures de soutien aux entreprises locales pour leur permettre de survivre au-delà de la pandémie.

Cela met une fois de plus en relief qu’on a tendance à oublier que les médias sont eux aussi des entreprises locales employant de la main-d’oeuvre qui permet elle aussi de faire tourner l’économie locale.

J’en avais glissé un mot dans mon essai Extinction de voix, mais aussi régulièrement sur ce blogue: cette loi permet aux villes de faire des économies de bout de chandelle, parfois de 1% ou moins de leur budget, mais avec pour conséquence un accès moins direct à la population pour des informations pourtant d’intérêt public, donc un déficit démocratique.

S’il y a quelque chose qui importe en ces temps incertains, c’est la libre circulation de l’information.

Pas de solution à l’emporte-pièce

Si les mesures annoncées par les gouvernements permettront à quelques médias de poursuivre leurs activités pendant quelques mois de plus, mais à plus long terme, ils sont loin d’être tirés d’affaire.

Déjà affaiblis par un recul important de leurs revenus d’abonnement et par une chute dramatique et accélérée de leurs revenus publicitaires, les médias continuent, parfois même de façon déficitaire, à opérer au nom de l’intérêt public.

L’épisode de la COVID-19 aura permis de démontrer au monde entier le rôle essentiel des médias au quotidien en temps de crise, mais cela ne suffira pas à leur faire retrouver le chemin de la santé financière.

Les solutions à l’emporte-pièce n’auront qu’un effet ponctuel et limité. Les mesures de soutien aux médias d’information, qu’ils soient du secteur de la presse écrite, de la radio ou de la télévision, doivent s’inscrire dans un plan de relance durable élaboré par le milieu de l’information lui-même, avec la concertation des divers partenaires et gouvernements.

Déjà, d’un côté, la Fédération nationale de la culture et des communications (FNCC) et la Fédération professionnelle des journalistes du Québec ont mis sur pied des cellules de crise afin de dresser un portrait des impacts de la situation actuelle sur l’industrie de l’information et pour réfléchir à des pistes de sortie de crise.

Ces pistes doivent être concrètes, facilement applicables et avoir des répercussions durables.

Les médias d’information – professionnels, de qualité et rigoureux- doivent redevenir un moteur économique, tout simplement parce que l’information est un bien public malheureusement pris pour acquis et discrédité par un trop grand nombre de personnes.

D’abord, les gouvernements doivent maintenir leurs investissements publicitaires dans les médias québécois et canadiens, comme ils le font pendant la crise, et cesser de privilégier des entreprises américaines ne payant pas de taxes et d’impôts chez nous. Si Québec et Ottawa sont capables de concentrer leurs investissements publicitaires dans les médias traditionnels pendant la crise, ils ont fait la démonstration qu’ils pourraient le faire en tout temps et que la volonté politique est au coeur de cette solution.

De plus, pourrait-on ENFIN imposer une taxe ou une redevance aux GAFAM, ces géants du Web américains pour la plupart, qui s’enrichissent allègrement grâce au trafic généré par des contenus médiatiques canadiens et québécois sans leur verser le moindre sou en retour? La France l’avait déjà fait, et l’Australie vient d’annoncer une telle mesure pour forcer ces gros joueurs à partager les revenus publicitaires.

Rappelons du même souffle que les deux paliers de gouvernement s’étaient engagés à taxer les GAFAM à hauteur de 3% – un engagement électoral dans le cas de Justin Trudeau – une promesse repoussée du revers de la main en attendant un rapport de l’OCDE sur le sujet.

Avec ces sommes, pourrait-on mettre sur pied un fonds permanent dédié à la couverture journalistique des enjeux d’intérêt public dans les différentes communautés?  Ce fonds pourrait aussi être alimenté par des dons citoyens, avec ou sans crédit d’impôt,à la manière de la plateforme française J’aime l’info.

Pourrait-on bonifier le programme Initiatives de journalisme local, qui permet au moment où j’écris ces lignes de subventionner le salaire de journalistes dans des régions peu ou mal desservies afin qu’ils couvrent différents enjeux dont les reportages sont ensuite rendus disponibles dans un bassin offert à tous les médias qui y participent. En plus du caractère géographique, ce programme pourrait ajouter un volet pour la couverture de secteurs d’actualité (beats) peu traités dans les médias, ce qui permettrait à des pigistes spécialisés sur ces questions pointues de tirer leur épingle du jeu.

Outre le partage des contenus, serait-il envisageable pour des médias de tout acabit de constituer, à l’image de ce qui se fait en radio ou en télévision ou à travers des agences, une régie publicitaire où les annonceurs pourraient obtenir de la visibilité dans plusieurs plateforme à la fois sans avoir à contracter des ententes individuelles avec chacun de ces médias? Des économies d’échelle pourraient être générées pour ces annonceurs qui, en retour, reviendraient au bercail chez les médias qui ont grandement besoin de ces revenus publicitaires.

Pourrait-on également voir naître des crédits d’impôt pour les investissements publicitaires réalisés par les entreprises canadiennes et québécoises dans les médias d’ici? Depuis une dizaine d’années, bon nombre d’annonceurs ont délaissé les médias traditionnels au profit des GAFAM, qui offrent une visibilité en théorie plus ciblée et beaucoup moins chère. Cet incitatif fiscal, s’il n’est accordé que lorsque les investissements  dans les médias québécois représentent le deux tiers ou plus de l’assiette publicitaire d’une entreprise, par exemple, pourrait encourager celle-ci à revoir sa stratégie de communication au profit d’un marché plus local.

Dans un autre ordre d’idées, serait-il possible d’envisager une bonification du crédit fédéral d’impôt pour un abonnement à un média canadien pour encourager la population à s’informer davantage? Ce crédit d’impôt pourrait être d’un certain pourcentage pour l’abonnement à des médias de couverture nationale, auquel pourrait se greffer un autre crédit d’impôt complémentaire pour les abonnements à des médias locaux, afin d’éviter que ceux-ci ne soient défavorisés au profit des plus gros joueurs qui disposent d’un capital d’attraction plus grand en raison de leur marché plus étendu.

La gratuité ne pourra plus être une option pour de nombreux médias. Il y a fort à parier que des murs payants vont voir le jour d’ici quelques mois.

L’éducation aux médias doit aussi faire partie de la solution à long terme. Des programmes comme #30secondesavantdycroire mis sur pied par la FPJQ doivent être soutenus et déployés à plus grande échelle. Pourquoi ne pas mettre en place un incitatif financier ou un crédit d’impôt pour favoriser l’utilisation des médias professionnels d’information dans le parcours scolaire des élèves? Les plateformes sont diversifiées, les contenus sont infinis et la consommation de médias, dès un jeune âge, permet aux individus de devenir de meilleurs citoyens et d’apprendre à bien s’informer.

Comme société, il est de notre devoir de revaloriser le rôle des médias comme outil démocratique et de connaissances. En les soutenant collectivement, nous nous donnons aussi le droit d’exiger davantage d’eux.

Offrons-nous ce privilège.

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Le sociofinancement est-il la bouée de sauvetage des médias?

