PKP, les médias, et le tango

Il ne se passe pas un jour sans que les médias ne rapportent les déclarations du député de Saint-Jérôme, Pierre-Karl Péladeau. Or, sa réaction vis-à-vis un journaliste de La Presse, Denis Lessard, qui a commis « l’odieux » de l’appeler directement sur son téléphone cellulaire, mérite qu’on s’interroge.

Hors de lui parce qu’on l’avait appelé sur son portable, M. Péladeau a refusé catégoriquement de répondre aux questions, a précisé le journaliste dans son article.

Un peu plus tard hier, le politicien a déversé son fiel sur Twitter, en qualifiant de harcèlement le traitement dont il a fait les frais.

Visiblement, M. Péladeau aime le tango, mais seulement quand c’est lui qui mène.

L’homme d’affaires ne peut ignorer l’attention médiatique dont il fait l’objet, particulièrement parce qu’il se dévoile lentement et laisse (à peine) planer le doute sur ses intentions de briguer la chefferie du Parti Québecois. Gilbert Lavoie, du Soleil, le résume assez bien ici. Une stratégie de communication quand même efficace, parce que personne ne veut manquer la seconde où il ira chercher son bulletin de candidature.

Le député ne peut donc pas ignorer l’intérêt que lui portent les journalistes. Et quelle meilleure illustration de ce constat que de voir tous les journalistes abandonner le chef de la CAQ, François Legault, en pleine déclaration, pour se mettre à suivre l’empereur de Québecor. (Message aux collègues: Ouf.)

Alors pourquoi jouer la vierge offensée quand un journaliste, ne parvenant pas à rejoindre son attaché politique, tente de le contacter directement sur son cellulaire? Reprochera-t-on à un journaliste d’avoir utilisé, en guise de plan B, un outil qui se trouvait à sa disposition?

J’en connais plusieurs qui n’auraient même pas essayé de passer par un intermédiaire en première instance. De plus, il est fréquent et de pratique courante que les journalistes contactent directement un élu quand ils ont ses coordonnées personnelles. Au niveau municipal et en région, particulièrement là où les élus n’occupent leurs fonctions qu’à temps partiel, il est parfois plus facile d’obtenir les informations de la sorte. Il est bien rare que les journalistes se le fassent reprocher.

Bref, M. Péladeau, qui s’amuse à danser le tango avec les médias quand ça lui chante, est bien mal placé pour en vouloir aux journalistes de constamment parler de lui, de vouloir son opinion. D’autant plus que dans le cas qui nous intéresse, M. Lessard a contacté M. Péladeau pour lui offrir un droit de réplique avant de publier son article, ce qui est dans les mœurs éthiques des journalistes.

Faire le choix d’être une personnalité publique, c’est aussi prendre le risque de défrayer la manchette, qu’on le veuille ou non. Pour le meilleur et pour le pire.

Et être élu, c’est encore plus flagrant, car les journalistes, en vaillants défenseurs de la veuve et de l’orphelin autoproclamés, veulent lui demander des comptes.

Le chroniqueur Patrick Lagacé ne s’est pas gêné pour lui rappeler dans les pages de La Presse, ce matin:

La réalité, c’est que vous êtes aujourd’hui davantage sous la loupe des médias que vous ne l’avez jamais été. PDG de Québecor, vous étiez médiatisé, mais de façon hyper-contrôlée, selon vos propres termes. Désolé, mais comme député, comme pourrait le dire un personnage des Jeunes loups, «la game vient de changer». Et vous ne la contrôlez plus de A à Z.

En bon québécois, Lagacé a mis le doigt sur le bobo. Il est quand même surprenant qu’en tant que patron du plus grand conglomérat de presse du Québec, M. Péladeau ne comprenne pas mieux le travail des journalistes. Voilà peut-être une preuve comme quoi il ne se mêlait finalement pas des affaires de la rédaction…

À l’occasion d’une mêlée de presse (un bon vieux scrum), PKP s’est dit harcelé par le journaliste Denis Lessard.

Selon M. Péladeau, il y a un lieu et un moment pour répondre aux questions des journalistes. Les escaliers de l’Assemblée nationale (!), la maison du Peuple et haut lieu de la démocratie, n’en fait pas partie.  Pour citer Charles Lecavalier:

À son avis, les reporters n’ont pas à lui téléphoner sur son cellulaire et n’ont pas à le questionner en dehors du «moment opportun», qu’il détermine lui-même. «Parce que sinon, ça va être le free-for-all», a expliqué M. Péladeau.

Dommage pour le péquiste; plus il tentera d’esquiver les médias, plus ceux-ci le talonneront. Les journalistes ne retirent jamais leurs souliers de danse.

Si les sources devaient toujours décider où et quand elles sont disposés à répondre aux questions des journalistes, il y aurait bien peu de reportages qui verraient le jour au moment où ils le devraient. Peut-être même jamais. Il suffit de penser à toutes les magouilles que des journalistes ont dû attraper par une embuscade pour obtenir un semblant de réponse.

Espérons que les Denis Lessard de ce monde n’auront pas à se rendre jusque là, surtout si l’homme devient un jour chef de parti, voire chef d’État.

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