Campagne électorale: quelles mesures pour les médias?

Il y a près d’un mois, en tout début de campagne électorale, j’ai tenté d’interpeller les partis politiques afin de connaître leurs propositions afin de freiner la disparition des voix médiatiques régionales. À ce jour, je n’ai malheureusement pas obtenu de réponse de qui que ce soit.

C’est qu’un billet de l’ami Mickaël Bergeron, chroniqueur au Voir, a mis en lumière une énième fois les disparités salariales entre journalistes, selon le média qui les emploie et la région où ils travaillent.

Raphaëlle Corbeil, une amie pigiste, a pour sa part lancé un vibrant cri du cœur sur Facebook, dénonçant que l’aide aux médias soit complètement absente de la campagne électorale.
https://www.facebook.com/plugins/post.php?href=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2Fraphaelle.hc%2Fposts%2F10160829138420623&width=500

Mon réflexe a été de lui répondre que tant et aussi longtemps que les médias assureront une couverture mur à mur de la campagne, les politiciens ne verront pas que le feu est pris…

En temps normal, les journalistes s’abstiennent de commenter les enjeux électoraux et se contentent de les rapporter.  J’ai néanmoins pris quelques minutes pour jeter un œil aux différentes mesures proposées par certaines formations politiques.

Tous s’engagent à faire de l’État une structure plus transparente et à prôner un meilleur accès à l’information. J’ai choisi de me concentrer sur l’aide directe aux médias.

PLQ: un pas de fait, mais ensuite?

J’ai cherché sur le site Internet du Parti libéral du Québec et arpenté sa plateforme électorale, je n’ai rien trouvé qui concernait les médias d’information dans les engagements actuels. (Si jamais vous pouvez m’indiquer où ça se trouve, il me fera plaisir de corriger le tir.)

Il faut dire que pendant qu’il était au pouvoir, le parti a fini par mettre en place quelques mesures pour aider les médias. Il suffit de penser à la loi sur la protection des sources journalistiques, qui découle directement de la Commission Chamberland et un montant supplémentaire de 1,5 million de dollars dans le budget de fonctionnement de la Commission d’accès à l’information.

En aide directe aux médias, notons une enveloppe de 36,4 millions de dollars sur cinq ans pour encourager la transition numérique, soutenir les médias communautaire et un soutien transitoire pour aider les entreprises de la presse écrite à respecter leurs obligations en matière de recyclage, un soutien financier de 150 000$ à l’Association de la presse francophone et une offre de prêts de 10 millions de dollars et de 526 000$ à Groupe Capitales Médias et au Devoir. Dans le dernier budget, on retrouvait aussi une aide supplémentaire de 64,7 millions de dollars pour aider les médias écrits à effectuer une transition vers le numérique.

Aussi, le parti s’engage à appliquer la TVQ sur les transactions effectuées en ligne.

Mais comme ces engagements sont répartis sur plusieurs années, il est possible qu’un autre parti, s’il prend le pouvoir, décide de rediriger les fonds vers d’autres enjeux qu’il juge plus important.  Rien actuellement ne laisse présager que le PLQ souhaite poursuivre sur sa lancée. Aucune proposition ne vient soutenir les médias au-delà de ce qui avait déjà été annoncé. Cela constituait un bon début, mais était nettement insuffisant pour sortir certains médias de la crise.

CAQ: une commission parlementaire non partisane

Je n’ai rien trouvé portant précisément sur l’aide aux médias sur le site de la Coalition avenir Québec (encore une fois, qu’on me corrige si l’information existe, je me réjouirai de l’ajouter ici).

Cela étant dit, dans un article publié par Le Nouvelliste, François Legault  » propose la tenue d’une commission parlementaire non partisane qui va se pencher sur le financement étatique. » Il se prononce toutefois contre les « ententes à la pièce » du gouvernement libéral, qui selon lui entraîne des risques de conflit d’intérêts.

Nous voici donc à un point où les deux partis susceptibles de prendre le pouvoir lundi prochain n’ont pas grand chose de concret à proposer. À moins qu’ils ne poursuivent l’engagement déjà pris par le gouvernement sortant.

PQ: des médias au service de la culture québécoise distincte

Pas plus tard qu’aujourd’hui, le Parti québécois s’est engagé à réduire de 20 % les publicités que le gouvernement achète auprès des joueurs comme Facebook et Google.

Toutefois, ni le mot « information » ni le mot « média » ne figurent dans la plateforme électorale du Parti québécois.

Dans son programme daté d’octobre 2017 (qu’on peut consulter ici), on  décèle toutefois quelques mesures pour venir en aide aux médias, particulièrement hors des grands centres.

Dans l’optique de contribuer à la croissance économique et démographique des régions,  le parti de Jean-François Lisée propose d’ « assurer la quantité et la qualité du contenu informationnel en région, notamment par des appuis financiers aux médias locaux et régionaux ».

Dans son programme, le PQ fait aussi état de son désir de « soutenir le développement d’une information locale et régionale diversifiée et de qualité », en établissant diverses mesures fiscales pour maintenir des journalistes en emploi. et en misant sur la création de coopératives de presse. Le parti propose aussi de mettre sur place des « carrefours de l’information » en orbite des bureaux régionaux de Télé-Québec, qui chapeauterait du même coup un réseau d’information régionale en continu dont les contenus pourraient être exportés à l’étranger.

Ces quelques idées ne sont cependant pas chiffrées et n’ont pas été abordées durant la campagne électorale. Il reste encore quelques jours: candidats péquistes, combien votre parti envisage-t-il d’investir dans les médias locaux et régionaux pour assurer la qualité du contenu journalistique?