Le sociofinancement a la cote. Que ce soit pour lancer un produit ou démarrer une entreprise, amasser des fonds pour les sinistrés d’un drame, pour payer des soins de santé ou pour réaliser le rêve d’un enfant malade, toutes les raisons sont bonnes pour solliciter la générosité d’inconnus en ligne dans l’espoir d’avoir suffisamment de dons pour concrétiser son projet.

Il semble même que le sociofinancement soit devenu une avenue pour certains médias québécois, qui, a-t-on besoin de le rappeler, sont aux prises avec une crise majeure de revenus qui menace leur existence.

Dans un texte daté de 2015 sur le site Infopresse, Frédéric Rondeau, qui rappelait alors que Ricochet et Nouveau Projet étaient nés du sociofinancement, affirmait qu’il s’agissait d’une « initiative inattendue » n’ayant toutefois rien « d’inhabituel ». Le texte mentionnait que les campagnes de sociofinancement n’étaient que des solutions temporaires pour la survie des médias; si c’est bel et bien le cas, force est d’admettre que dans l’état actuel des choses, il n’existe pas encore de porte de sortie à long terme.

La semaine dernière, le comité chargé d’analyser les mesures d’aide aux médias mises de l’avant par le gouvernement fédéral a dévoilé son rapport comprenant plusieurs recommandations. Son premier constat affirme que les mesures proposées ne suffiront pas à elles seules à endiguer le problème.

Bref, le sociofinancement et la sollicitation de dons par les lecteurs, à condition que ces dons puissent être récompensés par un reçu d’impôt si Ottawa assouplit les mesures en place, peut compenser en partie l’exode des revenus publicitaires.

Déjà, au cours de la dernière année, des initiatives ont permis de rallier un certain appui.

Il y a quelques jours, Le Soleil annonçait que la campagne de sociofinancement pour permettre la production d’une nouvelle saison de l’émission Québec, réveille!  sur les ondes de CKIA était en voie d’être un succès.  Il reste encore huit jours à la campagne pour lui permettre d’atteindre la barre des 30 000$.

En septembre dernier, c’est le média hyperlocal Pamplemousse qui a pu reprendre ses activités grâce à la contribution populaire. (AJOUT: cela n’a toutefois pas été suffisant pour assurer sa survie à long terme.) Rappelons que la plateforme montréalaise avait dû mettre la clé sous la porte, faute de financement. Le directeur du média, Stéphane Desjardins, avait à l’époque écrit un vitriolent éditorial pour semoncer les annonceurs locaux, qui n’ont pas suffisamment soutenu l’initiative.

Plus tôt cette année,  Le Devoir a annoncé avoir renoué avec la rentabilité pour une deuxième année consécutive. Le média peut également compter sur l’appui de ses fidèles abonnés et des donateurs à la fondation Les Amis du Devoir, où par un don, il est possible de soutenir la mission du quotidien.

Tout cela porte à croire que le modèle utilisateur-payeur est encore celui qui permettra aux médias d’informations d’exister. C’est logique: ceux qui continuent de s’informer devraient payer pour les contenus qu’ils consomment.

Or, le contexte actuel fait en sorte que ceux qui paient toujours pour s’informer le font aussi pour tous les autres qui ne déboursent pas un sou, ce qui ne suffit pas à financer la production et la diffusion d’information.

À l’heure actuelle, moins d’un Canadien sur dix paie pour s’informer auprès d’un média professionnel d’information.

Bref, ce sont (souvent) les mêmes âmes généreuses, qui ont compris la valeur sociale de l’information, qui se retrouvent à financer celle-ci pour le bénéfice de toute la communauté.

Il y a des limites à exploiter la même vache à lait.

Ceux qui financent volontairement l’information le font parce qu’ils jugent celle-ci importante, d’une manière ou d’une autre.

L’information est un bien public en ce sens où elle permet à tous les citoyens d’être mieux éclairés sur plusieurs enjeux touchant la société. Elle contribue à chacun de faire des choix plus judicieux et d’avoir accès à une pléthore d’arguments pour établir les bases de toute décision.

En partant de ce postulat, pourquoi son financement ne relève uniquement que de quelques milliers de personnes? Ne devrait-il pas être l’affaire de tous?

Poser la question, c’est un peu y répondre, à mon avis.

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Médias en mutation: comment freiner la crise?

J’ai assisté hier (le 27 septembre), à l’Université Concordia, à une conférence organisée par la Fondation pour le journalisme canadien et portant sur l’avenir des médias. Animée par le journaliste de Radio-Canada Gérald Fillion, Une constante mutation: quelles seront les prochaines étapes pour les médias? a permis des échanges très intéressants entre les cinq panélistes invités à se prononcer sur les causes de la crise des médias et sur de potentielles solutions pour freiner celle-ci. Résumé.

Au Canada, depuis 2010, le tiers des médias a disparu, a rappelé d’emblée l’animateur. Le modèle d’affaires actuel de plusieurs médias ne leur permet plus d’être viables, a-t-il aussi indiqué, alors que les revenus publicitaires les désertent au profit d’Internet et des plateformes numériques, les médias sociaux tels que Google et Facebook. Ajoutons à cela une crise de confiance du public envers les institutions démocratiques, médias inclus: la recette est là pour accentuer l’hécatombe.

Or, l’exode des revenus vers Facebook et Google seraient davantage un symptôme de la crise qu’une de ses causes, nuance Colette Brin, professeure titulaire du Département d’information et de communication de l’Université Laval et directrice du Centre d’étude sur les médias. L’information fait face à un double problème, précise-t-elle, un problème de financement et un problème de crédibilité. Le numérique est l’un des marchés où les gens sont les moins disposés à payer pour le contenu qu’ils consomment parce que la gratuité y est étendue. Ces géants du Web sont, de par leur présence incontournable sur la Toile, des partenaires obligés des médias traditionnels, dit-elle.

Vice-président principal de Radio-Canada, Michel Bissonnette abonde en ce sens. Environ 25% des visites des plateformes de Radio-Canada proviennent de Google, et tout autant de Facebook, estime-t-il. « Si on ne nourrit pas la bête, on se priverait de cet achalandage » relève-t-il.

Le nouveau propriétaire du Voir et de l’Actualité, Alexandre Taillefer, qualifie la situation d’alarmante. « Nous sommes des junkies par rapport à Facebook et Google. La seule façon de corriger le tir, c’est par un sevrage », prône-t-il. À ses yeux,  le refus d’Ottawa de taxer Netflix et compagnie envoie un message clair que l’équité n’existe pas.

Selon lui, le déplacement des audiences vers le numérique n’a pas diminué le nombre de consommateurs de l’information. Il souligne toutefois que les relations entre les média et leurs publics ne sont pas toutes égales, c’est pourquoi il faut plutôt monétiser les audiences au lieu de dépendre d’annonceurs.

Guy Crevier, éditeur de La Presse +, croit pour sa part que le problème réside dans le fait que plusieurs médias n’ont tout simplement pas les moyens de financer leur transition vers des plateformes plus performantes et attirantes pour les annonceurs. « Ce qui étonne, c’est que malgré l’apport historique considérable et de qualité des médias à la démocratie, ceux-ci sont encore incapables d’obtenir l’attention du gouvernement pour se financer », a-t-il déploré.

