Pour en finir avec la transparence Saran Wrap™

Une semaine après l’élection générale, dans plusieurs centaines de municipalités québécoises, de nouveaux visages font graduellement leur apparition dans les hôtels de ville et les mairies.

Dans plusieurs centaines de municipalités québécoises, tout autant de candidats ont promis la transparence au cours des dernières semaines. Un concept abstrait, galvaudé de tous bords tous côtés, et surtout à la mode en politique par les temps qui courent. Chacun se prétendait le champion de la lutte à l’obscurantisme.

Maintenant élus, ces personnes passeront-elles de la parole aux actes? On l’apprendra d’ici quelques semaines, le temps que les nouveaux représentants prennent leurs aises dans leurs nouvelles fonctions.

Ce sera alors le moment de les sensibiliser à ce qu’est la véritable transparence. Pas une transparence Saran Wrap, comme je me plais à l’appeler, où ce qui semble translucide est finalement bien hermétique.

Ces élues et élues sont-ils prêts à ne pas étirer inutilement les délais de traitement des demandes d’accès à l’information formulées par les journalistes et les citoyens? Sont-ils prêts à ne pas transmettre des documents ultra-caviardés alors que ce n’est pas nécessaire?

Ces élues et élues sont-ils prêts à ne pas user de chantage économique avec le retrait des avis publics ou des publicités de la Ville lorsqu’ils sont mécontents de la couverture à leur égard?

Ces élues et élues sont-ils prêts à ne plus refuser l’entrée aux journalistes lors des séances régulières du conseil? Après tout, les professionnels de l’information sont des citoyens ordinaires, dont l’emploi consiste essentiellement à avoir le temps que les autres n’ont pas pour exiger des comptes aux élus portés au pouvoir par ceux à qui ils feront ensuite un compte-rendu.

Ces élus et élues sont-ils aussi prêts à permettre l’accès aux caméras et enregistreuses lors de ces séances? Actuellement, des dizaines de municipalités québécoises comptent, dans leurs règlements de régie interne, un ou plusieurs articles interdisant l’usage de dispositifs d’enregistrement, sauf si le maire ou le directeur général en donne l’autorisation au préalable. De telles mesures entrent en contradiction avec le Code municipal et sont d’ailleurs contestées devant les tribunaux pour deux municipalités du Québec, en plus de faire l’objet d’une réprimande de la part du Commissaire aux plaintes du ministère des Affaires municipales et de l’occupation du territoire.

La loi doit faire en sorte que de telles interdictions ne puissent plus être adoptées et que celles qui sont toujours en vigueur soient abolies.

Un dialogue est nécessaire, tant auprès des élus eux-mêmes que des différentes instances qui les représentent: le ministre des Affaires municipales, la Fédération québécoise des municipalités et l’Union des municipalités du Québec, dont un nouveau président sera à élire sous peu.

D’ici là, l’organisation est représentée par un maire qui a mis en place une politique pour contrôler les communications de sa municipalité afin d’en promouvoir une image positive. En vertu de cette politique, les employés municipaux ne peuvent plus répondre eux-mêmes aux questions des journalistes. Les conseillers, pour leur part, doivent référer toute demande au cabinet du maire. Au moins, Drummondville a été suffisamment transparente pour publier ladite politique sur son site Internet…

Gageons que ce maire est loin d’être le seul à avoir eu une telle idée. Nombreux sont les élus qui craignent de faire les manchettes pour « les mauvaises raisons ».

En ce sens, une formation aux médias doit un jour offerte aux élus, particulièrement à ceux qui en sont à leur premier mandat et qui ne savent pas comment interagir avec la presse locale. La méconnaissance de notre travail et de son fondement – le droit du public à l’information –  explique en partie le climat parfois tendu entre les journalistes et les maires de municipalités hors des grands centres. Assurons-nous que cela ne soit plus un facteur dans l’équation et que les craintes à l’égard des journalistes se dissipent un peu.

Une information partagée, si elle est contrôlée et filtrée, ne signifie pas la transparence… Loin de là.

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