Mini onde de choc dans nos quotidiens régionaux. Nous avons découvert que depuis quelques mois, un site de « nouvelles » reprend systématiquement notre contenu, qu’il traduit en anglais avant d’enlever toute mention à la source originale.

C’est par hasard que mon collègue Jérôme Roy est tombé sur un de ses propres articles, traduit, sur ce site dont il ignorait l’existence.

Une recherche sur Google m’a ensuite permis de retracer, en à peine cinq minutes, pas loin d’une quarantaine d’articles de La Voix de l’Est. Idem pour certains autres quotidiens.

Voici deux liens: mon article et la traduction du SiverTimes. Idem pour ce texte et son jumeau.

Et les exemples sont innombrables.

Le Siver Times, qui se prétend un quotidien de la province de Québec, mais qui serait basé à Toronto, utilise en effet les articles de La Presse, du Journal de Montréal et des quotidiens du Groupe Capitale Médias, de TC Média et de La Presse Canadienne, entre autres, pour garnir sa plateforme bourrée de publicité. Sans doute que d’autres médias sont vampirisés sans le savoir. Finalement, nous avons découvert que le tout se ferait plutôt en direct de l’Ukraine…

Plusieurs ont donc contacté le média en leur demandant de cesser immédiatement la copie systématique de nos contenus. Voici ce qu’on m’a répondu personnellement sur Twitter, en ukrainien:

Traduction libre (puisqu’ils le font si bien eux-mêmes): Personne ne lit votre journal de Granby de toute façon. Sympathique, non?

Sur son site Internet, Siver Times déclare qu’il possède les droits sur tous les contenus disponibles sur son site et que toute reproduction est interdite, à moins d’en demander la permission au préalable. On réclame même que des ententes soient signées avec Copibec pour obtenir le droit d’utiliser les textes dans les écoles!

Citons donc cette politique de droits d’auteurs, qu’on attribue bien sûr au site web dont elle est tirée:

Copyright and Permission Rules

The Sivertimes network of web sites are protected by copyright law. Copyright © 2015 Sivertimes Network Inc. and its affiliated or related companies. Specific content such as articles, photos and images are subject to the copyright of their respective owners. All rights reserved. Unauthorized distribution, transmission or publication strictly prohibited.

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For educational institutions in Canada, a licensing agreement with CANCOPY or COPIBEC is deemed to authorize all non-commercial uses of the contents of this web site, including downloads, redistribution and the making of multiple copies for research or instructional uses, subject to the requisite reporting and payment provisions of those agreements. See your license administrator for further information.

All other rights are reserved, and commercial uses including publication, retransmission, broadcast, posting to newsgroups, mail lists or electronic bulletin boards, circulation, selling, reproduction or redistribution in any medium are prohibited, except with the prior written approval of the copyright owner.

Ironique n’est-ce pas, qu’une plateforme qui utilise allègrement des contenus trouvés sur Internet se les approprie en interdisant toute reproduction desdits contenus?

En vendant de la publicité (même si les revenus sont minimes, il me semble) en échange de contenus qu’elle n’a pas produits, la plateforme s’approprie le fruit du travail d’autrui. C’est carrément du vol. Pur et simple.

Dénoncer ne semble pas avoir eu son effet pour le moment. Mais est-il utile de rappeler qu’à l’instar des contenus artistiques, comme la musique et la photographie, l’information a une valeur qui est réduite à néant par le plagiat?

Ce n’est pas parce que cette information est offerte gratuitement sur Internet qu’elle est réellement gratuite. Comme j’ai déjà écrit sur ce blogue, si vous, vous ne payez pas, c’est que quelqu’un ailleurs paie à votre place. Dans le cas qui nous préoccupe aujourd’hui, ce sont les médias vampirisés, dont certains peinent déjà à survivre dans le contexte actuel, qui écopent. Revenus de publicité qui leur échappent, mais aussi la valeur que confère l’exclusivité du contenu sur leurs propres plateformes.

C’est comme si personne n’avait passé de coups de fil, fait de la recherche, assisté à des événements et pris un bon moment pour écrire un texte pour le rapporter le plus fidèlement possible à ses lecteurs. C’est miner le travail du photographe de presse qui a payé cher son équipement pour immortaliser des moments et qui a pris tout le temps nécessaire pour parfaire sa technique pour réaliser le cliché qui sera retenu en bout de ligne. Pourtant, l’entreprise de presse paie pour cela et elle s’attend justement à bénéficier d’un retour sur son investissement.

D’ailleurs… Si personne ne lit mon « petit journal à Granby », ou les autres, pourquoi ces gens se donnent-ils tant de mal à en traduire tous les articles? C’est sans doute par grandeur d’âme, pour les faire lire au monde entier, n’est-ce pas?

Naïve que je suis… 😉

AJOUT: un compte-rendu de la situation sur ProjetJ

2 réponses à « A beau mentir qui vient de loin »

  1. […] jeune journaliste a par ailleurs écrit un billet sur son blogue ce matin pour dénoncer la […]

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  2. Avatar de Jugement contre LaDose.ca : petite victoire, grand enjeu – Marie-Ève Martel

    […] Certaines plateformes « vampires », comme le tristement célèbre SiverTimes, se trouvent hors du Canada et font fi de nos lois. Et que dire du combat que mènent les médias […]

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Je suis Marie-Ève Martel — journaliste, autrice, professeure et entrepreneure passionnée par tout ce qui touche l’information et son rôle démocratique.

Depuis plus de 15 ans, je raconte, j’enquête et j’analyse le monde à travers divers médias. J’ai publié plusieurs essais engagés, je forme la relève universitaire et les professionnels des médias. Je prends régulièrement la parole pour défendre une information rigoureuse, accessible et éthique.

Surtout, je suis une amoureuse farouche de l’information de qualité au nom de l’intérêt public. Je crois en un journalisme rigoureux, courageux et profondément humain. J’aime bâtir des projets qui ont du sens et une valeur sociale.

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