Le directeur du Devoir, Brian Myles, est d’avis que l’État doit intervenir pour soutenir les médias, essentiels à la démocratie. Il s’agit aussi de la question de la diversité des voix. Tout en dénonçant le « manque d’appétit » de Patrimoine Canada pour régler le problème, il déplore que le gouvernement ait diminué ses investissements publicitaires du trois quarts dans les médias imprimés, pour les tripler ensuite dans le numérique.Il souligne toutefois l’effort du ministre de la Culture du Québec Luc Fortin, qui est le premier à reconnaître l’importance des médias en mettant une (modeste) somme disponible pour certains projets.

D’un autre côté, affirme Colette Brin, on ne peut pas récompenser une industrie qui ne se réinvente pas. L’argent hypothétiquement issu d’une quelconque taxation des géants du Web devrait servir à améliorer la couverture journalistique des communautés mal desservies, une recommandation parmi plusieurs à figurer dans le rapport Le miroir éclaté, auquel elle a collaboré.

Myles ajoute que l’industrie de la publicité a un examen de conscience à faire par rapport au placement des publicités. Certes, la clientèle souhaite aller vers le numérique, mais faut-il pénaliser les entreprises d’ici? À ce sujet, une suggestion du public à l’effet de créer un type de placement publicitaire local – un peu dans la lignée des placements financiers écoresponsables et socioresponsables – a été lancée.

Michel Bissonnette croit que l’union fera la force. Il perçoit le rôle de la société d’État – qui flirte avec la possibilité d’abandonner la publicité – comme étant un partenaire des médias privés, afin d’offrir des contenus complémentaires, mais de grande qualité.

« On a besoin de s’aider entre nous, pour qu’on passe tous à travers », a-t-il lancé en fin d’entretien. Les autres panélistes ont approuvé. Il y aura du pain sur la planche pour les acteurs de l’industrie, qui devront se concerter et se faire, à nouveau, entendre d’une seule voix pour assurer leur avenir.

Comme je l’ai mentionné plus tôt, ce fut une soirée d’échanges des plus pertinents et bien ancré dans l’actualité – la ministre Joly dépose incessamment sa politique culturelle, qui doivent être déçus d’être écartés.

Un seul bémol: je remarque de plus en plus que lorsqu’on aborde la question de l’avenir des médias, on s’attarde beaucoup au contenant, et un peu moins au contenu. Une information de qualité a été abordée brièvement au cours de la soirée. L’Eldorado du numérique figure parmi les préoccupations les plus importantes des patrons de presse, mais même si une aide est fournie pour financer la transition vers le numérique, encore faut-il que les moyens demeurent pour embaucher ou pour maintenir en poste, à tout le moins, des journalistes.

Un véhicule somptueux, à la fine pointe de la technologie, et attirant pour des annonceurs, ne vaudra rien sans un contenu riche et de qualité. Contenu qui, faut-il le rappeler, demeure notre raison d’être…

Une initiative en éducation aux médias

En introduction à la soirée, Michel Cormier, directeur général de l’information à Radio-Canada et membre du conseil d’administration de la Fondation, a annoncé un partenariat entre celle-ci et l’organisme CIVIX pour la mise sur pied d’un programme d’éducation aux médias: Actufuté.

On profitera de Vote étudiant, pour rencontrer des étudiants dans les établissements post secondaires afin de les outiller pour faire la distinction entre les vraies et les fausses nouvelles.

En tout, 1,5 million d’élèves canadiens du primaire à l’université seront rencontrés dans le cadre de ce programme financé à hauteur d’un demi million de dollars par nul autre que… Google.

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L’information régionale, qu’ossa donne? (2017)

Samedi dernier s’est déroulé le tout premier forum montérégien L’Information régionale, qu’ossa donne? organisé par la FPJQ-Montérégie. Un projet sur lequel j’ai planché pendant deux ans en compagnie des autres administrateurs de la section et qui s’est concrétisé grâce à un travail d’équipe formidable.

La rencontre s’est tenue au Centre communautaire de Saint-Bruno-de-Montarville, avec l’objectif de voir échanger journalistes, patrons de presse, observateurs et membres du grand public.

Voici un (très bref) résumé de la demi-journée, forte en réflexions intéressantes.

Sur le rôle de la presse régionale:

Ex-journaliste, la députée caquiste de Montarville, Nathalie Roy, rappelle que les médias sont le contrepoids au pouvoir, même si bon nombre d’élus ne comprennent pas le travail des journalistes. Ceux-ci peuvent poser des questions que certains députés ne peuvent poser.

« J’avais plus de pouvoir dans ma liberté de parole quand j’étais animatrice et journaliste que depuis que je suis députée », affirme celle qui perçoit dans son propre rôle celui d’aider les médias à bien s’acquitter de leur tâche.

Aux yeux de Brenda Shanahan, députée libérale fédérale dans Châteauguay, les médias régionaux permettent à des acteurs ne disposant pas d’une tribune sur le front national de s’exprimer.  La radio et la télévision communautaires ont un rôle de premier plan pour informer, souligne-t-elle.

Des propos qui ont trouvé écho chez ceux de la mairesse de Sainte-Julie et présidente sortante de l’Union des municipalités du Québec, Suzanne Roy. Celle-ci a déploré l’effritement du nombre de voix régionales, qui se traduit par un partage de contenus de moins en moins local. Parce qu’ils s’y reconnaissent moins, il n’est pas étonnant que les gens consultent de moins en moins leurs hebdomadaires, a-t-elle soutenu. Pour pallier au problème, il importe de recréer un lien de proximité avec le public, croit l’élue.

Ce lien a d’ailleurs été transformé avec l’apparition des médias sociaux, a soutenu le maire de Saint-Bruno-de-Montarville, Martin Murray.  « On peut pousser notre information directement, sans intermédiaire. Le journaliste vient poser un certain nombre de nouvelles importantes, qui s’incarnent de façon différente », note-t-il.

Sur le projet de loi 122: 

Le projet de loi, dont un des articles pourrait libérer les municipalités de diffuser leurs avis publics dans les médias imprimés, privant ceux-ci de plusieurs dizaines de milliards de revenus et menaçant de fermeture certains titres.

Les invités n’étaient toutefois pas sur la même longueur d’onde face à la mesure.

Nathalie Roy, elle, reconnaît que la mesure menace la survie financière de certains médias, ajoutant que la CAQ prendrait position afin de maintenir l’obligation des villes à publier des avis publics dans les journaux, car cela aide les médias à survivre. « Les gens doivent savoir ce qui se passent dans leur communauté », ajoute la députée de Montarville, qui perçoit l’étude du projet de loi comme une opportunité de se questionner sur les façons de conserver les journaux locaux,.

Les élus municipaux sont d’un autre avis. Bien qu’en faveur de la survie des médias locaux, ceux-ci allèguent que le financement des médias ne relève pas d’eux exclusivement.

« Est-ce que c’est la responsabilité des villes, à elles seules, de financer les médias? Peut-on obliger les autres palliers de gouvernement à faire de même? » demande Suzanne Roy.

« La crise des médias ne peut pas relever uniquement des municipalités. Notre rôle n’est pas de supporter financièrement des médias, c’est de rejoindre de la façon la plus complète possible les citoyens quand on a une information à leur communiquer », a renchéri Martin Murray.

