Un coup d’œil dans le miroir dont on avait besoin

L’essai De quels médias le Québec a-t-il besoin?, dirigé par Marie-France Bazzo, Nathalie Collard et René-Daniel Dubois, est définitivement un de mes coups de cœur de l’automne.

Pour nous, journalistes, l’ouvrage est un coup de massue. C’est un genre de claque à la figure, à nous qui nous nous regardons parfois un peu trop le nombril. On n’apprend pas grand chose de neuf sur l’état des choses, mais de nous faire mettre  le nez dans notre caca force une remise en question sur ce qu’il faut changer pour espérer encore pratiquer ce noble métier dans un avenir qui n’est pas si éloigné…

Le volume d’environ 200 pages regroupe, sous forme d’entrevues, les points de vue d’environ une quinzaine de personnalités, connues et moins connues, gravitant autour des médias. Leur verdict est parfois dur, parfois plein d’espoir, mais il s’agit somme toute d’un cliché instantané de cette industrie qui, on se le demande, est-elle vraiment si mal en point?

« Les médias constituent une partie de qui nous sommes, de notre identité », écrit en préface Marie-France Bazzo, qui souligne que notre consommation médiatique est de plus en plus individualiste, alors qu’explosent les manières de s’informer et de se divertir. De quoi mettre la table aux constats des observateurs invités, qui se rejoignent parfois dans leurs réflexions.

D’emblée, on souligne que les médias traditionnels ne sont plus le principal canal d’information des gens. Cela dit, les médias demeurent tout autant de portes d’entrée vers l’information et ne sont pas la finalité en soi de l’information.

Ce qui était autrefois un monologue est devenu un dialogue entre des milliers d’émetteurs, eux aussi créateurs de contenu. L’information ne circule plus dans un sens unique. Ce qu’on retient, c’est que beaucoup de médias ont tardé à prendre le virage technologique nécessaire à leur survie, ce qui explique leur situation précaire et incertaine. Ce retard s’explique-t-il par la fainéantise et le manque d’originalité que reprochent quelques observateurs aux médias d’ici?

Par ailleurs, on ne pouvait traiter des médias, de leur situation, mais surtout de l’avenir, sans parler de leur modèle économique. À la lecture du livre, on réalise une fois de plus à quel point les impératifs économiques d’un média sont contraires à la mission première du journalisme. Ces impératifs amènent les différents médias à se faire compétition, à rechercher les exclusivités et à être les plus rapides sur la nouvelle, alors que leur rôle devrait d’abord être d’informer les gens.

Le triste constat des médias, que plusieurs comparent au Titanic (!), s’étend aussi au-delà des frontières de la métropole. On se désole de l’érosion de l’information régionale, du peu de ressources dont les médias en périphérie disposent, mais aussi la dépendance que certains vivent souvent face aux autorités politiques locales, qui agissent comme source de revenus et source d’information.

Le tout est amplifié par la concentration de la presse, qui amoindrit le rapport de force entre les médias et les autres acteurs, devenant ainsi des courroies de transmission qui enquêtent de moins en moins sur des enjeux locaux.  La spécialisation des médias ne sera pas le salut de tous, croient certains, qui voient dans la diversité des sources d’information le signe d’une industrie en santé.

L’état et l’avenir de Radio-Canada ont aussi été abordés. Tous s’entendent pour dire que la société d’État doit revoir sa mission, mais surtout son financement, afin de répondre à ses prérogatives. Aux yeux de plusieurs, Radio-Canada doit être distincte des autres chaînes. Elle doit être un modèle d’excellence, et dans son cas, la publicité comme financement n’est pas une solution, croient certains commentateurs.

La relève n’a pas été mise de côté dans cet ouvrage, un point fort positif quand on sait que plusieurs essais sur les médias se contentent de regarder du côté des bonzes, des établis. Que restera-t-il pour la nouvelle génération?

Les nouveaux médias sont nés d’une insatisfaction à l’égard des médias traditionnels et du besoin d’offrir des contenus sans les contraintes économiques ou éditoriales qu’on retrouve la plupart du temps. On ressent chez ces journalistes-entrepreneurs, car c’est ce qu’ils sont, un fort désir d’aller à contre courant: pour eux, le financement ne doit pas être déterminant dans le choix des contenus, il ne doit pas être un obstacle à la création, et l’indépendance doit être plus forte que tout. C’est très encourageant pour la suite des choses.

Bref, De quels médias le Québec a-t-il besoin? est un ouvrage très intéressant, au goût du jour et pertinent. Sans mauvais jeu de mots, on avait besoin de ce son de cloche, qui peut aussi permettre au public de mieux saisir les enjeux de l’industrie.

Reste à voir si les prédictions des observateurs s’avèreront ou non…

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