Tweets à vendre

L’apparition de « tweets commandités » (par Samsung) sur le fil de l’Associated Press lors du Consumer Electronics Show, qui se termine aujourd’hui, vient de créer un curieux précédent.

Dans les faits, il n’y a rien de surprenant ni de répréhensible au fait qu’une agence de presse diversifie ses revenus par la publicité; tous les médias le font et il s’agit d’ailleurs de leur principale, sinon de leur seule source de profits. Or, les tweets publicitaires, mêlés à des tweets informationnels, contribuent à renforcer le flou qui existe entre information et promotion.

En effet, l’utilisation d’un même canal peut confondre les utilisateurs. Contrairement à un journal télévisé où les publicités sont présentées dans un bloc distinct du bulletin de nouvelles, ou aux publicités d’un journal imprimé qui sont généralement beaucoup plus flamboyantes que la mise en page des articles, les tweets commandités de l’AP se mêlent aux dépêches poussées par l’agence de presse en adoptant le même format. Heureusement, cette dernière prend soin de précéder ses gazouillis publicitaires par les termes « SPONSORED TWEET » en majuscules. Mais est-ce suffisant pour les distinguer aux yeux des lecteurs? Un coup d’oeil (trop) rapide et on n’y voit que du feu: la publicité a l’air d’une nouvelle.

Comme j’ai mentionné dans mon dernier billet, la crédibilité d’un média d’information dépend de son indépendance. D’abord son indépendance face à ses sources, donc la capacité des journalistes à présenter une analyse critique ou une description neutre d’un sujet donné.

Ensuite, l’indépendance des médias doit également être maintenue vis-à-vis les annonceurs. Parfois, des arrangements sont faits, notamment dans les cahiers spéciaux, pour intégrer la publicité à un contenu thématique en lien avec le produit ou le service annoncé. Cependant, le droit de regard auquel des annonceurs doit impérativement se limiter à l’espace publicitaire qu’ils occupent; en aucun cas, ils ne devraient pouvoir décider de la nature du contenu qui les concernent ou de celui qui peut se retrouver dans le média.

Tout cela s’articule autour du principe selon lequel le consommateur d’information doit en tout temps pouvoir distinguer le contenu journalistique du contenu promotionnel.

Dans le cas de l’Associated Press, il ne semble pas y avoir de problème. Mais qu’arriverait-il si un annonceur décidait d’acheter des tweets sur plusieurs fils de presse? Il serait assurément (et avantageusement) omniprésent sur le média social.

S’il y a conflit d’intérêts, on peut douter de la sacro-sainte « objectivité journalistique »; il serait donc légitime pour les auditeurs ou les lecteurs de remettre en question la pertinence du média et des contenus qui y sont diffusés.

Après tout, qui voudrait s’informer auprès d’un média biaisé?

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