Sur la captation vidéo et l’enregistrement des séances: 

Là aussi, les opinions ont divergé. Si les journalistes présents se sont tous, ou presque, prononcé en faveur de l’enregistrement des séances, les élus, eux, étaient plus réticents. Ceux-ci plaident pour un encadrement plus serré et ce, afin de limiter les dérapages, comme le cas de Sainte-Marie-Madeleine.

« Les journalistes, contrairement aux citoyens, ont un code de déontologie; ils ne font pas n’importe quoi avec les captations qu’ils font des séances », dit Suzanne Roy.

« Les assemblées publiques ne doivent pas devenir un cirque ou se retrouver dans certaines émissions satyriques, qui ridiculisent les élus », renchérit Martin Murray, ajoutant que des citoyens peuvent être intimidés par la présence de journalistes.

Pierre Saint-Arnaud, journaliste à la Presse canadienne, a toutefois souligné que le Commissaire aux plaintes du MAMOT a récemment rendu une décision permettant aux citoyens de filmer les séances publiques.

Le combat est toutefois loin d’être gagné…

Sur la notion de proximité entre les journalistes et leurs sources:

Trop proches de leurs sources, les journalistes en région? Pour plusieurs patrons de presse,  la proximité tient davantage d’une force que d’une faiblesse.

Un des moteurs du succès des médias locaux, c’est la proximité avec ses lecteurs, ses sources d’information. Il faut toutefois tracer la ligne entre intérêt privé et intérêt public, dit Marc Gendron, directeur de l’information à La Voix de l’Est.

Plus encore,  les médias ultra locaux font partie de la communauté, soutient Éric Aussant, de TC Média. « En étant journaliste, on participe activement à la vie de cette communauté », avance-t-il.

Comme journal, on veut avoir la nouvelle. On n’attend pas nécessairement la conférence de presse, même si les décideurs voudraient qu’on attende la coupe de ruban, note Jean-Luc Lorry, journaliste au Courrier de Saint-Hyacinthe. D’où l’importance de prendre soin des sources sur le terrain.

Bien qu’une certaine proximité avec les sources pourrait mener à des situations où surviennent de potentiels conflits d’intérêts, la déontologie et le professionnalisme des journalistes servent de rempart, note Philippe Clair, propriétaire de l’hebdomadaire Les Versants. « La crédibilité du média relève de l’épaisseur du mur avec les annonceurs et le contenu. La crédibilité du contenu est garante de la survie des médias », ajoute-t-il.

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Les quotidiens et les hebdos dans dix ans : halte à la temporalité

Les médias imprimés existeront-ils toujours dans dix ans? Telle était l’objet d’un avant-midi de réflexion portant sur la question aux Assises du journalisme à Tours*, et dont le constat principal fut qu’il serait bien difficile de spéculer sur une décennie alors qu’on ignore ce qu’il adviendra de nos journaux d’ici un ou deux ans.

Plusieurs intervenants sont toutefois d’accord : en raison de leurs plateformes numériques, les médias imprimés devront tôt ou tard laisser tomber la notion de périodicité qui les caractérisent encore aujourd’hui.

« Le problème, c’est que nous sommes encore basés sur une périodicité, souligne Marc Mentré, de l’organisme Journalisme et Citoyenneté. Ce cycle de vie correspond-il encore à quelque chose? »

« Les quotidiens sont d’abord et avant tout des marques, des marques qui travaillent 24 heures sur 24 », soutient Stéphane Frachet, journaliste aux Échos.

« Il faut se demander si un hebdomadaire est quelque chose qui sort une fois par semaine ou si c’est quelque chose qui est lu une fois par semaine? » s’interroge Cyril Petit, rédacteur en chef du Journal du dimanche.

Se recentrer sur l’auditoire

« Ça n’a plus beaucoup de sens de parler de quotidiens, car nous sommes désormais des éditeurs de l’information dénués de temporalité », a renchéri Vincent Preygène, directeur général de WAN-IFRA, l’association mondiale des journaux et des éditeurs de l’information.

Le vrai problème, souligne-t-il ensuite, réside dans le fait que les entreprises de presse se concentrent actuellement sur le support alors qu’ils devraient chercher à créer des liens avec leur auditoire.

Celui-ci suit sur le numérique, mais pas le financement des annonceurs, ce qui créé un déséquilibre financier pour les entreprises de presse. Or, depuis 2015, les abonnements constituent encore la principale source de revenus des médias, mais les entreprises de presse semblent travailler davantage pour leurs annonceurs que pour leur public, déplore Preygène.

Cette obsession de la plateforme épuise les journalistes, soutient David Carzon, qui manquent de temps et d’énergie en raison des compressions subies par les salles de presse depuis les dernières années. « Sortir un journal tous les jours relève du miracle maintenant », affirme le directeur adjoint de Libération.

Pire encore, ces baisses d’effectifs se répercutent sur la qualité du produit offert, et le public n’est pas dupe. « On a perdu de vue les questions les plus importantes. Quel est notre rôle? Quelle est notre plus-value? Qu’est-ce qu’on apporte à la société? » demande-t-il. « C’est d’abord le contenu qui doit être déterminé. Après, on se demandera comment le distribuer. »

Renforcer les marques

Une voie d’avenir concernant le multiplateforme réside dans une meilleure utilisation de chacune, lesquelles n’ont pas toutes les mêmes usages. « Si on jette des articles dans le vide en espérant qu’ils retrouvent les lecteurs, ça ne fonctionnera pas », note Carzon.

« La marque (du média) est concrète, note Carzon. Il faut que le lecteur sache que c’est nous qui avons produit le contenu qu’il consulte, et que ce contenu est en phase avec les valeurs de notre marque. »

Preygène abonde en ce sens. « Le lecteur n’est pas fidèle parce qu’il n’a pas conscience de la marque qui produit les contenus qu’il consomme », résume-t-il.

Les hommes vont plus loin. Pour eux, la marque d’un quotidien doit être représentative du « sens », donc de la raison d’être du média lui-même, son engagement vis-à-vis des lecteurs. « Dans dix ans, sera-t-on encore sur papier ou entièrement numérique? Sera-t-on gratuit ou payant? Demeurera-t-on généraliste ou serons-nous spécialisé? Irons-nous vers la vidéo ou pas? Peu importe ce qu’on choisira de faire, il faut que ça ait du sens », a clamé David Carzon.

D’ailleurs, a complété Preygène, la personnalisation du contenu en symbiose avec la marque, sera ce qui permettra, à terme, de convertir les consommateurs de ces contenus en lecteurs gratuits à des abonnés payants.

« On ne peut pas avoir d’abonnés payants si on n’a pas d’abord une offre gratuite intéressante pour les attirer. Mais si on ne commence pas à s’y pencher rapidement, on se tire dans le pied en continuant d’offrir un print payant et le même contenu gratuitement online, souligne Éric Mettout, directeur adjoint de la rédaction chargé du numérique à L’Express. C’est une erreur historique d’avoir permis la gratuité, mais encore plus de ne pas avoir tout balancé sur le numérique plus tôt. »

Médias sociaux : monter à bord du train

Les médias ont par ailleurs complètement raté le train avec l’arrivée des médias sociaux, il y a près d’une décennie. Plutôt que de d’abord les utiliser comme moyen d’échanger avec leurs publics, ils s’en sont servis comme d’un canal de diffusion unilatéral.

« Il faut repenser la relation avec le lecteur, et comprendre qu’elle s’effectue dans les deux sens. Le lecteur doit sentir qu’il a du poids », rappelle Carzon.