Ce qui est intéressant, c’est que le Parti québécois s’engage à soumettre les géants du Web, comme les commerces en ligne, à la taxe de vente du Québec. Ce faisant, on pallierait à une partie de l’iniquité pénalisant les médias d’information québécois, qui sont privés d’une part de revenus auxquels ils ont droit sur la création de contenus.

Le parti suggère également de créer le conseil des médias et des communications du Québec (CMCQ), qui remplacerait le CRTC si le Québec deviendrait souverain. Sa vocation serait de défendre la langue française dans les différents médias, mais aussi d’assurer « la liberté de communication en exerçant un pouvoir de régulation dans l’intérêt du public ».

Cette dernière formulation m’apparaît un peu nébuleuse. Qui déterminera ce qui relève de l’intérêt du public? L’État n’a pas à s’ingérer dans les décisions rédactionnelles des médias.

QS: des médias pour développer l’esprit critique

À l’image du Parti québécois, Québec solidaire propose quelques mesures pour soutenir les médias. On peut consulter la plateforme électorale du parti ici.

Il y est clairement stipulé que « le rôle des médias est essentiel pour produire une information crédible, vitale pour la démocratie.  » Pour les soutenir, le parti s’engage à adopter « des mesures immédiates, fiscales et autres, pour apporter un soutien provisoire aux médias d’information durant la période de transition numérique ». Une attention toute particulière serait apportée aux médias alternatifs et indépendants de même qu’aux médias locaux et régionaux.

Le parti de gauche compte aussi mettre sur pied des états généraux qui étudieraient les différents modes de financement des médias d’information et les avenues à entreprendre pour assurer leur pérennité. En autant que ça mènerait quelque part…

Dans son programme politique, QS réaffirme son intention de soutenir les médias « qui diffusent de l’information et des analyses touchant les enjeux locaux et régionaux ». Le parti compte également mettre sur pied des programmes d’éducation aux médias pour former l’esprit critique de la population.

D’ailleurs, à l’instar du PQ, Québec solidaire s’engage à « taxer équitablement les acteurs de l’industrie numérique ».

Encore une fois, ces enjeux ne sont pas chiffrés. De plus, on ne trouve nulle part de définition pour établir ce que sont des médias alternatifs et indépendants. Où tracerait-on la ligne?

CAPQ: Le journaliste fonctionnaire

Il y a quelques semaines, quelqu’un dans mon réseau a partagé cette proposition du Parti Citoyens au pouvoir du Québec (anciennement le Parti  Sans parti – Citoyens constituants). Prenez le temps de bien lire.

J’ai d’énormes réserves quant à certaines suggestions du parti, qui plutôt que de « libérer » les journalistes, provoqueraient l’effet contraire.

Comme pour les députés, élire un journaliste ne garantirait automatiquement pas sa compétence sur un autre candidat, et encore moins son indépendance. Aurait-il un minimum de formation pour travailler dans les règles de l’art? Comment s’assurer que le journaliste respecterait les normes éthiques et déontologiques qui assurent la qualité de son travail? De plus, comment pourrait-il rapporter certaines nouvelles sur le gouvernement si c’est celui-ci qui le paie en totalité? Oserait-il mordre la main qui le nourrit? Et s’il le fait, y aurait-il des conséquences?

Pire encore, le parti suggère que le mandat d’un journaliste pourrait être suspendu (dans la publication originale, on utilise le terme « rappelé ») par un référendum populaire. Sur quelle base autoriserait-on un tel référendum? Par les temps qui courent, il est devenu beaucoup trop facile de dire qu’une nouvelle « fausse » parce qu’on n’est pas d’accord avec les faits qui y sont présentés ou l’angle choisi.

De plus, contraindre un média à accorder un espace à des contenus donnés, c’est une fois de plus limiter son indépendance. Et si on exige un espace ou de la visibilité dans un média en contrepartie d’un montant d’argent, il s’agit d’une publicité et non d’un reportage.

En somme, les journalistes, s’ils étaient élus comme le propose Citoyens au pouvoir, seraient beaucoup plus vulnérables qu’ils ne le sont actuellement et beaucoup moins indépendants.

On me dira qu’il est vain de décortiquer la proposition farfelue d’un parti qui a peu de chances de l’emporter aux prochaines élections, et donc de mettre cette idée en application. Or, ce que ce genre de proposition démontre, c’est qu’il existe un pan de la population qui se méfie des médias professionnels, qui ne comprennent pas de quelle manière travaillent les journalistes et, surtout, qui croient que l’indépendance des médias et la liberté de presse, c’est le fait de pouvoir diffuser n’importe quoi, n’importe comment.

Il y a donc tout un travail d’éducation à faire.

PVQ: un Fonds des médias pour l’information

Par curiosité, j’ai aussi jeté un œil du côté du Parti vert du Québec. Dans la plateforme électorale du parti, on retrouve la mention suivante:

« Au Québec, les journaux locaux sont de de moins en moins nombreux. Les médias nationaux ont imposé des compressions importante (sic) qui laisse les citoyen-ne-s avec de moins en moins d’informations de qualité. Cette réalité, provoquée par une baisse des revenus de publicités dans l’ère numérique doit être adressée par l’état (sic). Le Parti Vert du Québec appui(sic) la mise en place d’un fond (sic) des médias qui servira a (sic) subventionné (sic) les médias locaux et nationaux qui offrent de l’information de qualité au citoyen-ne-s. »

Encore là, la proposition n’est pas quantifiée. Mais l’intention y est.

Rien  du côté du Parti conservateur du Québec, mais je ne suis pas surprise, étant donné la propension de la formation politique à se retirer le plus possible de la gestion des entreprises.

En bout de ligne, certains partis ont de belles intentions quand vient le temps de penser aux médias. Reste à voir si le tout se concrétisera réellement…

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