Valeur ajoutée

À terme, pour à la fois cimenter la relation avec les auditoires et pour donner une valeur ajoutée aux marques médiatiques, les entreprises de presse doivent valoriser leurs contenus. Cela passe par l’abandon de certains contenus moins « payants » et par l’automatisation de certains processus qui libéreraient des journalistes pour aller sur le terrain.

Dans un autre ordre d’idées, la concentration de la presse semble inévitable aux yeux de Preygène. Comme les investissements publicitaires dégringolent, que des abonnés quittent au profit de plateformes gratuites et que 80% des revenus de la publicité sont désormais captés par les géants du Web, il faut se consolider et trouver des substituts à cette absence de recettes, estime-t-il.

Les compressions dans les salles de presse devraient toutefois ralentir, puisqu’un seuil critique a été atteint. « Nous sommes rendus à un point où on ne peut plus couper », croit M. Preygène.

« Il faut se recentrer sur notre rôle, qui doit d’être utile et être plaisants à lire, indique Jean-Pierre Vittu de Kerraoul, PDG de Sogemedia. Nous nous devons d’avoir une capacité éditoriale suffisante pour offrir un bon contenu. »

* Ce voyage a été réalisé grâce à une aide financière de Les Offices jeunesse internationaux du Québec.

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2007-2017 : le grand bouleversement

Avant de se pencher sur le virage de l’information dans dix ans, les Assises du journalisme à Tours* ont jugé bon de faire un bilan sur l’évolution des médias au cours de la dernière décennie.

Cette période en a été une d’expérimentation, estime-t-on plus que tout. Plusieurs innovations ont vu le jour, se sont éteintes, ont survécu. L’échec fait partie de l’expérimentation d’ailleurs.

Selon plusieurs observateurs, l’arrivée des médias sociaux et des téléphones intelligents a complètement révolutionné la manière de créer, de diffuser, mais surtout de consommer l’information, avec ses avantages et inconvénients.

En revanche, la popularité de certains nouveaux sites d’information, exclusivement en ligne et appelés pure players par l’industrie, ne se dément pas, et est bon signe pour les médias. « On a réussi à casser le sentiment de fatalité à l’endroit des médias, a expliqué Pierre Haski, cofondateur de Rue89, un pionnier du genre. On a prouvé que le journalisme et l’information sont loin d’être morts. »

Aux yeux de Géraldine Mulhmann, professeure et journaliste, l’avènement d’Internet représentait une opportunité sans précédent pour raconter des histoires, ce qui pour elle est le rôle fondamental des journalistes. « Le narratif permet le factuel », a-t-elle souligné.

Le smartphone est la première porte d’entrée vers l’information en France, a-t-on appris. Or, même si le numérique gagne en popularité à une vitesse fulgurante, le papier demeure encore la source de revenus la plus importante pour les médias qui œuvrent sur les deux plateformes, a indiqué Jacques Rosselin, entrepreneur et créateur de Courrier international, qui dirige également l’École de formation en journalisme. Bernard Poulet s’était ainsi trompé en annonçant la mort du journal imprimé.

De plus, malgré les difficultés financières de la presse, les grandes marques (titres) demeurent les sites d’information les plus fréquentés, signe de leur standing et de leur crédibilité auprès du public.

L’apparition des blogues au milieu des années 2000 a aussi permis de renverser le modèle d’affaires des médias. Jusqu’alors un canal de communication à sens unique, ils sont devenus des tribunes permettant un dialogue entre journalistes et lecteurs, permettant des contenus plus riches et représentatifs de chaque couche de la société.

Ce journalisme participatif a également permis, dans certains cas, de renforcer la confiance du public envers les médias.

Dérapages

Or, le tout a fini par déraper parce que les opérateurs de médias sociaux et les entreprises de presse n’ont pas prévu que ces plateformes deviendraient des champs de bataille idéologiques, relève Haski, qui qualifie le Web de « fachosphère ». L’existence des trolls est la défaite idéologique, technique et éditoriale des médias face aux plateformes sociales. Muhlmann parle même d’une « machine d’opinion incontrôlable ».

Agnès Chauveau, directrice déléguée à la diffusion et à l’innovation à l’Institut national de l’audiovisuel, explique que parmi les transformations profondes provoquées par le Net, la déhiérarchisation de l’information a déstructuré le débat public. Celui-ci est maintenant déterminé par les réseaux sociaux et les algorithmes qui régissent ceux-ci.

Ont également proliféré les fausses nouvelles et informations erronées, poison auquel on croyait que la vérification et la rectification seraient l’antidote.

Les nouvelles technologies ont par ailleurs précipité le traitement de l’information, rendant celle-ci plus à risque d’être erronée et surtout, superficielle. Cette dictature du direct, du réactif et de l’instantané a modifié profondément les conditions d’exercice du métier et change le rapport au réel, indique Muhlmann.

Fondateur du magazine papier trimestriel XXI, Patrick de St-Exupéry croit au slow news et se méfie des nouvelles technologies en raison de leur caractère éphémère. Il qualifie de « ruée vers l’or » l’empressement des entreprises de presse à se précipiter sur chaque nouvelle plateforme sans se questionner si elles parviendront ainsi à rejoindre leur public. « La technologie n’est pas le journalisme, a-t-il dit. Le journalisme, est-ce le papier ou l’écran? Non. Pendant dix ans, nous avons réduit le journalisme aux technologies, aux canaux de communication, tout ça plutôt que de valoriser davantage le contenu. »

Haski abonde dans ce sens. « Il y a la nécessité de mettre le journalisme au cœur de nos pratiques en choisissant l’outil qui nous semble le plus approprié pour le faire », a-t-il affirmé.

Le mythe de la gratuité

Le concept de la gratuité a été vivement vilipendé par les intervenants du panel. « À partir du moment où on entre dans la logique de la gratuité, l’information n’a plus de valeur », a clamé Patrick de St-Exupéry, qui croit que les médias sont arrivés à la fin du cycle de la gratuité, une « idée folle » selon lui.

« L’information a une valeur; elle le fruit d’un travail, de compétences. Elle est destinée à un auditoire, à une clientèle. Ce n’est pas rien », a-t-il martelé.

D’ailleurs, la monétisation des contenus passe de moins en moins par la publicité, ont souligné plusieurs intervenants. Ce serait faire fausse route de croire encore qu’information et publicité sont indissociables pour survivre.

Pour être viables, les médias devront être financés par leurs auditoires, indique Mme Chauveau, ce qui obligera les plateformes à offrir du contenu à valeur ajoutée.

* Ce voyage a été réalisé grâce à une aide financière de Les Offices jeunesse internationaux du Québec.

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Correspondances à la relève

Récemment, la FPJQ-Montérégie recevait la journaliste d’expérience Josée Boileau, qui vient de faire paraître son essai Lettres à une jeune journaliste. La vidéo de cette rencontre se trouve ici.

J’ai eu le plaisir de lire le court ouvrage. Mme Boileau met le doigt  sur les bobos du journalisme, mais souligne aussi à gros traits l’idéalisme qui attire toujours la relève vers cette profession, un idéalisme qu’il faut conserver pour survivre dans un métier parfois sans pitié pour ceux qui l’exercent.

Dans le ton de la confidence, évitant toute condescendance, l’auteure dresse un portrait réaliste et juste de la réalité des médias. À un point tel qu’on réalise que la fameuse « crise » des médias semble dater depuis toujours et qu’elle accompagne les journalistes au quotidien alors que le métier évolue à vitesse grand V. « Quand je suis arrivée, personne n’embauchait, se souvient-elle. Ce n’était pas un métier d’avenir. » Ça vous sonne une cloche?

Défaitiste, Mme Boileau? Pas du tout. Optimiste, même. Malgré la réalité morose qui peut teinter notre vision du métier, une fois les deux pieds dedans, l’auteure convainc ses lecteurs que l’aventure en vaut encore la chandelle, ne serait-ce que pour la mission de service public qui doit motiver les journalistes, dont l’allégeance doit se tourner vers le public.

Beaucoup plus aurait pu être dit au cours de ces correspondances à la relève, mais l’auteure a choisi de se concentrer sur les enjeux propres au métier de journaliste, bien qu’elle aborde brièvement d’autres réalités, telle la conciliation travail-famille.

Bref, Lettres à une jeune journaliste constitue une excellente introduction à celle ou celui qui s’intéresse au journalisme. Mais le livre peut aussi intéresser les plus expérimentés qui y trouveront de quoi entretenir leur flamme.

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Quel avenir pour le 4e pouvoir?

Mardi, dans le cadre de la Journée internationale de la liberté de la presse, avait lieu à Québec le colloque « L’information: le 4e pouvoir sous pression », organisé par la Fédération nationale des communications, en collaboration avec la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, le Conseil de presse du Québec et le Centre d’études sur les médias.

Journalistes, syndicats, patrons de presse, chercheurs, enseignants, étudiants et observateurs du journalisme se sont réunis pour tenter de répondre aux questions suivantes: quelles sont les menaces pour la qualité de l’information dans les médias québécois et quelles seraient les solutions pour se sortir de la crise?

Il ne manquait que des représentants du grand public pour avoir touché à tout. Un son de cloche provenant de l’extérieur aurait pu apporter un petit quelque chose de plus à cette journée déjà fort chargée, mais qui aurait permis de voir la situation d’une toute autre perspective.

Les médias en état de crise

Le financement est le nerf de la guerre, évidemment, alors que les entreprises de presse redoublent d’ingéniosité pour diversifier leurs revenus qui se raréfient. Un « jeu dangereux » qui pourrait nuire à la crédibilité des médias, selon Paule Beaugrand-Champagne, présidente du Conseil de Presse.

« Ce n’est pas juste une question d’entrepreneurs privés. C’est une question sociale et politique  qui concerne tout le public », a-t-elle clamé.

La parole a ensuite été offerte aux chercheurs Pierre Trudel et Judith Dubois. Le premier est venu traiter des transformations de la régulation de l’information, qui est de plus en plus dictée par les technologies et le marché que par les normes sociales et l’État.

La seconde a abordé les différents facteurs d’influence sur la qualité de l’information tels que relevés par une centaine de journalistes. La diminution des ressources humaines, matérielles, financières et temporelles, les conditions de travail de plus en plus précaires et la concentration des médias ont selon les répondants une incidence négative sur la qualité de l’information. « L’expression faire plus avec moins et ce, de plus en plus vite, revient sans cesse », a commenté la professeure. En contrepartie, les innovations technologiques sont perçues comme des outils permettant aux journalistes d’accomplir encore mieux leur travail en plus de pouvoir interagir davantage avec le public.

La qualité de l’information est, selon les journalistes interrogés, déterminée notamment par la qualité de la recherche et de l’écriture de même que la clarté de l’information et le respect de la déontologie journalistique.

Pierre C. Bélanger a ensuite animé les quelque 100 participants avec une présentation sur la « net-amorphose » des médias, qui aurait été prévisible dès l’avènement d’Internet au début des années 1990. Le professeur titulaire s’est aussi fait l’avocat du diable quant à la menace d’extinction des médias traditionnels, rappelant que la mort de la presse, des tablettes, de la radio, des médias sociaux et de Facebook avaient été annoncées sans que cela ne se produise.

Il conseille aux journalistes et patrons de presse de s’inspirer de ce que ceux qui ne fréquentent pas de médias consomment en termes de contenus. « Ce n’est pas vrai que parce que tu fais quelque chose, que ça va trouver preneur », résume-t-il.

Renaud Carbasse, de l’Université Laval, a pour sa part parlé des nouveaux médias qui émergent alors que même les gros joueurs peinent à tirer leur épingle du jeu. « Ces nouveaux acteurs offrent un nouvel angle et cherchent à compléter l’offre médiatique en apportant de nouveaux types de contenus », a-t-il affirmé. Selon lui, les médias émergents prennent davantage de risques malgré leurs moyens plus limités et sont en ce sens un laboratoire intéressant pour de nouvelles avenues médiatiques.

La table était mise pour la suite. Bien que fort intéressante et instructive, cette première demi-journée a surtout servi à dresser des constats de la situation actuelle, que les acteurs du monde des médias connaissent déjà bien. Il aurait été agréable de passer plus vite aux solutions et aux interventions pratiques.

Tir groupé contre les géants

Plusieurs intervenants ont identifié Facebook et Google comme les principales menaces à la pérennité de l’information. Grâce à un algorithme reconnaissant les préférences des Internautes, ces deux géants du Web peuvent proposer à leurs utilisateurs des contenus qui cadrent avec leurs intérêts, et ainsi générer d’importants revenus publicitaires sans pour autant verser de redevances.

Les contenus médiatiques perdent leur valeur marchande, a rappelé Nellie Brière, consultante en stratégie de communications numériques et médias sociaux. Selon elle, il faut apprendre à comprendre ces algorithmes et les déjouer, mais surtout, se montrer plus fermes envers ceux qui les mettent en place en réclamant qu’ils paient leur juste part.

Directeur général de la firme MCE Conseils, Claude Dorion est venu présenter une étude comparative du financement des médias. Plusieurs pays d’Europe investissent en effet dans leurs entreprises médiatiques ou financent l’abonnement de certaines tranches de la population. À titre d’exemple, la Finlande investit 92$ par habitant pour l’information alors que le Canada n’injecte qu’un maigre 3$, en moyenne.

« Ça va prendre des décisions courageuses », a annoncé le conférencier, pour aborder différentes pistes de solutions pour amoindrir ce qu’il appelle « le glissement des revenus entre des producteurs de contenus vers les opérateurs de contenants ». Il propose notamment d’élargir les redevances versées aux télédiffuseurs à toutes les entreprises médiatiques, de taxer les services internet et l’achat de certains équipements électroniques ainsi que de taxer les entreprises qui utilisent les infrastructures médiatiques. Des crédits d’impôt sur la masse salariale des médias, qui pourrait être plus grande pour les médias régionaux et l’intégration des médias d’information dans le Plan culturel numérique du Québec ont aussi été avancés comme alternatives.

Taxer Google et Facebook serait la solution directe et logique, avance M. Dorion, mais il s’agit là de tout un défi politique. « Tôt ou tard, les Netflix, Google et Facebook devront s’impliquer », croit-il cependant.

Pour l’intervention de l’État

Plusieurs invités ont exprimé le souhait que l’État intervienne financièrement auprès des médias. Certains réclament une aide financière directe, d’autres des crédits d’impôt sur les emplois. Mais tous s’entendent pour dire que cette aide ne doit pas mettre en péril l’indépendance journalistique.

Qu’importe si les journaux disparaissent, c’est l’information qui doit survivre, a lancé Claude Gagnon, président directeur général de Groupe Capitales Médias, qui justifie la situation actuelle par le fait que les modèles d’affaires n’évoluent pas au même rythme que la consommation de l’information.

Pour sa part, Éric Trottier de La Presse était le plus tiède à l’idée d’obtenir des subventions. « Si c’est pour maintenir des vieux modèles, c’est une mauvaise idée. Il faudrait que cela nous aide à nous transformer », a-t-il allégué, rejoignant les propos de Sylvia Cerasi de TC Média, qui affirmait quelques minutes plus tôt que des crédits d’impôt pour financer le virage technologique seraient bienvenus.

La présidente de la FPJQ, Lise Millette, a pour sa part soutenu que si aide de l’État il y a, il faut que cette aide soit pluraliste pour ne pas freiner l’innovation des médias, pour éviter de financier les missions de certains médias au détriment de d’autres. Qui plus est, cette aide financière serait-elle perpétuelle? Elle en doute: « les médias doivent parvenir eux-mêmes à diversifier leurs revenus. L’État ne doit pas devenir le deuxième panier dans lequel on met tous nos oeufs. »

Le président de l’Association des journalistes indépendants du Québec, Simon Van Vliet, a de son côté avancé qu’une aide financière aux médias est réaliste et nécessaire. Comparant un reportage à une oeuvre d’art, parce que l’information fait partie de notre culture, il a proposé d’élargir le modèle de financement culturel existant et d’y intégrer les médias.

Des journalistes mi-humains, mi-robots

L’idéal du journaliste multitâche a été abordé au cours du colloque. Plusieurs représentants syndicaux et des médias ont fait valoir que maintenant, les journalistes doivent savoir travailler sur toutes les plateformes, rapidement.

Du côté des journalistes, cette façon de faire nuit à la qualité de l’information, car le reporter investit un peu de temps sur chaque version plutôt que d’en développer une seule. « Réécrire trois fois la même histoire nous empêche d’arriver à un produit plus approfondi et plus intéressant pour le lecteur », a fait valoir Valérie Lessard, journaliste au Droit.

« Qui embrasse trop mal étreint. Il y aura un moment où la qualité du produit va se ressentir », a renchéri David Savoie, de Radio-Canada, qui prône une certaine spécialisation tant dans la couverture de l’actualité que dans les plateformes à maîtriser.

Les dirigeants de presse, confrontés à la question, ont tenu à se faire rassurants. Ils se disent pleinement conscients que les journalistes sont des humains, pas des robots. « Un journaliste doit être capable de tout faire, mais il ne peut tout faire en même temps », a souligné le directeur du Devoir Brian Myles.

Enfin, la précarisation des emplois a été soulevée. « Il n’y a jamais eu de cadre de négociation collective qui garantit des conditions aux pigistes, qui voient celles-ci se détériorer », a déploré M. Van Vliet.

Le fait que les jeunes journalistes soient toujours les premiers à faire les frais des compressions a aussi été noté. Et pourtant, la relève est un vent d’air frais qui doit faire sa place dans l’industrie. « Le statut de précaire n’est pas bon pour l’entreprise, parce que quand un journaliste surnuméraire quitte, l’expérience qu’il a acquise quitte aussi et n’est pas remplacée par le journaliste débutant qui finira par venir faire ses armes », a illustré M. Savoie.

Pour en savoir plus:

Aide étatique souhaitée pour les médias traditionnels

L’État doit-il soutenir les médias d’information?

Vidéo récapitulative du colloque

 

 

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Desjardins: le symptôme et non le mal

Une nouvelle mini-controverse divise à nouveau la communauté journalistique ces jours-ci, après la parution dans La Presse de deux textes, coup sur coup, portant sur David Desjardins, dont la plume est parmi les plus appréciées.

Le chroniqueur, qu’on a notamment pu connaître sur Radio-Canada, dans Le Devoir et dans L’Actualité, sans oublier son long passage au Voir Québec, affirme qu’il n’arrive plus à vivre exclusivement du journalisme, et que c’est pour cette raison qu’il a cofondé l’an dernier une boîte de marketing de contenu.

Cette déclaration a tôt fait de faire réagir. Nombreux sont ceux qui croient que Desjardins s’est placé en conflit d’intérêts en travaillant des deux côtés de la clôture. On apprenait d’ailleurs aujourd’hui que Le Devoir a mis fin à son partenariat avec le pigiste, qui s’est aussi vu refuser le renouvellement de sa carte de membre de la FPJQ pour des raisons éthiques.

Le principal intéressé se défend entre autres en affirmant que le marketing de contenu est de plus en plus présent, et que sa manière de faire les choses est moins « hypocrite » que les pratiques qui ont cours dans les médias traditionnels. En plus, ajoute-t-il, il y a manière d’être créatif et d’évoluer dans le marketing de contenu sans sacrifier son éthique professionnelle.

Dans un long billet publié sur sa page Facebook, on le sent amer de la tournure des choses:

Faque, c’est ça qui est ça. Ma chronique d’adieu au Devoir sera publiée sur Facebook, plateforme qui, avec Google,…

Posté par David Desjardins sur mercredi 9 décembre 2015

Il est vrai que c’est très risqué, voire impossible, de concilier écriture journalistique et rédaction publicitaire, tout simplement parce que l’essence de la crédibilité du journaliste dépend de son indépendance envers toutes ses sources potentielles.

Mais est-ce encore possible de nos jours, alors que l’industrie semble être en crise et à la recherche constante de revenus pour parvenir à sa prochaine édition?

David Desjardins n’est pas le premier ni le seul à avoir répondu par la négative à cette question. C’est pourquoi, bien qu’on puisse être en désaccord avec son choix personnel, il faudrait y penser deux fois avant de lui jeter la pierre.

Je ne dis pas par là que j’approuve l’idée qu’un journaliste puisse aussi œuvrer dans le contenu publicitaire pour arrondir ses fins de mois; je crois simplement que la situation appelle une réflexion beaucoup plus grande que celle d’un David Desjardins, ou d’un autre, qui se demande comment joindre les deux bouts sans abandonner complètement sa plume. C’est l’industrie toute entière qui doit se pencher sur la question.

Car ce qui ressort de toute cette saga, bien au-delà du cas de dont il est question aujourd’hui, c’est encore et toujours la précarisation des emplois en journalisme. Une problématique qui ne date pas d’hier, loin de là.

Les cas de Desjardins et des autres qui ont fait le saut ne sont pas le mal qui ronge le journalisme; ils en sont le symptôme.

Les pigistes s’appauvrissent (un très intéressant billet de l’AJIQ ici) puisque les tarifs stagnent, voire s’amoindrissent; la concentration de la presse et les conventions collectives, de leur côté, diminuent le nombre d’emplois permanents dans les salles de presse. Les détails de la nouvelle entente au Journal de Montréal, indiquent que les plus jeunes employés ont du sacrifier leur sécurité d’emploi. Un exemple parmi plusieurs autres, rappelons-le, mais qui démontre à quel point il est utopique pour la relève de rêver à une longue et fructueuse carrière dans le milieu.

On ne peut repousser cette réalité du revers de la main en se disant que les choses finiront par s’arranger, que les « vrais » resteront et que les « autres » quitteront le navire.

Les « permanents » des grands médias ne peuvent pas hausser les épaules sans se sentir eux aussi concernés. Le marketing de contenu est une chose, mais n’oublions pas sa soeur jumelle, la publicité native, qui s’infiltre de plus en plus insidieusement dans les salles de rédaction des médias traditionnels, comme on a pu le constater lors du congrès de la FPJQ, il y a trois semaines. Ainsi, personne n’est à l’abri.

Le jeu en vaut-il la chandelle?

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Surnoise, la publicité native?

On observe de plus en plus de cas de publicité native dans différents médias. Loin de n’être l’affaire que de petits journaux à faible moyens, on la remarque aussi dans les grands médias occidentaux, signe que c’est toute l’industri qui cherche à diversifier ses revenus pour survivre à la « crise ».

Un atelier sur le sujet a été offert en fin de semaine dernière dans le cadre du congrès annuel de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec.

Un retour d’abord sur ce qu’est essentiellement la publicité native: il s’agit de raconter des histoires pour le compte d’un annonceur, qui bénéficie alors de la crédibilité et de l’expertise de rédacteurs ou de journalistes.Le reportage peut traiter directement du client, comme un publireportage, mais parfois, la nuance est plus subtile: on ne fait pas, ou peu, mention de la marque dans le reportage.

« Le mur de Chine est indéfendable, trop grand, érodé, et les gens se tiennent dessus plutôt que de chaque côté, soulignait l’animateur Pierre Saint-Arnaud, journaliste à la Presse Canadienne. Peut-être faudrait-il le remplacer par un mur de Berlin, plus petit, mais plus étanche. »

Voilà qui mettait la table au panel, invité à discuter de la question. Mais avant d’aller plus loin, un tour d’horizon s’imposait.

Brian Myles, collaborateur à L’Actualité et professeur de journalisme à l’école des médias de l’UQAM, a rappelé que les revenus publicitaires des médias sont en chute libre depuis une dizaine d’années. Au Canada, en 2005, les revenus publicitaires des quotidiens totalisaient environ 3,7 milliards $; une statistique demeurée stable jusqu’en 2009, après quoi elle s’est rabaissée à 2,6 milliards $. Du côté des magazines, cela a plutôt fondu de 670 millions $ à 470 millions $, une baisse de 30% en une décennie.

Ainsi, le danger de la publicité native, rappelle M. Myles, c’est qu’elle « épouse les contours du média » en offrant une nouvelle source de revenus dont ces médias ont besoin. C’est à son avis, ce qui la rend pernicieuse: on ne peut plus, ou presque plus, distinguer un contenu commandité d’un contenu rédactionnel régulier.

Ce sont cette perte de revenus et la perte d’intérêt des consommateurs pour la publicité traditionnelle qui ont mené au mariage des deux domaines, engendrant ce nouveau modèle d’affaires.

Myles souligne ensuite cinq risques de la publicité native: une confusion croissante entre les genres journalistiques, une apparence de conflits d’intérêt, de favoritisme ou de partialité, de même qu’une perte d’indépendance et une perte de crédibilité. C’est donc dire à quel point cette pratique peut être dommageable pour les journalistes si elle n’est pas encadrée. Pour ces mêmes journalistes dont « l’âme » semble être à vendre au plus offrant.

On a cependant pensé à regarder de l’autre côté de la médaille, c’est pourquoi figurait au panel Luc-André Cormier, vice-président de l’agence Cossette Média. Selon lui, les publicitaires recherchent davantage l’influence sur le public qu’une portée pour leur message. Cela se traduit par un environnement propice pour faire passer ce message, d’où le choix de miser sur des contenus plutôt que sur la publicité traditionnelle.

On cherche à atteindre les valeurs des consommateurs susceptibles de se procurer nos produits, c’est pourquoi le contenu leur étant présenté est porteur: utile, éducatif, empathique, voire militant.

Par ailleurs, plus nécessaire de passer par les grands médias, allègue le publicitaire. Conséquence de la démocratisation Internet, un blogue amateur, mais populaire, peut faire l’affaire s’il rejoint exactement le public ciblé. Les marques sont aussi de plus en plus nombreuses à développer leurs propres plateformes de contenu. D’un autre côté, souligne M. Cormier, si les marques parviennent à rejoindre elles-mêmes leurs auditoires, il est peu probable qu’elles investissent en publicité native, voire en publicité tout court.

Julie Cailliau, chef de publication chez Les Affaires, a pour sa part expliqué les tenants et aboutissants de la publicité native telle qu’expérimentée dans sa boîte. Pour elle, il importe qu’existe une démarcation claire entre les contenus publicitaire et rédactionnel, c’est pourquoi aucun journaliste de la salle de rédaction ne s’implique dans la rédaction de textes destinés à la publicité native. Cette distinction est le seul rempart permettant de préserver la crédibilité des journalistes. Et celle-ci  ne sert pas que le média, mais aussi l’annonceur.

Tout cela représente un idéal théorique auquel il faut tenter de se conformer le plus possible: Mme Cailliau a toutefois reconnu qu’aucune mention n’indique qu’un sujet de reportage a été choisi de concert avec l’annonceur qui s’affiche en bas de page.

À La Presse, le débat a donné lieu à une lettre d’entente balisant la pratique de la publicité native. Le président du syndicat des journalistes Charles Côté, soulève le risque des plateformes gratuites comme La Presse + : entièrement financées par la publicité, celles-ci permettent une plus grande pression de la publicité sur les contenus.

Chez eux, les contenus de publicité native sont regroupés dans la section Xtra, bien identifiée. Malgré tout, un sondage a permis de réaliser que les lecteurs, en très grande majorité, ignoraient qu’il s’agissait d’une section promotionnelle.

En vertu de l’entente survenue à La Presse, les rédacteurs ne peuvent se présenter comme journalistes s’ils écrivent pour Xtra; ces textes ne sont d’ailleurs pas signés. Des engagements difficiles à contrôler, reconnaît M. Côté.

Enfin, la « productrice de contenus » Suzanne Dansereau, qui signait dans le Trente quelques textes sur la publicité native, croit qu’il s’agit d’un débouché pour les jeunes journalistes, qui peinent à se trouver un emploi dans le domaine. À ses yeux, le marketing de contenu est un genre de journalisme qui ne dérange pas, contrairement aux reportages traditionnels qui sont là pour « brasser de la merde ».

« Maintenant que l’information est commercialisable, sera-t-elle toujours d’intérêt public? », a-t-elle demandé. Une question qui porte à grande réflexion. Et de la poser, c’est y répondre.

À mon avis, même si elle s’effectue en parallèle du contenu rédactionnel régulier, la publicité a un impact sur ce dernier et ce, dès qu’on répond par la négative à ces questions:

  • Sans commandite, en aurait-on parlé quand même?
  • En aurait-on parlé de la même façon?

C’est pourquoi il importe de bien distinguer les deux types de contenu; autrement, on induit volontairement le lecteur en erreur et le lien de confiance qui le lie au média est rompu.